Personne n’a oublié l’impressionnante série de dépôts de bilan qui s’est produite dans le hockey sur glace français, surtout pendant la période allant de 1980 à 2000.
Si notre sport a réussi à endiguer progressivement cette véritable hécatombe, c’est en partie depuis la création de la fédération indépendante en 2006. On sait que ces faillites à répétition ont touché durablement et sans distinction des clubs évoluant à tous les niveaux.
C’est ainsi que les clubs les plus riches, qui sont théoriquement les plus solides financièrement, n’ont pas été épargnés. Il faut se souvenir que dans la Ligue Magnus, pas moins de cinq champions de France en titre ont été mis en liquidation judiciaire ou ils ont échappé de peu à la faillite juste après avoir fêté leurs sacres.
Souvenez-vous, ce fut le cas du club du Mont-Blanc en 1989, Grenoble en 1991, Rouen en 1996, Reims en 2002 et Mulhouse en 2005. Les quatre clubs qui ont réussi entre-temps à remporter également la Coupe Magnus, à savoir Brest, Gap, Amiens et Briançon, ont été eux-aussi victimes à un moment donné de sérieux problèmes de trésorerie et ont vacillé dangereusement.
C'est ainsi que le club de Brest par exemple s'est volontairement sabordé aprés son deuxième titre remporté en 1997 tout comme les Français volants de Paris en 1989. Sans oublier que, malgré une meilleure régulation financière imposée par la CNSCG, les autres clubs évoluant dans le championnat de France élite ont connu à leur tour plus récemment de gros soucis financiers.
A tel point que certains ont été contraints de déclarer forfait et se sont donc retirés plus récemment de la compétition comme Dijon en 2017, Epinal en 2018 puis Lyon en 2019.
La pandémie du Covid 19, qui a fortement perturbé ou carrément annulé certains de nos championnats cette saison, entrainant l’absence des spectateurs, provoquera-t-elle une nouvelle hécatombe ? On peut le craindre car notre sport est financièrement très dépendant des recettes des matches.
En décidant de verser aux clubs une enveloppe globale exceptionnelle de 1 million d’euros, la FFHG espère, selon ses termes, « un atterrissage positif » car ce soutien financier est venu compléter les aides octroyées par les pouvoirs publics. Sera-ce suffisant ?
L’annulation des compétitions dans les divisions 2 et 3 a certes permis aux clubs évoluant à ce niveau de faire des économies grâce à l’absence des frais de déplacements et d’arbitrage, voire des primes joueurs, ce qui devrait leur permettre théoriquement d’éviter le pire. Mais qu'en sera-t-il du comportement des partenaires et de leurs licenciés qui ont dû se déployer vers d'autres activités ? Concernant leur fidélité au club, la question reste posée.
Mais en attendant de connaître les réelles conséquences et l’ampleur que provoquera à terme cette grave crise sanitaire, il me semble nécessaire de garder les pieds sur terre. A l’heure où l’on évoque, un peu à contre-temps me semble-t-il, la création éventuelle d’une nouvelle ligue professionnelle, il faut garder en tête le cuisant échec de l’ancienne « Ligue Elite » qui fut très éphémère entre 1998 et 2000.
Comme le dit l’expression, chat échaudé craint l’eau froide ! Est-ce le meilleur moment ? Je ne dis pas non mais je m’interroge. Il faut prendre en compte l’état de santé réel du hockey sur glace français à l’heure actuelle. En aura-t-il les moyens humains et une réelle volonté en l’absence d’une véritable cohésion de la totalité des dirigeants qui semble faire défaut actuellement.
Et surtout, bénéficiera-t-il d’un véritable pouvoir financier et une réelle capacité structurelle ? Je veux rester malgré tout optimiste et éviter de jouer les oiseaux de mauvais augure, mais je tiens quand même à vous remémorer, ci-dessous, la liste chronologique des principaux problèmes financiers que nos clubs ont rencontré depuis presque 40 ans.
Cette « piqure de rappel » très éloquente me semble nécessaire car ce catalogue qui ressemble à des faireparts de décès, a pour but de ne pas oublier que la situation précaire de notre sport favori a perduré dans le temps. Malgré des progrès indéniables effectués ces dernières années, notre sport favori est loin d’être encore stabilisé durablement.
Comme l’a souvent dit le président Luc Tardif « il faut savoir d’où on vient pour savoir où l’on va ».
En 1984, le club d’Epinal a été le premier d’une longue série à déposer son bilan. Malheureusement, le club des Vosges fut victime ensuite de deux autres faillites.
En 1985, le club de Metz organisa une assemblée générale qui officialisa son « sabordage » volontaire selon le terme employé dans la presse et ses membres acceptèrent donc la dissolution pure et simple du HCM. Du coup, le patinage artistique devint le seul sport encore pratiqué dans la patinoire de Metz.
Il faudra attendre 2009 pour voir la recréation d'un club de hockey à Metz, sous l'impulsion d'anciens joueurs du club d’origine tels que Gilles et Yannick Hamri, d'Aïssa Rahmoun et de l'entraineur Vladimir Kouznetsov. Mais l'équipe senior sera dissoute en 2013 et le club déposera à nouveau le bilan en 2017 faute de sponsors et de subventions.
En 1987, le club des Houches a déposé son bilan car la demande de subvention avait été déposée trop tard. Du coup, les hockeyeurs des Houches furent contraints, soit d’arrêter de jouer, soit de se répartir dans les autres clubs de la région.
En 1989, le club du Mont-Blanc, champion de France de la Nationale A la saison précédente (Ligue Magnus aujourd’hui), se saborda. Suite à des résultats très décevants, qui avaient détourné une grande partie des supporters locaux de leur sport favori, mais surtout à cause d’une situation financière difficile, les clubs des deux stations, Saint-Gervais et Megève, décidèrent de mettre un terme à leur « mariage ».
Tous les membres du club du Mont-Blanc furent donc invités à se recaser ailleurs. En 1989, le club de Gap, dont l’équipe senior était dirigée provisoirement par Philippe Combe, termina non seulement à la dernière place du championnat de France élite, mais le GHC fut contraint de déposer son bilan.
Le nouveau club, qui prit le nom de Hockey Gap Alpes Patinage (HGAP), fut rétrogradé dès sa création car la dette accumulée mettra des années à être résorbée. En 1990, le club d’Amiens, qui était la section hockey sur glace de l’Association Omnisports de Picardie a été dissoute avec l’ensemble de l’ASC victime d’un important problème financier qui fut mise en liquidation judiciaire le 28 décembre.
En 1991, le club de Grenoble, champion de France en titre, trébucha à son tour lorsque sa star de l’époque, le tchèque Bohuslav Ebermann, s’engagea sur une nouvelle voie. Du coup, le club de l’Isère devint « un géant sportif mais un néant administratif » comme on a pu le lire à l’époque dans la présentation officielle du championnat suivant qui relatait la faillite du club du Dauphiné.
En 1992, le club de Briançon fut contraint de déposer à son tour son bilan après la démission en bloc de dix-huit conseillers municipaux à la fin du mandat du maire car ces derniers avaient refusé que la ville donne près de trois millions de francs pour aider le club de hockey à verser des indemnités en retard à ses internationaux.
En 1992, le club de Clermont-Ferrand fut victime également de sérieux problèmes financiers qui allaient obliger les dirigeants du AHC à déposer le bilan. En 1993, le club de Bordeaux, en cessation de paiement, dut déposer le bilan durant l'été. La leçon ne fut pas bien comprise puisque cinq ans plus tard, après la mort du BGHC, un nouveau club déposa ses statuts à la préfecture de Gironde.
Le 5 octobre 1998, l’ancien international tricolore Patrick Francheterre devint le président de la nouvelle association qui prit le nom de Bordeaux Gironde Hockey 2000. En 1995, le club de La Roche-sur-Yon vit le couperet tomber et ce fut un tournant décisif dans l’histoire de l’association.
En effet, à la suite du dépôt de bilan du Club des sports de glace qui chapeautait le hockey et de patinage artistique, plusieurs membres du conseil d’administration du CSGRY et quelques adhérents de la section de hockey décidèrent de réagir. Avec l’aide de Joël Caillaud, un huissier de justice qui était père de joueur, un dossier permettant au hockey sur glace local de rebondir fut monté ce qui lui permit de prendre définitivement son indépendance.
En 1996, le club de Rouen, champion de France la saison précédente, fut victime d’un important passif de plus de trois millions d’euros, conséquence de la perte du « trésor de guerre » de ses transferts, mais aussi de la mauvaise habitude « d’oublier » pendant un temps de déclarer à l’URSSAF les salaires des joueurs professionnels.
Du coup, le club de Rouen fut placé en redressement judiciaire. Vu la mauvaise tournure que prenaient les événements sur le plan financier, le président Jean-Claude Ducable fut contraint de céder son poste au regretté Olivier Lesieur qui ne fera en fait qu’une seule saison à la tête du RHC.
En effet, au mois de février 1997, Olivier Lesieur ainsi que l’ancien joueur international Thierry Chaix, décidèrent de prendre les choses en mains. Ils remanièrent en profondeur les structures du hockey sur glace à Rouen en créant une nouvelle société anonyme à objet sportif qui prit le nom de « Rouen Hockey Elite 76 ».
En 1996, le club de Dunkerque refusa sa promotion, lors du coup d’envoi de la saison 1996-1997. Ce ne fut pas sans raison puisque le HGD, également victime de difficultés financières, fut contraint de déposer son bilan et de se mettre en redressement judiciaire tout en continuant à jouer dans le championnat de la Nationale 1B.
En 1999, le club d’Orléans chuta à son tour malgré les tentatives du président André Lambert pour essayer de garder coûte que coûte la main sur le club en faisant valoir que sa politique était la bonne, car toutes ses démarches furent vaines. C’est finalement la justice qui trancha définitivement en ordonnant, le 19 décembre 1999, la liquidation pure et simple de la section USO Hockey sur glace pour raisons financières.
C’était la fin d’une histoire sportive qui avait duré plus de vingt ans au total. En 2000, le club d’Anglet, qui venait pourtant de disputer brillamment un quart de finale en élite, fut mis en liquidation juste avant le début de la saison à cause d’un déficit de 500 000 euros.
En 2000, le club de Chamonix, fut contraint de déclarer forfait, lors du lancement de la saison 2000-2001, après avoir disputé seulement les trois premières journées du championnat de la Nationale 1A suite à sa liquidation judiciaire. En effet, la SAOS des Huskies de Chamonix, qui gérait uniquement l’équipe fanion du CHC, avait déposé son bilan dès le 16 mai à cause d’un passif de 600 000 francs (92 000 euros).
En 2000, le club de Lyon chute à son tour. Le juge enregistra la liquidation judiciaire de la SAOS et mit l’affaire en délibéré jusqu’au lundi 25 septembre 2000 en attendant une hypothétique contre-proposition financière… Mais comme on le redoutait, le club de Lyon, accusant un lourd passif (457 000 euros) fut finalement déclaré en faillite et liquidé à cette date et le championnat de la Ligue élite ne compta plus désormais que huit équipes au lieu de neuf.
Après sa liquidation judiciaire, Gérard Berthet resta le président de son association le « Lyon Hockey Club » qui prit en charge la création d’une équipe senior pour évoluer en Division 3. En 2000, le club de Cholet vit sa situation se dégrader rapidement car le HCC, en jouant à l’extérieur, vit ses ressources financières fondre comme neige au soleil et la cessation d’activité menaça le club à la fin du mois de novembre.
Si une liquidation totale fut évitée, en revanche, le dépôt de bilan, avec mise en redressement judiciaire, fut prononcé par le Tribunal de Grande Instance d’Angers.
En 2001, le président du club de Caen Jean-Jacques Hascoet démissionna au mois de juillet de son poste et annonça la liquidation du Hockey Club Calvados à cause d’un déficit qui s’élevait à 150 000 euros. Président du Hockey Club de Caen durant trois saisons (1997-2000), père de l’ancien joueur du club prénommé Arnaud, Jean-Jacques Hascoët est décédé en 2020.
En 2001, pour le club de Viry-Châtillon, la triste et inexorable agonie s’acheva. En effet, le président Pascal Papaux dut se résoudre, la mort dans l’âme, à déclarer l’Olympic Hockey Club Viry-Essonne en faillite et il déposa le bilan. En 2011, nouveau crash pour les Jets puisque s’acheva l’existence du club castelvirois sous l’appellation du « Viry-Châtillon Essonne Hockey » qui aura duré au total dix ans.
En 2002, c’est au tour du club de Reims pourtant champion en titre de l’élite. En effet, le Tribunal de Grande Instance de Reims prononça la liquidation judiciaire du HCR le 2 juillet. Après treize saisons passées au plus haut échelon national (que ce soit en Élite ou en Nationale 1) et deux titres de Champion de France remportés en 2000 et 2002, les Flammes Bleues, dirigée par l'emblématique président Charles Marcelle, partirent donc en fumée...
Mais nouvelle rechute en 2015. C'est par un communiqué publié sur son site internet que le club remplaçant des Phénix de Reims annonça malheureusement son dépôt de bilan suite à la décision de la CNSCG de lui refuser « l'accès à la division 1 pour la saison prochaine ».
En 2002, le club de Montpellier connaitra également deux gros problèmes. D’abord cette année-là, lors d’une assemblée générale houleuse, Michel Riedel, acculé par sa gestion très critiquée, décida de ne pas se représenter comme président. Mais en 2014, la SAOS des Vipers, présidée d’abord par Marc Fornaguera puis par le kinésithérapeute Maxime Verbert, déposa son bilan auprès du tribunal du commerce ce qui entraîna pour les actionnaires la perte de leurs mises de départ représentant un capital global de 66 000 euros.
En 2003, le club de Nice, suite à un dépôt de bilan, tourna une page très importante de son histoire puisque le NHC, dirigé pendant longtemps par le célèbre président, le regretté Michel Maiffret puis Burt Vuillermet et Renan Danièle, disparut définitivement après trente-cinq ans d’existence.
En 2003, le club de Besançon déposa donc son bilan au mois de mars. Afin que les joueurs du hockey mineur (33 au total) puissent continuer à disputer leurs divers tournois en France, mais aussi en Suisse toute proche, une association fut créée provisoirement par les parents pour prendre le relais. Fabrice Vital fut nommé président avec à ses côtés Christophe Colard et Alain Pergeaud.
A la suite de la disparition brutale du Besançon Hockey Club (après 33 ans d’existence), c’est le Besançon Skating Club, dans lequel se trouvaient le patinage artistique et le curling, qui accepta de prendre sous sa protection tous les petits joueurs de la section bisontine de hockey sur glace qui, vu leur âge (moustiques et poussins), furent surnommés alors les « Aiglons ».
En 2004, à Dammarie-les-Lys, les responsables du Lys Hockey Club furent contraints de mettre momentanément leur as...

Match de hockey sur glace
Chronologie des difficultés financières des clubs de hockey sur glace en France:
| Année | Club | Événement |
|---|---|---|
| 1984 | Épinal | Dépôt de bilan |
| 1985 | Metz | Dissolution volontaire du club |
| 1987 | Les Houches | Dépôt de bilan |
| 1989 | Mont-Blanc | Sabordage du club |
| 1989 | Gap | Dépôt de bilan |
| 1990 | Amiens | Dissolution de la section hockey sur glace |
| 1991 | Grenoble | Faillite du club |
| 1992 | Briançon | Dépôt de bilan |
| 1992 | Clermont-Ferrand | Dépôt de bilan |
| 1993 | Bordeaux | Dépôt de bilan |
| 1995 | La Roche-sur-Yon | Dépôt de bilan du Club des sports de glace |
| 1996 | Rouen | Redressement judiciaire |
| 1996 | Dunkerque | Dépôt de bilan et redressement judiciaire |
| 1999 | Orléans | Liquidation pure et simple de la section USO Hockey sur glace |
| 2000 | Anglet | Liquidation avant le début de la saison |
| 2000 | Chamonix | Forfait et liquidation judiciaire |
| 2000 | Lyon | Liquidation judiciaire |
| 2000 | Cholet | Redressement judiciaire |
| 2001 | Caen | Liquidation du Hockey Club Calvados |
| 2001 | Viry-Châtillon | Dépôt de bilan |
| 2002 | Reims | Liquidation judiciaire |
| 2002 | Montpellier | Dépôt de bilan de la SAOS des Vipers (en 2014) |
| 2003 | Nice | Dépôt de bilan |
| 2003 | Besançon | Dépôt de bilan |