Souvent décriée dans l’actualité et sujet tabou du sport de haut niveau, la créatine n’a malheureusement pas bonne réputation dans l’imaginaire collectif. Longtemps plongée dans la controverse, la créatine souffre encore de préjugés tenaces. Cette réputation ternie résulte de divers scandales de dopage dans le sport professionnel qui ont profondément marqué l’opinion publique et d’une médiatisation alarmiste au début des années 2000.
À l’époque, malgré les démentis de la communauté scientifique, la créatine a été faussement associée à des problèmes de santé graves, comme le cancer ou des effets néfastes sur le foie. L’État a même souhaité un temps vouloir interdire sa commercialisation.

Qu'est-ce que la créatine ?
« La créatine est un composé naturel de l’organisme. Précisément, il s’agit d’un acide aminé que l’on trouve à 95 % du temps dans les muscles. Elle se présente sous forme de phosphocréatine dans le corps et constitue l’une des trois voies métaboliques utilisées par les muscles. »
Les Voies Métaboliques et l'ATP
Avant d’aller plus loin, détaillons ce qu’est une voie métabolique. C’est un ensemble de réactions chimiques se déroulant à l’échelle d’une cellule. Dans le cas des cellules musculaires, les réactions chimiques produisent de l’ATP (pour Adénosine Triphosphate). L’ATP représente l’énergie du muscle. Grâce à elle, la contraction musculaire est possible.
Il y a trois manières de produire de l’ATP. Chacune des trois voies métaboliques se caractérise sous la forme de puissance et d’endurance. Imaginez trois robinets d’eau pour les représenter, avec un débit et un réservoir différents :
- La première filière d’énergie est l’anaérobie alactique. Le robinet a un petit réservoir et un très gros débit. Il fournit donc de l’énergie pour des exercices de puissance sur des temps très courts, d’une dizaine de secondes, comme un départ de sprint ou un mouvement d’haltérophilie. La phosphocréatine intervient à ce moment-là pour synthétiser l’ATP et donner de l’énergie aux muscles rapidement et intensivement.
- La seconde filière est l’anaérobie lactique. Après 10 secondes d'exercice, ce robinet se met en route pour fournir de l’ATP de manière plus diffuse, jusqu’à 5-6 minutes. Exemple d’activités physiques concernées : les sprints longs (400 mètres), la natation.
- La troisième filière s’appelle l’aérobie. À l’inverse, le débit est faible, mais la capacité du réservoir est importante. Tous les efforts physiques de plus de 6 minutes sont concernés par cette filière énergétique qui produit moins d’énergie, mais plus longtemps.
« Quand on prend de la créatine, on augmente les réserves en phosphocréatine, ce qui améliore notre capacité de contraction musculaire. Autrement dit, la créatine va servir à optimiser les aptitudes à réaliser un exercice de courte durée et de manière répétée, comme les répétitions de sprint. » En gros, vous rechargez les batteries plus vite en ayant un apport supplémentaire de créatine. Donc vous renouvelez mieux l’effort.
La CRÉATINE : Comment, Quand et Combien en Prendre ?
Dopage ou pas dopage?
En parallèle, les confusions autour de la créatine ont été accentuées par son usage détourné dans le milieu sportif. Face à de telles accusations, les réponses de l’AMA (Agence Mondiale Anti-dopage), de l’AFLD (Agence Française de Lutte contre le Dopage) et du CIO ont été catégoriques : la créatine n’est pas un dopant. Cette position s’appuie sur le fait qu’elle est naturellement fabriquée par le corps et apportée par la nourriture. Par conséquent, elle ne remplit pas les critères qui définissent un produit dopant.
Pourtant, selon certains experts, elle peut servir à masquer des produits réellement dopants qui, eux, sont interdits, tels que les anabolisants. Mais contrairement à une idée très répandue, elle n'agit pas comme un agent masquant.
Ces dernières décennies, certains journalistes peu scrupuleux n’ont d’ailleurs pas hésité à faire le raccourci entre créatine et stéroïdes anabolisants. Pour preuve, elle n’a jamais figuré dans la liste du code mondial antidopage.

La créatine dans le football : réalités et études
La méta-analyse récente de MIELGO-AYUSO (2019) chez des footballeurs ne révèle aucun effet ergogénique de la créatine sur l’amélioration des performances. Cette étude qualitative est en accord avec le rapport scientifique de l’ANSES de 2001.
La créatine peut faire l’objet de contamination possible lors de sa fabrication par un produit interdit. En effet, la plupart des sportifs consomment des compléments alimentaires avec la créatine, et certains d'entre eux sont "trafiqués avec des stéroïdes anabolisants", explique le docteur Dine.
DIDIER DESCHAMPS, entraîneur de Monaco, a admis avoir pris de la créatine au moment de son passage à la Juve. « J'ai pris de la créatine durant une courte période puis j'ai arrêté, a expliqué Deschamps. Après deux mois, je me suis aperçu que je n'avais pas besoin de cela. C'était aux alentours de 1995-1996 (NDLR : il jouait alors à la Juventus Turin). A l'époque, on la présentait comme un produit aidant à la récupération. J'en prenais des doses de 4 ou 5 grammes par jour. Tout le monde en prenait. Comme pour les compléments alimentaires, cela venait du médecin. »
Didier Deschamps, qui souligne avoir « la conscience tranquille », poursuit : « La créatine n'a rien à voir avec le dopage. Les gens qui ne comprennent pas bien le sujet pourraient faire l'amalgame. A l'heure actuelle, il n'est pas interdit d'en consommer. D'ailleurs, en France, certains joueurs en prennent. »
Réglementation et Qualité
Au fil du temps, la créatine a fait l’objet de multiples réglementations en France et en Europe. Pour vous assurer de prendre une créatine légale et exempte de toutes substances dopantes, voici quelques astuces faciles à suivre :
- Choisissez un article sur lequel il est clairement indiqué « NF V 94-001 » ou bien « NF V EN 17444 ». Ces deux mentions garantissent l’absence totale d’éléments dopants dans la composition.
- De même, privilégiez les labels de qualité reconnus.
La créatine est en effet un produit autorisé sur le sol français, même si son usage est très rarement évoqué dans le pays.
Bienfaits et Effets de la Créatine
Les bienfaits de la créatine n’ont rien à voir avec ceux obtenus grâce au dopage ! La Société Internationale de Nutrition du Sport reconnait dans sa revue bibliographique que les effets d’une supplémentation en créatine sont possibles sur l’amélioration des performances en force, la prise de masse musculaire, la réadaptation à l’effort après blessure, la tolérance des charges lourdes à l’entraînement.
L’amélioration de certains paramètres de performances après supplémentation en créatine est évoquée en bibliographie sur des populations très inégales ayant des niveaux d’expertise différents, avec des protocoles de supplémentation en créatine très hétérogènes (tant sur les doses administrées que sur la période). Les sujets ayant peu d’expérience sportive semblent bénéficier plus facilement d’une amélioration de la force maximale mesurée. Revue de WAX & all retient une amélioration de performance pour des efforts brefs à haute intensité, en améliorant la force maximale, le temps de récupération entre les exercices intenses.
L’amélioration significative de la masse maigre (musculaire) sous créatine consommée après l’entraînement est similaire à la consommation de protéines du lactosérum (CRIBB). On observe de grandes variations dans les réponses inter individuelles sur l’hypertrophie musculaire.
Elle retarde la fatigue musculaire mais ce sont surtout ses effets sur la reconstitution des muscles (par resynthèse de la phosphocréatine) qui sont recherchés selon les médecins : «Les sportifs sentent qu’ils récupèrent plus vite et mieux quand ils en prennent.» L’autre effet essentiel de la prise de créatine, c’est une prise de poids par rétention d’eau et stockage du glycogène dans la fibre musculaire.
Les doses recommandées de 1 à 3 voire 5g/jour de créatine suffisent dans un but d’augmentation des performances de force ou de prise de masse musculaire, sans dose de charge initiale.

Risques et Précautions
Si elle n’est pas polluée et prise dans les doses prescrites, il n’y a aucun risque pour la santé. » L’impact négatif sur les reins, dans le cas d’une prise normale, a été écarté par des études. Mais la prise de poids découlant de l’ingestion de créatine a son revers de la médaille. «Cette surcharge affecte les tendons, les muscles, les articulations. Les microtraumatismes sont alors plus fréquents ».
| Avantages potentiels | Inconvénients potentiels |
|---|---|
| Amélioration de la performance en force | Prise de poids (rétention d'eau) |
| Prise de masse musculaire | Risque de microtraumatismes |
| Récupération améliorée après l'effort | Contamination possible du produit |