L'Altitude de Denver et ses Effets sur les Joueurs de NBA

Victor Wembanyama entrait pour la première fois dans l’arène de la « Mile High City » ce dimanche, un défi singulier en NBA. En effet, la ville de Denver, surnommée « Mile High City », est située à plus de 1600 mètres d'altitude, ce qui peut affecter les performances des joueurs. Mais quelle est l'importance réelle de cette différence d'altitude et comment impacte-t-elle les équipes de NBA?

Vue de la ville de Denver, Colorado.

L'Altitude de Denver : Un Avantage Indéniable pour les Nuggets

Située à 1609 mètres d'altitude, Denver porte bien son surnom de "Mile High City". Cette particularité procure aux Nuggets quelques avantages non négligeables à domicile.

En NBA, l’avantage du terrain peut s’expliquer par une myriade de facteurs : la foule en délire devant ses joueurs et boudant les arrivants, ou encore les voyages de l’équipe extérieure en avion avec des trajets pouvant parfois s’avérer long. En fonction du sport, l’avantage du terrain est différent : ainsi, les franchises NBA sont plus avantagées à domicile, avec plus de 6 chances sur 10 d’aller chercher la victoire contre un adversaire de même niveau dans ces conditions. Mais le plus intéressant est l’étude spécifique de Denver.

Historiquement, Denver a su profiter de cet avantage. Les Nuggets des années 80 avec Alex English, David Thompson et Fat Lever, ou encore des two thousands munis de Carmelo Anthony, Gerard Smith et Allen Iverson ont proposé un rythme de jeu très au-dessus de la moyenne, en privilégiant le scoring à la défense.

La mention « 5280 » arborée par Nikola Jokic et ses coéquipiers entre dans ce cadre. Mais il leur arrive aussi d'apparaître avec une tunique bleu roi où l'on peut lire « Mile High City » en jaune, comme ce fut le cas lundi soir pour la réception des Chicago Bulls à la Ball Arena, avec une défaite à la clé (119-129).

En effet, la ville de Denver est située en altitude, où il est plus difficile pour les visiteurs de trouver de l’air et de l’énergie. Vous ne serez donc pas étonné si je vous dis que dès lors que la franchise aligne une équipe compétitive, jouer au Pepsi Center devient cauchemardesque pour n’importe quelle équipe.

Les Denver Nuggets réalisent un superbe début de saison, trônant à une improbable 1ere place de la conférence Ouest, avec le meilleur début d’exercice de l’histoire de la franchise.

Mike Malone souhaite donc bien évidemment tirer profit de cet avantage et a donc insisté sur l'importance pour son équipe de courir et de pousser le rythme très tôt dans les rencontres. En tant qu'équipe au rythme soutenu, les Nuggets en profitent, car ils ont pu améliorer leur condition physique à l'altitude de Denver.

« On le voit tout au long de la saison quand les équipes viennent ici » soulignait le coach. « L'altitude est réelle. Lorsque nous parvenons à établir ce rythme de jeu, il est très difficile pour les équipes visiteuses de le tenir au départ. La plupart des équipes finissent par trouver un second souffle et sont capables de s'adapter à ce rythme. Mais oui, l'altitude est là.

ESPN note d'ailleurs que les Nuggets ont un taux de victoire à domicile (saison régulière) de 65.2% depuis leur arrivée en NBA. Hors de Denver, le pourcentage de succès n’est que de 35%, soit une différence de 30.2 points de pourcentage entre les victoires à domicile et à l’extérieur.

Comment l'Altitude Affecte-t-elle l'Organisme des Joueurs?

En arrivant sur le tarmac, vous sentez comme une gêne. Respirer vous demande plus d'efforts que d'habitude. Si les joueurs possèdent aujourd’hui tous les outils pour réaliser des séances en hypoxie dans leur salle de sport, ils ne sont guère habitués à vivre avec le manque d’oxygène… A part ceux qui habitent en haute altitude. Denver et Utah sont en NBA ces deux franchises où les joueurs sont confrontés en permanence à ce type de condition. Ils sont ainsi habitués à cette privation d’oxygène, à la différence de leurs rivaux.

On dit souvent que plus on monte en altitude, plus l’air se raréfie. Si la sensation est réelle, c’est en revanche factuellement faux. La même quantité d’air est présente peu important l’altitude où vous vous trouvez. C’est en réalité la densité de l’air qui se transforme, puisque la pression diminue.

Avec cette diminution de la pression, les molécules d’oxygènes disponibles pour faire fonctionnez vos cellules diminuent. Ce changement s’appelle l’hypoxie, une diminution du taux d’oxygène dans le sang.

Dès lors que vous arrivez en altitude, votre corps va donc devoir faire un travail d’accommodation, qui peut s’apparenter à un travail de compensation. Il y aura donc en premier temps une hausse de la ventilation et du rythme cardiaque. Ce qui explique qu’en réalisant un effort, vous serez plus facilement essoufflé, que votre pouls haussera plus vite, générant une saturation plus rapide ainsi qu’une fatigue accrue.

Car au bout de quelques jours, le corps va augmenter sa création de globule à rouge afin de ne plus avoir besoin de ce surplus d’oxygénation. Sauf que ce processus prend du temps, en général 3 semaines pour être parfaitement parachevé.

Le corps humain peut s'adapter à l'altitude, mais cela prend plusieurs jours. Selon certaines études, le temps nécessaire pour s'acclimater à une altitude plus élevée peut être calculé en multipliant l'altitude en kilomètres par 11.4 jours. Selon cette formule, il faudrait environ 18 jours à l'organisme pour s'acclimater totalement à l'air raréfié de Denver.

LeBron James, dont les Los Angeles Lakers, comme Minnesota et Phoenix, ont perdu tous leurs matches de play-offs à Denver cette année, confirme : « Vous fatiguez plus vite. Surtout dans le premier quart-temps, un peu dans le deuxièm . »

Damian Lillard raconte qu'il attend impatiemment de sortir en début de match, histoire de reprendre son souffle. À son époque, Shaquille O'Neal faisait exprès de commettre deux fautes rapidement pour revenir sur le banc.

Chris Andersen, passé par le Colorado (2001-2004, 2008-2012) et champion avec le Heat en 2013, a expliqué qu'il avait l'impression que deux lutins tiraient sur ses poumons pendant toute la rencontre.

Est-ce que les Nuggets en profitent? Oui, selon Paul George. « Je ne vais pas mentir, c'est brutal. Ça leur donne un léger avantage », estime le Clipper dans Podcast P., ajoutant dans la foulée : « Je ne dis pas que c'est la raison pour laquelle ils sont bons. Ils sont bons parce qu'ils ont du talent. »

Michael Malone, l'entraîneur de Denver, ne nie pas que le feu, même provisoire, dans les poumons adverses peut aider ses hommes.

Une dernière hypothèse peut expliquer cela. La densité de l’air. Plus on monte en altitude, moins l’air nous « résiste ». Mais cette physique s’applique également aux objets, comme la balle.

En outre, le fait s’adapter à l’altitude demande au corps un effort, mais que le mécanisme est inversé une fois que la personne revient en basse altitude.

Pour faire plus simple, les performances qui demandent de l’explosivité sont améliorées en altitude, tandis que tout ce qui demande de l’endurance devient plus compliqué. Autrement dit, un sportif qui s’entraîne en altitude réduit ses chances de succomber au souffle court ou à la fatigue. En revanche, il réduit celles de gagner en explosivité.

Autre aspect qu’il est intéressant de noter, le style de jeu de l’équipe. Si l’équipe 2018-2019 de Denver met en place une solide défense, on peut aussi apprécier que Nuggets riment généralement avec jeu rapide et Run’N’Gun, historiquement. Pour cause, les coachs et dirigeants ont souvent du être tentés de profiter de l’altitude pour asphyxier leurs adversaires sur leur terrain.

Ceci explique sans doute la tendance aux équipes résolument tournées vers l’attaque à outrance : afin d’utiliser leur avantage en terme de condition physique pour faire la différence sur leurs opposants. De fait, on peut également imaginer que la tradition d’avoir des bancs de qualité afin de maintenir un rythme infernal toute la rencontre vient de cette nécessité de briser l’adversaire en éprouvant sa conditions physique.

Blessures et Altitude : Y a-t-il un Lien?

Les blessures font parti du quotidien des sportifs. Les différentes lectures pour la validation d’une connivence entre blessures et altitudes m’ont mené à la conclusion qu’il n’y avait pas de lien direct entre l’un et l’autre. En revanche, il paraît très crédible que l’altitude puisse être un facteur aggravant.

On sait que les organismes des joueurs sont sujets à des sollicitations extrêmes : nombreux voyages en avion, hygiènes de vie pas idéales, stress, fatigue, pratique du jeu malgré les blessures, nombreux chocs et contacts. Je vous laisse vous faire votre idée, on ne pourra en revanche pas oublier un aspect de cet : celui de penser aux 12% d’oxygènes supplémentaires à aller chercher pour les adversaires des Denver Nuggets.

Pour un sportif, c’est un phénomène très important car si l’essentiel des humaines y sont soumis, la pratique du sport de haut niveau les rendent meurtrières.

A cela, nous pouvons ajouter pour les Nuggets ce phénomène d’aller-retour entre les périodes où ils évoluent sur leur parquet et ceux où ils retournent en plaine pour les road trips.

On notera d’ailleurs pour étayer la notion de stress psychique, que l’essentiel des blessures que rencontrent les sportifs proviennent en match et non en entraînement.

Stratégies d'Adaptation et Anecdotes

Les Suns se sont qualifiés mardi soir, en même temps que leurs futurs adversaires, les Nuggets, pour le second tour. Les Suns ont donc fait un premier entraînement ce jeudi dans la Ball Arena, avant le Game 1 samedi soir.

“Il y a toujours ce sujet dont personne ne parle : c’est faire avec l’altitude”, précise l’entraîneur de Phoenix. “Plus on passe de temps ici, mieux c’est.

Aujourd’hui joueur précieux de la rotation des Nuggets, Aaron Gordon n’a d'ailleurs pas un bon souvenir de l’altitude de Denver, lorsqu’il venait y jouer de son temps à Orlando. « Il n'y a pas de doute, oh mon Dieu » se souvient-il, à propos de l'altitude qu'il ressentait lorsqu'il se déplaçait à Denver. « Je ne sentais même pas mes muscles. J'avais l'impression qu'il n'y avait même pas assez d'oxygène dans mes muscles quand je jouais ici. C'était fou.

Une chose est sûre : Miami n’aura pas le temps de totalement s’adapter à l’altitude de Denver. « Nous jouons là-bas une fois par an » explique Tyler Herro. « Nous n'avons donc pas beaucoup d'expérience en ce qui concerne les matchs en altitude. Cette année, nous avons joué à Mexico, où l'altitude est plus élevée que celle de Denver. Mais on le sent.

De l'eau, un peu de vin, de la musique et une bonne partie de dominos. Rien de mieux pour surmonter les effets de l'altitude à Denver, selon Jimmy Butler.

« On coupera l'air conditionné, ils devront jouer dans une humidité à 90 % », suggère Spoelstra.

« Ce n'est pas un mythe, c'est vraiment dur quand tu vas là-bas, il faut un temps d'acclimatation, se souvient le pivot de l'Asvel Joffrey Lauvergne, qui a évolué aux Nuggets entre 2015 et 2016. Ce n'est pas insurmontable mais tu sens la différence. J'étais asthmatique plus jeune. J'étais peut-être un peu plus sensible. Je respirais comme un boeuf à chaque fois que j'allais là-bas, au bout de deux allers-retours. Quand tu as l'habitude d'y vivre, c'est moins dur. »

Les Nuggets et l'Histoire

« Nous sommes à Denver. L’air est rare ici » rappelait Jamal Murray, après le Game 2 contre les Lakers. « Mais il faut s'accrocher et se battre… Jokic est lui aussi épuisé. Nous étions tous fatigués, mais nous avons tenu bon. Nous savons qu'ils sont fatigués eux aussi. Nous avons l’habitude de jouer à Denver et eux moins.

« C’était meurtrier. Les Nuggets s’apprêtent à connaître leurs premières Finals NBA. Pour en arriver jusque-là, Nikola Jokic et ses coéquipiers ont réalisé une très bonne saison régulière, terminant avec le meilleur bilan de la conférence Ouest. Portés par leur double MVP, les Nuggets se sont notamment appuyés notamment sur une impressionnante solidité à domicile. Dans leur chère Ball Arena, ils ont ainsi fini avec un bilan sur l’ensemble de la saison régulière de 34 victoires pour seulement 7 défaites, soit le deuxième meilleur bilan à domicile de toute la ligue derrière les Grizzlies.

Tous ces chiffres sur l'avantage supposé des Nuggets ne convainquent pas Charles Barkley. Assis dans la Ball Arena pour une émission de télévision avant le match 1, le consultant star a regardé les tribunes. « Je ne vois pas de bannières autour de moi, là. Je ne me rappelle pas tous les titres gagnés par les Nuggets. C'est même la première fois qu'ils vont en finale ! »

Les Nuggets ont affiché « 5 280 » dans le couloir menant au terrain et des deux côtés du parquet de la Ball Arena. Jeudi soir, avant le match 1, l'écran géant et des panneaux en tribunes ont averti les visiteurs du manque d'oxygène à grand renfort de flashes et d'effets sonores. Le maître de cérémonie a annoncé au micro les risques et les symptômes potentiels.

Si le touriste à la forme incertaine a du mal à s'endormir ou va sans surprise chercher son souffle après avoir hâté le pas pour traverser la rue, certains des athlètes les mieux conditionnés de la planète ressentent aussi les effets de l'altitude. L'air raréfié les oblige à respirer plus fort et plus souvent.

Voici un tableau récapitulatif des effets de l'altitude sur les joueurs de NBA :

Effet Conséquence Adaptation
Diminution de la densité de l'air Moins d'oxygène disponible Augmentation de la ventilation et du rythme cardiaque
Fatigue accrue Essoufflement rapide Acclimatation progressive (environ 3 semaines)
Impact sur les performances Endurance plus difficile, explosivité améliorée Entraînement en altitude pour améliorer la capacité à transporter l'oxygène

Comment l'altitude de Denver aide les équipes à gagner !

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