La Danse de la Victoire: Comment le Rugby à 7 a Intégré la Danse pour Devenir Champion Olympique

En rugby, on est habitués à entendre parler de combat. Cependant, l'équipe de France de rugby à 7 a adopté une approche novatrice en intégrant la danse dans son entraînement. Ce projet, une première, a mis quatre ans à aboutir.

Les joueurs de l'équipe de France de rugby à 7 s'entraînent à la danse. Source: lerugbynistere.fr

Avec Jérôme Daret (l'entraîneur des Bleus), ils sont partis de presque rien, d'une équipe qui n'avait jamais dansé ensemble. L'idée était de casser la routine des six échauffements lors des tournois.

L'Initiation à la Danse: Casser la Routine et Améliorer la Cohésion

Au départ, Jérôme Daret avait envisagé la danse pour casser la routine des six échauffements lors des tournois. Les joueurs en avaient un peu marre de faire toujours les mêmes échauffements. Il a chargé Laure Bontaz, avec Julien Robineau, le préparateur physique des Bleus, d'élaborer des gammes athlétiques, avec du tempo et en musique.

Ça a donné des alignements super précis. Par exemple, quatre vagues de trois joueurs les unes derrière les autres. Une première ligne partait, ils devaient se débrouiller pour le décompte. Un leader de ligne donnait le top départ sous forme de « cinq, six, sept, huit » pour démarrer tous ensemble, d'un même pied. Une deuxième ligne enchaînait. Toujours alignés avec un regard périphérique, en ligne puis en colonne. C'était super, ça leur a apporté de la cohésion de manière ludique.

Les Bénéfices Techniques et Psychologiques

Ce qui est dingue, c'est qu'en plus d'avoir optimisé leur technique rugby, danser a aussi amélioré les relations interpersonnelles dans le groupe. Sur la dimension purement technique, la danse a permis d'améliorer la coordination, le sens de la synchronisation. Elle les a rendus meilleurs dans les changements de rythme et de direction, elle leur a permis de mieux assurer leurs appuis en les rendant plus dynamiques. Leur sens du tempo, des temps et des contretemps, et c'est important en sport. En plus de tout ça, danser ensemble a aussi permis de faire tomber des barrières psychologiques.

Dès la première séance, Laure Bontaz leur a dit : « Les gars, le cours est un espace de non-jugement. On ne se moque pas de l'autre. Et je veux vous voir faire, essayer. Quitte à vous planter. On s'en fout, on y va ! On est décomplexés, cool. »

Au départ, certains joueurs étaient en résistance et disaient dans leur barbe : "On est des mecs, pas des danseuses." Ils se demandaient pourquoi faire ça.

C'est Jérôme (Daret) qui s'en est chargé. Il transférait le travail de Laure lors de ses séances rugby. C'était la clé pour que les garçons adhèrent au projet. Ils ont vite compris que tout ce que Laure leur apprenait allait leur servir sur le terrain.

Ne serait-ce que le « mapping ». Laure avait besoin que les joueurs prennent une formation spécifique pour la chorégraphie. Qu'ils forment un V avant de procéder à des déplacements dans une évolution. Ce sens du « mapping », Jérôme l'a appliqué sur leurs lancements de jeu, les combinaisons de passes et le placement de chaque joueur sur le terrain. Dans la chorégraphie, ils n'étaient jamais seuls, il n'y avait pas de soliste. Apprendre à se positionner a développé leur regard périphérique.

L'équipe de Rugby à 7 effectue sa fameuse danse victorieuse @ Jeux Olympiques Paris 29 juillet 2024

Le Shuffle: Un Vecteur de Cohésion

La chorégraphie, le shuffle, a été un vecteur de cohésion. Laure Bontaz a senti leur désir commun de réussir, de s'entraider. Pendant les cours, quand l'un était en difficulté sur un pas, se montrait un peu plus maladroit, les autres venaient à sa rescousse. C'était touchant.

Laure Bontaz s'est mise en retrait, soucieuse de les laisser faire. Elle évitait de tout re-détailler, re-décortiquer, re-expliquer parce que les garçons s'aidaient mutuellement. Et plus fort encore : ils se sont mis à se défier dans des « battles ». Quand ils y avaient des gages à la suite d'une faute sur le terrain, ils se challengeaient avec la danse. C'était énorme ! Ils ont beaucoup travaillé la coordination, la dissociation du haut et du bas du corps.

Puis Jérôme a rajouté le ballon, de la complexité pour que leur cerveau bascule en mode multitâche. Les gars ont « fumé » de partout. (Elle rit.) C'était dur, ils ont appris à danser avec un binôme, synchronisés. Les trajectoires de ballons se croisaient, ils devaient se l'envoyer à l'annonce de nombres impairs. « Le shuffle muscle leurs cerveaux », disait Jérôme car ils devaient exécuter avec précision plusieurs tâches à la fois, réfléchir au bon positionnement de leur corps et de celui des autres.

L'enjeu mineur d'une chorégraphie a également agi comme un dérivatif à la pression inhérente aux Jeux Olympiques.

Laure Bontaz, la chorégraphe. Source: YouTube

L'Évolution des Joueurs et l'Impact de la Danse

Totalement. La danse est devenue une part de leur entraînement et, quelque part, de leur vie. Laure Bontaz a vu évoluer ces jeunes hommes. Au départ, certains étaient réticents, se cachaient derrière ceux qui étaient en première ligne. Puis danser n'est plus devenu un problème. Ils sont devenus proactifs, certains envoyaient des messages du genre : « Laurette, on pourrait danser sur ce son ? » Un peu rap avec un gros beat. Là, Laure s'est dit : « C'est gagné. »

Tout le monde n'a pas forcément l'oreille musicale, le sens du rythme ou la capacité à attraper un tempo. D'autres font ça naturellement. Et puis le tempo, il faut pouvoir le retranscrire avec son corps, dans un espace, face au regard des autres. Ils se sont aperçus que certains se sont complètement décomplexés et désinhibés.

Un des joueurs était très en résistance. Il n'avait pas envie, se montrait désinvolte et ne rentrait pas dans la choré. Laure l'observait mais ne lui faisait pas de remarques devant les autres. Elle n'a pas eu besoin de le faire, il a été recadré par ses coéquipiers : « Eh, dis donc, frère, à quel moment tu vas t'y mettre ? On te dit qu'il faut plier comme ça. Vas-y, plie ! Là, t'es là en mode euh... Eh frère, vas-y, fais-le ! »

Le Leadership Émergeant Grâce à la Danse

Sur le coup, il a gardé sa fierté mais, au bout d'un moment, il a changé. Il s'était fait rappeler à l'ordre, c'est la force du groupe qui crée son propre leadership. D'ailleurs, des leaders ont émergé dans l'équipe grâce à la danse.

Oui, le jour où, électrique, il a effectué un saut périlleux à l'issue d'une répétition au Moulin Rouge, Jérôme a alors compris la dimension qu'il pouvait prendre, tant comme athlète que comme leader. En danse, Aaron bénéficiait de prédispositions inouïes. Il a dit récemment à Laurette : « Tu sais Laurette, cette chorégraphie, je ne l'oublierai jamais, j'ai tellement kiffé ! »

Quand Antoine a débarqué, tout le groupe dansait depuis plusieurs mois. Il a accroché les wagons et su se mettre dans le flow. Il a été accompagné par Paulin (Riva), le capitaine de l'équipe qui, lui aussi, au départ, n'était pas forcément très à l'aise avec son corps.

La Consécration aux Jeux Olympiques

Sur les derniers temps, les gars étaient contents de venir aux séances de danse. Ils ont dit : « Ce shuffle, si on gagne un tournoi, il faudra le sortir sur le terrain, devant le public ! » Ils ne l'ont jamais fait, même après avoir gagné à Los Angeles et à Madrid. Ils ne le sentaient pas. Peut-être qu'ils attendaient les JO, de remporter un truc plus fort encore.

Laure Bontaz était au Stade de France quand ils ont entamé le shuffle après leur victoire olympique. Quand elle les a vus se mettre au milieu du terrain, commencer à se positionner en mapping, elle s'est dit : « Non ? Ils vont danser ? Putain, ils vont le faire là ? » Laure était tellement émue chaque fois qu'elle y repense. C'était hyper fort. Donc, elle les a vus, se positionner. Paf. Tout le monde était calé. Le manager faisait des allers-retours, elle s'est dit : « Ah, OK ils demandent la musique en plus ! » Dès les premières notes, ils ont démarré tous ensemble, c'était dingue. Laure a pris une déflagration. Comme un frisson, des tremblements... Remplie d'une immense fierté. La boucle était bouclée. Elle a crié... Non, elle a hurlé !

L'équipe de France de rugby à 7 dansant après leur victoire olympique. Source: ffrubgy.fr

L'Héritage de la Danse dans le Rugby à 7

La danse a apporté une énorme joie de vivre, c'est certain. C'était super ludique, fun. Les gars kiffaient. Leur shuffle est devenu viral sur les réseaux. Lors de la parade des champions sur les Champs-Élysées, en septembre, Laure Bontaz entendait les gens dans la foule crier : « La choré ! La choré ! » Cette fois, elle n'a pas crié, c'était un sentiment plus intérieur. Les joueurs se le sont approprié, ont parfaitement assumé le fait de danser. C'est top.

Laure aime tellement cette équipe. Ce sont ses petits. Ils ont pris soin d'elle. Ils la serraient dans leurs bras. Elle était leur maman. Elle a eu des super beaux échanges avec certains, parfois sur des choses un peu intimes, souvent en lien avec leurs amourettes. Ils étaient demandeurs de son vécu. Elle avait sa façon de voir les choses, vu son âge (53 ans). Le fait qu'ils se confient, lui offre leur confiance, c'était fort.

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