La JDA Dijon Handball décroche le bronze à la Ligue Européenne: Un Palmarès en Or

Le weekend des 3 et 4 mai 2025 restera gravé dans l'histoire du handball dijonnais. Avec cette médaille de bronze de la Ligue européenne, arrachée dans la "petite finale" contre les Allemandes de Blomberg-Lippe, une épopée qui donne un coup de frais à la carte de visite de la JDA Dijon Handball sur la scène continentale, alors que les dernières grandes heures dataient de 2005.

"ici Bourgogne" a suivi l'équipe au plus près, tout à l'est de l'Autriche, à Graz, près des frontières avec la Hongrie et la Slovénie. Récit d'un long et trépidant weekend. Cinq jours qui changent une saison, peut-être des carrières, et l'histoire d'un club. De la tristesse de la défaite en demie à l'immense joie de gagner la petite finale, les handballeuses de la JDA Dijon rentrent d'Autriche avec une médaille de bronze.

Prologue : Une Longue Attente

En attendant ce "Final 4" européen, la JDA Dijon vit à un drôle de rythme pendant le mois d’avril. Une sorte de long calme avant la tempête. En cyclisme on dirait un faux-plat.

La redescente a été rude après la qualification arrachée fin mars en Allemagne dans ce quart de finale contre Bensheim. Les Dijonnaises s'inclinent chez des mal-classées quelques jours après, à Mérignac, et se compliquent la tâche dans leur course au podium en championnat.

Puis elles doivent attendre... 22 jours pour retrouver la compétition - même si certaines internationales, comme l'ailière Nina Dury, sont sur le pont avec leurs sélections. Il y a aussi des tourments en coulisses, avec la mise à l'écart - toujours bien mystérieuse dans ses raisons - de l'adjoint historique Anthony Favier.

Des incertitudes sur le calendrier qu’il faut réorganiser... Brest comme prévu ? Non, impossible, les Bretonnes sont engagées en Coupe d'Europe, incompatible ce weekend-là. Plan-de-Cuques ? Sambre-Avesnois ? Personne ? Ce sera Sambre-Avesnois. Une équipe de bas de tableau que la JDA écarte sans soucis devant le public du Palais des sports. Les Dijonnaises peuvent désormais être 100% concentrées sur l'Europe.

Jeudi 1er mai : Le Départ Vers l'Aventure

Pas de jour férié quand on est sportif de haut niveau. Alors que l'odeur de muguet plane dans les rues, la délégation dijonnaise quitte la Cité des Ducs dans une atmosphère printanière, voire estivale.

En cette fête du travail, les Dijonnaises montent à bord d'un bus, pour rallier Zurich, en Suisse, en un peu plus de quatre heures. C'est le plus pratique à proximité de Dijon, de là part un vol direct pour Graz. La JDA fait donc le pont... aérien.

En début de soirée, les joueuses, leurs entraîneurs, kinés, analystes, communicants, intendants, découvrent leur hôtel situé près de la gare, et non-loin du "Mur", le fleuve qui sillonne la ville. Tout le couloir est décoré aux couleurs du club. Les joueuses peuvent lire les messages affichés, avec entre autres des messages d'encouragements d'anciennes capitaines du club.

Pour patienter, le temps du voyage, "ici Bourgogne" ouvre le placard à archives, en se remémorant cette finale de Coupe d'Europe "apocalyptique" de 1993 en Roumanie, époque CSLD. Et en écoutant les souvenirs de Ludivine Jacquinot, finaliste en 2005 avec le CDB.

Vendredi 2 mai : La Prise de Repères à Graz

Les Dijonnaises se réveillent à Graz. Au sud-est de l'Autriche aussi, l'été a pris un peu d'avance. La deuxième ville du pays par sa population (270.000 habitants), connue par les fans de foot pour son club du Sturm Graz, est loin d'être une fourmilière. Le centre-ville - classé au patrimoine mondial de l'UNESCO - est propret, coquet.

On retrouve des traces du règne des Habsbourg, du temps où des Empereurs avaient leurs quartiers dans la région, en Styrie. Les façades sont soignées, les églises aussi fastes et chargées à l'intérieur que sobres à l'extérieur. Comme un grain de beauté qui donne à un visage un charme certain, des constructions modernes voire futuristes s'incrustent parmi les bâtiments classiques.

Sur les grandes platz, les terrasses affichent complet, il faut être patient pour déguster un schnitzel, la fameuse escalope panée autrichienne, arrosé de jus de citron. Chaque espace vert est copieusement fleuri. Les tramways, sûrs d'eux dans leur dédale de rails, usent et abusent de leurs avertisseurs. Les locaux attendent sagement que le petit bonhomme passe au vert avant de traverser, même si la rue est vide.

Telle est la carte postale que découvre la délégation dijonnaise. Pendant une petite heure, elle arpente le centre historique à l'ombre du Schlossberg, cette colline où trône la Tour de l'horloge, attraction touristique majeure de la ville. Testée et approuvée, l'ascension par les centaines de marches est un réveil musculaire efficace pour les quadriceps.

En milieu d'après-midi, un bus emmène les Dijonnaises en périphérie du centre-ville, dans un quartier résidentiel. Entre un supermarché, une pizzeria/kebab, une voie ferrée et des habitations banales, le Raiffeisen Sportpark de Graz ouvre ses portes. C'est un rectangle de béton, vitré sur toutes ses faces au rez-de-chaussée, d'aspect massif, avec des murs gris, des sièges noirs, et un sol bleu.

Sur le terrain, ce vendredi, chaque club peut s'entraîner pendant 1h15, pas plus. Les Dijonnaises commencent dans une joie bruyante, avant de se renfermer peu à peu, englouties par la concentration et la demie qui approche. Au micro "ici Bourgogne", Clément Alcacer, l'entraîneur, Christophe Maréchal, le directeur sportif, et les joueuses se relaient pour afficher leurs ambitions. Dijon n'est pas favori ce weekend, loin de là, mais se verrait endosser le costume de la grosse surprise.

Samedi 3 mai : La Déception en Demi-Finale

En ce samedi matin, à quoi pensent les joueuses en touillant leur café au petit-déjeuner de l'hôtel ? Juste avant une demi-finale, européenne de surcroit, on se fait forcément déjà le match dans la tête. Tandis qu'elles arrivent à la salle, accueillies par une grappe de supporters, un autre match se prépare.

Dans la première demi-finale, les Allemandes de Blomberg-Lippe défient les Danoises d'Ikast. Ces dernières, avec leur ribambelle d'internationales et leur palmarès (trois titres en C3), sont considérées comme les grandes favorites. Les Scandinaves passent d'ailleurs sans encombre.

Une fois le terrain libéré, les joueuses de la JDA peuvent venir s'échauffer, au rythme de Plastic Bertrand et Desireless. So french, "Voyage, Voyage" ! C'est cliché, c'est vrai, mais l'intention est louable.

Juste avant 18h, le palpitant s'emballe, sous les yeux de la légende du handball dijonnais époque CDB, Martina Školková, venue en voisine. La lumière s'éteint, l'hymne de la compétition est diffusé. Les joueuses entrent une par une, suivies par un rond de lumière comme dans un music-hall, pendant que le speaker énumère leurs noms, sans trop les écorcher, bravo. Protocole terminé, place au jeu.

Face au club allemand du Thüringer HC, plus expérimenté sur la scène européenne - et ça se voit - la JDA tient 20 minutes avant de craquer. Un gouffre de six buts s'est créé, impossible à combler. L'arrière autrichienne Johanna Reichert, qui joue à domicile, est en feu (16 buts sur 22 tirs). Claire Vautier est expulsée. La JDA est surclassée (35-29), les rêves d'or et d'argent s'envolent. Les constats sont lucides ,"elles ont été meilleures". L'opportunité d'aller conquérir le bronze dès le lendemain rend la plaie moins vive.

Si le niveau de jeu a été à la hauteur des espérances, on ne peut malheureusement pas en dire autant de l'ambiance dans les tribunes. Alors que Graz accueille pour la 3e fois d'affilée le "Final 4" de cette Ligue européenne, la salle de 3000 places est garnie au tiers seulement (et encore, ça dépend des matchs...). Il y avait presque autant de monde sous le soleil du Jardin Darcy devant l'écran géant. Un gros échec pour l'EHF, qui organise la compétition.

Pas de publicités en ville ou même dans le quartier, l'évènement est invisible, les locaux ne sont pas au courant. Pourquoi ne pas avoir par exemple invité des jeunes des clubs de hand du coin ?

Heureusement, quelques centaines de courageux ont traversé l'Europe. Le contingent dijonnais représente une grosse cinquantaine de personnes, t-shirt blanc, JDA marqué en gros au milieu, on ne peut pas les rater. Certains supporters ont fait ce weekend plus de 24h aller-retour sur la route, à huit dans un minibus. Les plus nombreux sont les Danois d'Ikast, la "Yellow Army". Particularité notable : ils font la chenille pour célébrer les buts de leur équipe. Suivent les Allemands du Thüringer HC, THC, en rouge. Ils ont eu la "bonne" idée d'enfumer le hall du Sportpark en craquant des pots de fumée, les pompiers ont dû intervenir. Et ceux de Blomberg-Lippe, en bleu et blanc, une poignée à peine, dont trois avec des tambours.

Dimanche 4 mai : Une Nouvelle Ligne au Palmarès

La soirée de la veille n'a pas été drôle. De l'avis général, au repas du soir, l'ambiance était morne. Il a fallu se réparer, faire les soins avec les kinés. Ne pas trop ressasser les erreurs et la défaite de l'après-midi... et immédiatement préparer cette petite finale contre Blomberg-Lippe. Les meilleures ennemies des Dijonnaises sur la scène européenne cette saison. Deux matchs, deux victoires des Allemandes en phase de groupe. Au delà du bronze, il y a une double revanche à prendre.

Dans sa causerie, Clément Alcacer exhorte ses joueuses de remettre la déception à plus tard. Sur le terrain, la JDA est intraitable, elle prend l'avantage et ne le lâche plus. L'avance monte jusqu'à sept buts, puis elle fond progressivement. Les Allemandes recollent à une longueur. Frayeur... de courte durée. Nouveau coup d'accélérateur, les Dijonnaises sont au dessus.

Quand elles comprennent que c'est bon, à trois minutes de la fin, toutes les remplaçantes se lèvent, se prennent pas les épaules. Le coup de sifflet met fin à un suspense qui n'existait plus, victoire 32-27, elles envahissent le terrain pour célébrer. Ces Bronzées ne font pas du ski, et leur victoire est tout sauf un malentendu. Les larmes coulent, sur le terrain et dans les tribunes. Un mot est dans toutes les bouches : "fierté". Le ban bourguignon est entonné, accompagné par une corne de brume.

La remise des médailles se fait directement sur le terrain, les podiums c'est sans doute démodé. Les traditionnelles interviews, les photos... et que la fête commence ! Enfin, presque, il a fallu patienter encore un peu, le temps de la finale, qui verra finalement Thüringer s'imposer contre Ikast, déjouant les pronostics.

Les Dijonnaises sortent une enceinte pour mettre la musique et prennent possession du hall du Sportpark, où se trouve un bar/restaurant. "Tito" Maréchal, le directeur sportif, reproduit son désormais fameux déhanché, sur un air des Rita Mitsouko. La joyeuse bande improvise un paquito dans le hall, comme aux fêtes de Bayonne, tout le monde y passe, des enfants aux plus âgés. Les familles de certaines joueuses sont là, des amis aussi. Les embrassades et les rires s'enchaînent pendant plus d'une heure au milieu des bières et des assiettes de frites.

La suite de la soirée est très pluvieuse. La question se pose d'ailleurs : est-ce que ça peut rouiller une médaille en bronze ? Pour parachever le weekend, le club a réservé un bar près du centre-ville où se rejoignent joueuses, staff, dirigeants, partenaires, bénévoles. La décompression est légitime et méritée. Le serveur, travaillé au corps, craque et autorise même l'équipe à prendre le contrôle de la playlist. C'est l'avantage : on fait un peu ce qu'on veut avec une breloque autour du cou, c'est le meilleur des passe-droits !

Lundi 5 mai : Pas le Temps pour la Graz Matinée !

La nuit a été courte. Réveil 7h, départ de l'hôtel vers 8h, décollage de Graz à 11h. Puis rebelote, Zurich, le bus, et retour à la maison. En attendant l'embarquement à l'aéroport, Clément Alcacer et ses adjoints ont les ordinateurs ouverts.

Pourquoi une telle hâte, alors que l'adrénaline n'est pas encore totalement retombée ? Sûrement pour étudier ce qui a marché ou non pendant le weekend, tant que les matchs sont encore chauds. Et surtout parce que se profilent deux rencontres cruciales dans la course au podium - et plus largement aux cinq premières places, qui offrent un ticket européen pour la saison prochaine.

Direction le Paris 92 jeudi, avant de rejouer dimanche, cette fois-ci au Palais des sports de Dijon, contre Nice. Alors attention au revers de la médaille, dans l'euphorie, un avertissement plane : ces émotions incomparables, ce serait dommage de ne pas pouvoir les revivre l'an prochain.

Tableau des médailles du Final Four de la Ligue Européenne 2025

Position Équipe Pays
1ère Thüringer HC Allemagne
2ème Ikast Danemark
3ème JDA Dijon Handball France

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