Le rugby, sport d’origine anglaise, est devenu au fil du temps un élément identitaire de nombreuses localités, plus particulièrement pour la région biterroise.

La Fédération Française de Rugby (FFR) est fondée le 13 mai 1919 et est représentée par 26 comités territoriaux métropolitains, 106 comités départementaux et 7 comités d’outre-mer. A cette période-là, le Roussillon fait partie intégrante du comité du Languedoc.
La Genèse du Comité du Roussillon
La FFR crée un sous-comité le 17 juillet 1921 mais le Roussillon reste toujours rattaché au Languedoc. Les représentants sont Gilbert Brutus, Marcel Pic et Charles Rosas. Deux ans plus tard, le 23 mai 1925, Gilbert Brutus est élu en tant que 1er président du sous-comité du Roussillon, signe d’un chemin vers l’indépendance.
C’est alors que le 3 novembre 1929, le Comité du Roussillon devient indépendant, présidé par Joseph Pepratx. Auparavant situé dans un appartement acheté par les membres du bureau en centre ville de Perpignan, c’est en mai 1996 que les locaux actuels voient le jour, situés Chemin du Sacré Cœur.
Ils sont surnommés « La maison du rugby » par la presse et sont inaugurés par le président du comité, Jean Dunyach, soutenu par Jo Maso et Bernard Lapasset (président de la FFR).
L'Âge d'Or du Rugby Catalan (Années 2000)
C’est dans les années 2000, toujours sous la présidence de Jean Dunyach, que le rugby catalan connait un essor triomphant. Considéré comme le comité le plus petit par sa taille, le Roussillon fait parler de lui en gagnant 5 titres en moins de 10 ans :
- Vainqueur de la Coupe d’Europe des régions en 2002 (Roussillon 15 - 09 Provence)
- Vainqueur de la Coupe d’Europe des régions en 2003 (Roussillon 25 - 23 Provence)
- Vainqueur de la coupe de la Fédération en 2006 (Roussillon 25 - 17 Pays Basques/Landes)
- Vainqueur de la coupe de la Fédération en 2007 (Roussillon 19 - 09 Ile de France)
- Vainqueur de la coupe de la Fédération en 2009 (Roussillon 15 - 11 Provence)
Le comité du Roussillon représente alors un rugby catalan triomphant :
- L’USAP est sacré Champion de France du TOP14 en 2009, le même jour où la sélection du Roussillon remporte la Coupe de la Fédération.
- Les Féminines de l’USAT sont sacrées championnes de France en 2008, et finalistes en 2009.
En juin 2011, lors d’une assemblée générale, le Comité du Roussillon change de nom et devient alors le Comité du Pays Catalan. En effet, nous ne représentons pas uniquement le Roussillon. Illustration : rugby.
Rugby : L'origine de ce sport et de ses règles 🏉
L'ASP et la "Furia Catalane"
Revenons à la rentrée 1913. Les joueurs de l’ASP, Association Sportive Perpignanaise, s’entrainent sur la pelouse du stade de la route de Thuir (qui ne s’appelle pas encore Jean Laffon). La saison précédente, les Catalans ont échoué en demi-finale du championnat mais cette fois ils sont prêts. Le capitaine Augistrou, un militaire de carrière, a pris la suite de Rowland Griffith comme entraineur de l’équipe en gardant les principes et l’organisation institués par le Gallois.
La furia catalane va faire le reste. Après un automne laborieux, le déclic se produit au printemps et l’ASP entame sa marche triomphale vers le titre … ce qui n’est pas du goût de tout le monde.
Jusqu’ici, le rugby est une affaire de métropole : Paris, Bordeaux, Toulouse, Marseille … L’irruption de cette petite ville de garnison à la frontière sud fait tache : les journaux parisiens ne traitent-ils pas les joueurs Perpignanais « d’Espagnols », de « sauvages » ?
La Fédération qui s’appelle alors le comité rugby de l’Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques, les a aussi dans le collimateur ; sifflets du public, arbitres hostiles, match d’appui à jouer chez l’adversaire, rien n'est épargné à l’ASP. Ce qui n’empêche pas les coéquipiers du nouveau capitaine Felix Barbe de gagner …
Ils battent deux fois Bordeaux, deux fois Toulouse, et une fois le champion en titre Bayonne au terme d’un bras de fer homérique. A Perpignan, le match contre les Basques est hallucinant.
6 - 6 au terme du temps réglementaire. On joue quatre prolongations de dix minutes. Les joueurs sont épuisés. Dès qu’une faute est sifflée, ils s’écroulent sur la pelouse mais se relèvent aussitôt dès que le jeu reprend. L’arbitre lui-même a une syncope. « Nom de Dieu, quel combat de titans ! » commente l’international toulousain Mayssonnié.
Il faut cependant rejouer le match … à Bayonne décide le comité qui désigne un des siens, l’américain Allan Mürh pour arbitrer cette rencontre décisive. Quelques minutes avant le coup d’envoi, alors que le stade est comble, surchauffé, Félix Barbe monte au créneau : il menace de ne pas entrer sur le terrain, au risque de déclencher une émeute, si on ne change pas d’arbitre. Mürh cède et se désiste en faveur d’un arbitre local qui remplit très bien sa mission. Les Catalans l’emportent, le comité est échec et mat.
Le 3 mai 1914, l’ASP dispute la finale contre le Stadoceste tarbais à Toulouse. Un train spécial amène les supporters qui ont payé 11F50 l’aller et retour en 3e classe,24F75 en 1ère. Plus 2F la place au stade des Ponts-Jumeaux en pelouse, 15F en tribune. Dans le Cri Catalan, Albert Bausil harangue les troupes : « il faut que cette petite équipe inconnue, perdue au fin fond des Pyrénées, qui n’a ni renommée, ni science, qui ne possède ni international ni étoile, il faut que cette équipe soit championne de France. Ce sera le camouflet suprême ! »
L’orgueil catalan va faire le reste !
La Finale Mémorable de 1925
La finale 1925 fut mémorable, déjà par le fait qu’elle fut rejouée, mais aussi par la violence qu’elle généra. Le rugby français, dominé par les clubs du Languedoc-Roussillon tournait souvent au pugilat.
C’était il y a cent ans à Toulouse au défunt stade des Ponts-Jumeaux sous une sévère pluie de printemps. La finale du championnat se jouait un précoce 26 avril, charme des championnats de l’époque et de leurs formules alambiquées. Celui-ci comptait six poules de cinq qui débouchaient sur quatre poules de trois, avec un recours à trois matchs de barrages pour départager les ex aequo.
Une pluie diluviennePerpignan-Carcassonne, la finale faisait saliver pour diverses raisons. Elle incarnait la puissance du Comité du Languedoc (auquel le Roussillon était attaché), le ballon ovale y avait trouvé une terre d’élection, il passionnait les foules et excitait les passions. Le rugby de l’époque n’était pas un jeu de gentlemen. On s’y bastonnait allègrement.
À Carcassonne jouait un personnage hors du commun, Jean Sébédio, 35 ans, tignasse frisée, moustache, langue bien pendue. On le surnommait « Le Sultan ». Il était la terreur des pelouses à une époque où le rugby était presque une zone de non droit, un terrain d’expression libre à des années-lumière de la surveillance de la vidéo.
Cette finale fut donc noyée sous des trombes d’eau, devant une foule transie, trempée et très énervée, On donnerait cher aujourd’hui pour en voir les images et les comparer aux récits dantesques. On croit comprendre que le terrain se transforma très vite en cloaque.
Mais les Perpignanais eurent le mérite de déclencher deux ou trois offensives sous l’influence de Marcel Baillette et de Roger Ramis ses deux centres vifs et créatifs. En face Carcassonne, ne faisait que défendre, sans faire dans la nuance.
Le célèbre journaliste Géo André écrivit ces lignes terribles dans « Le Miroir des Sports » : "Le jeu carcassonnais fut horrible : on s’y attendait. La boue devait favoriser les « Jaune et Noir », mais comme ils ne surent pas en tirer profit, il ne fallait espérer rien de bon de leur part. Les équipiers du Sultan ressemblaient à des guerriers francs qui nouaient leur chevelure pour mieux combattre. Tant qu’ils restaient coude à coude.
Tous les chroniqueurs évoquèrent l’une des parties les plus pauvres de l’Histoire. Elle se termina par un implacable zéro-zéro. Score fascinant pardonné par les cordes qui tombaient. L’arbitre biarrot M. Vigné fit débuter les prolongations comme le réglement le prévoyait. Mais au bout de cinq minutes, après consultation des capitaines, Ramis et Sébdio, il décida d’arrêter le match que les pluies diluviennes refusaient de quitter. La pelouse était si spongieuse que les joueurs ne couraient plus, ils pataugeaient.
Une Pluie de Coups
Pour la première fois de l’histoire, la finale fut donc rejouée. La deuxième manche fut programmée une semaine plus tard, mais à Narbonne, au Stade de Maraussan avec exactement les trente mêmes participants. Cette fois, le soleil brillait et Perpignan put déployer ses offensives sous l’égide de l’ouvreur Joseph Pascot, futur colonel et futur ministre du gouvernement de Vichy (et assassin du treize). L’US Perpignan était la plus forte mais Carcassonne parvint à marquer un essai… refusé (sans vidéo) par M. Vigné, toujours là. Ce ne fut pas pour apaiser les esprits.
Le tournant survint à la demi-heure de jeu avec une interception de Roger Ramis, dit « El Nin ». Il s’offrit une course insolente de 80 mètres en jouant au chat et à la souris avec l’arrière François Andrieu, en fin de carrière à 36 ans. Feinte de coup de pied et nouvelle accélération d’un Roger Ramis intenable qui finit sa chevauchée entre les poteaux malgré le retour désespéré d’Albert Domec. Ramis paracheva son exploit par la transformation : 5-0. Score clos.
Dans leur ouvrage : « L’encyclopédie du Rugby Français », Henri Lafond et Jean-Pierre Bodis utilisent ses propos sibyllins : "En seconde mi-temps, les débats prirent un ton désagréable et les bagarres et les coups fleurirent dans l’inconscience de tous.
Géo André visiblement ulcéré écrivit ces lignes, toujours dans « Le Miroir des Sports » : "Certains écriront que ce fut une partie de géants. Tant furent grandes l’ardeur et la volonté des deux opposants. Je n’hésiterai pas à déclarer que ce fut un match de brutes. Rarement, on assista à un déchaînement de passion aussi intense. Dans le public, il y eut des batailles, sur le terrain, ce fut une bataille royale. Trente athlètes disposés en deux camps rétablirent les mœurs du pancrace. Excités par les cris des spectateurs, les cerveaux échauffés par le soleil, l’esprit vindicatif développé au plus haut degré produisirent des scènes sans précédent. C’est ainsi que les pires coups furent échangés, lorsque le ballon botté par-dessus les tribunes se faisait attendre, les avants des deux équipes se querellaient, se battaient à coups de poing et de pieds et de coudes pour occuper la même position en touche.
XIII Catalan et l'Héritage de Jean Galia
Ille XIII a été fondé en 1945 par Henri Rous, distingué homme d'affaires local d'Ille sur Têt, lieu de naissance de Jean Galia, légendaire pionnier de la ligue de rugby française. Entre Ille sur Têt et le rugby à XIII, la connexion est historique et profonde. L'histoire elle-même est liée au père spirituel de cette ville, Jean Galia, né au 38 avenue Pasteur à Ille sur Têt, le 20 Mars 1905.
Ille-sur-têt, ville labeur se trouve sur les berges de la rivière de la Têt. Cettte terre nourricière a toujours porté les plus beaux fruits du Roussillon. En 1945, le rugby à XIII y a pris racine grâce à l'initiative d'Henri Rous, qui deviendra plus tard président du comité du Roussillon, et de Marcel Rayna. "Ils y ont travaillé jour et nuit," confirme Marie-Louise Rous, l'épouse du président fondateur.
L'émergence d'ILLE XIII était une partie de cet élan libérateur qui redonnait aux treizistes le droit de pratiquer leur sport aimé. Malgré avant-guerre par l'U.S Illoise, ne retrouvera jamais sa place dans la ville. L'anticonformisme d'Ille sur Têt n'est pas une légende; c'est un témoignage vivant de la passion du dévouement et de la tradition qui caractérisent cette ville et son lien indéfectible avec le rugby à XIII.
Le rugby, sport d’origine anglaise, est devenu au fil du temps un élément identitaire de nombreuses localités héraultaises, plus particulièrement pour la région biterroise.
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