L'Afrique du Sud est un pays avec une riche tradition et une passion profonde pour le rugby. L'équipe nationale d'Afrique du Sud, surnommée les Springboks, est considérée comme l'une des meilleures équipes de rugby au monde.

Un premier bilan sportif mitigé
Avec un titre (Stormers en 2022) et deux finales (Stormers en 2023 et Bulls en 2024), les franchises sud-africaines font plus que bonne figure en URC. En Champions Cup, c’est beaucoup plus mitigé, où elles ont perdu presque autant de matchs (18) qu’elles en ont gagnés (19). Deux quarts de finalistes en 2023, deux huitièmes de finalistes l’année suivante. Ils ont donc l’assurance de jouer leur huitième de finale contre une grosse équipe en Europe, avec ce que cela implique de temps de trajet et d’adaptation à la météo.
Sur 18 rencontres disputées sur le vieux continent, les franchises sud-africaines n’en ont gagné que quatre. Cette saison, elles ont fait l’impasse sur certains déplacements. De quoi s’interroger au sujet d’une compétition un brin faussée selon le moment (et le lieu) où on les affronte : par-delà l’aspect environnemental, cela a-t-il vraiment un sens sportif ?
John Dobson, entraîneur en chef des Stormers, estime que participer à l’URC et à la Champions Cup « est probablement ce qui nous a tant aidés en Coupe du monde : chaque ruck est un combat, chaque mêlée est un contest de 20 secondes, chaque maul est une compétition. » L’équipe nationale demeure la priorité, et son calendrier reste celui de l’hémisphère Sud, avec un Rugby Championship en été. Les internationaux présents dans les effectifs sont donc parfois mis au repos sans quoi ils ne couperaient jamais.
Apports financiers et soutien populaire
Depuis 2023, le nom de la Champions Cup est complété par celui d’une marque, Investec, un groupe bancaire dont le siège est à… Johannesbourg. La conclusion de ce partenariat est directement liée à l’intégration des franchises sud-africaines. Le montant n’a pas filtré mais il y a dix ans, pour le même type de contrat, Heineken déboursait 8 millions d’euros par saison.
« Je ne serais pas surpris que d’autres partenaires arrivent sous peu », glisse Yann Roubert, président de Lyon et membre du comité directeur de l’EPCR. Selon lui, « certains diffuseurs télé à l’étranger sont restés alors qu’ils avaient prévu de partir » grâce à ces équipes, qui abritent quelques champions du monde. Le groupe SuperSport a signé un contrat à plusieurs millions d’euros pour retransmettre la compétition en Afrique du Sud.
Toujours selon Yann Roubert, « la fédération sud-africaine paie davantage à l’EPCR que les coûts représentés par l’intégration des franchises », notamment les surplus liés aux déplacements, assumés par l’organisateur. Enfin, même si les stades sont loin de voir leurs quelque 50 000 sièges occupés, les matchs drainent de belles affluences en Afrique du Sud, pays où le rugby est le sport le plus populaire après le foot.
Les équipes sud-africaines dans les compétitions européennes
Cette année, une particularité caractérise les compétitions : cinq équipes d'Afrique du Sud viennent grossir les rangs. L'Afrique du Sud rejoint la Champions Cup et la Challenge Cup cette saison. La nation arc-en-ciel voit cinq de ses franchises rejoindre les coupes européennes. Trois d'entre d'elles, les Stormers, les Bulls et les Sharks participeront à la Champions Cup.
- Stormers: Viennent du Cap et sont en très bonne forme. Cette équipe est reconnue comme l'un des adversaires les plus importants de la Champions Cup. Ils ont aussi concédé deux nuls au cours de la saison. Les guerriers du Cap affrontent Clermont Ferrand ce 10 décembre.
- Sharks: Onze springboks font partie de l'équipe des Sharks de Durban pour la Champions Cup. Leur joueur phare est lui aussi un Springboks, il s'agit d'Ox Nché. Le pilier gauche est très populaire dans son pays et connu pour être un joueur jovial. Actuellement l'équipe occupe la cinquième place le Currie Cup, le championnat de rugby Sud-Africain.
- Bulls: Font aussi partis de la compétition, ils représentent la capitale administrative du pays, Pretoria. Ils affronteront Lyon plus tard dans la journée. Ils occupent la deuxième place URC avec sept victoires en neuf matchs, dont quatre d'affilée.
- Emirates Lions: De Johannesburg prennent part à la Challenge Cup, petite sœur de la Champions Cup. Ils sont cinquièmes l'URC avec cinq victoires sur huit matchs joués. L'ancien numéro 8 du Stade Français Paris Willem Alberts et l'un des joueurs phare de l'équipe.
- Cheetahs: De Bloemfontein. Pour leur premier match, ils se sont offert la victoire face à la section Paloise ce samedi (21-16). Frans Steyn, vainqueur de la Coupe du monde avec l'Afrique du Sud en 2007 et 2019, fait partie de l'équipe. Il est particulièrement réputé pour ses tirs au but à longue distance.
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Les Lions ont terminé 12e de l’URC et disputeront donc le Challenge. Tout comme les Cheetahs, qui évoluent actuellement en Currie Cup mais qui sont invités dans la « petite » Coupe d’Europe. Pour l’heure, les modalités de cette intégration ne sont pas connues.
Le directeur général de l’EPCR Anthony Lepage se réjouit d’accueillir des « franchises sud-africaines aussi célèbres et aussi suivies » dans les coupes d’Europe. Même son de cloche du côté de la Fédération sud-africaine : « Nos cinq franchises vont maintenant jouer dans deux nouveaux territoires contre des adversaires que nous n’avons jamais rencontrés auparavant. »

Défis et interrogations
Cet enthousiasme n’est pas forcément partagé par tout le monde. « Que les choses soient claires, je ne suis pas du tout, du tout, favorable à l’arrivée de l’Afrique du Sud dans le championnat d’Europe. Maintenant que l’Afrique du Sud participe à la Champions Cup, ce n’est plus la Coupe d’Europe.
Dupont se pose des questions sur « la logique » derrière tout ça. « Bien sûr qu'on se pose des questions sur la logique de la compétition », reconnaissait la superstar toulousaine Antoine Dupont avant de plonger dans la moiteur (30 degrés, 80% d'humidité) de Durban, à plus de 10 000 kilomètres de l'hiver européen.
Les franchises italiennes, écossaises et galloises, victimes collatérales car privées de places dans la « grande » Coupe d’Europe, auraient également des choses à redire.
Harmonisation du calendrier : un défi majeur
« Si les Sud-Africains doivent continuer à exister dans cette compétition, il faut vraiment réfléchir au rythme du calendrier », lançait Ugo Mola, le manager toulousain, après la victoire de son équipe chez les Sharks le week-end dernier. Le privilège accordé aux Springboks rend impossible une quelconque harmonisation.
Et impossible de trop délaisser l’URC, puisque cette compétition permet d’accéder à la Champions Cup… Regrouper les deux déplacements en Europe permettrait aux franchises de s’épargner un voyage énergivore mais les diffuseurs (et le public) sont attachés à l’alternance domicile - extérieur.
Tableau des Victoires et Défaites des Franchises Sud-Africaines en Champions Cup
| Saison | Matchs Joués | Victoires | Défaites |
|---|---|---|---|
| 2022-2023 | X | X | X |
| 2023-2024 | X | X | X |
| Total | 19 | 18 | X |
Initiatives pour améliorer l'intégration
En difficulté, le vice-champion en titre pointe à une bien triste dixième place au classement de l’United Rugby Championship 2025/2026. Pour essayer d’enrayer cette mauvaise dynamique, la Fédération de rugby à XV d’Afrique du Sud a fait un choix fort. Ainsi, les entraîneurs adjoints des Springboks Felix Jones (attaque) et Jerry Flannery (défense), l'entraîneur des phases de jeu en mouvement Duane Vermeulen et le préparateur physique Andy Edwards rejoignent le staff des Bulls.
Si les membres du staff de la sélection peuvent parfois venir dans un club le temps d’un stage de quelques jours, cette initiative reste inhabituelle dans le monde du rugby professionnel. La présence des quatre hommes a été annoncée comme une solution à court terme, sans qu’une durée précise soit évoquée. Chez les Bulls, cette situation est vue d’un très bon œil, en plus de l’apport évident que représentent de telles arrivées chez les entraîneurs. Pour cause, Jake White a quitté le club cet été.
Sur ces dernières années, les Bulls étaient devenus l’étendard du rugby sud-africain. Ils ont notamment atteint la finale d’United Rugby Championship à trois reprises, sur les quatre dernières années. La baisse brutale du niveau de l’équipe du Loftus Versfeld Stadium est inquiétante et le nouveau manager, Johan Ackermann, a donc fait appel à la fédération pour guérir les maux de son équipe. Cette requête a été acceptée cet hiver.
Si une telle aide est possible, c’est parce que le rugby sud-africain possède un protocole particulier, qui n’existe pas dans nos contrées. Si une franchise du pays est en difficulté et que ses problèmes peuvent affecter les Springboks, elle peut officiellement demander à bénéficier des ressources de la Fédération d’Afrique du Sud, qu'elles soient humaines ou matérielles. Ainsi, les Bulls ont formulé une “demande d'assistance dans des domaines techniques spécifiques”, mise en place car ce soutien “reflétait la relation de travail existante entre les Springboks et les franchises”.
Depuis septembre, la Fédération de rugby à XV d’Afrique du Sud a rejoint la direction de l’URC comme membre à part entière. Elle est donc sur un pied d’égalité avec ses équivalents gallois, irlandais, écossais ou italiens. À l’avenir, cette ligne de conduite pourrait permettre aux Springboks d’être encore plus dominants sur la scène internationale.