L'histoire de l'US Colomiers Rugby est une saga passionnante, marquée par une ascension fulgurante, des moments de gloire et des figures emblématiques qui ont façonné l'identité du club. Des terrains amateurs aux grandes scènes européennes, Colomiers a su se faire une place dans le paysage du rugby français.

Les débuts et l'ascension vers le haut niveau
Douze ans après la création du club, la porte s’ouvre enfin. Emmenée par le nouvel entraîneur Pierre Bergès, récemment arrivé de Lombez, l’équipe va réaliser un championnat abouti. Après avoir battu Haut Salat puis Sainte-Foy, l’équipe accède aux 32ème de finale du championnat de France. Victorieuse de Montpellier (18-13) en 16ème de finale, l’US Colomiers Rugby rencontre Saint-Lary pour pouvoir accéder en 3ème division nationale. Les hommes de Pierre Bergès s’imposeront 9 à 6 après une rencontre incertaine jusqu’au bout.
La saison suivante, l’équipe confirme sa montée en réalisant de bonnes prestations comme cette victoire le 28 novembre 1976, contre le leader Saint-Gaudens. Avec onze victoires, un match nul et six défaites, les bleus et blancs accèdent aux phases finales. À l’orée de la deuxième saison en nationale, le club voit le président Raymond Paupy et le talonneur Michel Bendichou se relever de leurs fonctions. Après treize années passées à la tête du club, le désormais ex-président, décide de quitter les bureaux, mais honore le titre de président d’honneur. Michel Bendichou, lui, intégrera le bureau quelques années plus tard, et deviendra président du club en 1981.
À partir de 1978, le nouveau président Brunet déclare sa volonté de « former des joueurs mais aussi des hommes ». Le début de saison 1979-1980 est marqué par l’arrêt de Pierre Bergès au poste d’entraîneur. Il sera remplacé par José Osès en tant qu’entraîneur-joueur. Bien structurée sur toutes ses lignes, l’US Colomiers Rugby nourrit de fortes ambitions. À l’issue de cette première phase de championnat, l’équipe se qualifie pour les phases finales du championnat. Une victoire aux prolongations face à Montpellier (24-18) permettra d’accéder à la division supérieure.
L’année 1982 marque une nouvelle ère dans l’histoire du club : la montée en puissance des jeunes. Un atout indéniable qui fait toujours le bonheur du club aujourd’hui. L’exemple le plus frappant se trouve le 20 mai 1985. En plein mois de printemps, l’équipe des Juniors Reichel remporte le titre de champion de France en dominant le PUC (Paris Université Club) 19 à 3 ! Créée il y a tout juste quinze ans par Jean-Claude Skrela, l’école de rugby fait déjà ses preuves. L’année d’après, cette même catégorie remportera pour la deuxième fois consécutive ce titre de champion de France.
À partir de 1987, le championnat de France est réorganisé selon une nouvelle formule : une première phase avec seize groupes de cinq équipes, où seuls les deux premiers de chaque groupe iront dans le groupe A, le groupe élite. Colomiers finit troisième, derrière les intouchables équipes de Grenoble et Hyères. Le match « choc » aura lieu le 2 octobre 1988, contre Bègles, à Sèlery. Emmené par un Fabien Galthié transcendé, et un Etcheverry à l’aise au pied, Colomiers signe une victoire retentissante sur le score de 18 à 15. À la fin de cette première phase, le club fait son entrée dans le groupe A, et intègre ainsi l’élite du rugby français.
L'accession au groupe A et les ambitions grandissantes
« Notre effectif plus riche, notre expérience supérieure, devraient nous permettre de progresser comme nous le souhaitons » : voici les mots prononcés par Christian Déléris au Midi Olympique le 14 septembre 1989. Quelques mois plus tard, Colomiers sort de la première phase avec sept victoires sur huit matchs disputés. La Colombe intègre ainsi le groupe A. Ses neuf victoires en quatorze matchs lui ouvrent les portes des 1/8ème de finale du championnat de France.
En 1991, Colomiers affronte non pas une fois, mais quatre fois le club de Montauban dont l’entraîneur n’est autre que Christian Jutge, légende de Colomiers. En 1994, Colomiers Rugby s’incline face au Stade toulousain 32 à 12. Le club termine alors dernier de la poule 1 des play-off. L’année 1997 devient décisive pour le club.
La Colombe gagne 31 à 26 face au C.A Brive Corrèze, alors champion d’Europe en titre, et favori à la course au bouclier de Brennus. Colomiers montre tout son talent en accédant aux quarts de finale de la Conférence européenne (aujourd’hui Challenge Cup), après quatre victoires. Le club à la colombe bat de nouveau Montferrand (23-13) en quart de finale le 09/11/97. Puis de nouveau face au Stade Français (19/13), pour finir par remporter le titre face à Agen avec un score de 45 à 3 le 1er février 1998.
La saison 1999-2000 et la finale historique contre le Stade Français
Il y a 20 ans, jour pour jour, le Stade Français et Colomiers se retrouvaient en finale du championnat de France de Top 16, dans un Stade de France à moitié vide, avec seulement 46 809 spectateurs. Une finale et une saison 1999-2000 qui resteront inédites puisque le championnat avait débuté un 21 août 1999, avant d’être interrompu en raison de la Coupe du monde disputée à l’automne. Conséquence ? La finale fut décalée au 15 juillet 2000, une première dans l’histoire du championnat de France de rugby. Retour sur une finale unique entre deux équipes aux antipodes.
Les Parisiens, rescapés de dernière minute à la faveur d’une victoire face à Auch lors de la toute dernière journée de championnat, se présentaient au Stade de France en autogestion. En face, du jeu à profusion et une équipe de Colomiers guidée par sa tête pensante, son capitaine et l’arrière du XV de France, Jean-Luc Sadourny. Les larmes de Fabien Galthié dans les tribunes du Stade de France avant le coup d’envoi en disaient long. Il s’était malheureusement blessé en quart de finale face à Castres, deux semaines plus tôt. Mais cela ne suffira pas.
Malgré de sublimes offensives, l’interception salvatrice de Franck Comba et l’écrasante domination des Parisiens dans le secteur de la mêlée fermée, sonnaient la fin des espoirs de Colomiers. Dans ce domaine, le Stade Français n’avait pas d’égal à cette époque. Les deux internationaux français Pieter De Villiers et Sylvain Marconnet emportaient tout sur leur passage. La pression et la puissance physique des Parisiens devenaient de plus en plus étouffante pour les protégés du regretté président Michel Bendichou. Héros la semaine précédente face à Pau, en demi-finale, grâce à sa pénalité de la gagne, David Skrela (touché au genou en première mi-temps) vivait un véritable calvaire pour sa première finale nationale disputée avec son club formateur. Ses trois échecs au pied pèseront lourds dans la balance.
Sans se renier, en proposant un jeu léché et ambitieux comme à l’accoutumée, peut-être un peu trop, Colomiers s’est découvert et a offert la possibilité à ses adversaires de faire la course en tête.
Le XV de départ du Stade Français : Stolz ; Dominici ; Comba ; Mytton ; Raffault ; Dominguez (o) ; Laussucq (m) ; Pool-Jones ; Juillet (cap) ; Moni ; Chaffardon ; Auradou ; De Villiers ; Pedrosa ; Marconnet.
Le XV de départ de Colomiers : Sadourny (cap) ; Roque ; Carré ; Sieurac ; Lhande ; Skrela (o) ; Culinat (m) ; De Giusti ; Ntamack ; Tabacco ; Lorenzi ; Revailler ; Tomuli ; Laurent ; Delpuech.
| Équipe | Points |
|---|---|
| Stade Français | 28 |
| Colomiers | 23 |
Le 15 juillet 2000, l’US Colomiers, privé de Fabien Galthié, laisse le bouclier de Brennus au Stade Français (28-23). Le club vient de disputer sa troisième finale en trois ans, après le titre en Conférence européenne de 1998 et la finale de Coupe d’Europe 1999.
Accablé par une cascade de malheurs, Colomiers, décidément indomptable, a failli opérer un incroyable renversement de situation à la dernière minute. Mais tous les matches ne se gagnent pas à l'ultime minute et le Stade français a gardé le dernier mot; plus exactement sa mêlée qui, devant sa propre ligne, a obtenu une cinquième pénalité salvatrice pour avoir mis à la faute sa rivale. Sinon, le jeu tellement généreux de Colomiers, à l'image de Sadourny, a érodé progressivement la force défensive d'un Stade français qui a commis, une fois en tête de 12 points, d'innombrables fautes pour couper le rythme endiablé des Garonnais.
Ces derniers, que l'on s'attendait à voir mourir à petit feu après le coup de poignard porté par l'interception de Comba - grand bonhomme du match même sans cet exploit - ont au contraire persévéré dans une sarabande qui a failli mettre les Parisiens à genoux. Car les hommes de Juillet n'ont pas délibérément laissé venir, dans le dernier quart d'heure, un adversaire qui jouait systématiquement les pénalités à la main et se rapprochait insensiblement de la terre promise. Il l'a atteinte une fois par Culinat dont le court essai personnel fut la réplique exacte de celui de Laussucq, lequel avait ouvert au Stade français les portes du paradis. Il fallait à Colomiers repasser encore la ligne pour accrocher de nouvelles prolongations ou une prodigieuse victoire sur la transformation: Sadourny et les siens ont eu raison de croire au miracle quand Skréla a obtenu la touche de pénalité du dernier espoir, à 10 mètres de la ligne du Stade. Par ce final, la défaite de Colomiers, jusque là ordinaire, a tourné au drame.
L'équipe garonnaise est revenue, grâce à son admirable ténacité, du fond de l'enfer où l'avaient précipité les cruels coups du sort autant que les actions du Stade français. Il est probable, sinon certain, que la partie aurait pris une tout autre tournure si Skréla n'avait été aussi handicapé par sa blessure au genou à partir la moitié du premier acte. L'ouvreur columérin est resté au poste avec courage mais les minutes qui passaient n'ont fait qu'aggraver son calvaire. Non seulement, il a dû se cantonner dans un rôle de passeur, mais il a aussi connu trois échecs sur pénalités faciles alors qu'il avait passé les trois premières et une transformation du coin. Deux fois, Skréla a manqué la cible à 21-16, alors que rien n'était perdu pour son équipe. Le Stade français n'en menait pas large et il a même cédé à la panique sur l'essai d'Ntamack, offert par un lancer de Pedrosa tout à fait incongru, puis sur une passe de Laussucq qui loba son ouvreur et provoqua une mêlée à cinq.
Quatre pénalités qui divaguent, un essai « volé » façon trillo 69 face au Stade de Skréla père, un final de feu devant la ligne maginot parisienne, une ultime mêlée châtiée... le coeur a eu tort. C'est à pleurer Fabien.
Ainsi, même sans titre majeur à son palmarès, le Colomiers des années 1990 reste l’illustration la plus éclatante d’une époque coincée entre le rugby de clocher et le rugby pro, qui offrait à la fois la chaleur humaine de l’amateurisme et l’intérêt sportif du haut niveau. Cette année-là, le deuxième club de la Haute-Garonne fit mieux que le Stade Toulousain.
1999-2000 Résumé Finale Stade Français - US Colomiers, championnat de France de rugby à XV
L'épopée européenne et le titre en Conférence européenne
Quand on observe la liste des finales de la Coupe d’Europe. On retombe immanquablement sur cette année, 1999 et sur cette anomalie, Colomiers en finale à Lansdowne Road face à l’Ulster. Oui, Colomiers le club de la banlieue de Toulouse s’est payé le luxe d’une odyssée continentale. Évidemment, cette saison-là, les clubs anglais n’étaient pas venus. Les Haut-Garonnais avaient su profiter de la situation en battant quand même le Munster en quart de finale (23-9), puis Perpignan, alors très costaud, en demie (10-6). En poule, ils avaient damé le pion aux Gallois de Pontypridd, à Glasgow et au Benetton Trévise.
Repenser à cette aventure, c’est mesurer le chemin parcouru par le rugby. Il était déjà professionnel à l’époque, mais on était encore loin du Top 14 survitaminé d’aujourd’hui. L’aventure prit fin à Dublin dans un vieux Lansdowne Road rempli comme un œuf par les supporteurs du comté voisin, celui de l’Ulster théâtre d’une guerre civile en voie d’apaisement. L’Irlande était alors une terre historique mais déshéritée du rugby, cette finale arrivait à point nommé pour lui offrir un succès comme un cadeau du ciel. Les plus optimistes voulurent y voir une forme de réunification irlandaise. On eut le sentiment que le succès (21-6) de l’Ulster était inéluctable.
Colomiers essayait alors de faire gicler comme des éclairs les ballons issus des regroupements, autour de la charnière Fabien Galthié-Laurent Labit (actuel entraîneur du Stade Français) pour alimenter les Biboulet, Sieurac, Roque, Lhande (autant de noms qui méritaient d’être rappelés). Mais le canevas fut chiffonné par des Nord-Irlandais limités mais transcendés par le souffle de l’Histoire.
Au bout d’un quart d’heure, après que les velléités de Colomiers furent éteintes, le match avait pris son visage définitif, défense de fer ou d’enfer, bataille pour le ballon, une passe, un coup de pied, et on recommence. Il devait avoir le pied brûlant, David Humphreys, à tant faire monter le ballon dans le ciel de Landsdowne Road pendant que ses partenaires, organisés en vagues, filaient au point de chute, vers le réceptionneur de Colomiers, Sadourny le plus souvent, esseulé et dans un sale jour.
C’était un jeu de gagne-terrain obtus, qui sentait la consigne d’entraîneur et la volonté de gagner à n’importe quel prix. » Colomiers perdit cette finale sans essai, 21-9, mais en gagnant ses galons de perdant magnifique, le club confirmera l’année suivante en se hissant en finale du championnat de France face au Stade Français. Sans moyens énormes, le deuxième club de la Haute-Garonne s’était placé sur la carte.

Colomiers Rugby aujourd'hui
En tête du championnat de Pro D2 avant l'arrêt de la saison, Colomiers Rugby espérait encore retrouver l'élite du rugby français. L'occasion de rappeler que, dans les années 1990, le club à la colombe, emmené par une génération dorée, est passé à un cheveu du Brennus sans jamais se départir de son esprit amateur.
« C’est vraiment couillon pour nous. Juste l’année où nous étions premiers avec dix points d’avance sur le troisième et une demi-finale quasi assurée à domicile. » Alain Carré ne peut s’empêcher de regretter cette fin abrupte qui prive son club d’un possible retour en Top 14. Début mars, alors que l’épidémie de Covid n’avait pas encore mis la France sous cloche et le sport à l’arrêt, le président de Colomiers Rugby, touché par le virus quelques jours plus tard, envisageait cette possibilité avec le sourire.
« Si les joueurs se le gagnent sur le terrain, je vais les accompagner. Je vais me donner corps et âme, dans cette nouvelle aventure », nous avouait-il alors, rêvant sans doute de voir les travées du stade du Sélery vibrer à nouveau, vingt ans après son unique finale de championnat de France. Comme un hommage à celui qui lui a donné son nom actuel, l’ancien président Michel Bendichou.
« Quand on voit les effectifs, les budgets, les infrastructures, ça n’a rien à voir. L’équipe de la banlieue qui voulait taper le gros, c’est fini, ça n’existe plus. On vit notre vie », regrette Alain Carré. Car Colomiers aime sa différence. Comme lorsqu’elle était la seule ville de France avec la priorité à droite sur les ronds-points.
« Putain, c’était la galère, se remémore l’ancien trublion de Canal + Philippe Guillard. Pour nous, ce sera un coup d’œil dans le rétro.
L'aventure prit fin à Dublin dans un vieux Lansdowne Road rempli comme un œuf par les supporteurs du comté voisin, celui de l’Ulster théâtre d’une guerre civile en voie d’apaisement. L’Irlande était alors une terre historique mais déshéritée du rugby, cette finale arrivait à point nommé pour lui offrir un succès comme un cadeau du ciel. Les plus optimistes voulurent y voir une forme de réunification irlandaise. On eut le sentiment que le succès (21-6) de l’Ulster était inéluctable.
Colomiers Rugby cultive cette image à part dans le rugby français et sait en faire une force au fil des ans, prouvant aussi sa capacité à propulser certains joueurs vers le haut niveau. « Au-delà des Galthié et Sadourny issus du centre de formation, Yannick Jauzion, Thierry Dusautoir, ou plus récemment Thomas Ramos sont passés par le club. Mais le côté insouciant, presque étudiant, des débuts trouve ses limites face à des équipes de très haut niveau.