La Coupe du Monde de Football 1938 est la troisième édition de la Coupe du Monde de Football. Elle aurait dû être la grande fête du football international, mais elle ne sera cependant que le témoin de la montée des tensions géopolitiques fragilisant toujours plus la stabilité de la planète. Juste avant l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale, de multiples exploits méritent pourtant de se rappeler de ce tournoi par le jeu. Retour sur un Mondial dont sort victorieuse l’Italie, pour un doublé jusqu’alors inédit.

Affiche de la Coupe du Monde 1938 en France.
Genèse et Organisation
La IIIe Coupe du monde commence en fait à Berlin, le 15 août 1936, lorsque le congrès de la F.I.F.A., auquel sont représentés quarante des cinquante-quatre pays affiliés, réuni au Kroll Opera à la veille de la clôture des Jeux, accepte le vote qui par dix-neuf voix contre trois à l'Argentine - laquelle revendiquait l'alternance avec l'Europe - et une à l'Allemagne - qui s'était pourtant désistée, car elle visait... 1942 - confie son organisation à la France.
Jules Rimet est soucieux de la troisième Coupe du Monde. Les membres de la F.I.F.A. sont sceptiques quant à la réussite de l'entreprise. Jules Rimet est confiant, car la tâche lui est assurée officiellement par le congrès de la F.I.F.A.
En 1938, l'Europe est aux portes de la guerre, le climat politique est toujours aussi tendu puisqu'Adolf Hitler et Benito Mussolini gouvernent en Allemagne et en Italie. Mais la France trouve les ressources financières et mentales pour organiser la troisième Coupe du monde.
Participants et Absents
Trente-sept nations sont engagées auprès de la FIFA dans l’épreuve. Colombie, Costa Rica, Salvador, États-Unis, Guyane Néerlandaise, Japon et Mexique déclarent forfait avant le tirage au sort du tour préliminaire, tandis que l'Égypte, seule équipe africaine, se retire peu après. Finlande, Estonie, Irlande, Yougoslavie, Portugal, Palestine, Grèce, Bulgarie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg sont éliminés en phase préliminaire. L'Espagne, frappée par la guerre civile, n'est pas autorisée à participer par la FIFA.
L'Angleterre, qui refuse toujours d'être affiliée à la Fifa, boycotte elle encore cette compétition. Les conditions de déplacement ne se sont pas améliorées en quatre ans et la rancune de l'Amérique du Sud vis-à-vis des défections des équipes européennes en 1930 reste tenace : seul le Brésil traverse l'océan pour venir défier le Vieux Continent. Une tombola a même été organisée pour financer le voyage de la Seleção.
L’Uruguay renonce une nouvelle fois à s'inscrire tandis que l’Argentine déclare forfait avant de disputer son tour préliminaire contre le Brésil, ce qui ne manque pas de provoquer des réactions très vives des supporters à Buenos Aires. Seul les Sud-Américains sont mécontents. - L'alternance eût été souhaitable, dit-on à Buenos Aires.
L’Autriche récemment annexée (Anschluss) par l’Allemagne déclare forfait. Des joueurs autrichiens seront incorporés dans l’équipe allemande, mais le meilleur d'entre eux, Matthias Sindelar, refusera la sélection (au péril de sa vie). L'horizon s'assombrit : l'Espagne est en guerre civile depuis deux ans, l'Anschluss vient de marquer ipso facto la fin du Wunderteam autrichien absorbé au sein de la formation allemande.
Bref, des vingt-sept nations initialement inscrites, la phase éliminatoire en a qualifié quinze pour les deux semaines décisives, du 4 au 19 juin. Pour la première fois dans l’histoire de la compétition, le tenant du titre (l’Italie) et le pays organisateur (la France) furent qualifiés d’office.
Déroulement de la Compétition
La compétition se déroule sur un mode de match à élimination directe et elle débute au stade des huitièmes de finale.
Huitièmes de Finale
Le samedi 4 juin, la Suisse et l'Allemagne, au Parc des Princes, ne peuvent se départager (1-1 après prolongation). Il faudra une seconde rencontre pour que, sous l'impulsion de l'arrière Minelli et des attaquants Bickel et “Trello” Abegglen - bien connu des admirateurs du F.C. Sochaux, auteur du but du premier match et de deux autres cette fois-ci -, les Suisses éliminent (4-2) les hommes d'un nouvel entraîneur, Sepp Herberger, qui ont mal assimilé le charme viennois.
Deux matchs seront également nécessaires aux étonnants Cubains, qui sortent les Roumains à Toulouse (3-3, puis 2-1). Au Havre, les Tchécoslovaques auront besoin de la prolongation pour battre les Néerlandais (0-0 à la fin du temps réglementaire, 3-0 finalement). La prolongation sera également nécessaire au Brésil, qui révèle à Strasbourg son “Diamant noir”, Leonidas da Silva (4 buts), plus que la sûreté de son arrière Domingos da Guia, joueur sans doute le mieux payé du monde, et marque six fois, non sans avoir encaissé cinq buts de la Pologne.
Mais l'Italie sera aussi en très grand danger à Marseille, face à la Norvège, qui la rejoint à la quatre-vingt-cinquième minute (1-1), malgré le brillant gardien de but Olivieri. Elle ne s'en tire, également en prolongation, que par la grâce de l'avant-centre Silvio Piola. En revanche, la France ne connaît pas de réels problèmes (3-1, 1 but de Veinante, 2 de Jean Nicolas) devant la Belgique à Colombes, et la Hongrie encore moins, qui, à Reims, inflige 6 buts à 0 aux petits gabarits des Indes néerlandaises. Quant à la Suède, la disparition de l'Autriche la qualifiait d'office.
Quarts de Finale
Le 12 juin, les quarts de finale laissent sans illusion Cuba, qui est écrasé au fort Carré d'Antibes 8 buts à 0 par la Suède. Pas d'illusion non plus pour la Suisse, que le talent de Sas, Sarosi, du puissant Kohut aussi laisse sans réplique, Zsengeller marquant les deux buts hongrois (contre aucun).
Les Azzurri éliminent aussi la France en quarts de finale 3-1. Après avoir été la première nation à avoir inscrit un but en Coupe du monde en 1930, la France est le premier pays hôte à ne pas remporter le Mondial. Rien de mieux pour jeter les bases du coq gaulois éternel perdant dans le sport...
Demi-Finales
Les Hongrois disposent facilement des Suédois en demi-finale (5-1) tandis que l'autre rencontre Brésil-Italie est vue comme une finale avant l'heure. Bien que champions du monde en titre, les Italiens ne sont spécialement perçus comme les favoris de la compétition à l'inverse des Brésiliens qui deviennent l'équipe à battre au fil du temps.
Adhemar Pimenta décide de ne pas aligner ses deux joueurs clés que sont Leônidas et Tim au motif de les laisser se reposer pour la finale et ce choix tactique s'avère mauvais puisque le Brésil s'incline 2-1. Beaucoup de spectateurs et d'amateurs de football estiment rétrospectivement que si les deux joueurs phares de l'équipe brésilienne avaient participé au match, le résultat aurait été tout autre.
Finale : Italie vs Hongrie
La finale de la Coupe du monde de football 1938 voit s'affronter l'équipe d'Italie contre celle de Hongrie. La finale se joue au Stade olympique Yves-du-Manoir devant 45 124 spectateurs et elle ne bat pas le record d'affluence ni de billetterie qui est détenue par le France-Italie disputé en quart de finale.
Les Italiens s'appuient sur le duo offensif Giuseppe Meazza-Giovanni Ferrari qui construit le jeu et qui bénéficie ensuite à Gino Colaussi et Silvio Piola pour conclure les actions. La première mi-temps est ressentie comme une furia italienne s'abattant sur les Hongrois et qui se solde par un avantage de 3-1. Les Hongrois parviennent à réduire l'écart à 3-2 à la 70e minute puis l'Italie inscrit un dernier but en fin de match.
Le président français Albert Lebrun remet le trophée au capitaine Meazza et l'Italie devient le premier pays à remporter deux Coupes du monde consécutives, Ferrari et Meazza étant les deux seuls joueurs de l'effectif présents lors du sacre de 1934.

La finale de la Coupe du Monde 1938 à Colombes.
Le Brésil, Révélation du Tournoi
Le Brésil constitue la grande attraction de la compétition. Les Brésiliens ont eu raison de payer le trajet à leur équipe : les Auriverde ont fait sensation durant ce Mondial et marqué les esprits. Ils s'imposent dès le premier match en battant la Pologne... 6 à 5.
Nous ne sommes pas ici en présence d'une séance de tirs au but. Ce sont de vraies actions de jeu qui ont poussé onze fois le ballon dans les filets et conduit à ce score de tennis. Pourtant, les conditions de jeu n'avantageaient pas la Seleção, qui privilégiait la passe au sol. La rencontre se dispute le 5 juin au stade de La Meinau à Strasbourg sous une pluie battante.
La pelouse alsacienne en devient marécageuse et perturbe fortement la circulation à terre du ballon. Le Brésilien Leônidas décide alors d'enlever ses chaussures alourdies par l'humidité et de jouer pieds nus. Toutefois, l'arbitre lui fera remettre ses souliers. Cela n'empêchera néanmoins pas le joueur de planter trois buts et de s'affirmer comme « la » star de ce Mondial.
Noir de peau, le talent de Leônidas bluffe les spectateurs. « Cet homme est un véritable élastique. Au sol ou dans les airs, il possède le don diabolique de contrôler le ballon où qu'il se trouve et de déclencher un tir violent au moment où l'on s'y attend le moins. Quand Leônidas marque, on croit rêver... »

L’attaquant brésilien Leonidas, meilleur buteur de la Coupe du monde 1938, face à la Pologne en huitièmes de finale.
Contexte Politique et Anecdotes
Avant le match qui a lieu à Colombes, les joueurs de la Squadra reçoivent un petit mot doux de Benito Mussolini contenant cette simple phrase : « Vaincre ou mourir. » La légende veut que les Hongrois aient laissé gagner les Italiens pour que ces derniers ne subissent pas le courroux du dictateur fasciste. « On a pris quatre buts, mais au moins on leur a sauvé la vie », déclarait le gardien magyar après la rencontre.
Le célèbre catenaccio - que l'on dévolue à tort à l'entraîneur Helenio Herrera et aux équipes italiennes - naît réellement en 1938 sous l'égide de Karl Rappan, coach de la sélection helvétique. Ce dernier invente le « verrou suisse », car son équipe est l'une des moins talentueuses.
Les vingt-deux Français choisis par Gaston Barreau sont préparés sur le plan physique par Maurice Cottenet, tandis que Victor Mestre est aux petits soins pour eux depuis le 20 mai à l'hôtel du Grand Cerf en bordure de la forêt de Chantilly.
Tableau des Résultats Clés
| Tour | Match | Score |
|---|---|---|
| Huitièmes de Finale | Suisse - Allemagne | 4-2 |
| Huitièmes de Finale | Cuba - Roumanie | 2-1 |
| Huitièmes de Finale | Brésil - Pologne | 6-5 |
| Quarts de Finale | Suède - Cuba | 8-0 |
| Demi-Finale | Hongrie - Suède | 5-1 |
| Finale | Italie - Hongrie | 4-2 |