Dépôt de bilan des clubs de Ligue 1 : Une crise financière persistante

Le football français traverse une période tumultueuse, marquée par des difficultés financières croissantes pour plusieurs clubs de Ligue 1. L'été risque d'être dévastateur pour un club en grande difficulté financière, qui risque le dépôt de bilan sans une amélioration rapide de sa situation. Les calendriers sont publiés, et les décisions ont donc été prises et validées ou invalidées par la DNCG ces dernières semaines. Dans les championnats fédéraux, il ne reste qu’un seul cas en suspens, et cela ne va clairement pas dans le bon sens.

Cas de l'AC Ajaccio

L’AC Ajaccio a été relégué en National en raison de son déficit copieux. Le projet de reprise par un investisseur catalan s’est écroulé, les promesses de virement ne suffisant pas pour convaincre le gendarme financier. Récemment, l’avocat catalan Arnau Baqué Roig, qui se portait candidat au rachat, a expliqué qu’il renonçait à son projet après le deuxième refus de la DNCG, qui portait sur un investissement possible de 17,5 millions d’euros. L’Espagnol a tourné les talons, mettant déjà en lumière des tensions avec les dirigeants actuels et assurant qu’il ne se sentait pas le bienvenu en Corse.

Des dettes colossales pour une équipe de Ligue 2

Il faut dire que, malgré la situation compliquée, le déficit ne cesse de se creuser à l’ACA, où l’homme d’affaire catalan apparaissait surtout pour régler les énormes ardoises. En effet, le déficit de la formation d’Ajaccio est de 8 millions d’euros, et la dette accumulée est de 13 millions d’euros. Le programme de la reprise en championnat National a été repoussé ou interrompu, et selon France Bleu il faudrait un apport de fonds d’urgence pour pouvoir repartir. Dans le cas contraire, le dépôt de bilan serait quasiment inévitable pour la formation qui était encore en Ligue 2 la saison passée. Un nouveau projet de reprise est suggéré en interne, mais avec des délais extrêmement compliqués puisque la reprise sportive est prévue le vendredi 8 août 2025, et les joueurs ne se précipitent pas pour signer à l’AC Ajaccio dans ces conditions.

Après avoir déposé le bilan lundi, l'AC Ajaccio a été placé en liquidation judiciaire mercredi après-midi par le tribunal de commerce de la ville. Quelques jours après le dépôt de bilan, voilà la liquidation judiciaire pour l'AC Ajaccio. En effet, après la décision du tribunal de commerce de la ville, une source judiciaire s'est confiée à l'AFP : « Le montant de la dette déclarée est de l'ordre de 13,5 millions d'euros et il y avait 65 salariés au jour de la liquidation ».

Plusieurs signalements Tracfin - la cellule de renseignement financier du ministère de l'Économie et des Finances - ont été effectués concernant la gestion du club, et une enquête est en cours. Plusieurs démissions de dirigeants actées mercredi. L'association AC Ajaccio est désormais la seule structure pouvant gérer les équipes réserves et de jeunes pour la saison à venir alors que l'ACA avait été rétrogradé administrativement en Troisième Division par la DNCG puis expulsé de toutes les compétitions nationales.

Ce jeudi demeure le dernier jour pour un éventuel appel de la décision de la commission fédérale de la DNCG - jusqu'à minuit - mais cette possibilité aurait été abandonnée de source proche du club, d'après nos confrères d'Ici, cela au profit de l'intégration de l'équipe réserve et des équipes de jeunes en championnat régional. Toujours selon Ici, au moins une partie des dirigeants a démissionné mercredi, dont Stéphane Vannucci, en sa qualité de Vice-président de l'association sportive. Des supporters et socios se sont mobilisés tandis qu'une cagnotte en ligne a recueilli 23 000 euros en moins de quatre jours, avec l'espoir de sauver le club et repartir en National 3. Créée en 1910, l'AC Ajaccio a remporté deux titres de champion de France de Ligue 2 en 1967 et 2002.

Les droits TV et les risques pour les clubs

Il y a quelques jours, Waldemar Kita a directement interpellé Vincent Labrune au sujet des versements des droits TV normalement effectués en août et octobre. « Comment va-t-on faire au niveau de la trésorerie ? Une problématique qui touche également sept autres clubs de Ligue 1, qui comme le FC Nantes, sont classés « à risque de dépôt de bilan » selon l’Équipe en cas d’absence de mise en place de solution pour les droits TV prochainement.

La LFP réfléchit sérieusement à réaliser une chaîne 100% Ligue 1 avec un tout nouveau dispositif expliqué ici par le journaliste Daniel Riolo au micro de « L’After Foot » (RMC Sport) : « Ce sur quoi on bosse (à la LFP, ndlr), et ça c’est nouveau, ce sont des offres différenciées : 30 euros, qui serait une offre intégrale avec 100% des matchs, plus des résumés, des émissions et des vieux matchs qui passeraient sur la chaîne… et là, c’est totalement nouveau et ça pourrait ouvrir des portes assez infinies, il y aurait une offre à 15 euros, pour juste ton club.

Face aux incertitudes sur le paiement des droits TV par DAZN, le football français tremble. Philippe Diallo, président de la FFF, appelle à une réunion en mars pour tenter de trouver des solutions. La Ligue 1 traverse une nouvelle tempête financière. DAZN, principal diffuseur du championnat, menace de ne pas verser l’échéance de 35 millions d’euros attendue pour le 14 février. Face à cette menace, la LFP a saisi la justice en référé, tandis que la FFF tente de rassembler les acteurs du football français pour trouver une issue. Si la crise touche l’ensemble du football professionnel français, certains clubs sont plus vulnérables que d’autres.

Ces dernières saisons, plusieurs clubs ont déjà flirté avec la zone rouge financièrement, malgré une gestion prudente. La situation rappelle le fiasco Mediapro de 2020, lorsque le diffuseur sino-espagnol avait brutalement cessé ses paiements, laissant les clubs dans une crise sans précédent. Au-delà du problème des droits TV, cette crise met en lumière les faiblesses structurelles du football français. Si des clubs comme l’AS Saint-Étienne, grâce à son rachat par Larry Tannenbaum, peuvent aborder cette crise avec plus de sérénité, d’autres n’ont pas cette marge de manœuvre et redoutent un scénario catastrophe. On pense naturellement à Angers, Le Havre Montpellier.

Rétrogradations administratives et précédents

La Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) a acté mardi soir la relégation administrative de l'Olympique lyonnais en Ligue 2. Dans le viseur de la DNCG depuis quelque temps, l'Olympique lyonnais a finalement vu le gendarme financier du football français lui ordonner une descente administrative en Ligue 2 en raison de garanties insuffisantes.L'OL est loin d'être le premier club français à avoir été l'objet d'une rétrogradation administrative de la part de la Direction nationale du contrôle de gestion, une commission indépendante qui surveille les comptes des clubs français.

De nombreux précédents existent : Bordeaux, Sochaux, Bastia ou encore Sedan. L'Olympique Lyonnais a été rétrogradé mardi en Ligue 2 par la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG). Relégué à titre conservatoire cet hiver faute d'avoir apporté les garanties demandées par le gendarme financier du foot pro et en raison d'une dette de 175 M€, le club était sous la menace d'une confirmation de cette lourde sanction. Il a fait appel. Les Gones sont loin d'avoir été le seul club à se trouver dans une telle situation ces 35 dernières années.

Girondins de Bordeaux

C'est le cas des Girondins de Bordeaux, six fois champions de France dans leur histoire et qui évoluent désormais en National 2. Pour rappel, en juillet 2021, la DNCG avait prononcé la rétrogradation du club de la Ligue 1 à la Ligue 2 en raison de ses difficultés financières. Une décision confirmée en appel, avant qu'une nouvelle relégation administrative, de la Ligue 2 au National (3e division), ne soit prononcée en fin de saison 2022, faisant craindre un dépôt de bilan.

Cette descente aux enfers s'est poursuivie fin juillet 2024, avec la rétrogradation cette fois en National 2, décidée par la DNCG fédérale après le placement en redressement judiciaire du club. Néanmoins, ce mardi 24 juin, la commission fédérale a validé son budget pour la saison 2025/2026, juste après la fin de la procédure de redressement judiciaire.

Deux jours après avoir annoncé qu’ils ne feraient pas appel de leur rétrogradation administrative en National 1 devant la DNCG, les Girondins de Bordeaux en la personne de Gérard Lopez ont fait part à la FFF de leur décision d’abandonner leur statut professionnel acquis en 1937. Cette décision entraînera une série de départs sans précédent et la fermeture de leur centre de formation.

En 2018, le groupe M6 cède les Girondins de Bordeaux à General American Capital Partners (GACP) et à King Street, qui rachète les parts de GACP l'année suivante. King Street finit par se retirer avec un déficit d'environ 55 millions d'euros. Le club, alors rétrogradé administrativement en Ligue 2, est repris à l'été 2021 par Gérard Lopez. Le club reste en L1 puis descend en 2022, sans parvenir à remonter l'année suivante. À l'issue d'une nouvelle saison dans l'antichambre, le club est endetté à hauteur de 42 millions d'euros. Et se retrouve relégué administrativement en National, finalement en National 2 après un redressement judiciaire. Longtemps dans la course à la montée en National, Bordeaux a terminé 4e de son groupe cette saison. Il évoluera la saison prochaine en N2, la quatrième division.

Sochaux

En 2023, le FC Sochaux-Montbéliard avait subi le même sort que les Girondins de Bordeaux. Le double vainqueur de la Coupe de France (1937 et 2007), qui n'a pas réussi à combler un déficit de 22 millions d'euros pour rester en Ligue 2, a vécu une rétrogradation en National en juillet 2023. Après la décision en appel de la DNCG (Direction nationale du contrôle de gestion), le club sochalien avait dû présenter un budget viable pour le National, afin d'éviter d'être rétrogradé en National 3. Le FCSM s'est maintenu dans la Troisième Division française ces deux dernières saisons, en finissant respectivement 8e et 12e.

Bastia

Incapable de présenter des garanties pour jouer en Ligue 2 et après une saison 2016-2017 catastrophique en L1, la DNCG a décidé de rétrograder Bastia en National 3 à l'été 2017. Le club corse a donc perdu son statut professionnel pour la première fois depuis 1965. Mais ce n'est pas tout puisque le projet de dix repreneurs potentiels tombé à l'eau aurait pu être synonyme de Régional 2 pour Bastia. Finalement, le club resté en N3 retrouvera le monde professionnel en 2021.

Après une descente aux enfers en 2017 (dépôt de bilan) le Sporting Bastia retrouve la Ligue 2 pour la saison 2021-2022. C’était il y a 7 ans, déjà. Alors relégué sportivement en L2, le SCB allait finalement atterrir quatre échelons plus bas, en National 3 : 30 millions d’euros de dettes, dépôt de bilan, 50 salariés sur le carreau, tout à reconstruire. Samedi 27 juillet 2021, au stade Armand-Cesari, le « Sporting Club de la Corse », retrouvait, après un long chemin, le monde professionnel face à Nîmes (1-1), tout frais descendu de L1.

Sedan

En dix ans, le Club sportif Sedan Ardennes (CSSA) a connu une rétrogradation à deux reprises. D'abord en juillet 2013, après six ans en Ligue 2, le CSSA est relégué en CFA, le quatrième échelon du football français, par la DNCG, après un redressement judiciaire. Puis Sedan a effectué une belle remontée jusqu'à atteindre le National après ses résultats lors de la saison 2019-2020. Mais, à la suite de nouveaux problèmes financiers, le club est une nouvelle fois rétrogradé, en septembre 2023. Cette fois-ci, en Régional 3. Au terme d'une saison réussie, le CSSA a obtenu, le 4 mai 2024, sa montée en Régional 2.

Si le patron de la DNCG, Jean-Marc Mickeler, avait rassuré quant à la santé économique des clubs français en juillet 2023 sur Europe 1, d'autres formations ont peiné à présenter des garanties financières. Ainsi, le CS Sedan-Ardennes, club centenaire, a dégringolé du National au Régional 3 (8e division) à l'été 2023.

Autres cas notables

L'AS Nancy-Lorraine, autre club phare de l'Hexagone et reléguée sportivement en National 2 à l'issue de la saison 2022-2023, a elle failli descendre administrativement à l'échelon inférieur avant que la commission d'appel ne valide son budget. A noter aussi que Sochaux, Châteauroux, le SC Bastia ou encore l'AC Ajaccio ont été dans le viseur de la DNCG ces dernières années, avec des décisions finales différentes selon la solidité de leur dossier présenté au gendarme du foot.

Un autre cas qui a retenu l'attention des fans est celui de Luzenac, petite formation de l'Ariège qui avait terminé sur le podium du championnat de National lors de la saison 2013/2014, synonyme de montée en Ligue 2. Si la DNCG et le tribunal administratif de Toulouse avaient rendu un avis favorable à cette accession, la LFP s'y était cette fois opposée en invoquant la problématique du stade mis à disposition pour le club.

Arles-Avignon l’a prouvé : du professionnalisme à l’amateurisme, il n’y a qu’un pas. Le club provençal accède pour la première fois de son histoire à l’élite du championnat de France en 2010. Mais le rêve ne dure qu’un an. Cinq années plus tard, Arles-Avignon entame une chute vertigineuse. Le cauchemar est alors loin d’être fini : le 16 octobre 2015, après seulement sept journées de championnat, le club connaît une rétrogradation judiciaire et dépose le bilan. Les Lions sont alors relégués en Division d’Honneur Régionale (Régional 2). Depuis, le club n’est plus jamais parvenu à retrouver un niveau national et végète dans le monde amateur.

Le club connaît un certain âge d’or dans les années 1990 : une demi-finale de Coupe de France (1991), une saison en première division (1995-1996), puis un trophée de la Coupe de la Ligue française de football en 2000 face au PSG, synonyme de qualification pour l’Europe. Lors de l’exercice 2007-2008, le club termine 11e de Ligue 1 et est relégué en National. Une année plus tard, l’ancien international Tony Vairelles reprend les rênes. Mais son arrivée ne résout rien et le déficit se creuse. En avril 2011, le tribunal de commerce de Mâcon liquide Gueugnon, alors que le championnat n’est pas encore terminé. Le club est relégué en Division d’Honneur (Régional 1).

Tout va très vite dans le sport. En 2013, Evian Thonon-Gaillard est finaliste de la Coupe de France. Deux ans plus tard, le club descend en Ligue 2. Il termine alors 18e et est relégué une nouvelle fois, en National. Mais au vu de la situation financière du club, la DNCG refuse que l’équipe évolue à ce niveau et l’envoie en CFA. Le 6 décembre 2016, le tribunal de commerce de Thonon-les-Bains prononce la liquidation judiciaire du club. Les droits sportifs sont alors transférés à la nouvelle association Thonon Évian Savoie Football Club et le club est relégué en… Régional 2.

Tableau récapitulatif des clubs et leurs situations financières

Pour mieux comprendre l'étendue des difficultés financières rencontrées par les clubs de Ligue 1, voici un tableau récapitulatif :

ClubDivision actuelleProblèmes financiersDécisions DNCG
AC AjaccioLiquidation JudiciaireDéficit de 8M€, dette de 13M€Rétrogradation en National puis expulsion des compétitions nationales
Girondins de BordeauxNational 2Endetté à hauteur de 42M€Rétrogradation en National puis National 2
FC Sochaux-MontbéliardNationalDéficit de 22M€Rétrogradation en National
SC BastiaLigue 2Difficultés financières en 2017Rétrogradation en National 3 en 2017
CS Sedan-ArdennesRégional 2Problèmes financiers récurrentsRétrogradations successives en National 2 puis Régional 3

Ce tableau illustre la fragilité financière de nombreux clubs et les conséquences sévères des décisions de la DNCG, pouvant mener à des rétrogradations administratives et des liquidations judiciaires.

La VRAIE raison pour laquelle les clubs français font faillite 💣⚽

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