Colin Kaepernick, ancien quarterback des San Francisco 49ers, a déclenché une vague de réactions et de débats aux États-Unis et dans le monde entier en protestant contre l'oppression raciale et les violences policières. Son geste, initié en 2016, a eu des répercussions considérables sur le monde du sport et au-delà.
Il y a quelques années, Colin Kaepernick avait emmené les San Francisco 49ers au Super Bowl. Lors d'un match de pré-saison, le quarterback des San Francisco 49ers a refusé de se lever pour l'hymne national des États-Unis, créant une polémique dans son pays.
Kaepernick a agi de la sorte pour protester contre ''l'oppression'' de la communauté noire américaine. Aux États-Unis, la tradition veut que joueurs, entraîneurs et spectateurs se lèvent et se découvrent la tête pour entonner l'hymne, regard tourné vers le drapeau. Mais, juste avant d'affronter les Green Bay Packers, Colin Kaepernick, joueur métis âgé de 28 ans, n'a pas quitté sa chaise.
«Je ne vais pas afficher de fierté pour le drapeau d'un pays qui opprime les Noirs, a-t-il ensuite déclaré, faisant référence à de récents abus policiers ayant causé la mort brutale de Noirs non armés. Il y a des cadavres dans les rues et des meurtriers qui s'en tirent avec leurs congés payés.»
Kaepernick a suivi d'autres joueurs professionnels luttant contre les discriminations raciales ou la violence des armes à feu, parmi lesquels Dwyane Wade, LeBron James ou Carmelo Anthony. Mais, contrairement aux stars de la NBA, le quarterback des San Francisco 49ers a délivré son message à un moment très sensible.
Aux États-Unis on ne s'attaque pas impunément au Stars and Stripes (le drapeau) ou au Star Spangled Banner (l'hymne national). Cela lui vaut aujourd'hui d'être vilipendé sur les réseaux sociaux. Des Américains ont même exigé de la NFL sa suspension, voire son licenciement.
La polémique a pris une dimension nationale, quand Donald Trump, le candidat républicain aux prochaines élections présidentielles, a qualifié «d'exécrable» la posture de Kaepernick et lui a conseillé de «chercher un pays mieux adapté». La Maison Blanche, elle, s'est clairement démarquée du sportif, en lui reconnaissant toutefois le droit de proférer ses opinions.
Mais Colin Kaepernick semble pouvoir compter sur le soutien de son club. «Nous reconnaissons le droit à tout individu de choisir de participer, ou non, à la célébration de notre hymne national», ont fait savoir les San Francisco 49ers. Kaepernick a promis de continuer à s'asseoir pour les prochains matches.

Colin Kaepernick lors d'un match de la NFL.
Un geste lourd de sens
Le 26 août 2016, Colin Kaepernick ne s'est pas levé pendant l'hymne national lors d'un match préparatoire à domicile. Le 1er septembre 2016, à San Diego, Kaepernick s'agenouille en réponse à l'hymne, rejoint par son coéquipier Eric Reid. Il annonce également qu'il fera un don de 1 million de dollars à des organisations caritatives.
«Encore une fois, je ne suis pas anti-américain, répète-t-il. J'aime l'Amérique. J'aime les gens. Voilà pourquoi je fais ça. Je veux aider à rendre l'Amérique meilleure.» Celui qui se retrouve hué tout au long du match avait déjà déclaré quelques jours auparavant : "Je ne vais pas afficher de fierté pour le drapeau d’un pays qui opprime les Noirs. Il y a des cadavres dans les rues et des meurtriers qui s'en tirent avec leurs congés payés."
Fils d'un père biologique noir avant d'être adopté par un couple de Blancs et élevé en Californie, celui qui dit avoir souffert enfant de discrimination ajoute : "Il y a beaucoup de problèmes à régler dans ce pays, beaucoup de gens opprimés, des gens qui ne sont pas traités équitablement, qui n'ont pas les mêmes opportunités. Et il y a la violence policière, qui est un problème majeur et qui doit être réglé.
Quand il y aura des changements significatifs et que je sentirai que ce drapeau représente ce que ce pays est censé représenter, je me lèverai." Le quart-arrière se retrouve alors en Une du magazine Time.
Réactions et conséquences
Le 5 septembre 2016, le président Barack Obama défend Kaepernick en déclarant : "Je pense qu'il se soucie de certains problèmes réels et légitimes dont il faut parler." Plusieurs autres joueurs s'agenouillent ou lèvent le poing pendant l'hymne national dans les jours suivants. Avant que Megan Rapinoe, star de l'équipe nationale féminine de football des États-Unis, et l'ensemble de l'équipe féminine de basket Indiana Fever ne s'agenouillent de la même façon, tout comme d'autres athlètes du pays.
Mais la polémique atteint un pic l'année suivante, à cause notamment de la violence meurtrière à Charlottesville, en Virginie. En particulier fin septembre, en Alabama. Dans un discours très nationaliste de soutien à un candidat républicain, le désormais Président Donald Trump va jusqu'à traiter les joueurs qui "manquent (ainsi) de respect au drapeau" de "fils de pute". Il demande à leurs responsables de les licencier sur le champ et à la Ligue de les discipliner.
Des dizaines de joueurs continueront à ignorer l'hymne, à s'agenouiller ou à croiser les bras sur la touche, rejoints, dans certains cas, par des propriétaires d'équipe. Les protestations se poursuivent tout au long de la saison et Trump continue de reprocher à la ligue de ne pas avoir discipliné les joueurs.
Colin Kaepernick déposera plainte contre la Ligue pour mise à l'écart avant de devenir en septembre 2018 le visage et la voix d'une campagne de Nike. La Ligue qui établira des sanctions contre qui s'inspirerait de son geste.
Colin Kaepernick, récompensé en avril par Amnesty International pour son action, a aussi créé une fondation qui a levé un million de dollars pour financer des associations de lutte contre les discriminations, et lancé la campagne "Know your rights" (Connais tes droits) à destination des jeunes.
Un héros américain, l'histoire de Colin Kaepernick
Le genou à terre : un symbole de contestation
Poser un genou à terre est devenu depuis la mort de George Floyd le 25 mai un geste emblématique de contestation de l'injustice raciale, mais aussi de solidarité, exprimé lors des très nombreuses manifestations qui ont eu lieu aux États-Unis et dans le monde ces dix derniers jours. Ainsi, se joignant aux manifestants, des policiers se sont aussi mis à genoux lors de rassemblements.
Le geste se multiplie après la mort de George Floyd à Minneapolis. Souvent de la part de stars du sport et désormais ailleurs aussi dans le monde. Une attitude initiée en réponse à l'hymne national par le joueur de football américain Colin Kaepernick, en 2016.
Le 26 mai, Lebron James a publié un montage de deux photos sur Instagram : l'arrestation et l'étouffement de George Floyd et le genou à terre de Colin Kaepernick. D'autres sportifs vont reprendre ce genou à terre et être particulièrement relayés sur les réseaux sociaux, en particulier le fils de Lilian Thuram puis les joueurs de Liverpool, champions d'Europe en titre.
Très vite aussi, des dizaines de policiers américains, à Miami, Portland, Oklahoma City, New York ou devant l'hôtel Trump à Washington, vont ainsi s'incliner, en fraternisant avec les manifestants contre les discriminations et les violences policières. Avant le candidat démocrate à la présidentielle Joe Biden. Enfin, de simples citoyens, comme ici à Houston : des Blancs demandant pardon avec beaucoup d'émotion à leurs voisins noirs. Et des manifestants à Paris, à Madrid ou à Nairobi, à propos dans le même temps des violences policières au Kenya.
La Fédération américaine de football revoit sa position
La Fédération américaine de football (USSF) envisage de supprimer une règle qui interdit aux joueurs et aux joueuses de s'agenouiller pendant l'hymne national. Cette mesure avait été instaurée en 2017, juste après que la star de l'équipe nationale féminine Megan Rapinoe se soit agenouillée pendant le « Star-Spangled Banner », lors d'un match international en 2016. A l'époque, Rapinoe avait posé un genou à terre dans un élan de solidarité avec Colin Kaepernick.
L'équipe nationale féminine a réagi, appelant la Fédération à "abroger la politique de l'hymne" sans attendre : "Nous pensons que l'USSF devrait publier une déclaration reconnaissant que cette règle était erronée lorsqu'elle a été adoptée et présenter des excuses à nos joueurs noirs et partisans".
Le conseil d’administration a voté pour abroger la règle 604-1, qui obligeait nos joueurs à se tenir debout pendant l’hymne national. « Il est devenu clair que notre politique était erronée et portait atteinte au message important du mouvement Black Lives matter », a reconnu l’USSF. « Nous n’avons pas fait assez pour écouter - en particulier nos joueurs -, pour comprendre et reconnaître les expériences très réelles et significatives des Noirs et des autres communautés minoritaires dans notre pays. »
Vendredi 5 juin, c’est la NFL qui avait fait également un pas. Roger Goodell, le commissaire de la Ligue de football américain, avait déclaré « condamner le racisme et l’oppression systématique des Noirs » et avait admis que la Ligue avait « eu tort de ne pas avoir écouté les joueurs de la Ligue plus tôt ».
Si Thomas Bach, le président du Comité international olympique (CIO), a appelé les sportifs à manifester de façon « digne » leur soutien à la lutte antiraciste après la mort de George Floyd, il n’a toutefois pas remis en cause l’interdiction du genou à terre qui figure dans la charte olympique (règle 50).
| Date | Événement | Description |
|---|---|---|
| 26 août 2016 | Première protestation de Kaepernick | Colin Kaepernick refuse de se lever pendant l'hymne national. |
| 1er septembre 2016 | Kaepernick s'agenouille | Kaepernick s'agenouille pendant l'hymne, rejoint par son coéquipier. |
| 5 septembre 2016 | Obama défend Kaepernick | Barack Obama soutient le droit de Kaepernick à protester. |
| Septembre 2017 | Trump critique les joueurs | Donald Trump critique les joueurs qui protestent pendant l'hymne. |
| Septembre 2018 | Campagne Nike | Kaepernick devient le visage d'une campagne de Nike. |
| 25 mai 2020 | Mort de George Floyd | La mort de George Floyd relance les manifestations et l'utilisation du "genou à terre" comme symbole. |
| Juin 2020 | USSF revoit sa politique | La Fédération américaine de football abroge la règle interdisant de s'agenouiller pendant l'hymne. |
Le geste de Colin Kaepernick a marqué une génération et a ouvert un débat essentiel sur la justice raciale et la liberté d'expression. Son héritage continue d'inspirer et de provoquer des changements dans le monde du sport et au-delà.