Coupe du Monde de Rugby 1995 : Un Tournoi Historique et Controversé

La Coupe du Monde de Rugby 1995, organisée en Afrique du Sud, reste gravée dans les mémoires comme un événement sportif et politique majeur. Ce fut première compétition qui rassembla toutes les nations d’élite puisque les Sringboks y firent leur apparition. Ce fut, qu’on le veuille ou non, la première vraie Coupe du monde. La première organisée dans un seul pays et la première à réunir toutes les grandes nations de la planète ovale.

Nelson Mandela et François Pienaar brandissant la coupe Webb Ellis en 1995, symbole d'une nation unie.

Le Contexte Historique

L'Afrique du Sud sortait de décennies d'apartheid, et la Coupe du Monde de rugby, à laquelle elle participait pour la première fois, était l'occasion idéale d'un rassemblement et de la naissance de la Nation arc-en-ciel. Pour cela, il nourrit l'espoir de rendre populaire le rugby des Springboks, sport des colons par excellence. L'équipe est à l'image du travail qu'il reste à accomplir : tous les joueurs sont blancs à l'exception de Chester Williams, érigé en symbole de l'intégration des noirs.

Quand on dit toutes, on pense évidemment à l’Afrique du Sud. Le pays des Springboks avait été exclu des deux premières éditions (1987 et 1991), mis au ban des nations sportives depuis 1976, depuis que vingt-deux pays africains avaient boycotté les Jeux Olympiques de Montréal pour protester… contre la Nouvelle-Zélande et ses All Blacks qui venaient justement de faire une tournée en Afrique du Sud. À leurs yeux, les Océaniens avaient cautionné le régime d’apartheid.

Mais que dire de la tournée des Boks de 1981 en Nouvelle-Zélande ? Elle fut le théâtre de manifestations violentes et même d’affrontements jamais-vu avec la police, jusqu’au bombardement d’un terrain par des sacs de farine. Cette période de boycott peut être délimitée à la période 1976-1992. Durant ce laps de temps, le XV de France ne les affronta qu’une seule fois, l’Angleterre et l’Irlande deux fois, le pays de Galles, l’écosse et l’Australie jamais. L’Afrique du Sud devint alors une sorte de "zone grise" du rugby mondial.

Tout changea quand, en 1991, le régime d’apartheid chuta et Nelson Mandela devint président de la république, tout ça sans effusion de sang. Le spectre de la guerre civile s’était évanoui. Les Springboks revinrent sur la scène internationale à l’été 1992 par deux test-matchs contre la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Dans le même temps, l’International Rugby Board (devenu World Rugby) octroya à l’Afrique du Sud l’organisation du Mondial suivant, histoire de sceller le retour du pays dans le concert des grandes nations sportives.

Le Parcours des Springboks

Le parcours de l’Afrique du Sud jusqu’en finale n’a pas été sans difficultés. Chaque match a été une preuve de leur résilience et de leur confiance grandissante. Le 25 mai, au stade Newlands du Cap, le premier match oppose l'Afrique du Sud à l'Australie. Dès la cérémonie d'ouverture, le ton est donné quand Nelson Mandela, le président de la République, emprisonné des années durant dans les geôles sud-africaines, salue chaleureusement les Springboks, naguère représentants de la domination afrikaner sur tout un pays. Par 27 points à 18, les Springboks dominent les champions du monde en titre.

En octobre 1994, la Fédération (Sarfu) avait, brutalement, nommé à leur tête, Kitch Christie, entraîneur anglophone du Northern Transval et vainqueur de la Currie Cup. Il avait neuf mois pour amener sa sélection au titre suprême et ses premiers matchs avaient été prometteurs ; mais c’était contre l’Argentine, l’Ecosse et le pays de Galles, un cran en dessous des favoris à l’époque. En ce mois de mai 1995, on disait que Christie mettait sur pied une véritable "machine de guerre" avec un groupe d’athlètes qui avait sué sang et eau pendant des semaines d’enfer où le ballon n’était pas la priorité.

La Sarfu avait nommé, au dessus de lui, un manager nommé Morné Du Plessis, ancien capitaine dans les années 1970-1980. Le climat n’était pas si serein autour de cette équipe nationale qui, par définition, ne comptait pas de joueurs d’expérience. Mais on avait repéré des éléments de classe supérieure : le demi de mêlée Joost Van der Westhuinsen, l’ailier James Small, le troisième ligne François Pienaar ou le colossal deuxième ligne Kobus Wiese. Les entraînements se déroulaient à huis clos, ce qui renforçait un certain mystère.

La Finale Épique contre les All Blacks

Le décor est planté au Ellis Park Stadium en ce 24 juin 1995, où les Springboks sud-africains affrontent les All Blacks néo-zélandais. Au coup d’envoi de la finale, la tension est déjà palpable. La rencontre en elle-même est âprement disputée, reflétant l’enjeu et la pression immenses autour de celle-ci. Aucune des deux équipes ne parvient à trouver la faille dans la défense adverse en première mi-temps. Lorsque des résultats de rugby sont aussi serrés, cela en dit long sur l’intensité et l’excellence des deux formations.

La seconde période reprend sur la même lancée, sous la forme d’un affrontement brutal et déterminé, où la défense et les coups de pied tactique prennent le pas sur le reste. La prolongation dans une finale de Coupe du Monde de rugby est quelque chose d’assez rare, et la tension est insoutenable. Le résultat est indécis, les deux équipes se disputant chaque centimètre de terrain. Les dernières minutes du match paraissent interminables.

Les All Blacks partent à l’assaut de la défense des Springboks, mais l’Afrique du Sud tient bon. Les scènes qui s’ensuivent sont extraordinaires. L’impact de cette finale de Coupe du Monde de rugby 1995 a été profond. La rencontre a démontré le pouvoir du sport dans le dépassement des barrières politiques et raciales, rassemblant les gens dans un moment de triomphe partagé.

Cette rencontre, souvent surnommée « Invictus », d’après le célèbre poème de William Ernest Henley, n’a pas été qu’une réussite sportive majeure. Elle a également été un tournant important dans l’histoire d’une nation encore convalescente des ravages causés par l’apartheid.

Les Springboks unissent une nation | Finale de la Coupe du monde de rugby 1995 | Nelson Mandela

Les Controverses et les Zones d'Ombre

Cependant, au-delà de la célébration de l'unité et de la réconciliation, des controverses persistent, alimentant les débats et les spéculations. Ce qui se disait sous le manteau, à savoir que la coupe du monde 1995 avait été truquée pour permettre la victoire de l’Afrique du Sud et ainsi corroborer le mythe de la nation arc-en-ciel post apartheid, a été confirmée par l’ancien capitaine et sélectionneur du XV de France Philippe Saint-André peu avant le quart de final.

Allégations d'Empoisonnement des All Blacks

La semaine dernière, l'hypothèse de l'empoisonnement des Néo-Zélandais, dont les deux tiers furent victimes d'intoxication alimentaire deux jours avant la finale, a refait surface. Rory Steyn, garde du corps de Mandela pendant la Coupe du monde, confirme la thèse de l'empoisonnement qu'il avait déjà dénoncée. Le jeudi 22 juin, au soir, deux jours avant la finale, les Néo-Zélandais ont été horriblement malades. Cela concernait à peu près deux-tiers de l'effectif et pas Jonah Lomu. Même des Sud-Africains assignés par l'organisation à la délégation néo-zélandaise étaient malades.

Laurie Mains, sélectionneur des All Blacks lors de cette défaite, a depuis confié qu'il était certain que ses joueurs et son staff avaient été empoisonnés dans leur hôtel avant le choc disputé à Johannesburg. Il a partiellement réussi puisqu’il a établi qu’une femme noire avait été engagée par l’hôtel deux jours avant notre arrivée et qu’elle avait disparu complètement le jour après notre empoisonnement. Il est apparu dans cette enquête que quelque chose avait été mis dans le café et dans le thé. Les joueurs qui n’avaient pas bu de thé ou de café n’avaient pas été malades, les autres l’avaient été.

Incapable d’apporter des preuves concrètes sur cette affaire d’empoisonnement ou de retrouver cette "Suzie", la Nouvelle-Zélande n’a jamais pu faire modifier le résultat de cette finale perdue contre l’Afrique du Sud. Et même avec des preuves irréfutables, le résultat n’aurait probablement pas évolué puisque les Springboks n’y ont joué aucun rôle direct.

Arbitrage Controversé de France-Afrique du Sud

La demi-finale entre la France et l'Afrique du Sud a également été marquée par des décisions arbitrales controversées. Les Bleus ont subi ce jour là pas moins de quatre essais refusés à l’équipe de France, deux à Fabien Galthié, à Emile Ntamack et surtout à Abdelatif Benazzi à la 78e minute de jeu. Même François Pienaar avoua que "s'il y avait eu 40 000 spectateurs français dans le stade, l'essai [de Benazzi] aurait été accordé".

Pour ne rien arranger, l'arbitre de la rencontre s'est vu offrir une montre en or par le président de la Fédération de rugby sud-africaine à l'occasion du banquet de la fin de mondial, geste jugé déplacé par les équipes françaises et néo-zélandaises, qui ont alors quitté la célébration. Pierre Berbizier, sélectionneur de l'époque des Bleus : "C'est énorme qu'on célèbre Invictus (le film qui évoque la Coupe du monde 1995, ndlr) en France alors qu'on sait que c'est probablement l'une des plus grandes escroqueries de l'histoire du sport".

Tableau des Essais Refusés France-Afrique du Sud
Joueur Minute Raison du Refus
Fabien Galthié ? ?
Fabien Galthié ? ?
Émile Ntamack ? ?
Abdelatif Benazzi 78e Décision de l'arbitre

Soupçons de Dopage

Un deuxième point vient contraster la victoire des "Sudafs" : quatre des Springboks de 1995 sont aujourd'hui décédés et deux souffrent de maladies handicapantes rares. La question d'une santé abîmée prématurément pour cause de dopage s'est posée. Aucune preuve scientifique n'a à ce jour mis en lumière un lien de cause à effet entre le dopage et ces maladies.

Le capitaine actuel des Springboks, Siya Kolisi (à droite) et Handre Pollard pendant le match de coupe du monde 2023 contre les Tonga, le 1e octobre 2023 au Vélodrome.

François Pienaar a admis dans son autobiographie qu'ils s'injectaient des vitamines B12, connues pour augmenter les effets de l'EPO, dopant notoire, "mais plus tard, elles ont été interdites, alors on a tout arrêté", avait-il assuré à Stade 2 en 2015. Or les cures de B12 ont souvent accompagné la prise d'EPO pour en accentuer les effets. Et l'érythropoïétine était indétectable en 1995.

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