La Coupe du Monde de Rugby 1995, organisée en Afrique du Sud, reste gravée dans les mémoires comme un événement sportif et politique majeur. L'Afrique du Sud sortait de décennies d'apartheid, et la Coupe du Monde de rugby, à laquelle elle participait pour la première fois, était l'occasion idéale d'un rassemblement et de la naissance de la Nation arc-en-ciel. Cependant, au-delà de la célébration de l'unité et de la réconciliation, des controverses persistent, alimentant les débats et les spéculations.

Nelson Mandela et François Pienaar brandissant la coupe Webb Ellis en 1995, symbole d'une nation unie.
Les Allégations d'Empoisonnement des All Blacks
La semaine dernière, l'hypothèse de l'empoisonnement des Néo-Zélandais, dont les deux tiers furent victimes d'intoxication alimentaire deux jours avant la finale, a refait surface. Dans une interview lors du «Dan Nicoll Show», une émission de la chaîne sud-africaine Supersport, Rory Steyn, garde du corps de Mandela pendant la Coupe du monde, confirme la thèse de l'empoisonnement qu'il avait déjà dénoncée.
Rory Steyn a ensuite raconté qu'il était au cinéma avec les joueurs quand ceux-ci commençaient à souffrir de l'estomac. «Le jeudi 22 juin, au soir, deux jours avant la finale, les Néo-Zélandais ont été horriblement malades. Cela concernait à peu près deux-tiers de l'effectif et pas Jonah Lomu. Même des Sud-Africains assignés par l'organisation à la délégation néo-zélandaise étaient malades», a-t-il précisé. Le garde du corps décida alors de ne pas mentionner l'incident qui fut révélé plus tard lors d'une conférence de presse après la finale. Steyn a ajouté qu'il ne pense pas que la fédération sud-africaine était impliquée dans cette tactique.
Laurie Mains, sélectionneur des All Blacks lors de cette défaite, a depuis confié qu'il était certain que ses joueurs et son staff avaient été empoisonnés dans leur hôtel avant le choc disputé à Johannesburg. Tout a commencé lorsque Laurie Mains et le manager de l’équipe Colin Meads ont commencé à sentir mal après être sortis dîner avec les joueurs absents de la feuille de match. À leur retour à l’hôtel, c'est l'hécatombe.
Le médecin des All Blacks a ensuite confié qu’il trouvait "très peu probable" qu’une intoxication de cette ampleur soit le simple fait du hasard ou n’ait pas été provoquée. Mais sans preuve du contraire, Mike Bowen n’a pas poussé plus loin et la Fédération néo-zélandaise n’a jamais porté de réclamation.
Laurie Mains a enquêté de manière officieuse grâce à certaines de ses relations. Il a partiellement réussi puisqu’il a établi qu’une femme noire avait été engagée par l’hôtel deux jours avant notre arrivée et qu’elle avait disparu complètement le jour après notre empoisonnement. Il est apparu dans cette enquête que quelque chose avait été mis dans le café et dans le thé. Les joueurs qui n’avaient pas bu de thé ou de café n’avaient pas été malades, les autres l’avaient été.
En s’appuyant sur des contacts dans le monde financier à Londres, Laurie Mains a ensuite eu vent des rumeurs insistantes en Angleterre sur le fait que les bookmakers se trouvaient derrière cette affaire d’empoisonnement.
Incapable d’apporter des preuves concrètes sur cette affaire d’empoisonnement ou de retrouver cette "Suzie", la Nouvelle-Zélande n’a jamais pu faire modifier le résultat de cette finale perdue contre l’Afrique du Sud. Et même avec des preuves irréfutables, le résultat n’aurait probablement pas évolué puisque les Springboks n’y ont joué aucun rôle direct.
Brian Lochore en 2016: "Je ne pense pas qu'aucun des joueurs s'en remettra un jour", avait estimé trois ans avant sa mort celui qui était le patron de la délégation des All Blacks en 1995. Parce que, si tu ne peux pas jouer au mieux de tes capacités un jour donné à cause d'une influence extérieure - et je ne pointe personne du doigt - cela va t'embêter pour toujours."

Jonah Lomu, figure emblématique des All Blacks, n'a pas été touché par l'intoxication alimentaire.
L'Arbitrage Controversé de France-Afrique du Sud
La demi-finale entre la France et l'Afrique du Sud a également été marquée par des décisions arbitrales controversées. Les Bleus ont subi ce jour là pas moins de quatre essais refusés à l’équipe de France, deux à Fabien Galthié, à Emile Ntamack et surtout à Abdelatif Benazzi à la 78e minute de jeu.
Même François Pienaar avoua que "s'il y avait eu 40 000 spectateurs français dans le stade, l'essai [de Benazzi] aurait été accordé". Pour ne rien arranger, l'arbitre de la rencontre s'est vu offrir une montre en or par le président de la Fédération de rugby sud-africaine à l'occasion du banquet de la fin de mondial, geste jugé déplacé par les équipes françaises et néo-zélandaises, qui ont alors quitté la célébration.
Pierre Berbizier, sélectionneur de l'époque des Bleus : "C'est énorme qu'on célèbre Invictus (le film qui évoque la Coupe du monde 1995, ndlr) en France alors qu'on sait que c'est probablement l'une des plus grandes escroqueries de l'histoire du sport".
Tableau des Essais Refusés France-Afrique du Sud
| Joueur | Minute | Raison du Refus |
|---|---|---|
| Fabien Galthié | ? | ? |
| Fabien Galthié | ? | ? |
| Émile Ntamack | ? | ? |
| Abdelatif Benazzi | 78e | Décision de l'arbitre |
Les Soupçons de Dopage
Un deuxième point vient contraster la victoire des "Sudafs" : quatre des Springboks de 1995 sont aujourd'hui décédés et deux souffrent de maladies handicapantes rares. La question d'une santé abîmée prématurément pour cause de dopage s'est posée.
Un reportage diffusé le 23 mars dans l'émission Stade 2 met en lumière la sur-représentation de maladies neurologiques rares dans la génération de joueurs sud-africains de la première moitié des années 1990. Aucune preuve scientifique n'a à ce jour mis en lumière un lien de cause à effet entre le dopage et ces maladies.
Trois hypothèses sont évoquées pour expliquer cette récurrence: la répétition des chocs, les pesticides dispersés sur les pelouses et le dopage.
François Pienaar a admis dans son autobiographie qu'ils s'injectaient des vitamines B12, connues pour augmenter les effets de l'EPO, dopant notoire, "mais plus tard, elles ont été interdites, alors on a tout arrêté", avait-il assuré à Stade 2 en 2015.
Or les cures de B12 ont souvent accompagné la prise d'EPO pour en accentuer les effets. Et l'érythropoïétine était indétectable en 1995.
Les champions du monde 1995 jurent, aux quelques journalistes curieux, notamment ceux de Stade 2 dans une enquête diffusée en 2014, qu’ils ne firent usage que de vitamines. Administrées en injection par le médecin de l’équipe, ce qui laisse planer un doute sur le produit présent dans les seringues, à l’époque où la lutte antidopage était balbutiante et facilement contournable.
Coupe du monde de rugby de 1995 - Afrique du Sud V Nouvelle-Zélande - Points forts étendus
Un Contexte Politique Fort

Nelson Mandela portant le maillot des Springboks, un geste symbolique de réconciliation nationale.
Le président Nelson Mandela entendait unifier une nation où les inégalités raciales font toujours rage. Pour cela, il nourrit l'espoir de rendre populaire le rugby des Springboks, sport des colons par excellence. L'équipe est à l'image du travail qu'il reste à accomplir : tous les joueurs sont blancs à l'exception de Chester Williams, érigé en symbole de l'intégration des noirs.
Pour cause, comme l'avait pressenti Nelson Mandela, dépeint par le film Invictus de Clint Eastwood (2009), la victoire sud-africaine pavera non seulement la route de la finale, mais aussi celle de la naissance du mythe de la nation "arc-en-ciel", unie dans la différence.