Cet article vise à clarifier la défense inversée au rugby, une tactique complexe souvent mal comprise. Nous examinerons en détail cette stratégie, ses forces et faiblesses, et les moyens de la contrer. L'enjeu fondamental des sports collectifs pourrait être ainsi énoncé : « dans un rapport d’opposition, il s’agit de coordonner les actions collectives afin de récupérer, conserver, faire progresser le ballon dans le but d’amener celui-ci dans la zone de marque et de marquer.
Dans une approche moderne des sports collectifs, l’hypothèse courante postule qu’une rencontre de football est comparable à un système dynamique, car composé d’un ensemble d’éléments en interaction finalisée. La finalité qui oriente l’organisation en fonction d’un but est le gain du match. L’étude de l’interaction entre les joueurs, partenaires et/ou adversaires, constitue l’élément pertinent déterminant toute analyse de ce système (Gréhaigne & Godbout, 1995). Comprendre l’organisation du jeu et sa logique d’affrontement constitue alors l’objectif premier de toute étude.
Teodorescu (1965) a défini le jeu sportif comme une lutte permanente entre l’attaque (l’offensive) et la défense. L’avantage de la phase d’attaque est la possibilité de prendre l’initiative du jeu et des décisions, autrement dit d’en orienter l’action en cours. Cette initiative se traduit par la possession (la détention) du ballon, condition sine qua non pour la marque d’un point (but). Le désavantage relatif de cette phase d’attaque est multiple. La maîtrise technique du ballon est compliquée en raison des manipulations spécifiques du ballon, auxquelles s’ajoute la nécessité de sa protection et du maintien de sa possession envers et contre les actions des défenseurs. Ceux-ci mènent une double action visant à protéger le but tout en essayant de reconquérir le ballon.
Le rugby, également appelé Rugby à XV (car une équipe est formée de 15 joueurs dans sa variante la plus pratiquée) est un sport collectif originaire d’Angleterre. Le rugby se développe à la fin du XIXe siècle dans les pays anglo-saxons (Royaume-Uni, Irlande, Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande) et en France.
Le rugby consiste à aplatir le ballon dans la zone du terrain à l’extrémité du camp adverse. Cette zone s’appelle l’en-but. But du jeu : Marquer le plus de points. Principe : Marquer des essais, c’est-à-dire, aplatir le ballon dans l’en-but adverse. L’essai fait gagner 5 points à l’équipe. Aussi, pour que la tâche soit bien compliquée, chaque essai donne droit à une espèce de pénalty footballistique nommé la transformation (qui peut rapporter 2 points supplémentaires si le ballon arrive entre les deux poteaux. Cette transformation est tirée dans l’alignement de l’endroit où a été marqué l’essai).
Pour conclure provisoirement concernant un match de football, les deux équipes semblent présenter le plus souvent deux sous-systèmes non uniformes en interaction (Gréhaigne, 1989). Toute analyse de l’organisation du jeu, tant en attaque qu’en défense, possède comme point de départ l’affrontement continu issu des trajets et des trajectoires du ballon ainsi que du déplacement des joueurs (cf. Gréhaigne., Godbout, & Bouthier, 1999 ; 2001). La complexification croissante de la matrice provient de l’adoption d’un point de vue dynamique dans l’analyse du jeu. En football, deux logiques sont possibles : soit l’affrontement se conçoit et s’appuie sur une ligne fixe, »la ligne de but« (cf. le »verrou suisse« ou le »catenaccio« ) ; soit il est organisé à partir d’une ligne constamment mouvante au front du ballon.
Depuis le début de cet article, nous avons discuté essentiellement des sports collectifs. Avec la dynamique de complexification de la matrice, nous allons revenir aux différentes pratiques sociales de référence. Notre propos va être maintenant illustré à l’aide du football. Comme nous l’avons déjà vu, nous n’attachons pas un avantage automatique au fait qu’une équipe soit en possession du ballon. Une équipe peut avoir la balle et être renvoyée systématiquement à un jeu à la périphérie ou à une circulation de la balle à l’arrière de l’espace de jeu effectif. En conséquence, la possibilité automatique d’initiative du possesseur de balle ne va pas de soi. L’organisation générale du jeu suppose un déroulement rationnel des actions et une coordination de celles-ci ; il a donc été nécessaire de trouver des principes, des règles, des formes pour assurer le succès tant en attaque qu’en défense. L’adaptation de l’équipe et des joueurs aux conditions de l’affrontement (flexibilité).
Comprendre la défense inversée
La défense inversée consiste, pour l’équipe défendante, à ce que le deuxième centre et l’ailier montent en pointe sur les centres attaquants, afin de leur couper les extérieurs pour qu’ils ne puissent pas passer la balle. Cela se pratique sur des attaques "à plat" ou presque. C’est très difficile à contrer, car soit un des centres est pris balle en mains, soit il tente une passe qui risque d’être interceptée (on ne parle même pas des sautées).
Il existe plusieurs types de passes que l’on peut classer selon deux grandes catégories. Celles qui relèvent de gestes techniques proprement dits (vrillée, à hauteur, chistera, au pied…), et celles qui relèvent des situations de jeu ou des combinaisons (après contact, sautée, croisée…). ➞ La règle primordiale : Jamais vers l’avant Une passe doit toujours être effectuée vers l’arrière ou sur une ligne perpendiculaire aux lignes de côté pour aller vers sa propre zone de but. La passe au poignet : est une passe courte et rapide avec un partenaire très proche. La pression défensive est importante. La passe vrillée : est une passe plus longue qui tourne sur elle-même (vrille). La vrille accélère le ballon et augmente la distance des passes. La passe après contact : appelée également offload s’effectue après un contact avec un adversaire. Son objectif est de continuer à faire vivre le ballon sans passer par une phase de regroupement.

Défense Glissée vs Défense Inversée
Au contraire, la défense glissée se pratique sur des attaques en profondeur et consiste à presser les attaquants adverses (ouvreur et centres), sans les plaquer, pour les obliger à se passer la balle qui arrive ainsi à l’aile, sans que du terrain n’ait été gagné, le plaquage n’intervenant qu’au niveau de l’ailier (ou du 3è ligne assurant le deuxième rideau). L’équipe attaquante n’a donc pas avancé et, en plus, se retrouve coincée sur l’aile d’où il est plus difficile de faire rebondir l’action.
Stratégies pour contrer la défense inversée
Plusieurs approches peuvent être employées pour déjouer une défense inversée efficace :
- Se placer bien en profondeur pour attaquer et obliger les défenseurs à glisser, quitte à se retrouver au bord de touche, mais toujours avec la balle.
- Taper par dessus la ligne, l’ailier et le centre montés en pointe défendant ne pouvant être au four et au moulin (action aléatoire, comme tous les coups de pied à suivre).
Précisons aussi qu’une défense inversée est épuisante pour les défenseurs qui doivent monter à fond à chaque fois. C’est pourquoi, cette tactique s’étiole au fur et à mesure du temps qui passe et que les jambes se font plus lourdes (surtout quand on est un vieux centre irlandais pas sûr de jouer... ).
La défense inversée est inefficace si l'équipe adverse est capable de progresser dans l'axe ou si l'ouvreur adverse est capable de taper par dessus dans le dos des défenseurs qui sont monté en pointe. Montpellier est une des rares équipes française à pratiquer la défense inversée...on a vu que Castres les a très bien contré en jouant de ces deux façons. En revanche quand nous nous avons joué à Montpellier ça été, pour nous, massacre à la tronçonneuse. Nous nous sommes fait contrer, nous avons subi un nombre terrible de turnover dont certains nous ont coûté des essais. Pour la demi finales entre le Leinster et Biarritz ça été pareil...les biarrots n'ont jamais su s'y adapter.
La force du Leinster en défense vient avant tout de leur capacité à modifier leur système défensif d'une action à l'autre, et de passer d'une défense en inversée à une défense glissée. Ils ont les joueurs et les automatismes pour ça, et s'adaptent très bien à leurs adversaires. Du coup le principal danger à mon sens est de s'obstiner à appliquer un système de jeu tout au long de la rencontre (même si c'est la solution miracle à la défense en inversée): quel que soit notre 10 (warwick ou plisson) il devra varier les types d'attaque un maximum.

Les Zones du Terrain
Autre répartition schématique : les fameuses "Zones 0/1/2/3". On considère que la zone 0 est la zone la plus proche du ruck, la zone 3 la plus éloignée. Evidemment, il s'agit d'une évalutation et il n'y a pas de ligne physique ou de règles explicites se rapportant à ses zones. Le point noir représente le ruck.
Un coup de pied par dessus et la défense est morte..la clé est là... Sauf s'il est tapé n'importe comment et que ça offre un ballon de contre à l'adversaire...c'est que nous avons des pros en ballons par dessus tapés n'importe comment. Plisson à toujours loupés les siens...et ce n'est jamais presque jamais venu à l'idée de Warwick de jouer par dessus la défense.
Je pense que nôtre seule arme sérieuse c'est de faire comme l'a fait Glasgow ce weekend...jouer dans l'axe et essayer de les faire reculer. Mais dans ce cas il faudra être bien présent sur tous les rucks car si on n'arrive pas à sortir les ballons rapidement ça ne servira à rien.
Pour battre le Leinster il faudra pas seulement être plus forts qu'eux...mais bien plus forts. Attention aux fautes que nous allons commettre, elles ne seront pas sanctionnées de la même façon que pour nos adversaires. A nous les cartons jaunes (ou rouges) je ne parle même pas des essais de pénalité si l'occasion se présente...on a vu à Bath. En revanche il saura, sans doute, faire preuve d'une grande mansuétude pour le Leinster...comme il l'a déjà fait pour Paul O'Connell. Bref...ce ne sera pas du gâteau. Il nous faudra jouer le match de la saison.

Rush Défense
Rien de complexe sur la montée. Souvent une grosse zone 0/1 (beaucoup de joueurs) et une zone 2/3 qui glisse en fonction de l'arrivée de la balle. L'attaque joue alors à sa main. Assez difficile aujourd'hui, elle est utile sur quelques phases de jeu comme une défense sur la ligne des 5m (zone rouge). Elle reste très, très dangereuse car elle implique de quasiement sacrifier son 2nd rideau. Exemples : Clermont 2005/6 ? Défense en "controle" basée sur la communication. C'est la plus compliquée à mettre en place car elle ne s'exprime que dans une situation d'infériorité numérique. L'idée : le 10 monte sur son vis-à-vis mais glisse une fois le ballon parti sur le 1er centre, le 1er centre sur le 2nd centre etc. Cette défense combine à la fois la défense glissée et défense agressive. La Coupe du monde avait pourtant donné le ton: l'ère qui s'ouvrait après la parenthèse anglaise devait être celle de l'attaque, du jeu et des intentions.
Les défenses progressent y compris dans les équipes les plus modestes ou dans les Nations mineures. Les spécialistes défensifs sont de plus en plus courtisés à l'image de Wayne Smith (Nouvelle-Zélande) ou de Paul Gustard (Saracens). Les systèmes sont par conséquent plus aboutis et plus efficaces.
Une évolution culturelle étonnante dans le pays du "french-flair" mais qui est aussi facilitée par l'usage et l'arbitrage, confortée par les statistiques et les exemples et qui est renforcée par l'idée que le moyen de rivaliser face à des équipes plus joueuses passe par le fait de les empêcher de produire quoi que ce soit. Une philosophie de destruction qui portait jusqu’à là ses fruits à l’échelon européen.
La défense inversée est un outil tactique puissant, mais elle n'est pas infaillible. En comprenant ses mécanismes et en appliquant les stratégies appropriées, il est possible de la contrer et de créer des opportunités pour l'attaque.

Avec cet ensemble théorique utilisé en arrière-plan, il devient possible d’identifier des »configurations du jeu prometteuses«. Elles représentent des »prototypes« de jeu relativement constants et susceptibles d’amener une tentative de réalisation. La transition dans la situation à double effet est souvent un moment clé, en particulier lors de la récupération du ballon. Figure 10 : jeu sur une attaque placée : la balle recule et circule devant la défense.
Sur une attaque placée avec une défense en barrage, ce genre de circulation du ballon est très propice à une interception des défenseurs (figure 10) et donc une récupération de la balle.
La circulation de la balle organise la circulation des joueurs. Les éléments clés de la première étape (figures 7 et 8) sont constitués par la construction du lancer long en jeu et la prise en compte des informations qui permettent la gestion et l’exécution de l’échange de balle au travers de la permutation de statut entre passeur et réceptionneur.
Les éléments clés de la deuxième étape (figure 9) sont constitués par la construction de l’espace vide où va se trouver le partenaire dans un instant très proche. Cela suppose la perception, la gestion de la distance porteur de balle / adversaire direct, pour échanger la balle avec un partenaire (échange de statut entre passeur et réceptionneur).
Les éléments clés de l’étape 3 (figure 10) sont constitués par la lecture des configurations du jeu, la construction du mouvement avec une balle, qui parfois »recule«, et la possibilité d’attaquer une défense bien en place. Une circulation rapide du ballon avec un jeu à une touche de balle constitue également une modalité usuelle de cette étape.
Dans ce contexte, la matrice défensive est l’organisation collective de la défense à la fois la plus simple et la plus générale. Elle permet d’enrayer le mouvement offensif tenté par l’adversaire momentanément en possession de la balle, et ce quels que puissent être sa forme, son déploiement, ses rebondissements successifs. La distribution des défenseurs entre les différentes lignes de force reste un élément fondamental de l’analyse que l’on peut ramener à deux grands prototypes : la défense en barrage ou la défense à la poursuite. Une défense en barrage est positionnée entre le ballon et la cible ; une défense à la poursuite est une défense momentanément hors de position qui cherche à se repositionner entre le ballon et la cible. La matrice offensive, à l’inverse de la matrice défensive qui est d’abord une organisation face aux éventualités offensives, est en premier lieu le choix affirmé d’une manière de pénétrer dans le système défensif adverse en fonction de la configuration momentanée de celui-ci.
Le « système des matrices » est défini originellement par Deleplace (1979) « comme un système cohérent de représentation mentale de la totalité de la logique interne du jeu » (p. 21).
Concernant les points clé de la gestion de l’organisation du jeu, un sujet expert est à même d’appréhender rapidement une quantité d’informations « utiles » à la résolution des problèmes posés par le jeu nettement plus importante que le débutant. Néanmoins cette compétence reste relativement restreinte à des informations signifiantes et prélevées comme telles. L’explicitation de la logique interne d’une activité physique permet de proposer à la vigilance des joueurs, des axes de modélisation précis formant un tout cohérent et opératoire. Ainsi, le joueur dispose, sous contrainte temporelle, d’une « image mentale d’action » élaborée, au lieu d’être encombré par une masse de données inutiles à la solution du problème. Cette image mentale d’action lui permet aussi de ne sélectionner que les informations les plus adaptées au contexte, voire même de vérifier dans le jeu les informations pertinentes qu’il attendait pour poursuivre son action.
La difficulté est donc de parvenir à enserrer la complexité entière du jeu dans un système formé du plus petit nombre possible d’axes fondamentaux, mais articulés entre eux dans une unité logique fonctionnelle forte. Ce système permet de redéployer la complexité à la demande et au besoin du jeu, en pleine action dans n’importe laquelle de ses dimensions. C’est constituer-là, une véritable « matrice d’actions » que le sujet développe ainsi avec l’expérience une véritable « matrice d’action ». Tout en travaillant avec l’aide de cette image, l’élève va faire évoluer et modifier cette matrice d’actions dans le sens de sa singularité personnelle. Chez un joueur, à partir de cet ensemble de données (figure 5), on peut parler de modèle personnel de jeu véritable »matrice tactique de la technique« (Deleplace, 1966 ; 1994). C’est l’utilisation la plus consciente possible de la part d’un joueur pendant certaines phases d’attaque ou de défense des techniques les plus indiquées, avec pour objectif de réaliser le mieux possible une tâche partielle du jeu en fonction des apprentissages réalisés, des routines existantes et des ressources physiques disponibles.
Le processus informationnel qui sous-tend la compréhension du système attaque / défense peut être précisé en détaillant cinq types d’activités qui interviennent de façon cyclique dans son fonctionnement [cf. Sans que toutes les étapes soient toujours parcourues, cet ensemble d’activités permet d’établir, pendant le jeu, des équilibres précaires, relatifs et alternatifs entre l’attaque et la défense. Il peut donner lieu à une approche classique de l’organisation collective dans laquelle l’apprentissage technique demeure souvent un élément décisif et préalable au jeu (figure 2). Ces thèmes classiques sont encore fortement utilisés dans l’enseignement des sports collectifs au collège et au lycée sans vraiment savoir s’ils correspondent à de réels besoins (cf. Bouthier, 1986).
Avec une réelle centration sur les rapports d’opposition en situation complexe, il semble au contraire qu’il faille partir de la phase offensive pour mieux l’organiser, autrement dit, partir des problèmes posés par l’attaque du camp adverse.
En conséquence, à partir d’une défense spontanée, (ce qui ne veut pas dire inorganisée ou anarchique) et tant que l’attaque ne marque pas systématiquement, pourquoi bloquer tout de suite la libre expression des élèves ?
Ce schéma des principes généraux illustre l’immédiateté du passage du rôle d’attaquant à celui de défenseur, et met en évidence la notion de situation à double effet (Deleplace, 1979). La réversibilité des situations représente un aspect fondamental des sports collectifs en rapport avec le fait que les équipes attaquent et défendent tour à tour, et qu’il y a toujours une part de défense dans l’attaque et une part d’attaque dans la défense. On peut ainsi parler d’une véritable »co-construction « du système attaque / défense, ce système se faisant et se défaisant au gré de l’action.
La réversibilité concerne également les comportements des joueurs quand le rapport de forces est trop déséquilibré. Il les fait basculer, alors, dans un rapport de dominé… avec ses conséquences sur les modélisations du jeu.
Enfin, la réversibilité des comportements existe aussi sous l’effet de la fatigue ou du stress mais surtout quand l’adversaire est trop largement supérieur et que le principe de »l’égalité des chances à l’inégalité du résultat « ne peut plus être respecté.
Resituons maintenant l’analyse traditionnelle des techniques gestuelles employées dans le contexte du »rapport d’opposition« . C’est ce rapport des forces antagonistes en présence, traduit de loin en loin par l’évolution du score, qui caractérise l’activité en sports collectifs. L’analyse vise donc en premier lieu à (1) identifier les différents états possibles de ce rapport d’opposition et les indices pertinents qui peuvent les caractériser. Elle consiste, en second lieu, à (2) dégager les principes de transformation de ces états et ce pour les différentes phases de jeu qui donnent lieu à des modalités de confrontations spécifiques. C’est à cette condition qu’il sera alors possible d’accéder à la logique interne de l’activité sportive étudiée.
Une bonne analyse de la logique des différentes formes d’action de jeu et du choix de la forme d’évolution de la configuration de jeu momentanée constitue ce qu’il est convenu d’appeler »l’intelligence tactique en jeu ».
Cette intelligence tactique en jeu, véritable « ramassement synthétique des découvertes » (Deleplace, 1995) faites en jeu, se constitue à partir de la compréhension des matrices offensives et défensives. Ces matrices servent de base indispensable à la compréhension du jeu par le joueur, l’entraîneur ou le professeur.
Le système des matrices étant défini, nous allons en revenir comme annoncé figure 4, à la circulation du ballon et des joueurs dans les jeux à l’école. Celle-ci repose sur quelques ensembles simples que nous avons commencés à exposer, en identifiant des étapes pour interpréter la pratique des élèves dans Gréhaigne, Billard & Laroche (1999).
Chez les débutants (Gréhaigne, Caty & Marle, 2004), l’espace de jeu effectif (Mérand, 1977 ; 1984) résumé ici par les deux axes d’inertie du nuage de points formé par les joueurs sont très réduits et concentrés (cf. »la grappe« , »l’essaim« , »la comète« , etc. termes bien connus dans la littérature concernant les débutants en sport collectif).
Ensuite, le travail à l’école peut être organisé grâce aux règles d’actions relevant de deux »principes d’action« en attaque : jouer en mouvement et récupérer la balle.
Avec la dynamique de complexification de la matrice, nous allons revenir aux différentes pratiques sociales de référence. Notre propos va être maintenant illustré à l’aide du football. Comme nous l’avons déjà vu, nous n’attachons pas un avantage automatique au fait qu’une équipe soit en possession du ballon. Une équipe peut avoir la balle et être renvoyée systématiquement à un jeu à la périphérie ou à une circulation de la balle à l’arrière de l’espace de jeu effectif. En conséquence, la possibilité automatique d’initiative du possesseur de balle ne va pas de soi. L’organisation générale du jeu suppose un déroulement rationnel des actions et une coordination de celles-ci ; il a donc été nécessaire de trouver des principes, des règles, des formes pour assurer le succès tant en attaque qu’en défense. L’adaptation de l’équipe et des joueurs aux conditions de l’affrontement (flexibilité).
Pour conclure provisoirement concernant un match de football, les deux équipes semblent présenter le plus souvent deux sous-systèmes non uniformes en interaction (Gréhaigne, 1989). Toute analyse de l’organisation du jeu, tant en attaque qu’en défense, possède comme point de départ l’affrontement continu issu des trajets et des trajectoires du ballon ainsi que du déplacement des joueurs (cf. Gréhaigne., Godbout, & Bouthier, 1999 ; 2001). La complexification croissante de la matrice provient de l’adoption d’un point de vue dynamique dans l’analyse du jeu. En football, deux logiques sont possibles : soit l’affrontement se conçoit et s’appuie sur une ligne fixe, »la ligne de but« (cf. le »verrou suisse« ou le »catenaccio« ) ; soit il est organisé à partir d’une ligne constamment mouvante au front du ballon.