Hommage aux Commentateurs Sportifs Disparus : Thierry Gilardi, Avi Assouly et Thierry Roland

Le monde du journalisme sportif a été marqué par la disparition de plusieurs figures emblématiques. Cet article rend hommage à ces commentateurs, dont Thierry Gilardi, Avi Assouly et Thierry Roland, qui ont marqué des générations de téléspectateurs et d'auditeurs.

Thierry Gilardi : Une Voix Inoubliable

Sans qu'on le lui demande, au détour d'une interview le 10 avril dernier dans L'Équipe où il évoquait son but mythique avec Lyon face aux Red Devils en 2008, Karim Benzema a cité son nom. « Paix à son âme, mais le commentaire en direct de Thierry Gilardi reste gravé aussi. C'est un tout en fait : il y a l'action, mon exécution, Manchester United la meilleure équipe du monde cette année-là, et les mots du commentateur de TF1. »

Deux semaines plus tôt, comme chaque 25 mars depuis son décès brutal à 49 ans, d'une crise cardiaque, les hommages adressés à l'ancien journaliste, présentateur, commentateur de Canal+ et TF1 affluaient sur les réseaux sociaux. Souvent accompagnés d'extraits de ses commentaires les plus mythiques, du bienvenu « La lumière est venue de Laurent Blanc » de la Coupe du monde 98 au dramatique « Pas ça Zinédine, oh non, pas ça, pas aujourd'hui, pas maintenant, pas après tout ce que tu as fait » en finale du Mondial 2006. Une façon de faire vivre sa mémoire et d'entretenir le mythe.

Nathalie Iannetta, son ancienne collègue sur la chaîne cryptée, n'attend pas le 25 mars pour se souvenir des belles choses. Dans son bureau de directrice des sports de Radio France, elle a accroché dans un cadre un article de L'Équipe « Gilardi est vivant ». Il y a dix ans, sept ans après son décès, on y évoquait déjà un homme qui habitait encore la mémoire de ses confrères et de nombreux téléspectateurs. Au point d'inhiber certaines voix d'aujourd'hui ?

« Avant de dire "on ne fera jamais mieux", je crois surtout qu'on n'avait jamais fait mieux, estime Nathalie Iannetta. Il a créé un style, personne n'avait commenté comme lui auparavant et cela a marqué les gens. Sans faire offense à Charles Biétry et Michel Denisot qui l'avaient précédé et accompagné. D'eux il avait notamment pris le fond, l'importance de l'info, un vocabulaire invraisemblable, y ajoutant un sens de la formule dément et sa présence grâce à une voix qui embarquait tout le monde. »

Accentuée peut-être par la consommation excessive de clopes au fil des années, cette voix éraillée permettait en effet tout de suite au téléspectateur de l'identifier et instantanément l'événement qui allait suivre. Une rencontre de Ligue 1, de Ligue des champions ou de l'équipe de France. Mais ce son particulier ne peut expliquer à lui seul la nostalgie provoquée encore par une diffusion d'un extrait « gilardesque » sur les réseaux sociaux.

Aux yeux de Grégoire Margotton (à droite), ici avec Bixente Lizarazu, Thierry Gilardi demeure « un inspirateur très, très important ».

Julien Brun, aujourd'hui commentateur de DAZN sur les affiches de Ligue 1, l'explique par trois éléments majeurs : « Son talent, son timbre très identifiable mais aussi le fait qu'il n'y aura jamais de descente, de déception. Cette tragédie qu'est sa mort fait que son image professionnelle ne pourra jamais être dégradée. Cet homme-là sera pour toujours le numéro 1. » Du moins de cette époque, dans un paysage audiovisuel avec moins de matches, moins de chaînes et, par conséquent, moins de voix... et plus de notoriété.

Vu comme l'héritier naturel, notamment par sa proximité avec son aîné à Canal+ et leurs parcours similaires, de Canal + à TF1, Grégoire Margotton reconnaît que Gilardi demeure « un inspirateur très, très important, notamment par sa force de travail qui ne le lâchait jamais malgré son génie naturel ».

S'il constate avec bonheur qu'avec le temps, les téléspectateurs ne retiennent que les grands moments, il n'oublie pas que le pourtant très respecté Thierry Gilardi avait été aussi secoué lors de son transfert sur TF1.

« Parce qu'il n'était plus à Canal, parce que d'autres le trouvaient moins bien que Thierry Roland, se souvient l'actuelle voix des Bleus. Nous occupons des postes où on est voué aux gémonies - certains estimant qu'on est devenu nul du jour au lendemain - ou porté aux nues mais lorsqu'on n'est plus là. C'est bizarre. »

« Aujourd'hui, Grégoire fait partie des deux commentateurs qui ont à la fois un style, du vocabulaire et beaucoup de fond, juge Nathalie Iannetta. Mais il est tellement modeste qu'il ne peut pas dire : mon but est de faire mieux que Gilardi. Ne serait-ce que l'ambition lui est insupportable. » Margotton rétorque que « la question ne se pose pas ainsi, il n'y a pas de mieux ou de moins bien, il y a juste du différent ».

Thierry Gilardi préparait minutieusement ses matches car, pour lui, « le commentaire était de l'improvisation millimétrée ». En attendant, pour la dernière génération de commentateurs, comme Paul Tchoukriel sur Canal+, Thierry Gilardi demeure l'un des modèles.

« Il avait dit dans un documentaire que "le commentaire, c'est de l'improvisation millimétrée". J'ai toujours retenu cela : laisser le moins de choses au hasard. On travaille des heures et des heures pour utiliser 3 à 4 % de ce qu'on a préparé, pour pallier toute éventualité, jamais tomber dans l'inconnu et accompagner n'importe quel scénario s'écrivant sous nos yeux. »

Si le fantôme de l'ancien commentateur star de Canal+ et TF1 semble toujours rôder, Julien Brun assure en souriant « ne l'avoir jamais vu. Si tout le monde nous disait tout le temps que nous sommes nuls et que c'était mieux avant, ce serait compliqué, mais ce n'est pas le cas. D'ailleurs, il m'arrive d'échanger avec des personnes déjà nostalgiques de certains de mes commentaires : "Ah, je me souviens de ce but de Cristiano Ronaldo que vous aviez commenté." En réalité, le football de notre enfance nous marque toujours un peu plus que le foot de l'âge adulte. »

Un avis partagé par Paul Tchoukriel : « Je ne suis pas hanté par qui que ce soit car je n'ai pas de problème d'ego. Je ne fais pas ce métier pour rester dans les mémoires ou me réveiller le matin en me disant que je suis le commentateur de Canal. Ce côté "fame" fait partie du métier, je l'assume mais je ne le cherche pas. »

Grégoire Margotton non plus, même si les mots affectueux de joueurs qu'il a accompagnés de sa voix lors de grands moments d'émotion (Dimitri Payet à l'Euro 2016 ou Benjamin Pavard au Mondial 2018) le touchent. « Dans dix ans, toute une génération de téléspectateurs aura d'autres références et dira dans vingt ans : on ne fera jamais mieux que Matthieu Lartot pour le rugby, Jean-Charles Sabattier et peut-être Grégoire Margotton pour le foot. C'est comme ça, c'est la vie qui avance. »

«Je suis avant tout journaliste. Journaliste sportif, ça ne veut rien dire, à part peut être «journaliste qui pratique un sport». Thierry Gilardi aimait le sport, il était devenu l'une des voix et l'un des visages les plus célèbres du football à la télévision.

Hier, le commentateur est décédé à l'âge de 49 ans, des suites d'une crise cardiaque. Thierry Gilardi a fait ses débuts à France Inter avant de devenir l'un des piliers du service des sports de Canal +, qu'il avait rejoint en 1987.

Commentateur des grands directs de football de la chaîne cryptée depuis 1992, c'est l'année où ses yeux clairs, son timbre éraillé devinrent familiers aux spectateurs de «Jour de foot« puis de «l'Equipe du dimanche« jusqu'en 2002. Son professionnalisme et sa rigueur le firent grimper à des postes à responsabilités, chef du service football jusqu'à à la direction de la rédaction des Sports de Canal entre 1999 et 2001.

En 2004, il avait rejoint TF1, présentant Téléfoot, en remplacement du charismatique Thierry Roland. Le football était bien son monde, de nombreux hommages lui ont été rendus hier dont celui particulièrement vibrant du sélectionneur national, Raymond Domenech, les yeux embués et incapable de trouver ses mots. Il devait commenter, ce soir au Stade de France, le match France-Angleterre.

Car Thierry Gilardi était aussi un passionné de rugby, qu'il avait pratiqué et dans lequel ce Francilien d'origine italienne, père de trois enfants, s'était investi, à la vice-présidence du Stade-Français.

«C'est l'un des rares professionnels de la télé qui m'a toujours impressionné. Il commentait le football mais avait gardé l'esprit rugby«, se souvient Eric Bayle, qui fut son responsable durant dix ans sur Canal +.

Alliance de rigueur et de chaleur, Thierry Gilardi a longtemps incarné la chaîne cryptée avant de se lancer dans une autre aventure. «C'était le meilleur commentateur en matière de football, soulignait Etienne Mougeotte qui avait fait venir le diplômé de Science-Po à TF1 en 2005 en remplacement de Thierry Roland.

Mais c'était d'abord un journaliste d'une grande culture et d'une énorme curiosité pour l'information. Aujourd'hui, le directeur de la rédaction du Figaro, très peiné à l'annonce de son décès, se souvient «d'un garçon d'un professionnalisme exceptionnel, toujours à la recherche de l'excellence et dans le même temps toujours anxieux à l'idée de se dire qu'il aurait pu faire mieux. C'était le contraire de quelqu'un de transparent, il avait un point de vue sur toute l'actualité.

Thierry Gilardi

Avi Assouly : La Voix de l'Olympique de Marseille

Commentateur et suiveur historique de l’Olympique de Marseille, Avi Assouly est décédé dans la nuit à l’âge de 74 ans, a annoncé La Provence. Avi Assouly a bercé plusieurs générations de supporters de l’Olympique de Marseille. Un monument marseillais s’en est allé.

Ce vendredi 14 février, La Provence annonce le décès, à l’âge de 74 ans, d’Avi Assouly, ancien commentateur et suiveur légendaire de l’Olympique de Marseille.

Débarqué sur les ondes de France Bleu Provence pour commenter les matches de l’Olympique de Marseille, son club de coeur, en 1992, Avi Assouly a marqué des générations de supporters de l’OM par son timbre de voix particulier et la passion qui l’animait lorsque les Phocéens mettaient un pied sur la pelouse d’un match de football.

Présent dans les tribunes du Stade Armand Cesari de Bastia le 5 mai 1992, jour de la catastrophe de Furiani, il fait partie des plus de 2 300 blessés touchés par l’effondrement d’une des tribunes construites en préfabriqué. Plongé dans le coma pendant plusieurs jours, Avi Assouly frôle la mort avant de reprendre sa carrière de journaliste malgré quelques séquelles gardées du drame.

S’il continuait de suivre assidûment l’actualité de l’OM (conférences de presse, matches au Vélodrome…), Avi Assouly avait mis fin à sa carrière de journaliste en 2010, s’offrant par la suite une carrière express de député des Bouches-du-Rhône (2012-2014) lorsqu’il a dû suppléer Marie-Arlette Carlotti (PS), devenue ministre. Nul doute que l’Olympique de Marseille rendra un hommage appuyé à un journaliste qui aura marqué plusieurs générations de ses supporters.

Thierry Roland : Une Légende du Commentaire Sportif

Légende du commentaire sportif et roi du foot à la télévision, Thierry Roland est mort brutalement après avoir regardé vendredi soir sur le petit écran la victoire des Bleus contre l'Ukraine à l'Euro, qu'il aurait dû commenter au côté de son complice Jean-Michel Larqué.

«Mon cher Thierry», comme l'appelait son alter ego, a succombé à l'âge de 74 ans, dont plus de 50 ans à l'antenne, à un accident vasculaire cérébral, selon Jacques Vendroux, directeur des sports de Radio France et son ami intime depuis quatre décennies au moins.

«Il a regardé le match de l'équipe de France et puis il s'est endormi et il a fait un AVC vers 3 heures du matin. Les médecins ont essayé de le réanimer et Thierry n'est jamais reparti», a assuré Jacques Vendroux sur France Info en précisant qu'il lui avait encore parlé la veille.

La chaîne M6, pour laquelle Thierry Roland aurait dû reformer son duo avec «Jean Mi-Mi», a officialisé son décès ce samedi matin à la demande de la famille, sans toutefois préciser la date ni les causes de la mort. Cette nouvelle a cueilli par surprise la planète foot et le monde des journalistes sportifs en plein Euro 2012.

Cet Euro devait signer le grand retour du tandem mythique Roland-Larqué, qui a commenté plus de 700 matches ensemble - sur Antenne 2 puis surtout TF1 - entre 1979 et 2005 mais qui n'avait plus couvert de grande compétition internationale depuis l'Euro 2004 (à l'exception d'un Roumanie-France pour les éliminatoires de l'Euro-2012).

Mais Thierry Roland avait dû renoncer à l'Euro le 13 juin, n'étant pas totalement remis d'une opération liée à un calcul biliaire. «L'opération s'est bien passée. Mais ça reste récent, et je suis encore en période de convalescence. Je suis courbatu, j'ai des petits spasmes à droite à gauche. Donc très sincèrement, je ne me sens pas le courage d'aller en Ukraine», avait alors expliqué à l'AFP le commentateur, aussi populaire pour son côté franchouillard et ses saillies imagées que critiqué pour plusieurs débordements verbaux qui ont marqué sa carrière.

Il jugeait qu'il n'aurait pas été «raisonnable d'aller en Ukraine où il n'y a pas de grosse médecine au cas où il m'arriverait quelque chose». Ce rendez-vous manqué a rendu sa disparition d'autant plus cruelle à son ami Jean-Michel Larqué: «Il se faisait une telle joie de reformer notre tandem, il est parti sans ça et c'est le plus terrible: sa dernière joie j'aurais peut-être pu la lui procurer et j'ai pas pu le faire», a-t-il déclaré, en larmes, à BFM-TV.

«Il m'avait dit que s'il lui arrivait quelque chose il me regarderait de là-haut depuis la grande prairie... Les bons souvenirs sont gommés par la nouvelle, mais ils reviendront un jour, forcément».

Samedi matin, lors de sa conférence de presse à Donetsk, en Ukraine, au lendemain de la victoire des Bleus 2-0 face à l'Ukraine, le sélectionneur de l'équipe de France, Laurent Blanc, a fait observer un moment de recueillement et présenté ses condoléances à la famille de Thierry Roland.

«Je souhaite présenter mes condoléances à sa famille de la part de l'équipe de France, du staff et des joueurs. C'est un amoureux du sport qui disparaît, ça nous a beaucoup touchés», a déclaré Laurent Blanc, attristé par la disparition de cette «encyclopédie du football (qui) avait toujours des anecdotes très croustillantes» à raconter.

«C'était la voix du foot pour des millions de personnes et c'était mon ami», a commenté Michel Platini, président de l'UEFA, interrogé samedi matin par l'AFP à Varsovie, soulignant: «Thierry, c'était aussi mon histoire, ma carrière, mes victoires, une partie de ma vie».

Autre figure du commentaire sportif, Eugène Saccomano, qui officie désormais sur RTL, a estimé que «l'émotion» suscitée par la victoire française a pu précipiter ce décès: «L'émotion l'a bouleversé, elle l'a terrassé» a-t-il déclaré sur BFM-TV.

Pour le président de la République François Hollande, «le monde du sport et du football perdent l'un de ses plus populaires et ardents supporters». Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault estime également qu'on «se souviendra d'un homme qui partagea avec l'ensemble du pays les plus grands moments du football français, comme la victoire de l'Equipe de France de football en 1998».

Parmi les très nombreuses réactions à la disparition de Thierry Roland, nombre de ses confrères ou d'anciens responsables de clubs ont tenu à souligner la gouaille et le sens de «la rigolade» de l'artiste, encyclopédie du foot qui disposait de «l'entière collection de France Football depuis les années 50», ont relevé Eugène Saccomano et Guy Roux, ex-entraîneur d'Auxerre.

Thierry Roland laisse une veuve, la réalisatrice Françoise Boulain, et un fils, Gary.

Nom Spécialité Chaînes
Thierry Gilardi Football, Rugby Canal+, TF1
Avi Assouly Olympique de Marseille France Bleu Provence
Thierry Roland Football Antenne 2, TF1, M6
Eugène Saccomano Football Europe 1, RTL

L'hommage de Téléfoot à Thierry Gilardi

Thierry Roland et Jean-Michel Larqué

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