Le 26 mai 1993, à Munich, l'Olympique de Marseille (OM) a marqué l'histoire en devenant le premier club français à remporter la Ligue des Champions. Ce triomphe a été scellé par un but mémorable de Basile Boli à la 44e minute contre l'AC Milan. Retour sur cette minute décisive et le contexte de cette victoire historique.
Il paraît qu'une minute dure soixante secondes mais on sait bien qu'en football, grâce au fameux temps additionnel, cela peut durer bien plus. Et quand le coeur s'en mêle, une minute peut durer trente ans voire, dans certains ventricules irrigués de pastis, une éternité. Aucun club français ne l'y a rejointe depuis ; alors, la minute s'étire en longueur. Elle flotte, elle n'a rien perdu de sa beauté, juste un peu de son lustre, la faute à des mémoires de plus en plus défaillantes et au fait que certains ne sont plus là pour la raconter. Elle a été vécue si vite, et il y a si longtemps (sûrement trop), qu'elle méritait un arrêt sur image que les moyens télévisés des années 1990 n'ont pas permis. Comme une loupe qu'on déplacerait centimètre par centimètre sur l'écran, à scruter chaque coin de terrain et chaque bout de tribune.
À ausculter le geste et à écouter la liesse, en sollicitant les mémoires de ceux qui « étaient à Munich », comme on est là où la grande histoire s'écrit à l'encre de la plus petite. Voici le récit d'une minute personnelle à chacun, mais foncièrement collective, une minute forte et folle reconstituée grain par grain pour retourner, le temps d'un anniversaire, le sablier.
Le Contexte d'une Finale Historique
Nous sommes le mercredi 26 mai 1993. Les larmes de Bari et la finale perdue deux ans plus tôt aux tirs au but contre l'Etoile Rouge de Belgrade hantent encore les esprits marseillais. Il y a bien une information selon laquelle une tentative de corruption a eu lieu cinq jours avant, lors du match de l'OM contre Valenciennes, mais, l'heure est à la mobilisation. L'emblématique président du club phocéen, Bernard Tapie, galvanise ses troupes. Didier Deschamps, alors capitaine de l'équipe entraînée par Raymond Goethals, en fait de même. Au moment de rentrer sur le terrain, les visages des Marseillais sont concentrés. L'objectif est immense, l'obstacle de taille : l'AC Milan des Maldini, Van Basten et autre Rijkaard a remporté tous ses matchs en phase de groupes, et a remporté le titre en 1989 et 1990.
Fondé en 1899, et à ce titre l'un des plus anciens clubs de football de France, qui occupe une place essentielle dans la cité phocéenne, l'Olympique de Marseille a connu une ère de grands succès à partir de 1989. Sous l'égide de Bernard Tapie, devenu son président en 1986, Marseille a remporté quatre titres de champions de France de 1989 à 1992 et une Coupe de France en 1989. Surtout, après une défaite en finale de la Coupe d'Europe des clubs de Champions en 1991 à Bari, aux tirs aux buts contre l'Etoile Rouge de Belgrade, l'Olympique de Marseille, entraîné par le Belge Raymond Goethals, se retrouve de nouveau en 1993 en finale d'une compétition qui s'appelle désormais Ligue des champions. La finale l'oppose le 26 mai 1993 au stade Olympique de Munich au Milan AC, présidé par Silvio Berlusconi et constellé de stars, dont Marco Van Basten, Frank Rijkaard, Franco Baresi et l'ancien buteur de l'OM Jean-Pierre Papin qui n'entre en jeu qu'en seconde mi-temps.
but basile boli om-psg 1993
La 44e Minute : Le But de la Victoire
À 20 h 59 ce 26 mai 1993, quand le défenseur italien Paolo Maldini tacle Abedi Pelé côté droit de la surface milanaise, l'arbitre suisse de la finale, Kurt Röthlisberger, siffle aussitôt un corner en faveur de l'OM. On entame la 44e minute de jeu et, dans la moitié de stade réservée aux 23 500 Marseillais qui ont fait le voyage, on ouvre grand les bronchioles. Enfin de l'air après une première période vécue en apnée, en tribunes comme dans les rangs de la défense marseillaise.
Dans un match assez fermé, peu avant la mi-temps, à la quarante-quatrième minute, le défenseur Basile Boli reprend de la tête un corner tiré par Abedi Pelé et marque. Marseille tient cet avantage durant toute la deuxième mi-temps et l'emporte finalement 1 à 0.

Basile n'est pas sorti, il convoie donc sa large silhouette au premier poteau, lui qui, d'habitude, se positionne au second. « (Frank) Rijkaard doit me marquer, car c'est moi qui le marque aussi. Il fait 1,93 m, il me met dix centimètres dans la vue. Quand on regardait la vidéo, on s'était dit qu'ils allaient comprendre que je vais toujours au second poteau. Abedi m'avait donc dit d'essayer de couper le ballon au premier poteau. Je ne vois pas du tout sur le moment qu'il n'y a pas corner. Mais, quand Abedi prend le ballon, ses yeux se posent direct sur moi, l'air de dire : "Tu te rappelles ce que je t'ai dit ! Déconne pas, je ne vais pas amener la cacahuète au deuxième poteau pour rien." Donc, moi, je ne vais pas tout de suite au premier poteau, je me dirige vers le centre et je vois que Frank est toujours après moi. Le voltigeur, c'est Franco Baresi. Je me dis que je vais essayer d'éloigner un peu Frank, de l'amener sur le côté et puis je vais rentrer. C'est ce que je fais. Je feinte d'aller sur le côté, puis je rentre, je vais chercher le ballon. »
« Basile parvient à smasher ce ballon en dégageant une puissance impressionnante. Au second poteau, Alen Boksic joue des bras avec Paolo Maldini. Rudi Völler, lui, s'élève, les bras en ailes de goéland, sous le regard d'Alessandro Costacurta. « Je suis situé juste devant Basile entre le premier poteau et le point de penalty, raconte l'Allemand, désormais directeur sportif de la Mannschaft. Lorsque Abedi Pelé frappe le corner, je crois longtemps que le ballon va être déposé sur mon crâne et, finalement, Basile saute plus haut que tout le monde et il parvient à smasher ce ballon en dégageant une puissance impressionnante. Son coup de tête a été tellement rapide que j'ai mis plusieurs secondes à me rendre compte que nous avions marqué. »
Les joueurs sont encore en train de regarder le ballon finir sa course dans le petit filet opposé que le buteur, lui, est déjà parti célébrer sa gloire. Il a sauté plus vite, certes, mais il a aussi compris plus tôt. « Basile, c'est la détermination poussée à l'extrême, note Didier Deschamps, le capitaine olympien ce soir-là. Dans les duels, il ne valait mieux pas croiser son chemin, parfois. Son engagement était total. »

Les Réactions et Célébrations
C'est donc son capitaine Didier Deschamps qui soulève la Coupe d'Europe et la présente le lendemain au public marseillais au stade Vélodrome. L'Olympique de Marseille devient ainsi le premier club français à remporter une Coupe d'Europe, après les six précédents échecs en finale de Reims en 1956 et 1959, de Saint-Etienne en 1976, de Bastia en 1978, de Marseille en 1991 et de Monaco en 1992. Il demeure du reste le seul club français, à ce jour en 2006, à avoir gagné la plus prestigieuse compétition européenne, la Ligue des champions, un seul autre club français ayant à son tour remporté une coupe européenne, celle des Vainqueurs de Coupes en 1996 : le Paris Saint-Germain.
Ce reportage diffusé dans le journal télévisé de France 2 du 27 mai 1993 est entièrement consacré à la liesse collective qui a eu lieu à Marseille la nuit précédente, après la victoire de l'Olympique de Marseille en finale de la Ligue des Champions. Le journaliste insiste sur l'hystérie et la fête "mémorable" qui a suivi le coup de sifflet final du match. Il s'amuse même à reprendre la tendance locale à l'exagération et à imiter l'accent marseillais pour grossir le nombre des personnes descendues dans les rues de la cité phocéenne. Le sujet présente différentes scènes de liesse : il propose toute une gamme d'expressions de la joie des supporters marseillais, des plongeons dans le Vieux Port aux pleurs, en passant par des chants en l'honneur du défenseur Eric Di Méco, des slogans de gratitude envers le buteur de la finale Basile Boli, des insultes en italien à l'encontre du Milan AC, des klaxons de voitures ou du défilé sur la Canebière.
Parcours de l'OM vers la Finale
Pour atteindre la finale de Munich contre l'AC Milan, champion d'Italie, l'OM a franchi deux tours à élimination directe en matchs aller-retour, avant de sortir en tête d'une poule de quatre.
| Tour | Match | Résultat |
|---|---|---|
| 16e de finale | Glentoran (NIR) - Olympique de Marseille | 0-5 ; 0-3 |
| 8e de finale | Dinamo Bucarest (ROU) - Olympique de Marseille | 0-0 ; 0-2 |
| Phase de groupes | Glasgow Rangers (ECO) - Olympique de Marseille | 2-2 |
| Phase de groupes | Olympique de Marseille - FC Bruges (BEL) | 3-0 |
| Phase de groupes | CSKA Moscou (RUS) - Olympique de Marseille | 1-1 |
| Phase de groupes | Olympique de Marseille - CSKA Moscou | 6-0 |
| Phase de groupes | Olympique de Marseille - Glasgow Rangers | 1-1 |
| Phase de groupes | FC Bruges - Olympique de Marseille | 0-1 |
Statistiques Clés de la Finale
L’OM a gagné cette rencontre pourtant les chiffres ne plaident pas en sa faveur. Les joueurs du Milan AC ont dominé les Olympiens dans quasiment tous les secteurs. Ce jour-là, les joueurs de Raymond Goethals étaient tous à leur meilleur niveau. A Munich, le maître-mot de l’Olympique de Marseille a été l’efficacité. Défensive bien sûr puisque Fabien Barthez n’a encaissé aucun but mais également offensive avec seulement 4 tirs, pour 2 cadrés et un but.
L’analyse de Benoît Pimpaud, membre de la cellule Football Analytics de l’OM : «Il y a eu peu de tirs et donc peu d’expected goals ce qui montre que l’OM n’a pas été très dangereux offensivement. Au niveau de la position, la moitié des tirs a eu lieu en dehors de la surface, et la valeur des occasions en termes d’expected goals depuis l’intérieur de la surface n’est pas très importante.
Sur le plan défensif, deux joueurs se démarquent au niveau des tacles et des interceptions. Didier Deschamps et Jean-Jacques Eydelie ont bien réussi à couper les actions milanaises avec 7 interventions réussies chacun. Jocelyn Angloma, sur la droite de la défense à trois, est à 5 et Abedi Pelé en a comptabilisé 3, soit autant que Marcel Desailly et un de plus qu'Eric Di Meco.
Suites et Conséquences
Néanmoins, le titre de champion d'Europe de Marseille est rapidement terni par la découverte d'une tentative de corruption contre Valenciennes, quatre jours avant la finale de Munich, révélée par le joueur de Valenciennes Jacques Glassmann. L'Olympique de Marseille perd alors son titre de champion de France de 1993, est exclu de la Ligue des champions 1993-1994 et rétrogradé en deuxième division en 1994. En 1995, un procès condamne des joueurs de Valenciennes et de Marseille à des amendes, et surtout Bernard Tapie et son bras droit Jean-Pierre Bernès à des peines de prison. Marseille ne retrouve la première division qu'à partir de la saison 1996-1997.