Le 3 mars 2017, le football français a perdu l'une des premières et plus grandes stars de son histoire : Raymond Kopa. Ce footballeur atypique, précurseur et sans concession, a construit l'un des plus beaux palmarès tricolores à l'échelle européenne. Retour sur la carrière exceptionnelle de celui qu’on surnommait le "Napoléon du football".

Les Débuts d'une Légende
Avant de rentrer dans le panthéon du ballon rond, Raymond Kopa se forge dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Raymond Kopaszewski est né à Nœux-les-Mines, face au terril de la fosse 3, le 13 octobre 1931. Il est fils et petits-fils de mineurs.
Fils d'un mineur polonais débarqués dans le Pas-de-Calais avec ses parents, Raymond Kopaszewski travaille au fond des puits de charbon et y laisse son pouce et l'index de sa main gauche à la suite d'un éboulement. Après cet accident, il ne retournera plus sous terre et se consacrera pleinement à sa passion pour le football dans le club de sa ville natale, l'US Nœux-les-Mines. Il joue en équipe première alors que le joueur n'a pas encore 17 ans.
Pour son premier match avec l'équipe senior, il inscrit le but de la victoire face à Tourcoing. On lui propose alors de participer au concours du jeune footballeur en 1949. Il termine second derrière un dénommé Jean Saupin.
En 1949, il quitte sa ville de naissance Noeux les Mines pour commencer sa carrière de footballeur à Angers. Repéré par Angers et Reims, il signe un premier contrat semi-professionnel accompagné d'un boulot d'électricien au SCO, alors qu'il espérait une offre du Stade qui n'est jamais venu.
Lors de son arrivée au club angevin, l'entraîneur Camille Cottin le présente avec ses mots inspirés: "Ce ne sera plus Raymond Kopaczewski, mais Raymond Kopa! Cela sonne bien et se retient mieux selon lui." Le club ne trouvant pas au joueur l'emploi promis à la signature, il décide de lui offrir un véritable contrat pro.
L'Ascension à Reims
Au bout de deux belles années, il convainc enfin l'entraîneur rémois Albert Batteux de le faire venir en Champagne, après d'intenses négociations. Sa carrière prend une autre dimension. Kopa devient véritablement Kopa. Sorte de neuf et demi, il est l’un des artisans du "football champagne" et du "jeu à la rémoise", court, technique et rapide.
Après deux saisons à Angers, Raymond Kopa rejoint le Stade de Reims où il restera cinq ans, y glânant nombre de distinctions nationales et l'intérêt du Real Madrid, qui bat les Champenois (4-3) en finale de la Coupe d'Europe des clubs champions en 1956 au Parc des Princes. Raymond Kopa fait partie de l'équipe rémoise qui dispute la première finale de la C1 de l'histoire, face au Real Madrid.

En 1953, il soulève son premier trophée de champion de France et remporte également la Coupe Latine, la petite sœur de la Coupe d’Europe. Durant cette période, son jeu flamboyant lui ouvre les portes de l'équipe de France. En 1955, il obtient son deuxième titre de champion de France.
Le style de jeu des Rémois, créé par l'entraîneur Albert Batteux et qui traversera les générations futures, est parfaitement illustré par Raymond Kopa. Ce "football champagne" se retrouve au sommet, lors de la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions, en 1956, contre la meilleure équipe du monde : le Real Madrid, future équipe de Kopa.
Raymond Kopa, de son vrai nom Kopaszewski, est repéré par Angers en 1948, qui le cède après deux saisons au Stade de Reims. Sous la direction d’Albert Batteux, sa progression fulgurante le conduit pour la première fois en équipe nationale en octobre 1952. L’année suivante, il remporte le championnat avec Reims et la Coupe Latine face au Milan A.C. Il décroche un nouveau titre de champion en 1955 mais cède en finale de la Coupe Latine face au Real Madrid qu’il rejoint l’année suivante.
Kopa ne se contentait pas de lancer ses partenaires au petit bonheur la chance. Il les mettait dans les meilleures conditions de facilité et de réussite.
L'Épopée Madrilène
Il franchit les Pyrénées moyennant un transfert de 52 millions d'anciens francs (environ 103 000 de nos euros actuels) et un salaire multiplié par dix. il avait tapé dans l’œil des dirigeants à l’occasion d’un Espagne-France remporté par 2 buts à 1 par les Bleus le 17 mars 1955. Une prestation étincelante qui lui vaut le surnom de "Napoléon du football" par un journaliste anglais, une référence à son petit gabarit et à sa domination sur les terrains continentaux.
Aux côtés de Di Stéfano, "Kopita", surnom donné par les supporters Merengues, le Real continue de régner sur l’Europe. Le 30 mai 1957, Raymond Kopa inscrit une nouvelle ligne de sa légende, en devenant le premier Français à gagner la Coupe d’Europe. Entouré de Francisco Gento, Alfredo Di Stefano ou encore Ferenc Puskás, alias "le Major galopant", il remporte deux titres de champion d'Espagne en 1957 et 1958 et surtout trois Coupes d’Europe des clubs champions en trois ans, dont une contre son ancien club.
Titulaire sur le côté droit de l'attaque, il devient ainsi le premier joueur tricolore à inscrire son nom au palmarès de la compétition, créée en 1955 sur une idée française. Kopa est au sommet de sa carrière et joue dans une équipe invaincue à domicile en championnat pendant trois ans. Une formation qui était, symboliquement, à la fois le plus beau WM de l'histoire du foot européen et à la fois le chant du cygne de ce style tactique.
En Espagne, Raymond Kopa bénéficie d'un vrai statut de star (son salaire a été multiplié par 5 par rapport à celui de son époque champenoise). Il prêtera son image à de nombreuses marques, et lancera même la sienne alors qu'il est encore sur les terrains. Le premier footballeur-businessman.
L'Année de Grâce 1958
Au soir de ce sacre, Raymond Kopa n’imagine sûrement pas effectuer une année majeure de sa carrière. Quelques semaines plus tard, il hisse l’équipe de France, avec un certain Just Fontaine, en demi-finale de la Coupe du monde, en Suède. Stoppé par le Brésil et Pelé. Le parcours héroïque de 58 entre dans les annales. Kopa est élu meilleur joueur de la Coupe du monde et Just Fontaine meilleur buteur du mondial.
Justement en Bleu, Raymond Kopa honore 45 sélections et inscrit 18 buts entre 1952 et 1962. À six reprises, il est le capitaine des Bleus. Il participe à la Coupe du Monde 1954, puis celle de 1958 lors de laquelle la France termine troisième, arrêtée en demi-finale par le Brésil du jeune Pelé (défaite 5 buts à 2). Par son influence sur le jeu, il va offrir de nombreuses passes décisives à Just Fontaine, qui lui doit une partie de son record, toujours valable, de treize buts dans cette épreuve.
Cette complicité entre ces deux légendes donne l’occasion aux tricolores de remporter la petite finale contre l’Allemagne (6 buts à 2), avec quatre réalisations de Fontaine et une de Kopa. Il sera élu meilleur joueur de la compétition.
Après avoir figuré deux fois de suite sur le podium, Raymond Kopa remporte enfin le Ballon d’Or devenant le premier français à recevoir cette distinction. Il devance au classement l'allemand Helmut Rahn et son ami "Justo". Cette année 1958 est sa plus grande cuvée.

Le Retour à Reims et l'Engagement Social
Comme anticipé, Kopa souhaite revenir en France, malgré la pression du club espagnol. Signe du destin, il boucle son passage chez les Merengues à la fin de la saison 1959, lors de sa troisième finale de Coupe d’Europe, gagnée contre Reims. Il évoluera sous les couleurs rémoises, jusqu’à la fin de sa carrière professionnelle, en 1967. Avec Just Fontaine, il partagera deux titres de champion de France. Durant ses dernières années, il vivra la chute du club phare français, jusqu’à sa relégation en deuxième division.
En 1959, Raymond Kopa revient au Stade de Reims où il passe neuf saisons et finit sa carrière. Il y retrouve Just Fontaine, son frère d'armes en équipe de France, avec qui il mène plus d'une bataille contre les instances du foot français pour instaurer les contrats ne liant plus à vie le joueur et le club. Après avoir raccroché les crampons, Raymond participe en 1961 à la création de l’Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP), un syndicat des joueurs, avec son coéquipier Just Fontaine et d’autres joueurs comme Michel Hidalgo et Eugène N’Jo Léa.
Pour que son métier ait un statut, Kopa s’engage et s’insurge contre le fait que les joueurs soient la propriété des clubs à vie. En 1963, il déclare dans France Dimanche, "les footballeurs sont des esclaves. Aujourd’hui, en plein 20ème siècle, le footballeur professionnel est le seul homme à pouvoir être vendu et acheté sans qu’on lui demande son avis." La Ligue le suspend six mois avec sursis mais cela n’empêche pas Kopa de devenir vice-président de ce nouveau syndicat et de tout mettre en œuvre pour réformer sa profession après avoir marqué l’histoire du football par son talent.
Il a été l'un des premiers, avec d'autres, à militer pour que le contrat à vie soit aboli au profit du contrat à temps. "Les joueurs sont des esclaves", déplore Raymond Kopa en 1963, dans un entretien à France Dimanche. Il s'agit d'une nouvelle attaque envoyée contre le contrat à vie qui lie alors le joueur à son club, jusqu’à ses 35 ans.
L'Héritage d'une Légende
Toujours avec un temps d'avance sur son époque, Raymond Kopa pense à la "brièveté d'une carrière" que peut engendrer une grave blessure. C'est pourquoi il "capitalise" et "valorise" son nom. Dès 1954, il crée la marque Kopa et revend des équipements de sport. Il lancera également des jus de fruit à son nom, dont la popularité prospère dans les années 60. "C’est la première fois qu'un footballeur fait ça. C'est ce qui le distingue des autres.
Raymond Kopa, première superstar du football hexagonal l’a bien compris, et sait faire fructifier de manière sonnante et trébuchante sa réussite sur les terrains. Dès 1954, il est le premier à commercialiser son nom en termes de marques avec des chaussures, un équipementier ou encore des jus de fruits. À la fin de sa carrière, le joueur crée le groupe de vêtements de sports Kopa, dont il est le principal représentant jusqu’en 1991, avant de profiter de sa retraite, entre Angers et la Corse.
Kopa est également le premier footballeur à être nommé chevalier de la Légion d'honneur, en 1970. Dans le panthéon du football français, son nom traverse les générations. Lors de son décès, le 3 mars 2017, il reçoit un hommage mondial intergénérationnel. Quelques jours plus tard, le stade Jean-Bouin du SCO d'Angers est renommé à son nom.
Cette figure historique du football français disparaît le 3 mars 2017 à l'âge de 85 ans des suites d'une longue maladie. Raymond Kopa reste comme étant l'un des plus doués de sa génération. Remarquable technicien, doté d'une excellente vision de jeu et d'une condition physique des plus enviables, il envoûtait les publics par ses dribbles et ses feintes, et notamment un crochet incroyable facilité par son centre de gravité très bas.
Raymond Kopa, l'un des trésors de Champagne-Ardenne. Il restera à jamais une légende du stade de Reims. Sa statue trône sur le parvis du stade Delaune. Le centre d'entrainement des "ROUGE ET BLANC", situé à Bétheny, porte son nom.
Disparition de Raymond Kopa, légende du football français
Palmarès de Raymond Kopa
| Compétition | Titres | Années |
|---|---|---|
| Championnat de France | 4 | 1953, 1955, 1960, 1962 |
| Championnat d'Espagne | 2 | 1957, 1958 |
| Coupe d'Europe des Clubs Champions | 3 | 1957, 1958, 1959 |
| Ballon d'Or | 1 | 1958 |