Plus qu’un simple club de Perpignan, l’USAP est le club de rugby de tout un territoire, avec une identité catalane très marquée. Comment un sport comme le rugby contribue-t-il à fortifier l’identité d’une ville, d’une région, à une époque où les repères territoriaux et sociaux se font rares ? Cet article explore l'histoire et la signification du club de rugby de l'USAP, en mettant en lumière les valeurs et les symboles qui incarnent ce club emblématique.

Le drapeau de l'USAP Rugby, symbole de fierté catalane.
Les Racines Catalanes de l’USAP
Avant la Première Guerre mondiale, le rugby, comme le football d’ailleurs, n’était pas encore vraiment un sport populaire. Pendant la grande Guerre, le sport est utilisé par les officiers, pendant les périodes de relève, pour occuper les hommes, mais aussi pour rester en forme. À l’issue du conflit, naturellement, une fois rentrés du front, les soldats continuent à pratiquer chez eux.
Les travaux d’un étudiant, Jérôme Bouchindhomme, il y a quelques années, avaient permis d’établir clairement dans les effectifs du club cette évolution. Alors que l’équipe du titre de 1914, celle menée par Aimé-Giral, qui a payé un lourd tribut pendant la Première Guerre mondiale (sept titulaires de la finale sont morts au front), est composée principalement de militaires et d’étudiants, ce n’est plus du tout la même chose pour celle de 1921. On retrouve beaucoup d’agriculteurs, des ouvriers, des commerçants… La représentation sociologique a changé, mais finalement, elle colle à la population des Pyrénées-Orientales.
S’ensuivra le premier âge d’or du rugby catalan, qui ne sera pas freiné par la Seconde Guerre mondiale. C’est à ce moment que quelques intellectuels régionalistes qui tournent autour de l’équipe, comme le poète Albert Bausil, s’intéressent aux relations avec le Sud et promeuvent dans leurs travaux, l’identité catalane, tout en étant aussi extrêmement nationaliste. Il n’y avait pas, à l’époque, dans la Catalogne du Nord, d’opposition entre le régionaliste catalan et le nationalisme français.
Les Âges d'Or de l'USAP
C’est avec le titre de 1955 que le premier âge d’or se termine. Il faut attendre les années 1990 pour connaître un nouvel âge d’or avec l’arrivée du professionnalisme. Portée par une génération exceptionnelle, qui a remporté le Du-Manoir 1994, mais aussi par des dirigeants visionnaires (Jacques Rodor et Marcel Dagrenat notamment), l’USAP, réussie très bien son entrée dans le rugby moderne.
De la Nouvelle-Zélande à Perpignan
Ce sont des années au cours desquelles le club renouvelle son image à travers son aspect identitaire. Les relations avec le Sud jouent à plein. On commence à chanter "L’Estaca" chant catalan symbole de la lutte pour la liberté avant les matches et à jouer la "Santa Espina", mais aussi "Els hi fotrem" après chaque point marqué. Sportivement, cela se traduit par des résultats très bons (finales de championnat 1998, 2004, 2010, titre 2009 et finale de coupe d’Europe 2003), une identité de jeu très marquée et des supporters présents partout.
Aujourd'hui
Au début des années 2010, en même temps que les résultats ont chuté, avec notamment, lors de la saison 2013-2014, une cassure au sein de l’effectif entre les joueurs locaux et les étrangers. Le club n’a plus su trouver le bon équilibre. Jusqu’au point même de ne plus passer, un temps, "Els hi fotrem".
Aujourd’hui, plusieurs projets de créer de nouveaux liens sont en cours. Des échanges ont recommencé avec quelques partenaires économiques de Catalogne du Sud. L’Association USAP travaille, elle, avec les clubs espagnols, au développement d’une section à VII. Le président de la Generalitat, Pere Aragonès, en déplacement à Perpignan il y a quelques semaines s’est aussi dit prêt à aider l’USAP. On n’en sait pas beaucoup plus sur ce que ça peut donner.
Les Couleurs et Symboles de l'USAP
L’Union Sportive Arlequins Perpignanais, plus connue sous le nom de l’USAP, connait trois couleurs essentielles : un bleu horizon, sang et or. Le blanc a été la première couleur du club catalan, né en 1902 sous le nom de l’Association Sportive Perpignanaise avant de virer au bleu. Un choix qui a été opéré afin de rendre hommage aux poilus de la 14-18, le club ayant connu de nombreuses pertes durant la première guerre mondiale.
Sur cette tunique bleue va ensuite apparaître un premier logo : un losange, aux couleurs de la Catalogne. Pas au niveau du blason, mais au niveau du nom. L’Association Sportive Perpignanaise devient l’Union Sportive Perpignanaise peu après la Première Guerre Mondiale (1919), avant que l’USP fusionnent avec l’autre club de la ville, l’Arlequins Club Perpignanais. Le losange représentatif des Catalans ne change pas, mais la tunique est légèrement modifiée et est représentative du club.
Un emblème qui ressemble à celui d’aujourd’hui. Mais le blason lui-même va évoluer plus tard. T-shirts, chemises, ou tout autres vêtements ou accessoires vont voir passer cet emblème avant une nouvelle variation dans les années 2010. Toujours en respectant ce fameux losange sang et or, le sigle « USAP » s’inscrit entre le centre et la pointe haute du losange, comme ici avec Dan Carter lors de son arrivée en terre catalane.
Peu avant 2020, l’USA Perpignan fait le choix de ne garder qu’un seul logo. Un écu avec un fond bleu et le losange catalan, avec une identité plus moderne.
La raison de ce choix ? Plusieurs joueurs du club sont tombés pendant la guerre et en hommage aux soldats, l'USAP prend la couleur des uniformes « bleu horizon ». C’est un indice de la forte identité catalane de plus en plus mise en avant depuis quelques années. Le nom du club en catalan est : Unió Esportiva dels Arlequins de Perpinyà. Sa devise (elle aussi en catalan) est « Sempre Endavant », ce qui signifie « Toujours en avant ».
La Devise Catalane
Perpignan est parvenu à renaître de ses cendres. Sempre endavant mai morirem ! (*« Toujours en avant, jamais nous ne mourrons »). La devise catalane n’avait jamais aussi bien été incarnée par l’Usap. Le club catalan n’a plus à prouver, aujourd’hui, sa capacité à franchir tous les obstacles, à se relever de toutes les tempêtes ainsi que sa faculté à renaître de ses cendres.
On est bien connu pour être têtus nous les Catalans donc l'âne nous correspond bien ! La traduction littérale de cap de burro, c'est "tête d'âne". Cap de burro se dit d'une personne têtue, ce qui vaut pour tous les catalans, enfin d'après ceux qui n'ont pas la chance de l'être bien sûr. La catalogne est d'autant plus associée à l'image de l'âne qu'il existe une race autochtone de la bête, mais wikipédia t'en dira plus et mieux que moi à ce sujet. Faire référence à un animal pour le choix d'une mascotte est assez courant, et pour l'USAP, l'âne s'est visiblement imposé de lui-même.
Valeurs Fondamentales du Rugby
Dans l’univers du rugby, les dimensions physique, technique et stratégique sont très présentes au cours de la partie mais n’occultent à aucun moment la richesse des relations interpersonnelles et intersubjectives (faites de confiance, de connaissance réciproque et de complémentarité) qui se tissent entre les quinze joueurs d’une même équipe.
Le rugby suppose dans un premier temps la coopération entre partenaires d’une même équipe. Mais cela n’empêche pas, bien au contraire, le respect d’autrui à travers les adversaires (on joue contre eux, mais aussi avec eux) : « l’affrontement avec l’autre permet donc de se situer, de trouver sa place. On se mesure à un adversaire égal, miroir de soi-même, pour affirmer sa propre identité. […] L’idéal maçonnique disait “se construire ensemble”, et c’est bien ce qui fait l’essence même du rugby ».
Le combat collectif (notamment dans l’épreuve de force que constitue la mêlée) et les nombreuses situations frontales d’affrontement physique (dans les regroupements, par exemple) présupposent à la fois le courage individuel et la solidarité face à l’adversité. Pierre Sansot écrit à ce propos : « le rassemblement d’un groupe autour d’une action fondamentale […] touche aux confins du sacré, au tréfonds de la condition humaine ».
La pratique du rugby s’accompagne également d’intelligence tactique pour choisir les solutions individuelles et collectives les plus adaptées au rapport d’opposition mis en évidence par le contexte de jeu. En effet, le « bon joueur doit capter le plus grand nombre d’informations […] et opérer le “bon choix”. […] Ce qui rend la performance méritoire, c’est qu’il possède un délai fort court. […] De là une vivacité d’esprit indispensable ».
Tableau récapitulatif des valeurs du rugby
| Valeur | Description |
|---|---|
| Coopération | Travail d'équipe et soutien mutuel. |
| Respect | Considération pour les adversaires et les règles du jeu. |
| Courage | Affronter les défis physiques avec détermination. |
| Solidarité | Soutien face à l'adversité et esprit d'équipe. |
| Intelligence tactique | Prise de décisions rapides et efficaces. |
| Convivialité | Esprit festif et partage après le match. |
Cette intelligence tactique s’accompagne aussi d’une nécessaire prise d’initiative pour sortir à bon escient des schémas de jeu préétablis et impulser un peu de créativité. Celle-ci consiste à aller « du désordre à l’ordre, ou, à l’inverse, de l’ordre au désordre, bref à restructurer l’ordre […] de la relation à autrui […] d’une manière nouvelle qui nous est plus favorable ».
Le rugby, sport collectif de combat indissociable d’une certaine rudesse place au firmament le goût de l’effort qui permet de supporter la durée des matches, les aléas du score et des intempéries. Enfin, la dernière de ces valeurs - et non la moindre - est la convivialité qui se manifeste après le match lors de la fameuse “troisième mi-temps” et permet de poursuivre - ainsi que l’observe Jean-Jacques Boutaud - la rencontre des autres dans le cadre festif et décontracté d’un repas : « la table rassemble, réunit, place au même niveau, gomme les barrières sociales. Elle installe et instaure le partage, la confiance, voire la confidence. […] Elle est signe de communauté, de communion ».
Si pour le stratège Carl von Clausewitz, la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens, la troisième mi-temps constitue au rugby à la fois la continuation rassérénée des percussions rugueuses et l’instrument permettant l’instauration d’une paix des braves qui prolonge sur le plan de la parole la geste guerrière des corps. Ainsi, la table autour de laquelle se réunissent les joueurs des deux équipes rassemble un microcosme organisé, une véritable microsociété et représente « un lieu de plaisirs partagés, de communion des corps et des cœurs ».
La troisième mi-temps au rugby est organisée autour de la commensalité, c’est-à-dire du repas pris en commun : à ce titre, elle sera considérée, écrit Pascal Lardellier, « comme le cœur de la vie sociale et un formidable théâtre relationnel, lieu de partage et de plaisirs, impitoyable prisme sociologique ».
Tout à la fois art du partage, plaisir de l’échange et volupté de la transmission, le rugby est une « métaphore vive » (pour faire référence à Paul Ricœur) de la société française.