Terre de champs de bataille, de champagne et de villégiature de la famille de Gaulle, avec la célèbre Colombey-les-Deux-Eglises, la Haute-Marne est désormais l’épicentre du volley français. Ce tour de force est dû au Chaumont Volley 52, champion de France en titre, qui tente samedi 5 mai à Paris de le rester en finale de la Ligue A. Les volleyeurs chaumontois affronteront des habitués, les Tourangeaux, six fois champions de France entre 2004 et 2015.
Ville préfecture, Chaumont compte 22 000 habitants, et se trouve relativement isolée : à 100 km à l’est de Troyes ; à 100 km au nord de Dijon ; ou à 215 km au sud de Reims. Département rural et vallonné, la Haute-Marne ne compte que 189 000 habitants, soit le 92e rang sur 102 au classement national par la population.
Les Débuts et l'Ascension du Club
Créé en 1963 sous le nom d’ASPTT Chaumont (affilié à La Poste), le club chaumontais a adopté sa structure actuelle en 1996. Avant d’atteindre l’élite en 2012, il avait passé de longues années en deuxième division (Pro B puis Ligue B). A Chaumont, aucun club n’avait connu jusqu’alors la première division. Les footballeurs de la ville avaient fréquenté la deuxième division dans les années 1970 et 1980, du temps où celle-ci brassait large avec deux, voire trois groupes.
« Le club est pro depuis vingt-deux ans. A mon arrivée, j’avais avec mon associé prévu un business plan qui tablait sur une montée en trois ans. Nous y sommes parvenus. On a grandi au fur et à mesure des résultats, passant d’un budget de 600 000 euros à 1,6 million d’euros », se félicite le président, Bruno Soirfeck.
Il n’y avait pas de véritable culture de volley avant cette folle ascension, qui représente une vitrine unique pour une ville n’ayant pas l’habitude de faire l’actualité. « Si un club de handball avait réussi, cela aurait été pareil. Il y a bien entendu une base de connaisseurs du volley, qui suivent le club depuis les débuts, mais beaucoup sont venus en curieux. C’est un sport sympa et spectaculaire. Le club est familial et accessible. Tu peux boire un verre en ville avec les joueurs », raconte Rémi Dupuy, président de la Jeunesse chaumontaise (« 35 adhérents, 60 sympathisants »), l’un des deux groupes de supporteurs du club.
L'Ère Silvano Prandi
Sa longue expérience - il entraîne depuis 1976 - n’est pas étrangère au succès récent de Chaumont. « Pour faire une bonne équipe, il n’est pas nécessaire d’avoir 1 million d’habitants. Il faut seulement douze joueurs, une salle, des ballons et un staff », lance, pragmatique, Silvano Prandi, entraîneur italien de Chaumont depuis 2015.
L’homme de 70 ans possède un palmarès impressionnant, entre autres nanti d’un titre de champion d’Europe avec Turin en 1980 et d’une médaille de bronze olympique avec l’Italie en 1984.
Cette saison, le club haut-marnais a écarté le Dynamo Moscou pour se hisser parmi les douze meilleures équipes européennes, éliminé alors par les Italiens de Trentino. « Oui, on évolue dans un environnement moins riche car nous avons moins de spectateurs, de retombées télévisuelles, de budget, mais quand on joue, sur le terrain, l’argent n’entre pas en compte. La qualité de jeu ne dépend pas des salaires versés aux joueurs. Cela dépend de la qualité du travail réalisé par le club », explique-t-il.
« L’an passé, c’était un peu la surprise. On ne savait pas jusqu’où l’on pouvait aller. Cette année, c’est la confirmation, même si cela n’a pas été simple », juge Stephen Boyer, international français et meilleur joueur de l’équipe.

Le pointu (poste sur le terrain) Stephen Boyer confirme : « On a un public énorme. Il y a une communion spéciale avec les supporteurs. » D’ailleurs, la salle Jean-Masson, qui peut contenir 900 spectateurs, est devenue trop exiguë. Jouant à guichets fermés, le club est obligé de refuser du monde. Cette saison, le club a également dû se délocaliser à Reims pour joueur ses matchs de Ligue des champions. Une nouvelle salle verra le jour en 2020, d’une capacité de 2 000 à 2 500 places. Les travaux débuteront normalement à la rentrée.
Comme à chaque intersaison, un autre chantier, sportif celui-là, devra être mené. Chaumont attise les convoitises. « La saison dernière, on a perdu huit joueurs. Lors du prochain championnat, ça sera dix. Les clubs étrangers savent qu’ils peuvent recruter ici des joueurs de qualité à moindre coût », confie Silvano Prandi.
Il sera compliqué de conserver Stephen Boyer, ainsi que la majorité des dix internationaux qui composent l’effectif de treize joueurs. « Il va falloir reconstruire davantage encore, reconnaît Bruno Soirfeck, qui termine cependant sur une note d’optimisme : Même si Chaumont n’est pas au bord de la mer, les agents n’hésitent plus à nous confier des joueurs. Notre travail est reconnu. Le volley permet de situer Chaumont sur la carte. »
Le Sacre de 2017 : Champion de France
Lors de la saison 2016-2017, le club haut-marnais va vivre sa plus belle histoire! En lice en Challenge CUP pour la 3e fois, Nathan Wounembaina et ses coéquipiers vont passer les tours les uns après les autres avec brio. En demi-finale face au grand club Turques du Ziraat Bankasi Ankara, Chaumont, bien loin d'être favori, va déjouer les pronostics en s'imposant 3-1 à domicile puis en obtenant sa qualification en Turquie en s'inclinant seulement 3-2.
Il est écrit que cette saison est la bonne, le groupe vit bien avec un staff étoffé et Silvano "Il Profesore" Prandi mène son équipe d'une main de maître. La Finale se joue à Paris, salle Coubertin, les supporters Chaumontais sont près d'un millier à soutenir leurs favoris qui affrontent Toulouse. Les Toulousains ont de sérieux arguments mais Stephen Boyer et ses partenaires sont bien trop forts cette saison et ils vont écrire l'Histoire du Club en s'imposant 3 sets à 0. En ce samedi 06 mai 2017, c'est une grande fête pour le peuple chaumontais qui remporte son premier titre nationale.
Coupe de France : Une Première Historique
Cinq ans après son premier titre en Ligue A, Chaumont a débloqué son palmarès en Coupe de France. Samedi soir à Paris, les joueurs de Silvano Prandi sont venus à bout de Tours dans une finale conclue au tie-break (25-20, 21-25, 25-23, 22-25, 19-17).
Tours avait cru remporter le match à 17-15 mais l'arbitrage vidéo a invalidé le point du TVB (ballon touché par Derouillon). Chaumont n'a pas laissé passer cette deuxième chance. Une libération pour les Haut-Marnais après les finales perdues en 2018 et en 2019.

Après un block-out de Chaumont à 16-15 en faveur de Tours dans le tie-break, tout l'effectif de Marcelo Fronckowiak a fondu sur le parquet, croyant célébrer la 11e Coupe de France de l'histoire du TVB. Mais l'arbitrage vidéo est venu infliger une douche glacée au leader du Championnat.
Pierre Derouillon avait, par réflexe, effleuré le ballon renvoyé par le block marnais. Point inversé et à 16-16, Chaumont n'a pas laissé passer sa chance. Irrésistible tout le match, le pointu cubain Jesus Herrera a pris les choses en main. Deux attaques victorieuses pour offrir à son club la première Coupe de France de son histoire.
Dauphins des Tourangeaux en Championnat, les Haut-Marnais se sont appuyés sur leur trio 100 % cubain Herrera-Melgarejo-Gutierrez, agressif au service et incisif en attaque (62 points cumulés).
Revenu à deux sets partout sur une attaque victorieuse de Dmytro Teryomenko, Tours a défendu la première balle de match à la finale, à 13-14. Luciano Palonsky a trouvé la faille en diagonale pour remettre les deux équipes à égalité. Une faute de filet chaumontaise plus tard, et le TVB s'offrait une première balle de match, sauvée par Herrera (34 points). Puis une deuxième, après une faute au service du pointu cubain. Une balle de Coupe de France, jusqu'à l'intervention fatidique de l'arbitrage vidéo.
Abattus, les Tourangeaux ont dû monter sur le podium pour recevoir la petite coupe dévolue au finaliste, certains en larmes comme Luciano Palonsky.
Saison 2025-2026 : Un Début Difficile
D'ordinaire, Bruno Soirfeck a plutôt le mot vibrant. Volontiers bavard, l'emblématique président chaumontais, en place depuis 2009, aime conter avec verbes embrasés l'histoire d'un club qui a tant grandi depuis dix ans pour s'inscrire aujourd'hui parmi les places référentes du volley masculin français. Mais les trois premières semaines de compétition 2025-2026, sans le laisser sans voix, l'ont plongé dans une mare d'interrogations.
« La situation est inattendue, inédite et donc compliquée. C'est la première fois que cela nous arrive », confesse ainsi le patron démuni d'un CVB 52, qui traîne comme un pauvre hère depuis le début de la saison, lesté de cinq défaites en autant de rencontres de Marmara SpikeLigue, alors qu'on le voyait, naturellement, guerroyer avec les grands, Montpellier et Tours notamment.
Chaumont est loin du compte. Le staff a, bien sûr, listé certaines causes à la peine. Silvano Prandi, 78 ans, cumule cinquante ans de coaching. À la tête du fleuron haut-marnais depuis 2015, le technicien italien a l'expérience plus longue qu'un parchemin. Pourtant, quand il se penche sur le douloureux dossier, il n'a pas toutes les réponses. Seules quelques esquisses d'explication.
« Dans mon histoire, je n'ai jamais eu un début de Championnat comme celui-là, reconnaît celui qui a mené Chaumont au titre de champion de France en 2017 et cinq fois en finale sur six éditions entre 2017 et 2023. On a changé dix joueurs cette saison, peut-être que la construction de l'équipe a été plus difficile que ce que l'on avait pensé. On a récupéré trois joueurs après le Championnat du monde, on a eu deux bons joueurs blessés (Alexandros Raptis et Alex Saaremaa), un autre (Jackson Meier) qu'on ne reverra sans doute pas. C'est un enchaînement de choses négatives. Je peux seulement dire peut-être... »
En ouverture du Championnat, à domicile, Chaumont pliait devant Le Plessis-Robinson et l'édifice, d'un coup, s'est effondré. Depuis, le CVB 52 a tout perdu, a pris un point miraculeux à Saint-Nazaire samedi dernier, mais n'a jamais mieux joué que lors... de la première journée ! « C'est difficile. On a une chute de moral, des incertitudes, convient le coach, qui salue l'implication sans faille d'un groupe qui gamberge mais qui travaille. La saison est longue. Je ne suis pas dans la tête des joueurs mais ils connaissent la situation et restent concentrés tous les jours. »
Soirfeck cogite, s'interroge. À la pointe, les performances de Pierre Toledo ne sont pas aux normes (7,2 pts à 33 % en attaque), celles du réceptionneur-attaquant américain, Jacob Pasteur, oscillent d'un match à l'autre, et l'ancien passeur poitevin, Brett Walsh, n'a pas encore posé son empreinte sur le jeu. « J'ai haussé le ton, clairement dit ce qu'il en était. Les leviers sont compliqués car ils sont d'abord mentaux, individuels. Ensuite, c'est le collectif qui sera la réponse », estime le boss chaumontais.
MOMENTS FORTS 2022 : Chaumont champions de France de Volley ball
En tout cas, la venue de Nice samedi soir sonne déjà comme un appel d'urgence. « C'est l'avant-dernier contre le dernier. Il a une importance capitale. Je n'envisage pas du tout la défaite », clame Soirfeck, qui ne peut pas non plus occulter les questionnements autour de son coach, forcément pris dans le tourbillon. À la question, Prandi est-il toujours l'homme de la situation ? Le président du CVB 52 répond : « Pour être très clair et très franc, je n'ai balayé aucune possibilité. Tout est possible, à commencer par moi. À Chaumont, la cellule de recrutement commence par le président. Cette équipe-là, nous l'avons construite ensemble. Mais à ce jour, le discours qui prime c'est : il y a ce qu'il faut ! Je ne laisserai pas ce club sombrer sans réaction. »
Pour le technicien italien, qui ne s'est pas entretenu individuellement sur le sujet avec son président, la situation n'appelle pas encore de décisions radicales. « Pour améliorer les choses, il faut bien connaître les joueurs et les dispositions techniques. Qui mieux que le coach ?
Palmarès du Chaumont Volley-Ball 52
Le tableau ci-dessous récapitule les principaux titres et distinctions obtenus par le Chaumont Volley-Ball 52 au fil des années :
| Année | Compétition | Résultat |
|---|---|---|
| 2017 | Ligue A | Champion |
| 2021 | Coupe de France | Vainqueur |