Dans la tribune surplombant le terrain de l'AdventHealth Arena, impossible de le louper. Cheveux désormais blancs mais toujours gominés à la perfection, regard perçant, chemise blanche légèrement ouverte, masque noir, Pat Riley est bien là.
À soixante-quinze ans, le « Godfather » (le Parrain), comme l'appelle l'entraîneur de Miami Erik Spoelstra, aurait peut-être dû rester tranquillement isolé chez lui pour ne prendre aucun risque avec la pandémie de Covid-19. Mais il n'aurait manqué cette finale face à la franchise qui l'a fait roi, les Los Angeles Lakers, pour rien au monde.
Et même si le Heat, mené deux victoires à zéro et amoindri par les blessures d'Adebayo et Dragic, voit ses espoirs de titre se réduire, Riley a déjà réussi son pari en ramenant son équipe au sommet. Sommet qu'il a côtoyé tout au long de sa carrière comme joueur, entraîneur ou dirigeant.
Legends: Pat Riley
1967-1976 : Le joueur (3 finales, 1 titre), doublure de West
Avec une meilleure saison à 22 minutes et 11 points de moyenne (en 1974-1975), Riley a été un joueur à la carrière discrète, qui n'avait pas encore trouvé son style unique, comme en témoignent les photos de l'époque universitaire à Kentucky (avec une magnifique raie sur le côté et un sourire un rien benêt), ou celle chez les Los Angeles Lakers (avec barbe et cheveux au vent digne des Bee Gees).
Drafté par les San Diego Rockets (avant leur déménagement à Houston), il a atterri aux Lakers en 1970. Il y passera cinq de ses neuf saisons en NBA. C'est là qu'il a goûté aux sommets pour la première fois, avec un titre en 1972 et une finale perdue en 1973.
Sur le terrain, son rôle est limité. Sa mission principale se situe à l'entraînement où Bill Sharman, le coach de l'époque, lui demande de maintenir Jerry West, la star californienne, dans la meilleure forme possible.
Lors de sa dernière saison, il est envoyé aux Phoenix Suns où il dispute les play-offs pour la sixième fois en neuf saisons, et fait une troisième apparition en finale (perdue 4-2 face aux Celtics), avant de tirer sa révérence.

1979-2008 : Entraîneur (10 finales, 6 titres), d'imposteur à « Godfather »
Après deux saisons comme consultant télé, Riley devient entraîneur par accident. Un accident de la route, dont est victime Jack McKinney, le coach des Lakers, en 1979. Paul Westhead remplace ce dernier et engage Riley comme assistant.
Le rookie Magic Johnson et le vétéran Kareem Abdul-Jabbar amènent LA au titre quelques mois plus tard. En 1981, Westhead prend la porte. Riley est investi après deux petites années d'expérience comme adjoint.
« J'ai mis du temps à l'accepter, a-t-il expliqué au Chicago Tribune en 1988. Il y a des gens qui ont entraîné toute leur vie au lycée, à l'université... J'avais même du mal à être appelé "coach". Pendant un temps, j'ai demandé qu'on utilise "Riles". »
Cela ne l'empêche pas d'être sacré champion dès sa première saison, de créer une équipe au jeu spectaculaire, le « Showtime », et de se construire un personnage qu'il incarne encore aujourd'hui, celui du « Godfather » (le Parrain), avec ses costumes Armani faits sur mesure, ses cheveux gominés et sa personnalité sans concession.
En neuf saisons à la tête des Lakers, il atteint sept fois la finale et gagne quatre titres, avec la rivalité face aux Boston Celtics en toile de fond. Ironie du sort, il est renvoyé en 1990, ayant perdu le soutien de Magic Johnson, à l'issue de la seule saison où il reçoit le titre d'entraîneur de l'année.
Il rebondit un an plus tard aux New York Knicks, où il imprime un style bien plus musclé. Il amène la franchise jusqu'à la finale 1994, perdue au match 7 contre Houston, après avoir obtenu un nouveau titre d'entraîneur de l'année en 1993.
L'année suivante, il démissionne pour s'engager avec Miami, jeune franchise fondée en 1988 et qui peine à connaître le succès. Sa patte magique fonctionne tout de suite, le Heat va six fois d'affilée en play-offs. En 1997, il est élu « coach of the year » pour la troisième fois.
En 2003, il prend du recul, laisse le poste à Stan Van Gundy, mais le reprend en 2005 et offre à Miami son premier trophée en 2006, avec Dwyane Wade et Shaquille O'Neal, deux ans avant de définitivement laisser la place à son protégé Erik Spoelstra.

Joueur à la carrière modeste mais couronnée d'un titre, Pat Riley a ensuite orchestré le « Showtime » des Lakers dans les années 1980, avec Kareem Abdul-Jabbar (n°33) et Magic Johnson (n°32).
2003-2005 ; depuis 2008 : président de Miami (5 finales, 2 titres), distributeur de bagues
S'éloigner de la lumière du banc n'a fait que renforcer l'image du « Godfather », agissant dans l'ombre pour bâtir des équipes qui lui ressemblent, prêtes à travailler et à se battre sans relâche pour atteindre le plus haut niveau.
Dans son rôle de président, il adore jouer de son image de gagneur, même avec les joueurs qu'il tente de recruter. Chris Bosh, arrivé en 2010 avec LeBron James pour rejoindre Dwyane Wade (qui a prolongé ce même été), raconte : « Pat a sorti un petit sac comme ceux de Crown Royal (un whisky canadien très connu aux États-Unis, dont la particularité est d'être vendu dans des sacs en velours violet). Il a sorti ses bagues (de champion) et les a mises sur la table, boom ! Et quand la réunion s'est terminée, il m'a donné une bague du titre 2006. Et il m'a dit : "Tu me la rendras quand tu en auras gagné une." »
Et Bosh de bien rire en dévoilant qu'il a toujours cette fameuse bague malgré les deux titres remportés en 2012 et 2013, les premiers de LeBron James. Riley a utilisé la même méthode en 2015 avec Goran Dragic mais le Slovène n'a, lui, pas osé s'emparer du précieux bijou.
Malgré les années qui passent, le Parrain ne perd rien de son caractère affirmé. Il ne cède jamais aux pressions extérieures, comme en 2010 lorsqu'il a gardé Spoelstra comme entraîneur alors que beaucoup réclamaient quelqu'un de plus expérimenté, et ne fuit jamais le combat.
En 2013, il n'a pas hésité à faire figurer dans un communiqué officiel du club la phrase : « Danny Ainge a besoin de fermer sa putain de gueule et de gérer son équipe », après les critiques du dirigeant de Boston à propos des complaintes de LeBron James envers les arbitres.

Dirigeant à Miami, il a lancé Erik Spoelstra et a permis à LeBron James (ici lors de la remise du trophée de MVP 2013) de glaner ses premiers titres.
Extrêmement touché et vexé par le départ de ce dernier en 2014 alors qu'il lui avait permis d'atteindre le Graal - « J'ai eu deux-trois jours d'immense colère, j'étais livide. Mon parfait plan s'effondait », a-t-il avoué dans le livre The Soul of Basketball -, il y a sans doute puisé la motivation nécessaire pour reconstruire une équipe compétitive.
Le groupe actuel est celui qui, de toute sa carrière, lui correspond le mieux au niveau de la personnalité, avec des joueurs comme Jimmy Butler et Bam Adebayo qui n'ont pas peur de l'ouvrir. Et vu la forte présence de jeunes (Tyler Herro, Duncan Robinson, Kendrick Nunn), Riley n'a peut-être pas fini d'ajouter des finales et des titres à son incroyable CV.
Palmarès de Pat Riley
| Période | Rôle | Titres NBA | Finales NBA |
|---|---|---|---|
| 1967-1976 | Joueur | 1 (1972) | 3 |
| 1979-2008 | Entraîneur | 6 | 10 |
| 2003-2005 ; depuis 2008 | Président de Miami | 2 | 5 |