La blessure d'Antoine Dupont : coup dur pour le rugby français

Alors que le XV de France reprenait des couleurs face à l'Irlande, Antoine Dupont a malheureusement été obligé de laisser ses coéquipiers en première mi-temps après avoir subi une grosse torsion de son genou. Le capitaine du XV de France a dû laisser sa place à Maxime Lucu en première mi-temps du match face à l'Irlande.

L’information est tombée ce dimanche 9 mars à la mi-journée. Antoine Dupont a écrit sur ses réseaux sociaux : “Rupture des ligaments croisés. C’est le début d’un nouveau défi, je vous donne rendez-vous dans quelques mois sur les terrains”.

Nature de la blessure

“Un long process va désormais commencer” pour le rugbyman, écrit encore le magazine spécialisé. Et pour Antoine Dupont, cette blessure est d’autant plus préoccupante qu’elle “arrive sur un genou qui a déjà été accidenté”, a rappelé le dirigeant du XV de France Didier Lacroix. Rappelons qu’en cas de rupture des ligaments croisés, la chirurgie n’est pas systématique mais très fréquente, puisqu’elle concerne près de 3 cas sur 4. Dans le cas d’un sportif de haut niveau souhaitant reprendre la compétition, comme c’est le cas ici, la question d’une chirurgie ne se pose même pas, car pour revenir au top, mieux vaut un geste chirurgical précis qu’une cicatrisation imparfaite.

Ligaments croisés : de quoi parle-t-on ?

« Chacun de nos genoux est équipé de deux ligaments « croisés ». Croisés pourquoi ? Parce qu’anatomiquement, ils se croisent au centre du genou comme lorsque l’on met les bras en croix pour signifier un « stop », entre le fémur (l’os de la cuisse) et le tibia (l’os principal de la jambe). Le ligament croisé antérieur (LCA) intervient pour éviter que dans certains mouvements, le tibia et le fémur ne se décalent trop l’un de l’autre, ce qui causerait des lésions du cartilage, voire des ménisques. Il est très sollicité lors des mouvements sportifs. Le ligament croisé postérieur (LCP) est très solide, il empêche pour sa part que le tibia ne se déplace trop en arrière. Typiquement, il est touché dans les lésions dites du « tableau de bord », quand lors d’un accident de voiture, le tibia est poussé brutalement d’avant en arrière par l’impact du genou plié. Voici donc les deux protagonistes de ce qu’on appelle le « pivot central » du genou. »

En clair, les ruptures du LCA sont connues de tous, passionnés de sport en premier lieu, car elles sont très fréquentes et en augmentation constante. Les ruptures du LCA sont souvent mal tolérées, générant douleurs, sensations d’instabilité et s’accompagnent fréquemment de lésions méniscales qui, si elles ne sont pas réparées dans le même temps, conduiront également à des douleurs ou autres sensations de blocages. Une majorité des ruptures du LCA sont donc opérées, a fortiori chez le sportif de haut niveau. Les techniques chirurgicales sont standardisées, aisées et donnent d’excellents résultats.

Les ruptures du LCP sont beaucoup plus rares, dix à quinze fois moins fréquentes, classiquement peu symptomatiques et handicapantes. Elles ne nécessitent pas de traitement chirurgical au premier abord et quand chirurgie il y a, la réparation est techniquement plus difficile. Enfin, la fameuse rupture « des ligaments croisés » est en réalité exceptionnelle et, paradoxalement, l’expression est bien trop souvent utilisée à tort. Une rupture de nos deux ligaments croisés dans le même temps suppose un mécanisme traumatique grave, à haute cinétique, en tout cas suffisant pour générer une perte complète de contact entre le fémur et le tibia (ce qu’on appelle une luxation). Il peut s’agir d’accidents graves de ski ou de moto, mais en aucun cas de football ou de rugby.

Pronostic et durée d'indisponibilité

Antoine Dupont va être éloigné des terrains pendant plusieurs mois à la suite de sa lourde blessure subie face à l’Irlande. Une rupture du ligament croisé du genou droit, s’accompagnant d’une lésion du ligament collatéral et du ménisque interne.

Après sa rupture des ligaments croisés du genou, Antoine Dupont devrait retrouver les terrains dans un "délai idéal" de "huit mois", estime auprès de l'AFP Jean-Philippe Hager, ancien médecin du XV de France, selon qui le capitaine des Bleus pourra revenir avec un genou "à 100%" en novembre.

Jean-Philippe Hager explique: "Si on reprend avant huit mois, il y a un peu plus de risques de re-casser." Durant ce laps de temps, que les supporters du XV de France et du Stade toulousain trouveront forcément trop long, "Toto" va devoir passer par plusieurs étapes, qu'il connaît déjà pour les avoir suivies en 2018. D'abord une opération qui peut survenir plus ou moins vite en fonction du chirurgien et de la nature de la blessure. "Dans le cas présent, je pense qu'ils vont prendre une décision surtout en fonction du ligament interne, (...) mais à mon avis ils ne vont pas traîner", avance le médecin lyonnais avant de détailler le geste: "On prend un morceau de tendon ailleurs qui va être greffé à la place du ligament."

La suite se déroule en trois phases qui doivent permettre au demi de mêlée de retrouver ses facultés à plein. En premier lieu, "une phase de récupération de la mobilité et du confort" pour se remettre de l'opération, avant "une deuxième phase qui va être basée sur le renforcement musculaire", avec par exemple la reprise du vélo. Ces deux premières phases amèneront Dupont jusqu'au troisième mois post-blessure, courant mai. Le champion olympique de rugby à VII pourra alors passer à la réathlétisation "avec une reprise de la course à pied qui sera autorisée en fonction de l'état des ménisques, entre le troisième et le quatrième mois", selon l'ancien médecin du XV de France, entre 2007 et 2011.

Si le délai de huit mois est tenu, Antoine Dupont reprendra sa vie de rugbyman en novembre, quand la saison 2025-2026 de Toulouse aura bien débuté et que le XV de France s'apprêtera à lancer sa tournée d'automne.

Son ancien coéquipier au Stade Toulousain, Sofiane Guitoune a aussi connu cette blessure. Interrogé par Sud Radio, il a accepté de partager son expérience: "C’est une blessure grave, importante, car le temps d’arrêt il est long. Mais aujourd’hui cela se soigne très bien, raconte l’ancien centre des "rouge et noir" et de l’équipe de France (9 sélections). Il n’y a pas de doute sur le fait que Toto (surnom d’Antoine Dupont) va très bien se soigner. Et l’ex-rugbyman qui suit aujourd’hui une formation de préparateur physique a tenu à voir le verre à moitié plein au sujet de ce repos forcé dont est victime Antoine Dupont. "Des fois, c’est un mal pour un bien quand on connaît la cadence que Toto a, que les internationaux ont… C’est malheureux mais aujourd’hui c’est la seule petite porte qui te permet de souffler et de faire régénérer ton corps", explique Guitoune.

Pour le Dr Hager, le fait que Dupont ait déjà subi la même blessure au même endroit n'est pas forcément facteur d'inquiétude. "Je pense surtout qu'il n'a pas de chance parce que ça aurait été n'importe quel genou, vu l'action, il y avait une lésion", estime-t-il en référence à la pression terrible exercée sur sa jambe par le deuxième ligne irlandais Tadhg Beirne et le pilier gauche Andrew Porter.

Le N.9 va donc d'abord passer beaucoup de temps avec les équipes médicales toulousaines, avant de passer entre les mains des kinés et, petit à petit, de retrouver les préparateurs physiques des champions de France. "L'objectif, c'est un genou stable et confortable, capable de tout faire comme avant, à 100%", résume Jean-Philippe Hager.

Blessure lors de la Coupe du Monde 2023

La Coupe du Monde d'Antoine Dupont est compromise suite à un choc violent lors du match France-Namibie (96-0) le jeudi 21 septembre. Le capitaine du XV de France a été victime d'une "fracture maxillo-zygomatique" et son avenir dans la compétition est incertain.

Sorti touché au visage à la 46ᵉ minute après une collision avec le centre Johan Deysel, Antoine Dupont a passé des examens à l'hôpital de Provence qui ont révélé une "fracture maxillo-zygomatique". Selon Laurent Labit, l'entraîneur des avants tricolores, le groupe France va attendre "48 à 72 heures" pour définir l'indisponibilité du demi de mêlée, en concertation avec un spécialiste. Des jours décisifs s'annoncent donc pour l'avenir du Toulousain dans cette Coupe du Monde.

Antoine Dupont va rentrer à Toulouse et sera examiné à l'hôpital Purpan par le Pr. Frédéric Lauwers, spécialiste de la chirurgie maxillo-faciale. Celui-ci déterminera la nature et la gravité de sa blessure. À ce stade, "tout peut être envisagé", selon l'adjoint de Fabien Galthié.

Deux options sont possibles :

  • Une opération, qui écarterait définitivement le capitaine français du Mondial.
  • Un protocole de soins permettant une reprise, espérée pour une potentielle demi-finale (20 ou 21 octobre).

Qu'est-ce qu'une Fracture Maxillo-Zygomatique ?

Ce traumatisme se produit lorsque l'os maxillaire (intérieur de la mâchoire) et l'os zygomatique (pommette) sont touchés. L'os zygomatique protège l'œil. Un hématome apparaît généralement après le choc, comme ce fut le cas pour Antoine Dupont.

Le docteur Charles-Mathieu Bandini, spécialiste de ce type de blessures, souligne l'importance de consulter un chirurgien maxillo-facial en urgence pour une prise en charge adéquate, afin d'éviter des séquelles telles qu'un enfoncement de la pommette, une énophtalmie, une dystopie orbitaire ou une diplopie binoculaire.

Les Scénarios Possibles

Une fois l'hématome résorbé, deux options seront envisagées :

  • Simple fissure sans déplacement : Antoine Dupont pourrait éviter l'opération et observer quatre semaines d'immobilisation minimum. Ensuite, avec une protection, il pourrait rejouer au rugby et participer à la fin du Mondial.
  • Fracture importante avec déplacement : Une opération chirurgicale sera nécessaire pour remettre les os en place. La consolidation osseuse prend entre quatre et six semaines, rendant sa participation à la Coupe du Monde très compromise.

Antoine Dupont forfait ? La vidéo de sa blessure face à la Namibie pendant le mondial de rugby

Réactions à la blessure

Fabien Galthié n'a trompé personne. Le sélectionneur du XV de France a réalisé une conférence de presse théâtrale, jeudi soir, comme pour masquer son inquiétude au sujet d'Antoine Dupont. "J'essaie de plaisanter", a-t-il glissé entre une boutade et une mise en scène impliquant un Charles Ollivon tout aussi bon dans l'exercice. Mais le ton grave n'était jamais bien loin, la Coupe du monde du capitaine des Bleus ayant peut-être basculé négativement au Vélodrome. Ce qui a été confirmé vendredi matin, quand un communiqué nous a appris que Dupont souffrait d'une "fracture maxillo-zygomatique".

Cette incertitude pesante a éclipsé la victoire record des Français, 96-0 contre la Namibie, et aucun joueur n'a feint le contraire en zone mixte. "On risque d'avoir encore besoin d'Antoine", a souri (jaune) Jonathan Danty. "On est inquiet, ça peut être très grave, on va croiser les doigts", a énuméré Thomas Ramos, avant qu'un autre compère de club de Dupont ne se montre plus touché par la situation. "C'est mon ami (...) comme un frère, a rappelé Cyril Baille. On sait ce qu'il dégage dans le groupe. C'est beaucoup de stress… il a pris quand même un gros coup."

Plus encore que la figure de proue du rugby français c'est un leader qui pourrait manquer aux Bleus. "Il ne parle pas énormément mais il parle à bon escient, il arrive à motiver ses troupes, il a toujours le mot juste avec l'aplomb qui va bien pour faire passer les émotions", raconte le troisième ligne. "Il n'a pas besoin d'en faire trop pour être écouté", insiste Cros, qui met ainsi en relief la légitimité dont jouit celui dont tout le monde se préoccupe, en cette pluvieuse nuit phocéenne. Gaël Fickou abonde : "Ce n'est pas quelqu'un d'extraverti. C'est plutôt Charles [Ollivon], moi, Greg [Alldritt] qui parlons beaucoup, mais il est tellement important dans le groupe, dans ce qu'il dégage et dans ce qu'il fait sur le terrain."

La blessure d'Antoine Dupont a suscité une vague de soutien de la part de nombreux sportifs, tels que Hugo Gaston, Yannick Noah, Pierre Gasly et Kylian Mbappé. Le monde du rugby et au-delà retient son souffle, espérant un rétablissement rapide pour le capitaine du XV de France. Son absence représente un coup dur pour l'équipe, mais l'espoir de le voir revenir sur le terrain demeure.

En attendant le diagnostic final, Antoine Dupont reste avec le groupe France.

Polémique autour de la blessure

La presse irlandaise a réagi, bien que timidement, à l’action qui a mené à la blessure d’Antoine Dupont à un genou. La blessure d’Antoine Dupont, au-delà de l’importance du joueur et du match grandiose pendant lequel elle a eu lieu, continue de faire couler de l’encre. Il s’agit ici de la légalité de l’action qui a provoqué sa rupture du ligament croisé au genou droit. Si l’on sort du carcan franco-français forcément synonyme de supportérisme, qu’en dit-on en Irlande ?

On a déjà eu droit à la réaction du sélectionneur intérimaire Simon Easterby, pas convaincu par l’intentionnalité de ses joueurs : "C’est arrivé de manière accidentelle, a-t-il déclaré peu après le coup de sifflet final. Aujourd’hui les joueurs sont bien conscients qu’ils doivent déblayer sur la partie inférieure des adversaires […] Ça peut arriver dans un match.

Owen Doyle, ancien arbitre au niveau international et ex-patron des arbitres à la fédération irlandaise, est davantage de l’avis de Fabien Galthié : "Antoine Dupont a été déblayé par Tadhg Beirne, dont le poids s’est écrasé sur la jambe en porte-à-faux du demi de mêlée, a-t-il écrit dans les colonnes de l’Irish Times. Aussi, l’éditorialiste va plus loin dans la règle et ses limites : "Le corps humain n’est pas destiné à prendre ces déblayages colossaux. World Rugby s’est égaré en faisant évoluer le jeu de telle manière qu’il permette aux joueurs de rentrer dans les rucks sans aucune maîtrise (et de perdre l’équilibre). En ce sens, il n’y a aucune considération pour la sécurité des joueurs adverses visés et touchés par des coups très violents.

Brian Moore, ancien talonneur anglais (64 sélections, cinq avec les Lions), est chroniqueur pour the Irish Independent. Il est un contemporain de Fabien Galthié et assure même : "Je n’ai aucune raison de favoriser l’Irlande au détriment de la France. Il était un grand joueur, il est un très bon entraîneur et je l’apprécie personnellement." Mais le titre de son opinion en dit long : "Fabien Galthié a tort sur la blessure d’Antoine Dupont. "

Easterby a qualifié cette action "d’incident rugbystique" et aucune des deux opinions n’était partiale. Je tends vers l’interprétation d’Easterby, comme l’ont fait les officiels visiblement, sans citer qui que ce soit après-coup, expliquait l’Anglais, tout en donnant sa réelle opinion sur toute cette affaire. Mais mon regard là-dessus est que les commentaires sur l’arbitrage ne servent tout simplement pas l’intérêt supérieur du rugby. C’est après de nombreuses années de réflexion que j’ai cet avis. Sans des règles claires et une protection de la part de World Rugby, la controverse autour de l’arbitrage ne va faire que grandir et s’enflammer.

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