« Découvrez la perle d'Arabie. » Un royaume connu pour « sa riche histoire » sportive, un pays « multiculturel », la fusion de la « tradition et de la modernité », un tremplin pour réaliser vos rêves... Sur son site Internet, où elle promeut le Bahreïn, l'International School Sport Federation (ISF), la Fédération internationale du sport scolaire (la tutelle de l'UNSS en France), ne fait pas dans la demi-mesure, couvrant d'éloges le plus petit État de la péninsule Arabique, omettant de dire que l'opposition politique et les médias indépendants y sont interdits, à la différence de la torture et de la peine de mort, selon Humans Rights Watch (HRW). Mais les millions d'euros versés par le Bahreïn à l'ISF valent bien un oubli ou deux.
L'équipe nationale du Bahreïn, créée en 1966, occupe actuellement la 76e place au classement FIFA. Bien que très populaire dans le pays, l’équipe n’est jamais parvenue à s’imposer au niveau international. Son meilleur résultat en compétition est une 4e place lors de la Coupe d’Asie des nations en 2004, sans jamais parvenir à se qualifier pour une Coupe du Monde.
Bahreïn serait alors devenu le plus petit pays (765 km²) à participer à un Mondial, mais ils ont perdu en barrage contre la Nouvelle-Zélande. Cette équipe a bénéficié d’un soutien populaire massif, mais sa destinée a été tragique. En 2011, lors du printemps arabe, beaucoup de joueurs de la sélection ont participé aux manifestations, comme une bonne partie de la société. La répression a été brutale et les joueurs ont fait l’objet de représailles. Certains ont été détenus, d’autres se sont exilés ou ont dû demander pardon publiquement, à la télévision. Un an après avoir atteint ce qui peut être considéré comme l’acmé du football bahreïnien, cette sélection a été démantelée.
Ripostes de l'Iran : des explosions entendues à Abou Dhabi, Bahreïn et au Koweït|LCI
Le football au Bahreïn : Une passion populaire
Quelle est la place du football au Bahreïn ? C’est un jeu apprécié dans l’ensemble la société. Ils le jouent et suivent beaucoup les championnats européens. Dans les bars à chicha, on regarde le foot. Et puis, à côté, il y a des bars de type occidental où on vend de l’alcool, surtout fréquenté par des étrangers, où le football fonctionne comme un aimant pour attirer le public. Cette passion n’est toutefois pas partagée par les travailleurs esclaves - indiens, pakistanais, asiatiques du sud-est.

Un fan de football à Bahreïn en 2010.
Le niveau du football bahreïnien
Quel est le niveau du football bahreïnien ? Faible, mais la sélection a été sur le point de se qualifier pour la Coupe du monde 2010.
Les joueurs : Qui sont-ils ?
De quelles couches de la population viennent ces joueurs ? Ils sont avant tout chiites, comme la majorité de la population, opprimée par un pouvoir sunnite. Et c’est comme ça dans tous les domaines, sauf dans l’armée, la police, les emplois publics, où les sunnites sont favorisés. L’État préfère même employer des policiers d’autres pays (Égypte, Jordanie, Arabie saoudite), plutôt que d’embaucher un chiite. Cela illustre bien le niveau de discrimination dont est l’objet la majorité chiite.
Le championnat local
Qu’en est-il du championnat local ? Il est de niveau amateur. Il peut y avoir de petites rivalités entre quartiers, villages, mais il n’est pas très suivi. Des schémas qui expliquent la politique nationale s’appliquent aussi au championnat. Le Riffa SC, équipe associé à la famille royale, à l’élite sunnite, est ainsi le club dominant.
Investissements sportifs et soft power
Le Bahreïn s'est donc offert sa Gymnasiade, étendant discrètement son influence aux collégiens et aux lycéens du monde, après avoir investi dans le sport via une massive opération de soft power : le cyclisme (Bahrain Victorious), la F1 (McLaren) ou encore une participation minoritaire dans le football (Paris FC). Le sport scolaire représente une magnifique opportunité pour organiser un événement sportif international et se faire la main sur ce marché très porteur pour les puissances du Golfe.
En investissant au Paris FC (mais aussi à Cordoue, D2 espagnole), quel est l’objectif du régime bahreïnien ? La réponse conventionnelle serait de dire qu’il s’agit de blanchir l’image du pays, de faire des relations publiques. D’une certaine manière, on peut penser qu’ils suivent l’exemple du Qatar, mais l’investissement du Bahreïn dans le sport est plus ancien. Avant le football, le pays a ainsi investi énormément pour accueillir un Grand Prix de F1 (qui se tient depuis 2004, NDLR). Quand j’y vivais, il y avait d’ailleurs une recrudescence des manifestations, de barrages dressés, lors de la semaine du Grand Prix. Les gens ressentaient de la rage et voulaient attirer l’attention des journalistes étrangers. Mais Bahreïn a aussi investi dans le triathlon, le cyclisme (l’équipe Bahrain Victorious, fondée en 2016, vient de disputer le Tour de France, NDLR).
Ensuite, pour revenir au football, on peut se demander si le fait d’acheter une équipe à Paris n’a pas à voir avec la rivalité avec le Qatar, un pays ennemi. On peut y voir une bataille d’égos entre familles royales du Moyen-Orient. Mais ce n’est qu’une supposition. Dans nos analyses sur ces investissements des monarchies du Moyen-Orient, on sous-estime souvent qu’il peut s’agir aussi d’un caprice de fils à papa, à quel point investir dans un club peut procurer du plaisir.
Dans ce sens, en 2006, l’Etat fonde par décret royal la Bahrain Mumtalakat Holding Company B.S.C. qui investit dans divers domaines. Depuis 2020, le royaume du Bahreïn est devenu actionnaire minoritaire et sponsor principal du Paris FC. Pour s’offrir 20% des parts du club de Ligue 2, le pays a déboursé 5 millions d’euros, faisant alors passer le budget du club de 14.5 à 19 millions d’euros. Cet investissement témoigne de la volonté de l’Etat à s’implanter en Europe, en renforçant sa visibilité sur les terrains de football.

Le logo du Paris FC, club dans lequel le Bahreïn a investi.
Nasser ben Hamed Al Khalifa
Pouvez-vous nous en dire davantage sur Nasser ben Hamed Al Khalifa, qui est le visage bahreïnien de ces investissements sportifs ? Oui, et ça me permettra de compléter ma réponse à la question précédente. Car, dans nos analyses sur ces investissements des monarchies du Moyen-Orient, on sous-estime souvent qu’il peut s’agir aussi d’un caprice de fils à papa, à quel point investir dans un club peut procurer du plaisir. Nous, simples mortels, on peut diriger une équipe sur Foot Manager, les jeunes cheikhs, eux, achètent un club. Bref, Nasser ben Hamed Al Khalifa est derrière tous ces projets sportifs. C’est un vrai passionné, qui dédie la majeure partie de son temps à la pratique du sport - il adore le triathlon. C’est son quotidien, mais il fait aussi l’objet de très graves accusations. Selon des opposants, il a ainsi participé en personne à des séances de torture. Ce qui est incontestable, c’est qu’il a tenu publiquement, sur les réseaux, à la télévision, des discours très violents au moment de la répression des révoltes de 2011, notamment contre des joueurs de football et des athlètes. Une phrase dont il est l’auteur définit bien sa facette la plus obscure : « Bahreïn est une île d’où on ne peut pas s’échapper ».
Matchs truqués et controverses
Selon nos informations, l'équipe de football du Bahreïn a disputé au moins 5 matchs truqués entre 2009 et 2012, quand le cheikh Salman Ben Ibrahim Al-Khalifa, actuel vice-président de la Fifa, était à la tête de la fédération nationale. Pouvait-il l'ignorer?
L'Express est en mesure de révéler qu'au moins cinq matchs internationaux disputés à domicile, entre 2009 et 2012, par l'équipe du Bahreïn ont été truqués. Or, pendant cette période, le cheikh Salman - l'un des six vice-présidents actuels de la Fifa - était à la tête de la Fédération bahreïnie de football (BFA).
Voici la liste de ces rencontres: Bahreïn-Zimbabwe (5-2, le 23 mars 2009), Bahreïn-Iran (4-2 , le 31 août 2009), Bahreïn-Togo (5-1, le 6 novembre 2009), Bahreïn-Togo (3-0, le le 7 septembre 2010), Bahreïn-Indonésie (le 29 février 2012), conclue sur le score de... 10-0. Ce dernier match, qualificatif pour le Mondial 2014, avait attiré les soupçons: l'arbitre avait expulsé le gardien de but indonésien dès la 3e minute de jeu... Le Bahreïn devait l'emporter ce jour-là par au moins neuf buts d'écart pour se qualifier, à la condition que le Qatar, son rival immédiat, soit dans le même temps battu par l'Iran.
Quelques jours plus tard, un rapport de 40 pages en anglais, établi par une société indépendante spécialisée dans le contrôle des compétitions sportives, pointait de multiples anomalies intervenues durant le match: "Nombreux paris en live sur internet misant sur une défaite de l'Indonésie avec 5 à 9 buts d'écarts"; "deux penaltys accordés au Bahreïn" par l'arbitre, "soupçonné de complicité"; manque d'efforts du "gardien remplaçant indonésien pour éviter plusieurs buts du Bahreïn"...
En mai 2012, la Fifa mène une enquête sur les soupçons portant sur le match Bahreïn-Indonésie, disputé le 29 février précédent. Cet homme, dont L'Express a raconté l'histoire, faisait partie d'un gang de Singapour qui, entre 2007 et 2011, a truqué une centaine de matchs internationaux et empoché des fortunes.
En 2009, Wilson Perumal organise trois rencontres amicales à Bahreïn. Il se présente, faussement, comme un agent agréé par la Fifa. A chaque fois, la fédération de football de Bahreïn (BFA) l'autorise à gérer l'événement via "Football 4U", une société fantôme domiciliée à Singapour...
A trois reprises, un document d'analyse des paris engagés durant la rencontre, transmis par la suite à la Fifa, souligne que "l'évolution des paris pendant le match est extrêmement suspecte et suggère que le match a été manipulé en raison de paris".
Vision 2030 et avenir du sport à Bahreïn
Tout comme l’Arabie Saoudite, le Bahreïn développe lui aussi un plan appelé « Vision 2030 ». Au-delà des aspects économiques de ce plan, il accorde une place importante à la promotion du sport sur le territoire du royaume et ce, dès le plus jeune âge.
Pays précurseur, le Bahreïn dispose depuis 1975 d’un Conseil suprême de la jeunesse et des sports. Il a pour objectif de définir les politiques générales des programmes de jeunesse et de sports, pour faire du royaume une nation active avec des jeunes innovants et de nombreuses réalisations sportives.
En 2012, le gouvernement Bahreïnite a publié un plan stratégique relatif au sport. Il vise notamment d’ici 2030, de permettre au royaume d’accueillir de nombreuses compétitions internationales, par la construction d’infrastructures adaptées, mais également le développement de clubs, fédérations sportives aux normes internationales.
Dans la continuité de ce plan, le Comité Paralympique de Bahreïn est créé en 2017. En lien avec le Conseil suprême de la jeunesse et des sports, il a vocation à accompagner et repérer les talents paralympiques du royaume et leur permettre de concourir dans diverses compétitions internationales. Au-delà de l’aspect sportif, ce comité port avant tout un objectif d’inclusivité, pour faire des personnes en situation de handicap, des membres actifs de la société.

Le Bahreïn met en œuvre sa Vision 2030 pour le développement du sport.
La politique sportive entamée par le Royaume de Bahreïn, illustre la volonté des pétromonarchies à renforcer leur visibilité internationale tout en diversifiant leur économie. Elément clé de son plan « Vision 2030 », le sport poursuit également un but social pour le royaume par la promotion de l’inclusivité et l’accès à la pratique sportive pour tous les jeunes du pays.
Liste des Managers de l'équipe de Bahreïn de football
| Nom | Date de naissance | Début | Fin |
|---|---|---|---|
| Dragan Talajic | 25 août 1965 | 22 févr. | |
| Juan Antonio Pizzi | 7 juin 1968 | 12 juil. 2023 | 16 févr. |
| Hélio Sousa | 12 juil. | ||
| Miroslav Soukup | 13 nov. 1965 | 27 juil. 2016 | 1 févr. |
| Sergio Batista | 9 nov. | ||
| Adnan Hamad | 1 févr. 1961 | 5 août 2014 | 10 nov. |
| Gabriel Calderón | 7 févr. 1960 | 27 oct. | |
| Peter Taylor | 3 janv. 1953 | 13 juil. 2011 | 20 oct. |
| Salman Sharida | 19 mai 1968 | 31 oct. 2010 | 15 juil. |
| Josef Hickersberger | 27 avr. 1948 | 3 juin 2010 | 20 oct. |
| Milan Macala | 4 juil. 1943 | 1 juil. 2007 | 31 juil. |
| Hans-Peter Briegel | 11 oct. 1955 | 1 juil. 2006 | 19 janv. |
| Senad Kreso | 4 nov. 1955 | 1 juil. | |
| Luka Peruzovic | 26 févr. 1952 | 1 juil. | |
| Srecko Juricic | 30 déc. 1954 | 1 juil. 2003 | 28 févr. |
| Yves Herbet | 17 août 1945 | 1 déc. | |
| Wolfgang Sidka | 26 mai 1954 | 1 oct. | |
| Alexandru Moldovan | 23 août 1950 | 1 juil. 1999 | 31 déc. |
| Josef Hickersberger | 27 avr. 1948 | 1 janv. 1996 | 31 déc. |
| Ivan Cabrinovic | 3 août 1939 | 1 janv. 1994 | 31 déc. |
| Bill Asprey | 11 sept. 1936 | 1 juil. | |
| Ljubisa Brocic | 3 oct. 1911 | 1 janv. 1980 | 31 déc. |
| Jack Mansell | 22 août 1927 | 10 sept. 1975 | 31 déc. |
| Danny McLennan | 5 mai 1925 | 1 juil. |