Au cœur du 18ᵉ arrondissement de Paris, sur le boulevard Marguerite de Rochechouart à Barbès, l’ancien bâtiment emblématique de l’enseigne Tati, occupé aujourd’hui par l’Union de la jeunesse internationale, accueille les supporters de la Coupe d’Afrique des nations (CAN). L’UJI est un centre culturel, habituellement dédié à des activités artistiques et citoyennes, qui s’est transformé en lieu de diffusion des matchs de la CAN le temps de la compétition. À quelques minutes du coup d’envoi opposant l’Égypte au Sénégal, en demi-finale, l’espace se remplit.
Dès les premières minutes, la pression monte. Applaudissements, encouragements. Les supporters restent figés, le regard tourné vers l’écran. Elle ne redescend pas pendant la demi-finale suivante, Maroc-Nigeria. L’enjeu est trop grand : voir son équipe de cœur, celle du pays de ses racines, de ses vacances d’été, de ses parents, de sa seconde langue, remporter le titre tant convoité de champion d’Afrique.
La création de la Coupe d’Afrique, en 1957, représente bien plus qu’un événement sportif : elle incarne l’affirmation de la souveraineté des nations africaines face aux anciennes puissances coloniales européennes. Héritière d’un continent marqué par la colonisation et les luttes pour l’autodétermination, la CAN s’impose comme un espace d’affirmation politique, identitaire et mémorielle.
Saïd El Abadi, journaliste sportif et auteur du livre L’Histoire du football africain aux éditions Faces cachées, rappelle que « depuis toujours, le football africain s’est développé à travers des luttes : d’abord pour s’émanciper face aux colons, puis pour affirmer son indépendance ». Lancée en 1957, alors que la quasi-totalité du continent africain demeure sous domination coloniale, la CAN s’impose comme une compétition indépendantiste, conçue par des pays africains pour résister à l’hégémonie européenne dans le sport.
Comme le souligne Saïd El Abadi, « le fait d’organiser une compétition continentale africaine constitue déjà une remise en cause de l’ordre colonial, alors que les compétitions étaient normalement contrôlées par les métropoles ». Il rappelle également que la création de la Confédération africaine de football (CAF) en 1956 s’inscrit dans un vaste mouvement panafricaniste, porté par des figures telles que Kwame Nkrumah, Gamal Abdel Nasser ou Sékou Touré.
La Coupe d’Afrique des nations est la principale compétition de football entre sélections nationales africaines, organisée par la Confédération africaine de football (CAF). La naissance de la CAN est directement liée à la création de la CAF au milieu des années 1950, lorsque des dirigeants d’Égypte, du Soudan, de l’Éthiopie et de l’Afrique du Sud décident de doter l’Afrique de sa propre compétition continentale.
Le 8 février 1957, deux ans après la conférence historique des pays non alignés de Bandung, en Indonésie, quatre nations africaines - l’Egypte, l’Ethiopie, le Soudan et l’Afrique du Sud - dotent leur continent de sa propre confédération de football. Deux jours plus tard, le 10 février 1957, celle-ci organise la Coupe d’Afrique, qui deviendra, en 1965, la Coupe d’Afrique des nations (CAN).
La naissance de la CAN s’inscrit en pleine décolonisation du continent africain. La compétition va accompagner l’émancipation des pays, voire jouer un rôle dans leur identité. Car le sport, et particulièrement le football, fédère, là où la religion, l’ethnicité ou la politique divisent les jeunes nations.
AFRIQUE : UN CONTINENT SANS HISTOIRE ?
D’abord parce qu’à ses débuts, peu de pays pouvaient y participer. Seuls quatre pays créent la confédération africaine de football en 1956 et peuvent prendre part au premier tournoi organisé en 1957. L’Egypte l’emporte. Elle reste une équipe redoutable tout au long de l’histoire de l’épreuve. À partir de 1968, huit équipes sont en phase finale, puis 12 en 1992 et, enfin, 16 à partir de 1996 avec le retour de l'Afrique du Sud.
Cette dernière n’avait pas été admise après 1957 à jouer car elle ne voulait aligner que des joueurs blancs, alors que dans le pays le foot était plutôt le sport des noirs face au rugby des blancs. Très vite les dictatures veulent remporter le tournoi, à l’image du Zaïre de Mobutu, en 1974. Et le continent alimente le foot mondial si bien que le tournoi intéresse loin au-dela de l’Afrique des fans de foot.
En France, au début, pour suivre les résultats, il fallait la radio. Mais depuis les années 1970 la télé française fait des résumés. Dans les années 1980, il y a même des finales retransmises.
L’Égypte remporte ce premier tournoi et s’impose comme la première grande puissance du football africain, en gagnant également l’édition suivante de 1959. Dans les années 1960, le nombre d’équipes participantes augmente progressivement, avec l’arrivée de nouvelles nations indépendantes comme le Ghana, qui remporte le titre en 1963 et 1965. Parallèlement, la CAF introduit progressivement des tours de qualification pour faire face au nombre croissant de sélections, marquant le passage d’un tournoi élitiste à une compétition véritablement continentale.
L’histoire de la CAN se lit aussi à travers ses trophées successifs et ses dynasties nationales. Certaines sélections marquent des époques : l’Égypte détient le record de victoires, le Ghana et le Cameroun s’installent durablement parmi les grandes nations grâce à leurs titres répétés, tandis que le Nigeria s’affirme comme une puissance à partir de son premier sacre en 1980.
À partir des années 1990 et 2000, la CAN s’inscrit dans un environnement footballistique de plus en plus mondialisé, avec la présence massive de joueurs évoluant dans les grands championnats européens. Un tournant symbolique survient en 2000 avec la première co‑organisation d’une édition par deux pays, le Ghana et le Nigeria, qui voient le Cameroun s’imposer en finale.
L’histoire de la Coupe d’Afrique des nations raconte à la fois l’essor du football africain et la quête d’affirmation politique et culturelle du continent depuis 1957.

Carte des pays membres de la CAF
Palmarès de la Coupe d'Afrique des Nations
Voici la liste de tous les vainqueurs de la Coupe d'Afrique des Nations :
| Année | Vainqueur |
|---|---|
| 1957 | Égypte |
| 1959 | Égypte |
| 1962 | Éthiopie |
| 1963 | Ghana |
| 1965 | Ghana |
| 1968 | Zaïre |
| 1970 | Soudan |
| 1972 | Congo |
| 1974 | Zaïre |
| 1976 | Maroc |
| 1978 | Ghana |
| 1980 | Nigeria |
| 1982 | Ghana |
| 1984 | Cameroun |
| 1986 | Égypte |
| 1988 | Cameroun |
| 1990 | Algérie |
| 1992 | Côte d'Ivoire |
| 1994 | Nigeria |
| 1996 | Afrique du Sud |
| 1998 | Égypte |
| 2000 | Cameroun |
| 2002 | Cameroun |
| 2004 | Tunisie |
| 2006 | Égypte |
| 2008 | Égypte |
| 2010 | Égypte |
| 2012 | Zambie |
| 2013 | Nigeria |
| 2015 | Côte d'Ivoire |
| 2017 | Cameroun |
| 2019 | Algérie |
| 2021 | Sénégal |
| 2023 | Côte d'Ivoire |
| 2025 | Sénégal |