La Coupe du Monde de Rugby de 1995, organisée en Afrique du Sud, est souvent perçue comme un symbole de réconciliation nationale après l'apartheid. Cependant, cet événement a également été marqué par des controverses et des accusations de trucage.

Afin de donner des gages à une communauté blanche inquiète, le nouveau président s’oppose à la dissolution des Springboks, l’équipe sud-africaine, très populaire auprès des Blancs, mais haïe des Noirs, pour qui elle représentait un symbole de l’apartheid.
RWC 1995 - South Africa V France - Referee denies France a place in the final
Le Contexte Socio-Politique
Dans les années 1970, Steve Biko, leader du mouvement de la Conscience noire, représentait en Occident le symbole de la lutte contre l’apartheid. Vingt ans après sa libération - le 11 février 1990 -, Nelson Mandela a achevé sa mue. Considéré comme un « terroriste » par Washington dans les années 1970 et 1980, le fondateur de l’aile militaire clandestine de l’ANC est devenu un personnage éminemment consensuel, adoré de la jet-set qui se dispute les photos en sa compagnie et voit en lui une sorte d’équivalent africain du dalaï-lama : un vieux sage malicieux et éternellement souriant.
Arrivant quelques mois avant que l’Afrique du Sud n’accueille la Coupe du monde de football, la production hollywoodienne constituait une étape obligée de cette canonisation. Elle contraint le spectateur à un certain effort pour identifier un personnage aussi connu que Mandela sous les traits d’un acteur aussi connu que Morgan Freeman. Désignée par l’ancien président sud-africain lui-même comme étant le mieux placé pour interpréter son rôle à l’écran, la star américaine cherchait depuis longtemps à adapter son autobiographie, Un long chemin vers la liberté ; mais le projet se heurtait à la difficulté de faire tenir le récit dans la durée d’un long métrage.
Invictus : Un Film Symbolique
Invictus se concentre donc sur un épisode bien particulier : l’organisation par l’Afrique du Sud, en 1995, un an après l’accession de Mandela à la présidence, de la Coupe du monde de rugby. Le destin exceptionnel d’un homme, une épopée sportive sur l’air de « quand on veut on peut », la réconciliation entre Blancs et Noirs, le label « réalité plus belle que la fiction » : tous les ingrédients susceptibles de faire saliver un producteur étaient réunis.
Il n’empêche que le choix de raconter l’après-apartheid à travers cet événement ne semble pas se justifier uniquement par sa cinégénie : il témoigne aussi d’un credo idéologique peut-être inconscient, mais très caractéristique. Le culte de la personnalité et de l’homme providentiel qui imprègne le film illustre assez bien, comme le fait remarquer Eric Libiot dans L’Express, le thème eastwoodien du « héros solitaire » - au risque de donner l’illusion que Mandela a vaincu l’apartheid tout seul.
Invictus donne ainsi une vision incroyablement lénifiante de l’Afrique du Sud de cette époque. Sauf que la formule relève de la publicité mensongère : Invictus montre bien comment il apaise les craintes des Blancs ; on n’y voit rien, en revanche, de la manière dont il répond aux aspirations des Noirs - à moins de considérer que le seul rêve de ceux-ci était de voir leur pays remporter la Coupe du monde de rugby, ce dont on peut fortement douter au regard des conditions de vie de l’écrasante majorité d’entre eux.
Le film laisse croire que l’apartheid se réduisait à une animosité abstraite entre Blancs et Noirs, en omettant le fait qu’il se traduisait aussi par toute une série de lois et de mécanismes précis, destinés à maintenir la domination économique des premiers sur les seconds. En 1995, d’après une étude de la Banque mondiale, l’économie sud-africaine était l’une des plus inégalitaires au monde : même si la proportion de Noirs faisant partie des privilégiés augmentait, la minorité blanche (13% de la population) absorbait toujours 61,2 % du revenu national. A cet égard, en dépit de progrès indéniables, l’action de Mandela n’a pas été la hauteur.
Loin de se justifier par son caractère de petit-événement-apparemment-frivole-mais-en-réalité-si-important, le choix de se focaliser sur la Coupe du monde de rugby apparaît alors comme une dérobade, un moyen de faire diversion, de gonfler démesurément le symbolique pour mieux camoufler la démission du politique.
Film gentiment antiraciste, Invictus semble se satisfaire pleinement de ce happy end. Quant au fait que la Noire soit toujours la domestique, et la Blanche la patronne, il semblerait que cela relève de l’ordre naturel des choses : le film y est tout simplement aveugle.
Les Accusations de Jean-Pierre Papin
On ne saura sans doute jamais vraiment ce qui est passé par la tête de notre bon vieux JPP national ce 7 août 1995. Non pas que Berlin soit particulièrement connue pour son soleil ravageur… Nous sommes à l’heure du déjeuner à l’hôtel Intercontinental de la capitale allemande quand Jean-Pierre Papin, alors attaquant du Bayern Munich, tombe sur quelques journalistes italiens qu'il a cotoyé durant ses années milanaises.
Dans un article paru le surlendemain dans Libération, Olivier Villepreux raconte alors la suite :« JPP dit : "J’aimerais bien terminer ma carrière à Marseille avec ma famille." Rigolard, un journaliste lui glisse : "Avec tout ce qu’il s’est passé là-bas, tu te rappelles ce que tu nous disais à Milan, et tu as vu ce qu’il s’est passé !" Papin, sur le même ton, mi-amusé, répond : "Tu as vu, tout ce que je te disais, c’était vrai. Et ce n’est que 10 % de ce qui est réellement arrivé à l’OM qui a été révélé publiquement. Bien sûr, Tapie ne dira jamais rien, pas plus que Bernès. Il n’ira pas jusqu’à parler de la finale de Munich, on lui trancherait la gorge. Les Marseillais sont trop orgueilleux. Ils ont gagné contre le grand Milan, s’ils devaient en plus apprendre que ce match était truqué… " » »
Il ne se rend pas compte sur le moment, mais Jean-Pierre Papin vient de lâcher une bombe. Petit contexte historique pour les plus jeunes qui nous lisent : meilleur joueur français et Ballon d'Or 91, Papin décide de quitter l’OM à l’été 92, après six ans de frustration européenne. Quelques mois plus tard, l’OM remporte à Munich la première Coupe d’Europe des clubs champions face au Milan de Papin. Forcément, c’est un peu dur à digérer, d’autant que dans les années qui suivent, l’Olympique de Marseille se retrouve au milieu de l’affaire de corruption VA-OM.
Abasourdis par ce qu’ils entendent, Claudio Gregori du Corriere dello Sport, Andrea Masala de la Gazzetta dello Sport, Alberto Costa du Corriere della Sera et Gianni Visnadi de Tuttosport secouent l’arbre à friandises. « Tu penses quand même pas qu’un joueur de Milan ait pu être acheté ? ». Papin, sans hésiter : « Pas un, mais deux joueurs. On ne peut pas arranger un match avec un seul joueur, car, à dix, on peut toujours jouer. Avec deux joueurs en moins, la partie devient plus difficile. » Il aurait même tenté de prévenir Berlusconi, le président du Milan, mais trop tard.
« J’ai parlé en toute amitié et cela me retombe dessus. J’ai juste confirmé l’existence de rumeurs circulant à Marseille après les dernières déclarations de Jean-Pierre Bernès. J’ai ajouté qu’on disait qu’il avait parlé de la finale, ça s’arrête là. »
« C’était un tournoi de pré-saison et j’étais venu pour suivre le PSG. Je discutais avec des journalistes italiens et Papin s’est installé. Nous avions une discussion informelle, déclenchée par rien. Il n’y avait pas d’interview prévue, c’était une discussion de hall. Et sans prendre garde, il va dire ce qu’il a dit. Je confirme mots pour mots ce qu’il a dit. Même moi au départ je suis surpris, je ne m’attends pas du tout à ça. C’est vraiment quelque chose qu’il a dit de manière très spontanée, sans avoir l’impression de dire quelque chose de très important. Il n’a pas eu conscience de ce qu’il disait, la discussion était très décontractée. Il l’a dit de manière sincère, il a dit ça sans y penser deux fois. » »
« Ça avait surpris énormément de monde à Marseille, se rappelle Gilles Castagno, historien de l'OM. Papin était considéré comme un immense joueur mais aussi comme un enfant, un peu idiot. Tout le monde se disait qu’il avait été poussé par des journalistes qui l’avaient fait boire… On savait très bien comment il était, on pouvait lui dicter ses envies, ses idées, qu’il était influençable. Ce n’était pas une grosse surprise qu’il raconte n’importe quoi. Vous savez, les joueurs sont très rarement au courant de ce genre de choses, mais s’il y en avait bien un à qui il ne fallait pas dire qu’on voulait acheter un match, c’était lui. Ça semblait tellement gros et impossible d’avoir acheté le Milan, c’est n’importe quoi…. »
Membre de l’OM 93, Jean-Philippe Durand réagit dans la foulée en estimant que « Papin parle beaucoup et, suivant le contexte, est capable de raconter beaucoup de choses, même sur le ton de la galéjade. Pour moi cette histoire est impossible, mais elle fait du mal, parce qu’elle fait surgir des doutes ».
Jean-Pierre Papin n’a pas répondu à nos sollicitations pour revenir sur cette histoire. Sans doute parce qu’il n’aurait rien à y gagner. Cette histoire « a fait plouf » dans les jours qui suivent selon Olivier Villepreux, et c’est presque miraculeux pour JPP.
Il faut se souvenir que dans le contexte de l’époque, on parlait beaucoup de corruption, on était en plein dans le procès VA-OM. Mais finalement, il a fait son jubilé à Marseille en 99 et tout le stade était derrière lui, ça a fini par être oublié.
L'Affaire VA-OM
Séparé de seulement six jours, le premier sacre européen d’un club français trouve son pendant dans l’affaire dite du match « VA-OM », laquelle précipitera dans la rubrique judiciaire le club phocéen et le football français durant près de cinq ans.
VA-OM, c’est l’histoire de la plus grande affaire de corruption jamais mise au jour dans le football français. Au départ, il est question d’un simple match avancé de la 36e journée, ce jeudi 20 mai 1993 au stade Nungesser, à Valenciennes (Nord). Match que l’OM ne veut pas perdre, pour maintenir à distance le PSG et Monaco, tous deux à 4 points. Tout en préservant ses joueurs, en perspective de la grande finale face à Milan, six jours plus tard à Munich (Allemagne).
Trois Valenciennois sont approchés par l’OM pour « lever le pied » contre 200 000 francs de l’époque (30 000 euros) : Jorge Burruchaga, Christophe Robert et Jacques Glassmann. Jean-Jacques Eydelie, joueur de l’OM et ancien coéquipier de Glassmann à Tours (1987-1988), et Jean-Pierre Bernès, le directeur délégué du club, tiennent le rôle d’intermédiaires.
L’OM ouvre le score rapidement grâce à l’attaquant croate Alen Boksic et l’emporte 1-0 chez le 18e (finalement relégué en D2), mais Jacques Glassmann n’entend pas se laisser corrompre ni intimider. Il révèle la manœuvre pendant le match en avertissant l’arbitre Jean-Marie Véniel juste avant le coup d’envoi de la seconde période - une réserve technique est déposée par le club nordiste -, puis il témoigne au 20 Heures d’Antenne 2 le samedi suivant la partie.
Au siège de l’OM, des billets sont saisis, identiques à ceux remis par Eydelie à Mme Robert sur le parking du Novotel de Valenciennes, la veille du match. Les semaines passent, les masques tombent. Bernès, Eydelie, Robert et Burruchaga avouent leur implication et sont mis en examen pour corruption le 7 juillet.
Début septembre, l’UEFA exclut l’OM des compétitions européennes. En France, l’OM est déchu du titre 1993. Le 10 février 1994, c’est au tour du président-propriétaire, Bernard Tapie lui-même, d’être mis en examen. Puis, fin avril, l’OM est relégué en 2e division malgré sa 2e place au classement.
Le procès se tient de début mars 1995 à la mi-mai. Pour corruption et subornation de témoins, Tapie est condamné à deux ans de prison, dont un ferme ramené à huit mois en appel, à trois ans d’inéligibilité et 20 000 francs d’amende (3 000 euros). Il sera incarcéré six mois durant à la prison de la Santé, à Paris, puis à Aix-Luynes entre février et juillet 1997, avant d’être placé en liberté conditionnelle.
Autres Affaires de Trucage dans le Rugby
Le rugby australien est également dans la tourmente en raison de fortes suspicions de truquage autour d'un test-match. Trois joueurs australiens seraient au cœur de cette affaire, ce qui écorne l’image de l’équipe d’Australie.
Selon les sources d'un journaliste du Sydney Morning Herald, une rencontre internationale aurait été perdue par l’Australie alors que celui-ci aurait dû être gagnée facilement. Les forts soupçons vont à l’encontre de trois joueurs qui auraient accepté de l’argent de la part de bookmakers. Le nombre d’erreurs commises par ces joueurs semble avoir été largement supérieur à la normale.
Ancien patron du rugby australien pendant 14 ans, John O’Neil affirme que lors de sa présidence, aucune enquête sur des matchs arrangés n’avait été ouverte.
Le Cas Hansie Cronje dans le Cricket
Hansie Cronje, capitaine de l'équipe nationale de cricket d'Afrique du Sud, était une icône et un modèle fédérateur. Cependant, en 2000, il s'est retrouvé impliqué dans une affaire de matches truqués, marquant une chute brutale et une fin tragique.
En mars 2000, la police indienne a intercepté des conversations téléphoniques entre Cronje et Sanjeev Chawla, un homme d'affaires indien lié au syndicat des paris. Ces conversations ont révélé un accord pour truquer des matchs en échange de rémunération.
Le 7 avril 2000, la police indienne a rendu son enquête publique et a inculpé Hansie Cronje pour association de malfaiteurs. Cronje a d'abord nié les accusations, mais a finalement admis avoir reçu de l'argent pour fournir des informations aux bookmakers.
Cette affaire a eu un impact profond en Afrique du Sud, où Cronje était considéré comme un héros national. Elle a également mis en lumière les problèmes de corruption dans le sport.
Conclusion
La Coupe du Monde de Rugby de 1995 reste un événement marquant de l'histoire sud-africaine, symbolisant la réconciliation nationale. Cependant, les controverses et les accusations de trucage qui l'ont entourée rappellent la complexité de cette période et les défis auxquels le pays était confronté.
| Événement | Sport | Année | Description |
|---|---|---|---|
| Coupe du Monde de Rugby | Rugby | 1995 | Accusations de trucage soulevées par Jean-Pierre Papin |
| VA-OM | Football | 1993 | Match truqué pour assurer la victoire de l'OM |
| Test-match | Rugby | N/A | Suspicion de trucage impliquant des joueurs australiens |
| Matchs truqués | Cricket | 2000 | Hansie Cronje accusé de truquer des matchs |