Dans les vestiaires de rugby : Ambiance et traditions

Le rugby, avec ses mêlées, impacts, placages et déblayages, met les corps à rude épreuve. En France, ce sport compte 324 326 licenciés (au 31 décembre 2022) qui s’y adonnent avec passion.

Particularité du rugby féminin

Côté féminin, la Fédération française enregistrait une hausse des licenciées de 22 % entre 2021 et 2022. Toutefois, le nombre de pratiquants reste déséquilibré, avec seulement 26 000 femmes foulant les terrains avec un ballon ovale.

La féminisation progressive du rugby

Malgré la persistance de préjugés, comme ceux exprimés par Fabien Galthié en 2007, qui affirmait qu'il y avait des sports plus féminins, les femmes investissent de plus en plus le milieu du rugby. Audrey Zitter, cadre technique de la Fédération française de rugby à XIII, manageuse de l’équipe de France féminine entre 2017 et 2019, et ancienne entraîneuse de l’équipe masculine de Montpellier, n’a pas souffert de misogynie. Elle reste la première femme à entraîner une équipe sportive senior masculine de haut niveau en France. Avec du recul, elle analyse très positivement son expérience : "Je n’ai jamais eu de souci avec les joueurs. Je n’ai pas eu de réflexion ni subi de situations embarrassantes, y compris sur les terrains adverses. Ça ne m’a pas préoccupé d’être une femme dans cet environnement masculin".

Audrey Zitter constate que de plus en plus de femmes investissent le milieu du sport. Mais Audrey Zitter met plusieurs bémols : "Nous restons loin du compte. Beaucoup de fédérations sont faites pour les hommes et nous demeurons très loin de la parité, y compris dans le rugby. Les femmes arrivent à se faire une place seulement si leurs supérieurs masculins l’acceptent et les soutiennent." Dans les fédérations, les licenciées et arbitres féminines restent en sous-effectif. La solution pour l’ancienne entraîneuse, faire jouer les quotas : "Il faut plus de femmes arbitres et entraîneuses pour essayer de rééquilibrer le rapport de force et montrer aux jeunes filles que c’est possible."

Le ministère des Sports, en collaboration avec les fédérations, tente de renforcer l’accès au sport des filles et promouvoir les femmes à des fonctions dirigeantes : "Nous œuvrons avec nos moyens, nous n’avons pas de baguette magique", reconnaît Audrey Zitter. Elle déplore manquer de levier : "Nous mettons en place des politiques volontaristes pour qu’elles s’engagent avec des licences féminines gratuites, des stages d’arbitrage, des conseils d’administration paritaires dans les fédérations… Les clubs doivent aussi se servir des équipes féminines qui obtiennent de bons résultats."

Le vestiaire : Un espace codifié

Le vestiaire est un sanctuaire pour les joueurs. L’entraîneuse se rappelle que lors de la première rencontre avec ses joueurs, alors en deuxième division de rugby à XIII, se pose la question du vestiaire : "En sport collectif, les entraîneurs ont coutume d’aller et venir dans les vestiaires pour faire des discours et motiver leurs joueurs. Lors de notre premier temps d’échange, nous avons posé un cadre : avant chaque début de match, je leur demande d’être prêts et habillés à une heure précise, tandis qu’à la fin du match, je débriefe directement sur la pelouse ou je retourne au vestiaire où ils ont interdiction de se dévêtir tant que je suis en leur présence." Audrey Zitter n’a eu aucun souci à s’imposer face à ses joueurs.

"Ils ont toujours respecté cette consigne. Ils ont très vite compris que je n’étais pas là pour faire de la figuration. Ce n’est pas votre sexe qui détermine votre capacité à être entraîneur, mais votre tempérament", commente la conseillère technique rattachée au ministère des Sports. La Toulousaine s’est ensuite tournée vers la sélection française féminine de rugby à XIII. Fille ou garçon, elle ne fait aucune distinction : "J’ai posé les mêmes règles dans le vestiaire pour garder l’intimité des joueuses. Sur le terrain, je ne fais aucune différence entre homme et femme. J’ai essayé de m’adapter aux personnes et non au sexe. Chacun réagit différemment." Elle admet davantage de rapports fusionnels avec les joueuses : "J’étais plus dans la retenue avec les garçons, je ne m’autorisais pas de proximité physique".

Les traditions et l'esprit du rugby

Au-delà de la compétition, le rugby est une culture avec ses propres traditions. Les "anciens" du club, les profils atypiques, la bourriche, le curé rugbyman, autant d'éléments qui contribuent à l'ambiance unique de ce sport.

  • Le cagoulin : Une récompense humoristique pour le "boulet" du match.
  • Les anciens du club : Bénévoles dévoués qui incarnent l'esprit du rugby.
  • Les profils atypiques : Joueurs de tous gabarits, unis par leur passion pour le jeu.
  • La bourriche : Tirage au sort à la mi-temps pour gagner des produits locaux.
  • Le curé rugbyman : Un exemple de la combinaison entre foi et passion pour le rugby.

Ces traditions, bien que parfois en voie de disparition dans le rugby professionnel, restent vivaces dans les championnats amateurs, où l'esprit de camaraderie et de convivialité est primordial.

Max Guazzini : Un révolutionnaire du rugby

Nul n'ignore que Max Guazzini, président du Stade Français entre 1992 et 2011, puis vice-président de la Ligue nationale de rugby en charge de la communication et du marketing de 2012 à 2016, a été l'officiant de nombre de grandes messes du rugby français. « Il a été le premier à s'inscrire dans la logique participative et festive du sport US et il a réussi au-delà de toute attente, souligne Michel Desbordes, professeur de marketing du sport à l'université Paris-Saclay. Selon moi, Guazzini est le plus grand marketeur du sport de ces vingt dernières années. » Pour Céline Jobert, patronne de l'agence de communication sportive La Fourmi, « sa vision particulière de l'événementiel a profondément changé la façon de vivre les matches de rugby ».

Sous l'ère « Guazz », le Stade Français est passé d'un match à six entrées payantes contre Chambéry, au début des années 1990, au sommet d'un record mondial pour un match « ordinaire » de Championnat : 79 502 spectateurs le 15 octobre 2005 pour un Stade Français-Toulouse (29-15) disputé au Stade de France.

Ce soir d'octobre 2005, le public reprend notamment les Démons de minuit et Capitaine Flam dans un karaoké géant conçu par un président-animateur qui a fait déposer vingt mille oriflammes dans les gradins. Un feu d'artifice clôt cette soirée en apothéose, malgré l'interdiction de la FFR. Le lendemain, L'Équipe s'étrangle d'émotion : « Au-delà du rugby ». « Un show digne du Super Bowl ». Ou des jeux de la Rome antique.

De son chapeau de Monsieur Loyal est sortie, au fil des ans et des grandes affiches, une improbable farandole : les danseuses du Moulin Rouge, la musique de la Légion étrangère, des chameaux, une pyramide humaine, les Gipsy Kings, des léopards, une voiture téléguidée, des taureaux de Camargue, les enfants des écoles de rugby d'Île-de-France, des motards en Harley, Ricky « un, dos, tres » Martin, un aigle royal, Michel Delpech, un hélicoptère, les Tambours du Bronx, des chars romains tirés par des chevaux, Madonna (marraine de l'équipe), des tanks de la Première Guerre, des éléphanteaux, des limousines roses, un ange avec des ailes dans le dos, Melchior, Gaspard, Balthazar...

Vincent Moscato, capitaine et champion de France en 1998, garde en mémoire une image de cette immense dinguerie, lors de la première sortie du Stade Français au Parc, en septembre 1998 (contre Castres) : « Les filles du Moulin Rouge. Comment moi, avec ma culture de joueur de rugby de province, j'aurais pu imaginer passer après les danseuses du Moulin Rouge ? Max insufflait l'esprit de Jean-Marie Rivière (ancien roi des nuits parisiennes). Ces fêtes ne pouvaient être exportées qu'à Paris. Elles étaient faites pour le Stade Français de Paris. »

Les shows « guazziniens » sont brocardés par des présidents de province, à mille lieues de la mentalité créative de l'ancien attaché de presse de Dalida. C'est vrai que Max veut du glam. Il envoie ses joueurs chanter en prime time à la télé et ça fait disque d'or. Il les déshabille dans des calendriers qui deviennent légendaires. Il leur fait enfiler des caleçons co-brandés par les marques de lingerie du moment : carton.

Pourtant modeste, Max Guazzini constate la portée de ces avancées : « Après nous, le rose est apparu au pays de Galles, où on s'est mis à scénariser l'entrée des joueurs de rugby. Après notre petite voiture, j'ai vu un bateau (à Toulon) et un avion (au Racing 92) transporter les tees, et à l'étranger aussi. Pas mal de clubs ont commencé à délocaliser des affiches, comme les Saracens à Twickenham. Leur président était venu me solliciter. Un Anglais qui consulte un Français, c'est quand même le monde à l'envers. (Il sourit.) Les jingles musicaux se sont généralisés dans pas mal de sports, tout comme les drapeaux. On ne trouvait pas de drapeaux avant nous et ce n'est que plus tard que les politiques s'y sont mis. On m'a dit que j'ai relancé l'industrie du drapeau en France. »

Pour Lucien Simon, ex-président du club de rugby d'Aix, devenu Provence Rugby, intime de Guazzini et avocat comme lui, c'est le manque, voire la pénurie, qui ont amené « l'Étrusque », comme il se surnomme, à concevoir ses spectacles incroyables : « Il faut savoir qu'aucun club de Pro D2 ne jouerait aujourd'hui dans le vieux Jean-Bouin dont il disposait. Max s'est dit : "Qu'est-ce que je peux faire ? Construire un stade en deux ans ? Impossible. Le public, il faut qu'on aille le chercher ailleurs." D'où ces délocalisations et ces shows. Au-delà du fait qu'il aimait profondément faire ça, c'était une nécessité. Max était tout à fait conscient de la spécificité parisienne. S'il avait repris Tyrosse (dans les Landes), il y aurait eu moins d'hélicos pour apporter le ballon du match. Il aurait inventé un autre modèle sans chercher à l'imposer à quiconque. Il n'y a pas plus respectueux que lui de la tradition dans le rugby. »

En tant que membre du comité directeur de la LNR, Lucien Simon se souvient avoir partagé la finale 2011 du Top 14 dans la loge présidentielle du Stade de France avec son ami de presque trente ans. Lui dont les joueurs avaient glané ici cinq titres sous son ère (1998, 2000, 2003, 2004 et 2007), lui qui avait fait de cette enceinte grandiose la salle des fêtes du rugby français, se trouvait alors aux abois au sein de son propre club, menacé de faillite financière.

Évolution du Stade Français sous l'ère Guazzini
Période Événement Affluence
Début des années 1990 Match contre Chambéry 6 entrées payantes
15 octobre 2005 Stade Français-Toulouse au Stade de France 79 502 spectateurs

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