Le Tournoi des 6 Nations 2026 suscite un débat inattendu, notamment si la plus prestigieuse compétition européenne traversait l’une de ses périodes les moins relevées depuis très longtemps. D’abord, il n'y a nulle volonté ici de minimiser la performance du XV de France. Au contraire, les Bleus de Galthié, avec trois matchs pour trois succès tous ponctués du bonus offensif, ont de la gueule.
Sous l’impulsion d’une génération arrivée à maturité, la France impose le rythme, une densité et une maîtrise stratégique que peu d’équipes européennes parviennent à soutenir sur 80 minutes. Chacun trouvera, ici ou là, quelque chose à redire. Mais quand même… Il n’empêche.
La domination affichée par Dupont et sa bande interroge sur l’équilibre global de la compétition. Match après match, les hommes en bleu semblent évoluer un cran au-dessus de leurs adversaires, même quand la performance n’est pas aboutie, comme ce fut le cas dimanche à Lille.
Un élément structurel pourrait expliquer en partie cette impression de baisse générale : l’année suivant une tournée des Lions britanniques est historiquement délicate pour l’Angleterre, l’Irlande, l’Écosse et le Pays de Galles. Inévitablement, une partie de la réponse est à puiser dans le comportement des nations britanniques où les joueurs enchaînent sans véritable coupure. Fatigue accumulée, blessures, gestion des temps de jeu : les effets se ressentent souvent quelques mois plus tard.
Au-delà de l’usure physique, il y a aussi un phénomène psychologique. Après l’intensité exceptionnelle d’une tournée des Lions, le retour dans le cadre habituel des sélections nationales peut provoquer une forme de relâchement ou de transition difficile. Les automatismes sont à reconstruire, les hiérarchies parfois à redéfinir. C’est probablement encore plus vrai cette année.
C’est ce qu’a laissé entendre il y a quelques jours Tommy Freeman, l’international anglais de Northampton : « mon club m’a donné cinq semaines de repos après la tournée, je pensais que ça allait, que mon corps avait bien récupéré. Le corps peut-être, mais pas la tête. En comptant la tournée des Lions, j’ai disputé 34 matches, ça fait beaucoup de rugby. Résultat ?
Et l’Italie, nous direz-vous ! Elle progresse. Si l’on tient au strict point de vue du score et un peu au contenu de la rencontre, ce sont les hommes de Gonzalo Quesada qui ont causé le plus de problèmes à nos Bleus. La Squadra Azzurra n’est plus une victime expiatoire, elle montre un visage bien plus ambitieux. Son jeu est plus structuré, sa défense plus agressive et sa puissance en mêlée plus affirmée. Allez donc demander à Dorian Aldegheri, Julien Marchand ou Jean-Baptiste Gros ce qu’ils en pensent…
Las, cette nation doit gagner en régularité. Et alors ? Ce sentiment de « Tournoi faible » tient peut-être davantage à l’écart, jusque-là, entre le dominant et les dominés qu’à un abaissement général du niveau. Le rugby britannique traverse une phase de transition générationnelle tandis que la France récolte les fruits d’un long travail de structuration. Surtout, l’histoire du Tournoi des 6 Nations montre que ces cycles sont fréquents. Les périodes d’hégémonie - anglaise au début des années 2000, galloise dans les années 2010, irlandaise plus récemment - témoignent. Aujourd’hui, c’est la France qui s’approche du sommet de sa courbe.
Le paradoxe est donc cruel : la domination d’une équipe peut donner l’illusion d’un affaiblissement général. Toujours est-il que le suspense pour le titre 2026 est aussi famélique que la route du Grand Chelem est large.
« Mais attention les Écossais…, a prévenu Fabien Galthié aussi bon scénariste que sélectionneur.

Fabien Galthié, sélectionneur de l'équipe de France de rugby
La performance du XV de France saluée à l'étranger
Au lendemain du nouveau succès bonifié du XV de France face à l'Italie (33-8), la presse étrangère s'est fait une raison et voit les Bleus remporter le Tournoi des 6 Nations 2026. La presse étrangère s’est fait une raison : le XV de France se dirige selon elle vers le Grand Chelem. C’est la chute du papier de la BBC. Et elle donne parfaitement le ressenti actuel de la presse étrangère au sujet du XV de France, qui domine outrageusement le Tournoi des 6 Nations 2026 : « Tout autre résultat qu’un Grand Chelem serait désormais perçu comme un échec pour cette grande équipe de France ».
Cette presse étrangère, elle est sous le charme de la bande de Galthié. « Cette équipe de France semble invincible », estime Planet Rugby. Qui poursuit : « La France est en route pour le Grand Chelem et, franchement, il est difficile d’imaginer qui pourrait l’arrêter. Actuellement, les autres équipes se contentent des miettes ».
« La France est désormais une tout autre machine. […] Ses joueurs sont avant tout de grands artistes », mentionne le quotidien anglais The Guardian, pendant que The Telegraph écrit : « Peut-on arrêter cette procession française ? […] En l’état actuel des choses, personne ne peut dire que les Bleus ne méritent pas de réussir ce Grand Chelem ».
Du côté de l’Irlande, The Irish Examiner fait dans la sobriété et l’efficacité en affirmant que « la France est vraiment bien placée pour conserver son titre ». Même son de cloche pour La Gazzetta Dello Sport, pour qui « la France domine largement le Tournoi ».
Vers un Tournoi remporté en Écosse ?
La supériorité actuelle du XV de France est telle que les Bleus pourraient d’ores et déjà s’offrir le gain du Tournoi des 6 Nations 2026 lors du déplacement en Écosse lors de la prochaine journée (samedi 7 mars).

L'équipe de France de rugby
Focus sur la charnière Dupont-Jalibert
Il y avait énormément de doutes avant le début du Tournoi des 6 Nations, mais ils ont rapidement été balayés. Antoine Dupont et Matthieu Jalibert ont livré une prestation éblouissante face à l’Irlande (36-14) et Fabien Galthié a décidé de les aligner une nouvelle fois ensemble pour la deuxième rencontre, face au Pays de Galles.
Le forfait de Romain Ntamack a été un coup dur dans la préparation du 6 Nations 2026. Mais Matthieu Jalibert a su en profiter, pour faire son grand retour avec le XV de France. Souvent critiqué en sélection, l’ouvreur est dans la forme de sa vie avec l’UBB et pour son premier match depuis la défaite face à l’Angleterre en février 2025, il a livré une excellente prestation. Mais c’est surtout son duo avec Antoine Dupont qui a impressionné, en France comme à l’étranger.
La presse britannique et irlandaise se montre notamment très élogieuse envers la charnière du XV de France, la comparant aux plus grandes légendes du rugby. « Les Irlandais ont tenté de neutraliser Dupont. Il n’a pas produit sa magie habituelle, mais Jalibert, lui, en a fait régner une. L’ouvreur a constamment menacé le ballon. Nous pourrions assister à la naissance du plus grand duo français à la charnière de tous les temps » a expliqué le journaliste Stuart Barnes, dans The Times.
« Dupont et Ntamack pourraient tirer profit de leur association symbiotique à Toulouse. Mais quand on pensait que (Gareth) Edwards et (Barry) John étaient indétrônables, voilà que (Phil) Bennett, tel un caméléon, propulsait le Pays de Galles, les Lions britanniques et irlandais (Afrique du Sud 1974) et Edwards vers de nouveaux sommets » a-t-il poursuivi, annonçant un avenir glorieux au duo Dupont-Jalibert, avec le XV de France.
« Dès que leur attention se porte sur le centre du terrain, Dupont disparaît. De la même manière, lorsque l’Irlande s’est concentrée sur le jeu de course redoutable du demi de mêlée, Jalibert s’est démarqué, créant des espaces par la simple suggestion d’un changement de rythme du numéro 9 ».

Antoine Dupont et Matthieu Jalibert
Titularisée pour le match d’ouverture du Tournoi des Nations contre l’Irlande le 5 février, la paire Antoine Dupont - Matthieu Jalibert a été étincelante. Et si le XV de France comptait dans ses rangs la meilleure charnière du monde ? Une question légitime qui ne mérite pas vraiment de débats enflammés tant la réponse paraît évidente. Sans trop se mouiller, et en toute objectivité, aucune équipe dans le monde n’est capable d’aligner un duo aussi dangereux qu’Antoine Dupont et Matthieu Jalibert.
« Les Irlandais ont tenté de neutraliser Dupont. Il n’a pas produit sa magie habituelle, mais Jalibert, lui, en a fait régner une. L’ouvreur a constamment menacé le ballon. A-t-on seulement réfléchi à l’influence de la simple présence du demi de mêlée sur les ouvertures créées par l’ouvreur ? », interroge le journaliste spécialisé Stuart Barnes, avant d’affirmer : « Nous pourrions assister à la naissance du plus grand duo français à la charnière de tous les temps. » Rien que ça.
Dupont et Jalibert se rendent service mutuellement et les étincelles produites contre l’Irlande vont (certainement) faire mal à une équipe galloise en perdition. « Dès que leur attention se porte sur le centre du terrain, Dupont disparaît. 6 Nations. Un véritable casse-tête et une aubaine pour l’équipe de France. Fabien Galthié et son staff ont peut-être trouvé le dernier ingrédient secret pour régner sur le monde.
On n’entendait que les supporters français ce dimanche dans le Principality Stadium de Cardiff. Comme s’ils s’attendaient à une nouvelle déroute, les Gallois avaient quelque peu boudé les gradins de leur enceinte mythique. Ce lundi matin, la presse française ne résiste pas à l’euphorie de voir son équipe nationale déjà dernier candidate au Grand Chelem. Surtout au vu des deux prestations livrées jusqu’alors. « Les Bleus tout schuss », peut-on lire en haut de la Une du journal L’Équipe. À l’intérieur des pages du quotidien, le compte-rendu du match est titré « Vivement la suite ». Un peu plus loin, l’ancien joueur et entraîneur Jean-Baptiste Élissalde ne cache pas sa satisfaction. Le Midi Olympique a lui choisi d’ouvrir son site internet par un récit titré « Esthétisme et ruines galloises« . Même enthousiasme du côté de la presse britannique. Les rivaux historiques anglais sont contraints de saluer la dynamique Bleue.
Les difficultés des autres nations
Angleterre : une "humiliation totale"
Les espoirs de titres du XV de la Rose viennent sûrement de s’envoler, ce samedi 21 février. Sur la pelouse de Twickenham, l’Angleterre a connu une terrible défaite contre l’Irlande (21-42), lors de la troisième journée du Tournoi des 6 Nations 2026. Devant son public, la formation d’Henry Pollock a sombré, sans parvenir à accrocher les wagons entre eux.
Annoncée comme l’un des deux favoris au titre suprême, avec la France, l’Angleterre tombe de haut avec ce nouveau revers, qui plus est à domicile. Cette issue amène les médias britanniques à être particulièrement durs avec leurs joueurs et le sélectionneur Steve Borthwick.
Du côté du Telegraph, il n’a fallu que quelques heures pour voir plusieurs papiers évoquer la déroute du XV de la Rose. Selon le journal, “l'humiliation à Twickenham prouve que l'Angleterre a été démasquée” par rapport à son niveau réel. “Si la défaite contre l'Écosse a été un réveil brutal pour l'Angleterre, cette humiliation totale infligée par l'Irlande à Twickenham a mis à nu la fragilité du projet mené par Steve Borthwick”, indique le journaliste Gavin Mairs, chef de la rédaction rugby.
Pour le journal britannique, “l'Irlande s'est montrée impériale […] d'une manière qui n'avait plus été vue depuis son Grand Chelem, en 2018” et a souligné la qualité de l’ouvreur Jack Crowley “impressionnant pour sa première titularisation du Tournoi.” De l’autre côté, “l'Angleterre était tellement morose, tellement décevante et dans un tel désarroi”, selon des propos issus d’une autre analyse. Certains secteurs de jeu sont ciblés.
Pour la rédaction de Rugbypass, certaines personnalités ont pris la parole en leur nom. Ainsi, la référence des informations de transferts Neil Fissler a indiqué que : “Le rugby anglais a besoin d'un meilleur entraîneur que le robotique Steve Borthwick.” Éditorialiste régulier pour le site international, l’ancien international anglais Andy Goode a tenu les propos suivants : “L'Angleterre a suivi l'exemple de Steve Borthwick, sans inspiration et terne. Finalement, deux défaites consécutives ont coulé les espoirs anglais. “Le visage affiché durant ces défaites soulève des questions quant aux tactiques de Borthwick et à la mentalité de son équipe”, ponctue le média.
Ce dimanche, les colonnes anglaises n’ont pas beaucoup de pitié pour le sélectionneur Steve Borthwick. “Ce fut l'un des pires jours du mandat de Steve Borthwick. Dans l’effectif du XV de la Rose, le capitaine Maro Itoje est également critiqué. “Il a mené l'équipe lors de son 100e match international sous les yeux de son père, mais tout s'est ensuite dégradé.

Steve Borthwick, sélectionneur de l'Angleterre
Pays de Galles : "la risée du monde du rugby"
Mais les Anglo-Saxons n’ont pas pu s’empêcher de déplorer la descente aux enfers du XV du Poireau. « C’est déchirant, triste, honteux« , a d’ailleurs fustigé un supporter à la sortie du stade. « Le Pays de Galles est désormais la risée du monde du rugby« , s’attriste Wales Online qui insiste sur le manque de moyens alloués à ce sport depuis plusieurs années.
Symbole de ce mal-être: le Principality Stadium et ses 15.000 sièges vides au coup d’envoi, sa plus faible affluence jamais enregistrée dans le Tournoi. « Nous n’avons plus de mots pour décrire cela. Tandis que la télévision ITV Wales s’indigne: « L’atmosphère qui régnait en dehors du terrain était tout aussi alarmante que les événements qui s’y déroulaient. Avant le match, La Marseillaise était sans doute plus bruyante que Hen Wlad Fy Nhadau. Honnêtement, le Pays de Galles fait peine à voir jouer. Dès qu’ils ont commencé à jouer et qu’ils ont gardé le ballon, ils ont fait mal, ont avancé, progressé et marqué 2 fois. On ne tiré pas sur une ambulance.
Irlande : Andy Farrell face à son plus grand défi
Dans l’Hexagone, les 7,24 millions de téléspectateurs présents devant France 2 (un record pour un match d’ouverture selon la chaîne) ont profité d’une équipe de France éblouissante. En Irlande, toutefois, l’heure était moins à l’optimisme.
Andy Farrell « confronté à son plus grand défi »« Pendant 50 minutes, la stratégie visant à imiter les tendances mondiales d’un rugby basé sur le jeu au pied et les transitions rapides s’est poursuivie. Le résultat est désastreux : l’Irlande a offert le chaos à une équipe de France qui était déjà capable de le provoquer elle-même », regrettait le quotidien irlandais.
Dans une chronique pour l’Irish Examiner, l’entraîneur irlandais du Stade Rochelais Ronan O’Gara admettait de son côté que « la compétitivité de l’Irlande était directement liée à sa capacité à empêcher les hôtes de trouver leur rythme. L’Irlande a échoué trop tôt et trop souvent dans cette tâche. Aucune équipe de rugby au monde n’est aussi dévastatrice que les Français lorsqu’ils ont le vent en poupe ».
Les choix du sélectionneur irlandais, en place depuis 2020, n’ont pas convaincu sur l’île verte. « Ce résultat n’a surpris personne, mais cela n’a pas rendu moins choquant de voir une équipe autrefois si brillante devoir s’adapter à sa nouvelle réalité », s’indignait l’Irish Independent, qui estime qu’Andy Farrell est « confronté à son plus grand défi à ce jour après le match déséquilibré ». Le média irlandais estime même qu’il existe désormais « une nouvelle réalité qui donne à réfléchir ».
Australie : une tournée européenne sans victoire
Comment a été perçu ce dernier test match de l’année de l’extérieur ? Le média australien Rugby AU est longuement revenu sur cette dernière sortie annuelle des Wallabies, qualifiée de "meilleure performance de la tournée". Pour tenter de trouver une explication à leur échec, la discipline est pointée du doigt : "De ce point de vue, les deux mi-temps à deux visages ont provoqué le final plus abouti de la France. Ils (les Australiens) étaient proches de la perfection (3 pénalités en première période) mais la seconde (10) leur a coûté trop cher.
Du reste, le média consacré au rugby résume : "Les visiteurs ont sérieusement inquiété les Français, les poussant jusqu’au bout à la mi-temps. "Trop tard pour le prix de meilleur joueur du monde, ironisait Rugby AU. C’était peut-être déjà décidé, mais Louis Bielle-Biarrey a plaidé sa cause brillamment pour être élu aux World Rugby Awards."
Nommé, l’ailier girondin sera en fait dépassé par Malcolm Marx, le talonneur sud-africain (par ailleurs nommé homme du match quelques minutes plus tôt à Dublin). "Son essai était un aperçu parfait de ces qualités exceptionnelles, tapant par-dessus et chassant dans un trou de souris, et laissant les Wallabies dans le rétroviseur.
La presse britannique s’est surtout attardée sur la tournée européenne sans victoire des Australiens, "la première en 67 ans", pointe la BBC. "La pression continue de s’accumuler sur les épaules du coach accablé Schmidt, observe The Guardian. Sa formation est la première équipe australienne à perdre dix tests matchs dans une année civile, tandis que son pourcentage de victoire est descendu en dessous de 40 %." Pour rappel, Joe Schmidt a accepté, malgré sa volonté de retraite, de tirer jusqu’à l’été 2026, au moment où il laissera sa place à Les Kiss, après son mandat chez les Queensland Reds.

L'équipe d'Australie de rugby