La victoire de l’Argentine permet à l’Amérique latine de briller de nouveau en football, après une série de victoires européennes. Ainsi, il existe incontestablement une domination historique et absolue de ces deux continents sur la scène footballistique mondiale ainsi qu’une concurrence inouïe dans la course aux étoiles. Celle-ci s’illustre bien par l’alternance globale des vainqueurs de la Coupe entre équipes européennes et sud-américaines, qui partagent d’ailleurs au moins une frontière terrestre (sur l’Oyapock pour la France et le Brésil, à Gibraltar pour l’Espagne et l’Angleterre, figure 2).
Ces incessantes allées et venues font écho à d’autres déplacements tout aussi intenses et fréquents, à l’instar de ceux d’un nombre important de joueurs d’Amérique latine, quittant leur continent pour chausser les crampons dans un club européen. Plus précisément, ils rejoignent majoritairement l’Angleterre, berceau du football, et l’Espagne, avec qui les liens linguistiques et historiques sont prégnants. Puis, dans une moindre mesure, l’Italie et le Portugal où ils bénéficient de statuts juridiques avantageux, ou la France qui, de façon précoce, a bénéficié d’infrastructures sportives et d’un système global de formation hissant le pays au rang de référence internationale.
Ainsi, des réseaux importants se sont tissés, à l’échelle régionale puis nationale et ont donné naissance à des viviers suscitant vite les convoitises internationales, mais surtout européennes. En effet, le football constitue l’un des produits phares d’importation du sous-continent, aux côtés de l’agronégoce, sinon le produit phare. L’exemple brésilien est éclairant car ses joueurs sont qualifiés comme l’unique main-d’œuvre véritablement mondialisée (Ravenel, 2017). Cela s’explique déjà par la manne démographique que représente le Brésil et ses 214 millions d’habitants, faisant du pays le premier producteur de joueurs, bercés par le culte du ballon rond.
La majorité est originaire du Brésil riche, comme du Minas Gerais ou l’État de São Paulo qui a été pionnier dans la diffusion et le développement du football, en développant des clubs importants comme les Corinthians et en recrutant des pépites, dont la plus mémorable restera Pelé qui a fait la gloire du club de Santos. De plus, le jeu brésilien s’est taillé une réputation mondiale qui l’associe systématiquement à la qualité technique et à la créativité ; deux éléments hautement recherchés et autant d’arguments de vente sur le marché international, et surtout européen.
Mais il faut attendre le début des années 2000 pour que s’ouvre une nouvelle ère footballistique avec l’« arrêt Bosman » (1995), qui globalement met fin au quota de joueurs « étrangers » dans les équipes, ce qui donne lieu à un recours massif à l’exportation. C’est ainsi qu’en 2021, le Brésil comptait quelque 1 287 joueurs expatriés dans 145 ligues, dont les meilleurs s’arrachent à prix d’or, disputés par une poignée de clubs européens, éclatant au passage le plafond de verre social.

Pour toutes ces raisons, le Brésil est très largement en tête au classement des pays « producteurs » de joueurs, suivie de l’Argentine, qui se focalise davantage sur le marché régional sud-américain. Si ses meilleurs joueurs s’exportent sur le marché européen, à l’instar des monstres sacrés Maradona ou Messi, la plupart des autres joueurs prennent la direction du Chili ou du Mexique, faisant de la proximité linguistique un facteur d’intégration décisif, dans l’équipe ou dans la vie quotidienne. Enfin, si l’Uruguay se classe loin derrière, cela s’explique d’abord par sa faible population, ses habitants étant quinze fois moins nombreux qu’en Argentine.
Cependant, il ne faut pas se méprendre car il s’agit de l’un des pays connaissant le taux de productivité d’expatriés le plus élevé au monde (Ravenel, 2017). En effet, pour ce petit État-tampon, comprimé entre le géant brésilien et l’Argentine élancée, ce sport a été une façon d’exister aux yeux du monde et d’unir son peuple, jusqu’à appréhender le football comme une véritable religion.
En outre, son équipe nationale a même été la grande puissance mondiale du début du XXe siècle, remportant deux titres olympiques (1924, 1928) avant deux Coupes du Monde (1930, 1950), ce qui explique les quatre étoiles fièrement affichées au-dessus de leur blason. De cette façon, le reste de la planète se représente l’Uruguay avant tout grâce aux visages de ses champions, comme Edinson Cavani ou Luiz Suarez, puis se souvient qu’il abrite le siège du Mercosur à Montevideo. Ainsi, les Argentins, Uruguayens mais surtout Brésiliens les plus brillants sont arrachés à l’impasse de la misère sociale pour rejoindre les rues pavées d’or de leur destin européen. Toutefois, il ne s’agit que d’une infime minorité, généralement issue des riches États du Brésil.
Résumé Du 13 au 30 juillet 1930, alors qu’il fêtait son centenaire de vie indépendante, l’Uruguay a accueilli dans sa capitale, Montevideo, la première Coupe du monde de football de l’histoire. Malgré son caractère pionnier, celle-ci a été relativement peu explorée par les sciences sociales en raison principalement de la difficulté d’accès aux sources la concernant. L’objet de cette thèse est de contribuer à historiciser cet événement sportif qui constitue à la fois un des exemples les plus aboutis d’utilisation politique du sport à des fins de construction nationale et un jalon majeur dans le processus de globalisation du football à l’œuvre durant l’entre-deux-guerres.
Indifféremment désignée par ses contemporains comme « Tournoi du Centenaire » ou comme « Championnat du monde de football », cette diversité terminologique reflète le caractère protéiforme d’un événement se situant à la confluence de deux temporalités distinctes.
La Coupe de l'America en bref ! #americascup #orientexpressteam
Les Vainqueurs de la Coupe America à Travers les Âges
Voici une liste des vainqueurs des différentes compétitions qui ont précédé et façonné la Coupe America telle que nous la connaissons aujourd'hui:
Coupe CCF (jusqu'en 1961)
- 1941 : Costa Rica
- 1943 : Salvador
- 1946 : Costa Rica
- 1948 : Costa Rica
- 1951 : Panama
- 1953 : Costa Rica
- 1955 : Costa Rica
- 1957 : Haïti
- 1960 : Costa Rica
- 1961 : Costa Rica
Coupe des Nations de la CONCACAF (jusqu'en 1989)
- 1963 : Costa Rica
- 1965 : Mexique
- 1967 : Guatemala
- 1969 : Costa Rica
- 1971 : Mexique
- 1973 : Haïti
- 1977 : Mexique
- 1981 : Honduras
- 1985 : Canada (par matches aller-retour)
- 1989 : Costa Rica (par matches aller-retour)
Gold Cup
- 1991 : États-Unis
- 1993 : Mexique
- 1996 : Mexique
- 1998 : Mexique
- 2000 : Canada
- 2002 : États-Unis
- 2003 : Mexique
- 2005 : États-Unis
- 2007 : États-Unis
- 2009 : Mexique
- 2011 : Mexique
- 2013 : États-Unis
- 2015 : Mexique
- 2017 : États-Unis
- 2019 : Mexique
- 2021 : États-Unis
- 2023 : Mexique
- 2024 : États-Unis
- 2025 : Mexique
Vainqueurs par Année
Voici une liste des vainqueurs de la Copa America par année :
- 1910 : Argentine
- 1916 : Uruguay
- 1917 : Uruguay
- 1919 : Brésil
- 1920 : Uruguay
- 1921 : Argentine
- 1922 : Brésil
- 1923 : Uruguay
- 1924 : Uruguay
- 1925 : Argentine
- 1926 : Uruguay
- 1927 : Argentine
- 1929 : Argentine
- 1937 : Argentine
- 1939 : Pérou
- 1942 : Uruguay
- 1947 : Argentine
- 1949 : Brésil
- 1953 : Paraguay
- 1955 : Argentine
- 1957 : Argentine
- 1959 : Argentine
- 1963 : Bolivie
- 1967 : Uruguay
- 1975 : Pérou
- 1979 : Paraguay
- 1983 : Uruguay
- 1987 : Uruguay
- 1989 : Brésil
- 1991 : Argentine
- 1993 : Argentine
- 1995 : Uruguay
- 1997 : Brésil
- 1999 : Brésil
- 2001 : Colombie
- 2004 : Brésil
- 2007 : Brésil
- 2011 : Uruguay
- 2015 : Chili
- 2016 : Chili
- 2019 : Brésil
- 2021 : Argentine
- 2024 : Argentine