L'entraîneur de football est souvent considéré comme la pierre angulaire de l'équipe. Il est le principal responsable de la performance des joueurs et du succès collectif. Mais quelles sont les missions précises d’un entraîneur de football et comment son rôle évolue-t-il dans le contexte moderne ? Pour répondre à cette question, profanes et spécialistes de la discipline opposent régulièrement deux conceptions du métier d’entraîneur : le technicien et le manager. Le premier privilégierait « le terrain, partout et tout le temps, pour travailler le domaine technique avec les joueurs », tandis que le second s’occuperait davantage de « l’équilibre de son vestiaire, de la relation avec les dirigeants et les médias ». Si l’on peut déplacer le curseur tantôt vers l’une ou l’autre tendance selon la personnalité du « coach » d’une part, et des conditions d’exercice du métier très variables d’autre part, l’activité repose néanmoins sur un socle commun et reconnu.
Précisé dans différents textes régissant le football professionnel, ce référentiel s’appuie sur plusieurs aspects articulés autour de la « préparation à la pratique du football ». D’un point de vue réglementaire, ses compétences recouvrent les champs de la préparation physique, technique et tactique des joueurs : la planification, l’organisation et la conduite de l’entraînement, ainsi que la composition et la direction des équipes en compétition officielle. Au-delà de cette définition institutionnelle, statutaire mais incomplète, de nombreux travaux détaillent les fondamentaux de l’activité et illustrent sa complexité. La fonction d’entraîneur consiste d’abord à réfléchir et à mettre en place une démarche systématique afin de fournir aux sportifs des moyens pour développer leur potentiel dans un environnement propice à la réalisation de leurs objectifs.
Dans le prolongement, le travail des entraîneurs peut être conçu comme une activité de planification pour préparer les matchs et de prise de décisions instantanées pour répondre aux situations rencontrées en cours de jeu. D’autres travaux montrent également que l’entraînement peut se définir comme une activité collective, organisée autour d’une collaboration avec les sportifs et dont l’efficacité dépend à la fois de leurs interactions dans la coordination des activités et de la dynamique globale des situations d’entraînement. Enfin, avec l’évolution médiatique du football de haut niveau, les compétences managériales du technicien semblent compter, aujourd’hui, parmi les nouveaux fondamentaux de l’activité professionnelle. Intervenant dans le développement d’habiletés plurielles et poursuivant des missions de plus en plus étendues, l’entraîneur doit donc faire valoir un niveau de compétences et de connaissances élargies dans des domaines particulièrement hétéroclites.

Les Missions Essentielles de l'Entraîneur
L’une des principales responsabilités de l’entraîneur est d’assurer une préparation optimale des joueurs sur les plans physique, technique et tactique. Cette préparation doit être adaptée aux spécificités de chaque joueur et à la stratégie globale de l’équipe. L’entraîneur doit ainsi mettre en place un programme d’entraînement rigoureux et régulier, basé sur des exercices variés et progressifs.
Outre leur préparation physique et technique, l’entraîneur doit également veiller au bien-être mental et émotionnel de ses joueurs. En effet, la gestion des émotions est un facteur clé pour atteindre un haut niveau de performance dans le sport. L’entraîneur doit donc être capable de détecter les signes de stress ou d’anxiété chez ses joueurs, afin de les aider à surmonter ces obstacles et à retrouver leur confiance en eux.
En collaboration avec les dirigeants du club et les membres de son staff, l’entraîneur établit des objectifs sportifs à atteindre par l’équipe (nombre de victoires, qualification pour une compétition, etc.). Ces objectifs doivent être réalistes et adaptés aux capacités de l’équipe. L’entraîneur joue un rôle central dans la construction d’une dynamique positive au sein de l’équipe. Il doit instaurer un climat de confiance mutuelle entre les joueurs, favoriser la communication et le partage d’expériences, et encourager la solidarité sur le terrain comme en dehors.
Comment motiver ses joueurs avant un match ?
L'Évolution des Staffs Techniques
Observée depuis une quinzaine d’années, cette complexification de l’encadrement du football a pour autre conséquence la segmentation et la diversification du métier d’entraîneur. On constate en effet l’élargissement progressif des staffs techniques dans le but d’optimiser la production de la performance individuelle et collective. Entraîneur adjoint, entraîneur des gardiens, préparateur physique, préparateur mental, entraîneur des attaquants ou analyste vidéo constituent désormais autant de collaborateurs pour le coach principal. Une simple photographie de la composition actuelle des staffs des équipes de football professionnel montre bien que l’organisation de l’activité est loin d’être uniforme. S’inscrivant aujourd’hui dans une logique de travail d’équipe, la construction et la réalisation de l’entraînement donnent ainsi à voir différents modes de coopération dans la planification et la division des tâches inhérentes à la performance sportive.
Or, ces formes de collaboration et les systèmes de délégation mis en place au sein des équipes techniques, peu interrogés malgré le constat de leur recrudescence depuis quelques années, questionnent également les processus de prise de décision. Dès lors que la délégation des tâches appelle une délégation de la responsabilité du succès de la production de performance, comment s’organise la prise de décision dans la préparation et la gestion du match de football ?
Évolution des staffs techniques des clubs français : des chiffres en questions
La profession d’entraîneur de football en France s’est progressivement structurée et consolidée au cours du XXe siècle. Celle-ci s’est accompagnée d’une évolution des modalités d’encadrement des footballeurs. Autrefois dans l’ombre du joueur-capitaine, l’entraîneur-chef, seul responsable du groupe de joueurs qu’il encadre, devient au début des années 1970 un technicien assisté de différents collaborateurs dans l’exécution de son travail. Différents éléments permettent de mieux comprendre l’accélération de la professionnalisation des techniciens du football à la fin du siècle dernier : évolution des sciences de la performance, rationalisation des dispositifs d’encadrement du sportif, enjeux financiers accrus et hypermédiatisation du football, rôle essentiel joué par la Direction technique nationale (DTN) et l’Union nationale des entraîneurs et cadres techniques professionnels du football (Unecatef), structuration et économie des clubs de l’élite, etc. Cette dynamique, comme le montre le tableau suivant, s’accompagne d’un accroissement, d’une diversification et d’une spécialisation des postes occupés par les coachs et fait désormais de la délégation une condition sine qua non à l’exercice du métier.
| Année | Nombre moyen de techniciens par club |
|---|---|
| 1987-1988 (*) | 2,3 |
| 1997-1998 (**) | 3,6 |
| 2007-2008 (**) | 4,8 |
| 2013-2014 (**) | 5,1 |
(* : 18 clubs ; ** : 20 clubs)
Héritier d’un passé relativement récent, le staff technique est devenu une composante essentielle de la vie des clubs professionnels. Depuis la fin des années 1980, toutes les équipes françaises, sans exception, s’organisent autour d’un pool de techniciens aux compétences supposées complémentaires. Cette orientation semble s’inscrire dans une tendance lourde qui s’observe également, sur la même période, dans les organisations du travail privilégiant les compétences des salariés au service de la compétitivité de leur entreprise. Dans les clubs, ce processus provoque une augmentation du nombre d’entraîneurs et engendre également une déclinaison des postes occupés selon des spécialités définies : entraîneur adjoint, préparateur physique, entraîneur des gardiens voire des attaquants, préparateur mental ou encore analyste vidéo, sans tenir compte ici des équipes médicales.
Bien entendu, selon les clubs, les dénominations ou attributions peuvent changer. L’entraîneur adjoint peut, par exemple, avoir la charge de l’analyse vidéo et de l’étude des statistiques établies pour les rencontres jouées. Cette fonction peut aussi faire l’objet d’un poste clairement identifié. Ou encore, le préparateur physique dans un club peut avoir la charge de la préparation mentale quand celle-ci peut être mise en œuvre par un responsable identifié au sein de l’organigramme technique dans un autre club. Toujours est-il qu’une hétérogénéité des postes identifiés et occupés dans les staffs s’observe surtout si l’on s’intéresse aux clubs de l’élite (Ligue 1 et Ligue 2).

Dès lors, cette diversité nécessite d’interroger la catégorie d’entraîneurs non comme une profession uniforme mais comme un groupe professionnel « soumis à des changements continus, caractérisés à la fois par des contours évolutifs et une hétérogénéité interne ».
Techniciens en poste dans les équipes de Ligue 1 et Ligue 2
Tout d’abord, les écarts constatés au sein des clubs (de 3 à 7 membres au sein des staffs) ne peuvent s’expliquer selon le nombre de joueurs engagés sous contrat professionnel ou suivant les échéances sportives fixées au cours de la saison. Rapporté aux effectifs de joueurs, le taux moyen d’encadrement des joueurs de Ligue 1 se rapproche de 1 pour 5,5 (un technicien pour 5,5 joueurs) et de 1 pour 6 en Ligue 2. La différence n’est pas ici significative. D’autant que les entraîneurs interrogés au cours de l’enquête ne mentionnent jamais cet argument pour expliquer la composition de l’équipe technique. Reliées à la participation aux compétitions européennes, les variations de taux ne sont pas non plus révélatrices.
Il convient donc de rapprocher ces décalages à l’économie et à la politique des clubs, ainsi qu’aux conceptions du métier véhiculées par les entraîneurs eux-mêmes. Ainsi, tous niveaux confondus, les budgets de fonctionnement des clubs pour la saison citée oscillent entre 5 et 400 millions d’euros (LFP, 2013-2014). Le contraste est notable. D’autant que l’étude chiffrée fait aussi apparaître un différentiel entre Ligue 1 et Ligue 2. Si le total des postes occupés au plus haut niveau s’élève en moyenne à 5,05 par club, il tombe à 4,15 à l’échelon inférieur. Pour les interviewés, « la Ligue 1 est un autre monde, l’exposition médiatique y est plus féroce, les sollicitations extérieures en tous genres plus fortes » (extrait d’entretiens). L’élargissement des staffs techniques assurerait donc aux yeux des acteurs une plus grande crédibilité du travail auprès des dirigeants notamment.
Parcours professionnels des entraîneurs de Ligue 1 / Ligue 2
Au-delà des moyennes qui caractérisent l’ensemble des équipes techniques en tendances, l’hétérogénéité du groupe observé s’exprime aussi par la diversité des individus qui le composent et les trajectoires professionnelles de chacun.
| Moyenne L1 / L2 | Moyenne L1 | Principaux L1 | Adjoints L1 | Moyenne L2 | Principaux L2 | Adjoints L2 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Âge (années) | 50,0 | 50,7 | 51,8 | 49,7 | 49,2 | 51,7 | 46,6 |
| Nombre de saisons comme joueur professionnel (en années) | 12,3 | 12,8 | 13,6 | 11,7 | 11,7 | 12,8 | 10,4 |
| Nombre de matchs comme joueur professionnel | 318,1 | 341,5 | 376,4 | 291,6 | 294,6 | 322,1 | 262,4 |
| Nombre de clubs fréquentés comme joueur professionnel | 4,4 | 4,5 | 4,9 | 3,9 | 4,2 | 4,6 | 3,8 |
| Nombre de saisons comme membre d'un staff professionnel | 11,7 | 13,2 | 12,1 | 14,4 | 10,1 | 12,7 | 7,4 |
| Nombre de matchs comme entraîneur professionnel | 223,2 | 296,3 | 321,9 | 126 | 150 | 278,2 | 15,1 |
| Nombre de clubs professionnels fréquentés comme membre du staff | 4,0 | 4,3 | 4,8 | 3,9 | 3,6 | 4,9 | 2,4 |
| Ancienneté moyenne dans chaque club professionnel (en années) | 3,9 | 4,1 | 3,5 | 4,7 | 3,7 | 3,6 | 3,9 |
| Ancienneté dans le club (en mois) | 46,8 | 55,1 | 55,8 | 54,5 | 38,4 | 47,3 | 28,5 |
| Ancienneté dans la fonction au sein du club (en mois) | 24,5 | 29,1 | 24,1 | 34,1 | 19,8 | 26,6 | 12,7 |
| Expérience en staff (professionnel ou amateur) (en années) | 14,8 | 15,9 | 16,3 | 15,5 | 13,6 | 16,3 | 10,6 |
| Nombre de postes occupés (professionnel ou amateur) avant la saison 2013-2014 | 3 | 3 | 3 | 3 | 3 | 3 | 2,7 |
| Expérience moyenne dans chaque poste (professionnel ou amateur) (en années) | 5,5 | 6 | 6 | 6 | 6 | 6 | 3,9 |
En effet, la figure dominante de l’entraîneur professionnel de football français âgé de 50 ans, possédant un vécu important de joueur professionnel (12 ans de carrière pour près de 320 matchs) et de technicien (15 ans d’expérience dont pratiquement 12 ans dans le milieu professionnel), cache, en réalité, une grande hétérogénéité de profils et de parcours. En ce qui concerne les profils, plus on progresse dans les statuts et dans les divisions, plus le technicien est âgé. Il dispose également d’un passé plus important de joueur et d’entraîneur. En guise d’illustration, lorsque l’on compare le principal de Ligue 1 et l’adjoint de Ligue 2, le premier est, en moyenne, plus âgé de 6 ans, comptabilise 120 matchs de plus en tant que joueur et possède une expérience supplémentaire en staff professionnel d’environ 6 ans. Mais la diversité des caractéristiques des uns et des autres à un instant précis se double d’une différenciation dans les trajectoires professionnelles antérieures.
Les données qui ont servi à l’élaboration de ce tableau laissent ainsi entrevoir que les entraîneurs principaux en poste au début de la saison 2013-2014 disposent avant tout d’un solide vécu d’entraîneur principal - dans le milieu amateur ou professionnel - ou d’adjoint chez les professionnels. L’adjoint, quant à lui, a plutôt construit sa carrière dans les catégories de jeunes (surtout pour l’adjoint de Ligue 2) ou à partir d’une variété de postes (surtout pour l’adjoint de Ligue 1) : recruteur, préparateur physique, directeur sportif, entraîneur spécifique des gardiens, etc. Ces écarts de trajectoire, distribuant différemment les compétences et les réputations, permettent d’envisager la répartition des tâches inhérentes au métier d’entraîneur de football.
Divisions du Travail d'Entraîneur Professionnel de Football
Face à l’élargissement des missions de l’entraîneur et à la complexité de la tâche qui lui est impartie, on assiste donc, dans une certaine mesure, à une division horizontale du travail, technique et fonctionnelle, fondée sur des expertises fortes et reconnues. Ce découpage horizontal de l’activité, produisant une multitude de spécialités à l’intérieur de l’entraînement, correspond à la fois aux différentes étapes de la production du fait sportif et à son traitement rationnel et scientifique par des spécialistes. Or, comment s’organise le travail collectif au sein des équipes techniques ? À l’instar de la dualité technicien - manager, observe-t-on une cristallisation entre deux pôles organisateurs avec d’un côté un entraîneur omniprésent, omnipotent, qui délègue peu, possède un leadership fort et laisse peu de place à ses adjoints, et, de l’autre côté, un entraîneur en retrait, régulateur, offrant beaucoup de responsabilité et d’autonomie à son staff ?
Soumis à des exigences plurielles et diversifiées (de la rationalisation de la préparation pour améliorer les performances à la transmission des savoirs technico-tactiques aux joueurs, en passant par la gestion des personnalités composant un groupe souvent élargi), l'entraîneur sportif est responsable de la préparation physique, de l'entraînement et de la gestion des performances des athlètes ou des équipes sportives. Son rôle consiste à élaborer des programmes d'entraînement, à superviser les séances d'entraînement, à analyser les performances, à fournir des conseils techniques et tactiques, ainsi qu'à préparer les athlètes pour les compétitions.