Pelé : Un Documentaire Netflix Plonge au Cœur de la Légende du Football

Le documentaire que Netflix consacre au plus grand footballeur de l'histoire jette un regard tendre sur son parcours hors norme et son immense popularité. Mais cela n'empêche pas de parler du silence de Pelé pendant la dictature militaire au Brésil. Sa neutralité était-elle une forme de complaisance ?

Il s’appelle Edson Arantes do Nascimento. Mais le monde entier le connait sous le nom de Pelé. D’ailleurs, ce film est intitulé « Pelé », simplement, sobrement, et il vient raviver la légende. C’est un documentaire Netflix réalisé par deux Britanniques, un portrait de celui que beaucoup voient comme le dieu du foot, près de cinquante ans après la fin de sa carrière.

Que vous aimiez ou pas le foot, je vous mets au défi de ne pas avoir la chair de poule devant les images de ses buts, de ses passements de jambe, de ses coups de têtes, tous plus sensationnels les uns que les autres. Le film est construit autour de très belles archives et de plusieurs entretiens inédits avec Pelé lui-même.

En introduction d’un recueil d’articles intitulé Les Films de ma vie, François Truffaut faisait une observation sur la critique de cinéma restée célèbre : « Un metteur en scène d’aujourd’hui doit accepter l’idée que son travail sera éventuellement jugé par quelqu’un qui n’aura jamais vu un film de Murnau« . Vieux ou jeune, footeux ou pas, si tout le monde est capable de décrire (plus ou moins) un but de Diego Maradona, il n’est pas certain qu’on puisse dire la même chose d’un but de Pelé.

C’est le grand paradoxe de la légende brésilienne. Celui qui est reconnu par tous comme le meilleur joueur de l’histoire du football est relativement absent du champ des images. Il aura donc fallu attendre ce début d’année 2021 pour que Netflix consacre un documentaire au Roi Pelé.

Pour expliquer ce manque d’images et cette mise en lumière si tardive par la plateforme (rappelons qu’avant cela, d’autres productions du géant américain avaient dressé le portrait de joueurs comme Antoine Griezmann ou Nicolas Anelka), il faut peut-être repartir du statut unique qu’occupe Pelé dans l’histoire du football. Ce dernier y tenant une place tellement évidente, à la fois de premier grand joueur moderne et d’ambassadeur intouchable de son sport, qu’il en est devenu indissociable. Maradona, Cruyff et Zidane sont des joueurs de football, Pelé c’est le football. Une entité reine, indiscutable mais quasiment réduite à l’idée de concept, dont on aurait enlevé toute possibilité d’incarnation.

Montrer Pelé. Voilà l’enjeu simple, mais pas simpliste d’un documentaire moins porté par l’exhaustivité du portrait (les grands amateurs de foot n’apprendront rien, ni sur le joueur, ni sur l’homme en privé) que par l’introduction du génie de la Seleção à une jeune génération biberonnée aux gestes techniques de Messi et Ronaldo. Si Pelé fait partie intégrante de l’histoire du football c’est qu’il est à la fois l’acteur et le témoin de son évolution.

À lui seul, il fait la liaison entre l’ère classique et l’ère moderne. Un passage de relais parfaitement révélé par les premières images de matchs du documentaire. Lorsque le joueur fait ses premiers pas dans son club de Santos puis en sélection brésilienne à la Coupe du monde 1958, le football est un tout autre sport. Pelé a beau surclasser tous les joueurs, être capable à lui seul de faire basculer l’issue d’un match, quelque chose dans ces images d’époque résiste à l’émotion.

Réduit à sa nature archaïque, le langage du sport comme le langage de sa représentation demeurent aujourd’hui quasiment incompréhensibles pour un spectateur de football moderne. Et puis arrive la Coupe du Monde au Mexique de 1970. Quatre ans après la déroute de son équipe dans la compétition, dans un contexte sportif et politique extrêmement tendu (le président Médici l’oblige à participer au tournoi), Pelé et ses coéquipiers doivent faire face à un nouveau football développé par les clubs européens et basé sur un jeu beaucoup plus athlétique et fermé.

Déjouant tous les pronostics, l’équipe brésilienne adapte son type de jeu et porté par un Pelé touché par la grâce, remporte la Coupe du Monde. C’est la naissance du football moderne. Cette émotion est décuplée par la nature des images. Pour la première fois, une Coupe du Monde est diffusée en couleurs sur les téléviseurs (sublimes teintes dignes du Technicolor) tandis que sur le terrain les caméras multiplient les angles de vue : on rejoue les actions importantes au ralenti. Là encore, toute une histoire du classique vers le moderne.

On le sait, le football n’est qu’affaire d’images.

Pelé lors de la Coupe du Monde 1970

Un Parcours Hors-Norme

Plus qu'un documentaire sur sa carrière sportive, c'est le récit d’un parcours hors-norme. Car Pelé, enfant, travaillait comme cireur de chaussures dans la rue, pour subvenir aux besoins de sa famille. Il est devenu, à 17 ans, une immense vedette mondiale, puis le plus grand footballeur du monde. Le seul (encore aujourd’hui) à avoir remporté trois coupes du monde. Il faut le voir, ce vieux monsieur de 80 ans, écraser une larme en évoquant son premier mondial, celui de 1958. Il faut le voir aussi se faire chambrer par ses vieux potes, les anciens joueurs du FC Santos. Il leur montre comme il est doué pour manœuvrer son fauteuil roulant et ses copains le félicitent, hilares. Ah, l’agilité légendaire du numéro 10 !

Le plus beau but de la carrière de Pelé reconstitué en vidéo

Neutralité et Complaisance : La Question Politique

Vous l’aurez compris, une grande tendresse se dégage de ce film. Y compris quand il est question de son rapport à la notoriété : Pelé, c’est flagrant, chérissait la célébrité, il adorait être une idole. Mais cette tendresse n’empêche pas d’aborder le sujet qui fâche : la politique. Car Pelé n’a jamais émis la moindre critique sur la dictature militaire, très dure, qui s’est installée au Brésil alors qu’il était en pleine gloire, en 1964. Sa neutralité lui a été beaucoup reprochée. Son silence ressemblait à de la complaisance.

Pelé est interrogé là-dessus, dans le film. Il répond qu’il n’a jamais voulu s’impliquer en politique, qu’il était très souvent en déplacement à l’étranger, que tout cela était loin de lui. Il dit qu’il a fait plus pour le Brésil en jouant au foot que s’il avait pris parti d’une façon ou d’une autre. Ses arguments semblent bien faibles. Mais il faut aussi mesurer les pressions qu’il a sans doute subies de la part de ce régime très dur. Lui n’en parle pas, d’autres le font.

« On ne sait pas ce qu’est une dictature quand on ne l’a pas vécue », résume un historien. Je retiens aussi cette phrase du musicien Gilberto Gil : Pelé était notre étoile brillante, il illuminait la noirceur du ciel brésilien. Et puis il ne faut pas oublier, aussi, une chose : à la fin des années 1950, c’est lui qui a appris aux Brésiliens à être fiers, à se débarrasser d’un vieux complexe d’infériorité sur la scène internationale, et ce n’est pas rien.

Bref, le roi Pelé et la politique, c’est un sujet complexe : cet autre match est ici commenté de façon équilibrée et avec toutes les nuances qu’il mérite. Sans erreur d’arbitrage.

Autres Documentaires sur le Football et les Joueurs sur Netflix

Outre le documentaire sur Pelé, Netflix propose d'autres productions intéressantes sur le monde du football et ses acteurs :

  • Il y a dix ans, Manti Te’o était inarrêtable. Considéré comme un des grands espoirs du football américain, cet athlète de plus de 100 kilos allait bientôt rejoindre la NFL, l’élite de la discipline. Rien ne pouvait l’écarter de ce chemin. Mais à la veille de la finale du championnat universitaire, le sol s’est dérobé sous ses pieds. Ce 16 janvier 2013, Manti Te’o découvre par la presse que sa petite amie n’a jamais existé. Derrière les photos et les mots doux de Lennay Kekua, cette étudiante dont il vient de pleurer la mort après trois ans de correspondances et de conversations téléphoniques passionnées, se cache en réalité un homme, Ronaiah Tuiasosopo. “J’avais créé ce personnage de toutes pièces sans me soucier du mal que je faisais”, témoigne à l’écran la personne responsable du canular, citée par le magazine en ligne Deadline. Trop bête pour être vraie Pour les médias américains, l’histoire semble trop bête pour être vraie. Effarées par ce “catfish”, comme sont appelées les escroqueries perpétrées sur Internet grâce à une fausse identité, les chaînes de tout le pays se répandent alors en moqueries et en conjectures douteuses. Manti Te’o a-t-il profité de l’arnaque ? Est-ce la preuve qu’il cachait son homosexualité ? Une décennie plus tard, les vrais enjeux de ce scandale son.
  • Six anciens footballeurs américains, qui ont participé à la série Last Chance U, ont décidé de porter plainte contre Netflix pour mauvaise représentation à l’écran. Ils demandent 30 millions de dollars de dommages et intérêts, rapporte BFMTV. Ce programme retrace la vie de joueurs universitaire à la recherche d’une seconde chance. Mais, les plaignants estiment avoir été représentés de manière « fausse, offensante et préjudiciable ». Les histoires auraient été déformées ce qui aurait eu un impact négatif sur leurs carrières. Les joueurs estiment avoir été trompés Ils accusent la plateforme, le réalisateur et producteur exécutif de la série, Greg Whiteley, ainsi que l’East Mississippi Community College (EMCC) et la National Junior College Athletic Association d’avoir profité d’eux pour se faire de l’argent. Ronald Ollie, l’un des joueurs concernés, affirme que la série a ruiné ses chances de poursuivre sa carrière. Il aurait été décrit comme quelqu’un de fainéant et « un joueur manquant d’éthique ». Aucune compensation financière Les cinq autres joueurs (John Franklin III, Cary Sidney Reavis II, Deandre Johnson, Tim Bonner et Isaiah Wright) ont également expliqué qu’ils avaient signé des contrats sans en connaître les termes exacts.

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