D'où Vient la Rivalité OM PSG: Une Histoire de Football, de Culture et de Business

Ce dimanche, l’OM affronte le PSG au stade Vélodrome de Marseille pour le compte de la 25e journée de Ligue 1. L’ambiance promet d’être brûlante vu la rivalité qui oppose les deux équipes. Mais celle-ci a-t-elle toujours existé et d’où vient-elle réellement ?

La rivalité OM-PSG n'existait pas il y a trente ans, mais ce duel est aujourd'hui le plus gros temps fort du Championnat de France. Incontestablement. Et même si, contrairement au match de dimanche, l'enjeu sportif n'est pas au rendez-vous. Car un match OM-PSG, ou l'inverse, est toujours un événement.

Ce sont deux dates cochées chaque année par de nombreux fans de football : les matches entre l’Olympique de Marseille et le Paris Saint-Germain, qui s’affrontent ce dimanche 26 février 2023 au stade Vélodrome, à Marseille, à l’occasion de la 25e journée de Ligue 1, sont toujours attendus. Cette saison un peu plus. Car les deux équipes sont relativement proches en haut du classement du championnat de France de football.

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Seulement cinq points séparent le club de la capitale, leader mais fébrile, et son dauphin, en réussite sous les ordres d’Igor Tudor. La victoire logique des Marseillais, début février en Coupe de France (2-1), ajoutera sans doute un sentiment de revanche chez les joueurs de Christophe Galtier.

Les Origines de la Rivalité

L’OM et le PSG n’ont pas forcément toujours été de grands ennemis. D’abord, parce que quand l’OM est fondé en 1899 et étale donc une histoire longue de plus d’un siècle, le PSG ne naît qu’en 1970. À cette époque, l’OM bataille plutôt avec Saint-Etienne puis Bordeaux et le PSG n’intéresse que peu les Marseillais.

Marseille paraissait bien seul comme acteur de ce feuilleton après le déclin de ses rivaux les plus historiques, Saint-Etienne et Bordeaux. Le classement du championnat de D1 en 1990/91, avant l'arrivée de Canal+ au PSG.

Pour Bernard Tapie, son président de l'époque, l'OM avait un intérêt à se trouver un rival à sa taille pour rendre le championnat plus attractif. Un intérêt financier partagé par Canal +, détenteur des droits télévisuels de l'épreuve. C'est ce qui a motivé les dirigeants de la chaîne cryptée à investir dans le PSG en 1991.

L'origine de cette rivalité construite de toutes pièces, c'est Alain Cayzac, dirigeant historique du club de la capitale, qui en parlait le mieux dans Libération en 2004. A l'époque, la ville de Paris ne vibrait pas pour le football. En cela, elle offrait un marché attractif car totalement inexploité.

Au tout début des années 90, l'affluence moyenne au Parc des Princes dépassait à peine les 15.000 spectateurs, soit un tiers de la capacité du stade. Et son chiffre le plus bas depuis le milieu des années 70. Dès l'arrivée de Canal+, cette moyenne va augmenter d'un coup pour dépasser 25.000 spectateurs. L'idée de populariser le football à Paris avait du potentiel pour n'importe quel investisseur.

C'était même un enjeu dans une agglomération où elle compte la majorité de ses abonnées. Construire une équipe compétitive à Paris pour la dresser contre l'OM, référence du moment, apparaissait comme une évidence pour Canal +. Et c'était d'autant plus facile de négocier avec un homme d'affaire comme Bernard Tapie que le président de Marseille avait, lui aussi, tout à gagner à voir un tel rival venir concurrencer une équipe qui n'en avait plus.

L'idée de créer une rivalité entre le PSG et l'OM avait d'autant plus de sens qu'elle était facile à réaliser. Au départ, les antagonismes entre Paris et Marseille sont déjà multiples. La capitale contre la province, le Nord contre le Sud… Historiquement, culturellement, sociologiquement, tout oppose les deux premières villes de France. Même la météo. En ce sens, Paris-Marseille, c'était le mariage parfait.

En mars 1989, il s'est servi du refus de la Ligue, où le président du PSG Francis Borelli avait un rôle important, de valider le transfert de Jean Tigana à l'OM pour dénoncer une "machination" parisienne, opposer les deux villes et poser les jalons de leur rivalité. Paris, la centralisatrice élitiste, et Marseille, la rebelle populaire.

Jouer sur cette opposition était le filon parfait pour créer l'événement PSG-OM, et l'engouement médiatique et populaire recherché à la fois par Canal + et Bernard Tapie. Attiser la passion et les tensions entre les deux clubs n'était pas une idée sans risque.

Cette rivalité purement construite n'a pas mis bien longtemps à dépasser le cadre du terrain.

L'Apogée de la Rivalité

Le tout début des années 90 sera l’apogée de cette rivalité. L’OM écrase tout sur son passage, y compris les chevilles de ses petits camarades de la capitale. Symbole de cet OM talentueux, dur sur l’homme et sûr de sa force, Eric Di Meco, Avignonnais formé à l’OM, qui brutalisera la star parisienne David Ginola un soir de mai 1993, quelques jours après que le club phocéen devienne le premier (et seul) club français à remporter la Ligue des Champions (1-0 contre le Milan AC).

Finalement, à cette période, il n’y a pas match entre les deux clubs, au grand dam des Parisiens et de leurs stars un peu tendres mentalement.

Le duel a atteint des sommets de violence lors du match de décembre 1992 remporté par l'OM au Parc des Princes (0-1). Sur la pelouse, mais aussi en dehors.

La Rivalité Culturelle

À la fin des années 90, la rivalité est renforcée et nourrie de quelques arguments géographiques et culturels. En tribune, cela chauffait déjà entre une partie des supporters parisiens, revendiqués d’extrême droite, et des Marseillais s’exprimant contre le racisme.

Il portera finalement sur l’identité et les valeurs qui opposent Paris et Marseille. Pour actu Marseille, Médéric Gasquet-Cyrus, linguiste à l’université d’Aix-Marseille, précise : « Avec cette rivalité, tous les archétypes fonctionnent : capitale/province, Nord/Sud, riche/ pauvre (en partie), bourgeoise/populaire… Ces schémas sont entretenus par l’hypercentralisation française qui fait que Paris est la capitale économique ou culturelle. Alors que Marseille, véritable ville-monde, se retrouve en périphérie et ça, ça ne nous plaît pas ».

Tableau Récapitulatif des Éléments de la Rivalité

Élément Paris Saint-Germain (PSG) Olympique de Marseille (OM)
Fondation 1970 1899
Situation Géographique Capitale, Nord Province, Sud
Image Ville lumière, centralisatrice élitiste Rebelle populaire, ville-monde en périphérie
Valeurs Ambition, arrogance Fierté, identité

Une Rivalité qui Traverse les Époques

C'est justement ce qui explique pourquoi cette rivalité a perduré, et reste la plus forte en France vingt ans après le départ de Tapie de la présidence de Marseille. C'est aussi une question générationnelle.

Les trentenaires, voire les quadras d'aujourd'hui ont grandi au football quand ce duel a commencé à vampiriser l'attention médiatique, au-delà de l'enjeu sportif qui concernait deux prétendants au titre. Les anecdotes, les petites phrases entre les deux camps ou les mesures de sécurité prises pour éviter les débordements sont parties intégrantes de cet événement.

Le PSG et l'OM ne se sont pas souvent battus pour le sacre sur le terrain. Une des deux équipes pouvait éventuellement être concernée selon les cas (l'OM en 1999, le PSG en 2004), mais ce duel n'en a jamais été un entre deux équipes à la lutte pour le titre entre 1994 et 2009. Pourtant, pendant ces quinze années, les matches entre le PSG et l'OM n'ont jamais cessé d'être les événements les plus médiatisés chaque saison.

Deux rivaux qui ont été artificiellement dressés l'un contre l'autre, et qui n'existeraient plus de la même manière l'un sans l'autre. Pour les supporters des deux équipes, mais aussi pour la France du football en général, rien ne vaut l'effervescence d'un match entre le PSG et l'OM. Un match vraiment à part.

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