La Fédération Française de Football et le Ramadan: Un Cadre Strict pour les Joueurs Musulmans

La Fédération Française de Football (FFF) a réaffirmé sa position concernant la pratique du Ramadan par les joueurs de football, suscitant des débats et des réactions diverses. La FFF a envoyé un courrier aux arbitres interdisant les pauses pendant les matchs. Cette décision s'inscrit dans un cadre plus large visant à garantir la neutralité religieuse au sein des équipes nationales, des moins de 16 ans jusqu'aux A. Cet article explore les tenants et aboutissants de cette politique, les réactions qu'elle a suscitées, et la comparaison avec d'autres approches, notamment en Angleterre.

Le Cadre Général de la FFF

La FFF, en tant qu'organe chargé d'une mission de service public déléguée par l'État, défend les valeurs fondamentales de la République française et doit mettre en œuvre les moyens permettant d'empêcher toute discrimination ou atteinte à la dignité d'une personne en raison notamment de ses convictions politiques et religieuses. La FFF a établi un «cadre général» réglementant la pratique du jeûne du ramadan au sein des sélections nationales. La Fédération a défini ainsi : «Aucune règle spécifique modifiant l'organisation collective des stages et des matches des équipes n'est prise en lien avec une pratique religieuse». En clair, la FFF, au nom du principe de laïcité, ne changera pas les horaires des séances, des collations ou des matches.

Le patron de la FFF et son directeur général, Jean-François Vilotte, ont travaillé sur ce qui est désigné comme un «cadre général». Il a été transmis - sous forme orale plutôt qu'écrite - aux différents sélectionneurs des équipes de France ces dernières semaines. Les joueurs concernés sont donc priés de reporter leurs jours de jeûne en dehors des stages internationaux.

C'est pour éviter ce type de situation que Philippe Diallo avait, quelques semaines plus tard dans France Football, annoncé son intention de fixer une règle collective : « Il devrait y avoir une gestion commune (du ramadan), y expliquait le président de la FFF. Il ne doit y avoir qu'un cadre, celui qui a été posé en équipe de France A et qui doit se décliner dans toutes les autres sélections ».

Réactions et Incompréhensions

Alors que le ramadan a débuté le 11 mars, comment les différents joueurs des sélections ont réagi à ce principe désormais acté ? « Tout le monde ne me parle que de ça », glissait, lundi, un agent de plusieurs internationaux en équipes de France de jeunes. Cela peut créer des situations d'incompréhension, voire des tensions. Au moins un joueur s'est questionné sur la raison de son absence dans une liste pour ce rassemblement, après avoir été interrogé sur ses intentions en matière de ramadan lors d'une précédente convocation. Ce qui a pu choquer, c'est qu'il n'y ait pas plus de souplesse.

Jusqu'à présent, la grande majorité des joueurs de confession musulmane actuellement sélectionnés en moins de 17 ans, moins de 19 ans et moins de 23 ans a décidé de reporter ses jours de jeûne. En cas de refus, la FFF expliquait lundi « privilégier une discussion pour évaluer le potentiel risque de santé, l'état de forme et arriver à une solution... ».

La Position des Joueurs et des Clubs

Certains joueurs de l'équipe de France Espoirs de confession musulmane avaient annoncé leur volonté de jeûner durant la période du ramadan, repoussant la règle officieuse, fixée en A, privilégiant un report des jours de jeûnes en dehors des dates de stage. La tension était si vive qu'une action collective de protestation avait été imaginée. Chez les A, ce nouveau cadre dont les joueurs ont pris connaissance en amont du stage, s'il a suscité des questions, n'a pas débouché sur des situations de blocage.

Un joueur a déclaré à propos du ramadan: "C’est un choix personnel, ce n’est pas au club de s’adapter à notre situation. C’est personnel, donc on peut le faire si on veut, mais on accepte aussi de se mettre « chiffon » à l’entraînement." Il a ajouté : "Là-dessus, il n’y a pas trop de soucis. Non, je jeûne tout le reste de la semaine. De toute façon, même si le club ne me l’avait pas demandé, j’aurais agi de cette façon-là." Il a également mentionné que son club lui demande juste de ne pas le faire un jour de match et tous ceux qui sont dans son cas respectent la règle.

Comparaison avec l'Angleterre

Au contraire de la France, l'Angleterre autorise, en Premier League et dans toutes ses divisons inférieures, les arbitres à organiser des ruptures de jeûne lors de "pauses naturelles".

🚨LES MUSULMANS DÉZINGUENT LA FRANCE À PROPOS DU RAMADAN APRÈS L’ITV D’HUGO EKITIKE EN ANGLETERRE !

"On connaît l'Angleterre, il faut l'avouer, ils sont plus ouverts que nous sur le sujet et ça a toujours été comme ça", a pointé du doigt Didier Digard en conférence de presse, l'entraîneur de l'OGC Nice.

Certains pensent que les Anglais sont en avance sur nous, mais j’espère que ça va évoluer à ce niveau-là. J’ai l’impression que tout est bien fait en Premier League. Tout est dans le respect, comme en France, mais eux osent faire des choses que l’on hésite encore à faire nous aujourd’hui.

La Question des Performances

Certains disent que la pratique de jeûne a un impact négatif sur les performances. Un joueur a déclaré : "Du tout. Sachant qu’on s’entraîne le matin, je me lève dans la nuit pour manger et je suis en forme à l’entraînement. Vu le peu de temps qu’il y a entre le dernier repas et l’entraînement du matin, les performances sont là."

Une diététicienne a confié que les repas du soir étaient plus consistants et surtout plus gras en période de ramadan. Un joueur a confirmé que personnellement, la journée, il a faim et envie de consommer du gras vu qu’il n’a pas mangé de la journée. Il a ajouté qu'il mange beaucoup plus gras et peut-être moins de légumes.

Point de vue des Arbitres

Arbitre de district interrogé par RMC Sport, Elias Nassif n'a pas vraiment compris non plus le communiqué "un peu contradictoire" de la FFF. "On nous dit 'pas de discrimination, pratiquer le foot en respectant autrui'... Trente secondes ne font de mal à personne, a commenté l'arbitre. Sur le terrain, vous verrez que les arbitres vont soit le subir pour certains parce qu'ils vont vouloir suivre les consignes à la lettre, soit essayer d'organiser ça le plus intelligemment possible."

Saïd Ennjimi, ancien arbitre professionnel, pense qu'on est tous d'accord d'écarter le sport de toutes caractéristiques religieuses. Il aurait préféré qu'on rappelle les règles évidentes en matières de neutralité du sport par rapport aux religions, mais que, dans le même temps, autour de la rupture du jeûne, au moment où ça s'interrompt, on fasse preuve de pragmatisme.

Tableau Comparatif : Approches du Ramadan dans le Football

Pays Politique concernant la rupture du jeûne pendant les matchs
France Interdiction d'interrompre les matchs pour la rupture du jeûne.
Angleterre Autorisation pour les arbitres d'organiser des ruptures de jeûne lors de "pauses naturelles".

tags: #communique #fff #ramadan