Il n’y aura pas de Grand Chelem pour le XV de France. Partis vers Murrayfield avec des rêves de Grand Chelem plein la tête, ils sont revenus dès samedi soir à Marcoussis avec une désillusion majuscule pour seul bagage.
La défaite était certes une possibilité. Mais l’ampleur de cette déroute, heureusement atténuée comptablement par une fin de match durant laquelle les Écossais ont relâché leur étreinte, soulève des questions qui ventilent les illusions nées des trois premières victoires bonifiées face à l’Irlande, le pays de Galles et l’Italie. À moins de deux ans de la Coupe du monde 2027, les Bleus ont concédé l’une des pires défaites de l’ère Galthié. Qui plus est face à un adversaire qu’ils pourraient potentiellement retrouver en huitièmes de finale en Australie… Si ce possible rendez-vous aura lieu très loin de Murrayfield cette fois, il prend aujourd’hui une tout autre saveur pour des Français qui, jusqu’à présent, étaient obnubilés par la perspective de recroiser la route de l’Afrique du Sud.
Ce samedi, le XV de France disputait son quatrième match du Tournoi des Six Nations face à l’Écosse. Les Bleus se sont inclinés 50 à 40 et ils doivent donc dire adieu à leur espoir de Grand Chelem. C’est une défaite qui fait mal. Ce samedi sur la pelouse de Murrayfield, le XV de France est tombé de haut face à l’Écosse. Les partenaires d’Antoine Dupont se sont inclinés 50 à 40, ce qui rebat les cartes pour le titre.
Afin de remporter le Tournoi des Six Nations, les Bleus devront gagner contre l’Angleterre lors de la dernière journée. Une défaite qui fait mal d’un point de vue statistique, mais également financier. Le XV de France n’a plus la possibilité de réussir une telle performance et cette somme va donc être partagée entre les six nations qui participent à la compétition. S’ils remportent le tournoi, les Bleus toucheront 3,4M€, 2,6M€ en cas de deuxième place et 1,9M€ s’ils finissent troisièmes.
Après la rencontre face à l’Écosse, Antoine Dupont s’est présenté en conférence de presse. Selon le capitaine français, les Bleus n’ont pas réussi à rivaliser avec le XV du Chardon et ont surtout été indisciplinés.
« Je n'ai pas eu de souci physique sur le match. C'est vrai que j'ai fait des erreurs qui nous coûtent cher évidemment, ça reste des faits de jeu mais c'est sûr que la performance n'est pas là. Ça ne fera pas avancer le débat de discuter des performances individuelles. Il faut réfléchir collectivement à ne pas se retrouver dans ces situations dès le début du match. On a marqué deux essais qui sont un peu des faits de jeu, mais on n'a pas réussi à rivaliser avec eux, on a été indisciplinés, on a subi toutes les collisions. On n'a pas su sortir de ça, et évidemment, c'est aussi de ma responsabilité en tant que membre de la charnière. Il va falloir travailler sur ça », rapporte L'Équipe.

1. Les responsabilités de Fabien Galthié
Fabien Galthié a évidemment une part de responsabilité dans cet échec retentissant. Jusqu’à présent gagnants dans ce Tournoi, ses choix se sont cette fois avérés perdants. Son approche stratégique est également sujette à questions. En décidant de s’adapter aux forces écossaises plutôt que de tenter d’imposer les siennes, il a peut-être laissé le champ libre à un adversaire qui n’en demandait pas tant. « On n’a pas été surpris par ce qu’ils ont proposé, sauf qu’on n’a pas réussi à faire ce qu’on voulait », a-t-il déclaré. C’est en soi un aveu d’échec.
« Fabien, comment expliquez-vous cette défaite avec 50 points encaissés ?(Il précise) 50 à 40. On est déçus, on s'était préparés pour gagner. Mais sur le scénario du match, la victoire des Écossais est cohérente, logique. Ils ont fait un grand match, ils nous ont pris sur les bases, les essentiels de ce jeu, pendant les deux tiers du match. Le dernier tiers a été pour nous, mais ça ne suffit pas.
Quelles sont ces bases où vous avez été pris ? La conquête, l'engagement, l'agressivité, la présence collective sur les ballons à gagner en l'air ou au sol. Une équipe qui jouait en avançant avec la possession, une autre qui reculait sans le ballon. Votre défense a souffert au milieu du terrain. Les Écossais ont très bien fait les choses, notamment avec leur paire de centres. Ils ont trouvé des solutions autour du porteur de balle, soit des espaces, soit de la place pour gagner les collisions. C'était très bien fait. On n'a pas été surpris par ce qu'ils ont proposé, sauf qu'on n'a pas réussi à faire ce que voulait (pour les contrer).
Où a commencé cette contagion négative que l'on a sentie au sein de votre équipe ? Si on reprend le match, ça commence par la conquête, la possession, leur domination sur les collisions. Ils ont pris le score, même si on a réussi à mener 14-7, de manière incroyable.
Votre équipe était très disciplinée jusque-là. Aujourd'hui, elle a pris 10 pénalités et deux cartons jaunes. Ce n'est pas faute d'avoir travaillé dessus. Les joueurs travaillent ardemment, sont convaincus de la chose, mais aujourd'hui on a été pris, battus. La thèse d'un excès de confiance est-elle plausible ? Les joueurs savent faire part des choses. On sait tous faire la part des choses, et on en avait parlé dans la semaine.
Malgré tout, la victoire finale dans le Tournoi reste possible. Les joueurs sont allés chercher ce droit, en passant de 2 à 6 essais inscrits en fin de match, notamment avec bonne entrée des finisseurs. Je ne cherche pas à contrebalancer, on est déçu, on voulait faire mieux, on partage la déception des supporters, mais on est toujours en course pour gagner la compétition. 50 à 40 (Il insiste) ! On est déçus parce qu’on a perdu et parce qu’on avait l’ambition de gagner. Mais sur le scénario du match, la victoire de l’Écosse est logique. Ils nous ont pris sur les essentiels du jeu durant au moins les deux tiers du match. Le dernier tiers a été pour nous. On savait que perdre était une possibilité.
À quelles bases du jeu faites-vous référence ? On va dire tout ce qui est conquête, engagement, agressivité, présence sur les ballons, que ce soit en l’air ou au sol. Et on a vu une équipe qui jouait en avançant et l’autre qui reculait. À partir de quel moment avez-vous senti que votre équipe perdait le contrôle ? Si on reprend le match, ça commence par la conquête, puis la possession. Ensuite, ils ont dominé les collisions. Ils ont récupéré des pénalités parce qu’on se mettait à la faute. Ils ont pris le score, même si on a mené (de la 22e jusqu’à la 32e). C’est incroyable ! On se prépare à tout et c’est arrivé.
La discipline a une nouvelle fois fait défaut… Oui. Mais ce n’est pas faute de travailler dessus, d’avoir compris que c’était une clé pour exister à ce niveau-là. Il y a aussi les gestes à maîtriser. Aujourd’hui, on a été pris, battus. Vous pouvez encore remporter le Tournoi. Vous vous raccrochez à cela ? À chaud, on est plutôt sur d’autres pensées. Mais on est premiers encore au classement. On a la possibilité de remporter la compétition. C’est la vérité. Les joueurs sont allés chercher quatre essais supplémentaires en deuxième période. Les finisseurs ont redonné de l’énergie pour revenir à 10 points. On voulait faire beaucoup mieux.
L’équipe a-t-elle été victime d’un excès de confiance ? Je crois que les joueurs savent faire la part des choses. Je ne pense pas. Vous avez aligné des joueurs qui revenaient de blessure (Moefana, Depoortere…) ou qui étaient malades en début de semaine (Antoine Dupont). On a pris des décisions avec les joueurs. Ce n’était pas les signaux qu’on avait.
La composition SOLIDE pour GAGNER le Tournoi ! FRANCE - ÉCOSSE
2. La faillite des cadres et d’Antoine Dupont
L’absence de rébellion, au cœur d’une séquence de 37 minutes durant laquelle les Bleus ont encaissé un terrible 40-0, a de quoi désarçonner. Et ce ne sont pas les essais inscrits en fin de match, face à un adversaire en roue libre, qui sauront atténuer ce constat. Cette équipe ne manque pourtant pas de joueurs expérimentés, parfois dotés de forts caractères. Les joueurs ont semblé plus énervés contre l’arbitre que contre eux-mêmes, y compris quand les essais ont défilé en début de seconde période.
« Ça ne sert à rien de gueuler quand tu prends des essais, objecte Thomas Ramos. Ce sont des moments où il faut plutôt être lucide et se dire : les gars, on se calme, on fait attention à notre discipline, on retourne chez eux et on essaie de remettre la main sur le ballon. Mais on n’a pas su le faire et le match nous a échappé au fur et à mesure. » Le problème est aussi que l’arrière a été le seul leader à tenir son rang dans cette partie, et encore, il n’a pas pesé en dehors de son doublé tardif.
Julien Marchand est directement impliqué sur trois essais encaissés. Charles Ollivon, habituellement rayonnant, a été très discret. Yoram Moefana a progressé dans la communication et il est l’un des moteurs défensifs, mais il a été d’une fragilité considérable à Murrayfield en ratant sept plaquages. Le cas le plus flagrant est évidemment Antoine Dupont, qui a vécu le pire match de sa carrière en Bleu, voire de sa carrière tout court.
Habituellement, le capitaine et demi de mêlée est du genre à tirer son équipe d’un mauvais pas. Cette fois, il a directement contribué à la déroute française en se faisant intercepter et en offrant une mêlée finalement décisive à 5 mètres avec une passe en-avant dans son en-but. Samedi, après un début de Tournoi remarquable pour un joueur récemment revenu d’une très longue absence, Dupont a rappelé qu’il restait un être humain faillible.
Ces joueurs, qui tirent habituellement l’équipe vers le haut, ont cette fois été les plus défaillants. Et l’on ne peut pas attendre des sermons mobilisateurs de la part d’Oscar Jegou, Louis Bielle-Biarrey ou Mickaël Guillard, qui n’ont pas l’expérience ou le caractère nécessaires. Matthieu Jalibert s’en charge parfois en club, mais son statut n’est pas le même en sélection. « Il ne faut pointer personne du doigt et ne pas se désunir dans la défaite, chacun a sa part de responsabilité », estime François Cros.
3. Vieux démons et faiblesses récurrentes
Après trois succès bonifiés face aux Irlandais, aux Gallois et aux Italiens, ces Bleus ne semblaient avoir que des qualités. Si le contenu de ces victoires incitait à plus de retenue, cette illusion a explosé sur la pelouse de Murrayfield.
Plusieurs défauts récurrents ont violemment refait surface. Déjà visibles face à l’Italie, les limites de la mêlée tricolore se sont transformées en fardeau. Les difficultés de Dorian Aldegheri ne font que souligner le poids de l’absence de Uini Atonio. Les pénalités et autres coups francs ont permis aux Écossais d’investir méthodiquement les 22 mètres français. Le constat est d’autant plus inquiétant qu’aucune solution miracle ne semble apparaître dans l’immédiat.
« On a été pris, battus » Ce n’est évidemment pas le seul secteur dans lequel les Bleus ont failli. En difficulté en 2025, la défense avait retrouvé sa densité face à des adversaires empruntés ces dernières semaines. Samedi, elle a littéralement explosé, laissant des Écossais inspirés s’affaler à sept reprises dans l’en-but français. Un record sous Fabien Galthié. Shaun Edwards, mais aussi le sélectionneur qui s’est impliqué dans sa structure générale, ont sous les yeux une déprimante matière à réflexion…
Les chiffres sont édifiants. Les Bleus ont raté 33 plaquages. Ils ont subi pas moins de 13 franchissements. Improbable.
| Statistique | Nombre |
|---|---|
| Plaquages ratés | 33 |
| Franchissements subis | 13 |

« Nous sommes très tristes ce soir. On a tout donné pour gagner. Nous avons eu des occasions, ils ont été pragmatiques et parfois nous essayons de faire de notre mieux avec le soutien des supporters français. C’est pourquoi nous sommes tristes ce soir, nous sommes tristes pour eux. On doit se relever, se tenir debout et aller au prochain combat. Nous avons d’autres matchs à venir, pas dans cette Coupe du monde, mais nous devons continuer à croire en l’équipe.
« C’est compliqué de savoir quoi dire. Quand on voit le match, je pense qu’il y avait vraiment la place. C’était un beau match de rugby entre deux belles équipes qui se sont rendu coup pour coup. Il y a eu des moments où on aurait pu scorer en deuxième mi-temps et prendre le large. Il faut aussi féliciter l’Afrique du Sud qui a résisté à nos assauts et qui a marqué quand elle en a eu l’occasion. Aujourd’hui, il y a de la déception, de la frustration. Quand on voit l’ambiance qu’il y a aujourd’hui, le soutien de tous nos supporters on est déçus.
« C’est un état d’esprit de déception, de tristesse. On a échoué en quart de finale de notre Coupe du Monde et c’est beaucoup de peine. Il faut féliciter les Springboks qui ont résisté à nos assauts, dans un contexte pas facile. On a raté le coche sur certaines séquences où on aurait pu scorer, prendre le large. Ça fait partie du sport.
« On était bien physiquement, on a réussi à mettre en place un jeu de mouvement, on a eu pas mal d’espaces mais on n’a pas su concrétiser, on a fait beaucoup de petites erreurs, de précipitation, sûrement à vouloir aller trop vite. Ils sont restés dans leurs plans, trois essais en contre-attaque en première mi-temps, beaucoup de jeu de pression et ils se sont nourris de nos erreurs, des coups de sifflet de l’arbitre pour pouvoir scorer au bon moment et avec réussite.
« On est tristes, avec ce résultat et ce scénario cruel. On est déçus, je n’ai pas les mots. C’est dommage pour nous, pour le groupe, pour le public qui nous suit. C’est très dur ce soir.
« On peut trouver les explications que l’on veut, c’est terminé. L’aventure s’arrête là pour nous. C’est dommage pour ce groupe qui méritait d’aller plus loin. Une Coupe du Monde en France, on n’en vivra plus. C’est difficile de finir comme ça.
« Il y a tellement de faits de jeu et de moments clés dans cette partie. Peut-être quand on mène 7-0 et qu’Eben Etzebeth coupe la trajectoire du ballon. On est sur un temps fort pour nous et on ne conclut pas.
« Il y a aussi notre avancée sous les poteaux en fin de match et que le ballon sort plus vite et qu’il est disponible, on finit l’action différemment. Quand Antoine n’arrive pas à transmettre un ballon précisément, aussi. Ces faits de jeu, quand ils s’accumulent, sont notoires.
« À chaud, j’ai l’impression qu’on a fait jeu égal et qu’on a eu des temps forts, même si on n’a pas concrétisé. Parfois, ce sont les Sud-Africains qui ont pris les dessus.