Histoire et Évolution des Clubs de Football à Mayotte

Le football à Mayotte a connu un essor significatif au fil des décennies, devenant un sport populaire et un vecteur de cohésion sociale. Cet article explore l'histoire et l'évolution des clubs de football à Mayotte, en mettant en lumière leurs réalisations, leurs défis et leur impact sur la communauté.

Les Débuts du Football à Mayotte

Près de 30 ans après la première introduction du ballon rond dans l’île par les fonctionnaires malgaches, le club des Jumeaux de M’Zouzia est créé. À marée basse, la plage de Foungoujou, à Petite Terre se transforme le week-end, en terrain de football. L’équipe de Madagascar affronte régulièrement un groupe composé de jeunes de Labattoir.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1943, le foot prend un véritable essor après l’arrivée de la « Royal Air Force », l’armée britannique. De plus en plus d’adolescents mahorais pratiquent ce sport.

À la fin de la guerre, des clubs fleurissent à Pamandzi, à Combani, à M’tsaperé. En 1950, les équipes de La Grande Comores, Anjouan et Mayotte disputent le tournoi "triangulaire" sur l’île hippocampe, dans l’objectif de développer le football et les relations amicales entre les jeunes. Cette compétition née d’une décision politique, ne durera qu’une dizaine de saisons. Les tensions sont vives entre les différents participants.

Le football devient un sport populaire à partir des années 1980. Des terrains de jeu sont construits dans chaque commune, puis dans tous les villages. À compter de 2002, Mayotte intègre la Coupe de France, au 7ᵉ tour. Quelques années plus tard, 120 clubs sont affiliés à la FFF.

L'Association Sportive des Jumeaux de M'zouazia (AJM)

L’association sportive socioculturelle des Jumeaux de M’zouazia se dote d’équipement pour améliorer les conditions d’entraînement des jeunes et se concentre sur la formation. Selon Kami Alonzo, au début des années 2000, le retour de certains jeunes au village, après leurs études supérieures dans l’Hexagone, permet de développer la formation. L’une des premières écoles de foot est construite dans le village de la commune de Bouéni. Toutes les générations, à partir des années 82 et jusqu'aujourd’hui ont pu bénéficier de cet apprentissage qui nous a permis de prendre un peu d'avance sur les autres clubs."

L’actuel président de l’AJM, Mohamed El Djabar Mihidjay corrobore les propos d’Alonzo. "Le club a remporté 3 coupes départementales, consolidant sa position dominante dans la région… Les jumeaux ont mis en place des programmes pour les jeunes afin d’assurer un vivier de talents et de contribuer au développement du football mahorais."

Le club compte près de 250 licenciés. Il vise 300 adhérents cette saison et un titre départemental. Perturbée par les dégâts du cyclone Chido, la date du début du championnat n’a toujours pas été fixée par la ligue de Mayotte. Elle devrait être annoncée à la fin du Ramadan début avril.

Un supplément d’âme plane sur le village de M’zouazia. La fraternité fait la fierté de ses habitants. L’ADN du club demeure la cohésion sociale et la vie communautaire. "À la création, l'idée était d'unir les trois quartiers du village et faire un bloc tels des jumeaux. Nous voulions montrer au monde entier que nous sommes des frères et que nous sommes semblables. Il faut vraiment qu'on reste ensemble, qu'on joue ensemble et qu’on évolue ensemble", précise Kami Alonzo, président de l’association sportive de 2021 à fin 2024. Une similitude avec la célèbre maxime qui a mené l’équipe de France de Thierry Henry, Lilian Thuram et Zinedine Zidane à la finale de la Coupe du Monde 2006 : "On vit ensemble, on meurt ensemble."

Ces valeurs ont été portées par les Jumeaux de M’zouazia dans l’Hexagone jusqu’en 32ᵉ de finale de la Coupe de France en 2021.

Parcours Historique et Triomphal

Pour l’ensemble du village de la commune de Bouéni, 2021 demeura la saison de tous les exploits. Les Jumeaux remportent le doublé, championnat et coupe de Mayotte. C’est le premier sacre régional 1 de leur histoire. Ils représentent l’archipel au 7ᵉ tour de la Coupe de France.

Le 13 novembre, ils s’imposent 1 à 5 contre le CS Plédran à Saint-Brieuc. Lors du 8ᵉ tour, les supporters mahorais se déplacent en nombre pour les encourager. Ils affrontent Plancoët-Arguenon au stade du Roudourou, l’enceinte du En Avant Guingamp, club de Ligue 2. Score final 3 à 1 pour les hommes de Djamaldine Ali. De retour dans l’île natale, ils sont accueillis comme des héros par toute la population.

En décembre 2021, l’AJM dispute les 32ᵉ de final face aux Girondins de Bordeaux, pensionnaire de la Ligue 1 et sextuple champion de France. Les violets s’inclinent sur un score lourd de 10 à 0. C'est la deuxième formation mahoraise en deux années consécutives à atteindre ce stade de la compétition, après Le FC M'tsapere.

Ces qualifications historiques exposent enfin le potentiel du football local.

Le FC M’Tsapéré

Ils ont créé l’exploit. Pour la première fois dans l’histoire de la Coupe de France de football, un club de Mayotte, le FC M’Tsapéré, sera au rendez-vous des 32es de finale.

C’est une histoire comme on les aime. Une épopée que seule la Coupe de France de football permet. Le 20 décembre dernier, le FC M’Tsapéré, club de la commune de Mamoudzou, capitale de Mayotte située au Nord-Est de l’île, sur les bords de l’océan Indien, s’est qualifié pour les 32es de finale de la compétition, en battant aux tirs au but la JS Saint-Pierroise, club phare de la grande sœur, l’île de la Réunion.

Si les Réunionnais évoluent au même niveau, en Régional 1, mais pas dans le même championnat, ce qu’ont réalisé les Mahorais s’apparente à un véritable exploit : « Les conditions d’entraînement et de développement du football sont à l’extrême opposé de ce qu’il se fait à la Réunion », explique Ichirac Mahasidou, rédacteur en chef sport de Mayotte Hebdo. « Là-bas, ils ont des infrastructures, des stades, des moyens humains et financiers. Ici, il n’y a pas de vestiaires, pas de stades homologués, pas de tribunes… » Le budget du club s’élève à quelques dizaines de milliers d’euros, seulement.

Onze fois champions de l’île, pour la première fois en 2005, les Diables rouges règnent en maître sur le football local. Ils sont « à la fois aimés et détestés » par la population. « Personne ne nie que le FCM est le club référence de Mayotte. Mais les suiveurs disent qu’il est favorisé par la Ligue et par les arbitres car il a de l’influence. Cette étiquette colle à leur image mais je pense qu’elle est injustifiée », poursuit le journaliste.

Surtout, Mouhtar Madi Ali, dit « Johnny », capitaine de l’équipe, et ses coéquipiers, représentent l’île au-delà de ses frontières. Dans le stade du Baobab, situé sur la place éponyme, des centaines de personnes, des milliers parfois, se pressent pour les voir jouer, sur un terrain rongé par la sécheresse l’été, envahi par la boue en saison de pluie.

Dimanche, les joueurs du M’Tsapéré ont créé l’exploit à la Réunion. Bloqués au septième tour pendant trente ans, où ils ont parfois affronté des clubs de National, rivalisant même avec eux comme contre Rodez en 2016 (défaite 3-2 après prolongation), les Mahorais ont bénéficié cette année d’un coup de pouce de la Fédération française de football. L’organisateur de la Coupe de France permettait au meilleur club de la compétition de sortir affronter des équipes extérieures à l’île au 8e tour, soit un de plus qu’auparavant.

Mais comme un signe crapuleux du destin, le Covid-19 a changé la donne et la fédération a modifié les règles de la compétition pour la mener à son terme. Là, où, en temps normal, M’Tsapéré aurait pu rêver d’une confrontation avec Marseille ou Paris, ils devront jouer un tour de plus contre une équipe amateur de la Métropole. Un coup dur pour Johnny, 30 ans, au club depuis qu’il est petit.

« On est déçu parce que l’on aurait aimé jouer contre des pros. En tant que sportif amateur, on rêve tous de passer à la télé, en direct, de représenter notre village. Cela aurait été magnifique de pouvoir les affronter en vrai », explique ce fan de l’Olympique de Marseille. Mais l’éducateur sportif dans la vie ne se laisse pas abattre. « Ça nous donne encore une chance de passer un autre cap. On est conscient aussi de ça.

AS Mahoraise de Brest

Quelques trentenaires solidement installés à Brest encadrent des étudiants de passage sur Brest à l'AS Mahoraise. La communauté mahoraise compte 150hommes et femmes dans la Cité du Ponant. Parmi eux, 25 footballeurs licenciés dans un club atypique fondé il y a douze ans. Rencontre avec Mouthar Mahamoud président de l'AS Mahoraise.

Mouthar, comment l'AS Mahoraise a-t-elle vu le jour? Les joueurs de notre communauté se retrouvaient le dimanche pour le plaisir de jouer, et sans être affiliés à la fédération. On s'est alors dit que ce serait bien de créer une association sportive et culturelle qui permettrait de créer du lien dans notre communauté autour du football. L'AS Mahoraise est née en 2000 et j'ai repris la présidence peu après.

Qui compose cette équipe 100% mahorais? Cette saison, l'équipe est exclusivement mahoraise, mais nous avons aussi accueilli un Breton, un Chinois et récemment un Africain. La plupart de nos licenciés sont des étudiants qui souhaitent poursuivre des études supérieures en Fac, en BTS ou faire un Bac Pro car à Mayotte cela est impossible. Il y a donc pas mal de turn-over car ces étudiants repartent travailler au pays. Certains choisissent de s'installer en Brest.

Nous sommes actuellement troisièmes ex-aequo à sept points du leader Saint-Renan (C). Nous souhaiterions à court terme remonter en D2 mais notre objectif est surtout de proposer un point de rencontre aux Mahorais qui s'installent à Brest.

Il faut savoir que nos moyens sont très modestes et que nous ne possédons pas d'entraîneur diplômé, ni de locaux propres. On joue « comme ça », certains d'entre-nous donnent des conseils « vite fait » mais ce n'est pas très structuré.

Je pense que nous sommes plutôt appréciés car nous avons un esprit sportif et sommes plutôt sympas. Le club n'a jamais connu de problèmes en championnat, même si parfois il peut y avoir des tensions comme dans toute rencontre.

Il évolue positivement depuis cinq ans avec, pour la première fois de son histoire, la création d'une école de football. Mais, sur l'île, il n'y a guère d'avenir pour quelqu'un qui souhaiterait devenir footballeur professionnel.

AS Mayotte de Guingamp

L'AS Mayotte est une équipe de football guingampaise, née il y a deux ans, au profil un peu atypique. Elle est constituée de 20 licenciés, dont 18 sont Mahorais, venus avec leur culture et leurs acquis du football loin des nôtres...

L'AS Mayotte c'est d'abord l'histoire d'un groupe de jeunes 20-25 ans qui quitte son île en 2010 pour suivre des études : « Nous sommes arrivés direct à Guingamp », explique tout sourire le président, Abdou Moussa. Les garçons ont toujours aimé le foot. Alors ils vont s'inscrire dans des clubs puis, en 2012, ils décident de monter leur propre équipe : « Mais les inscriptions sont ouvertes à tout public ! « L'AS Mayotte s'est créée au sein de l'Association mahoraise de Guingamp, précise Céline Le Goaster, la secrétaire. Mais c'est l'équipe de foot qui anime aujourd'hui l'association.

L'équipe comprend très bien mais décide quand même de se lancer : « En attendant, nous sommes sur un terrain libre derrière Roudourou et, pour les matchs, nous sommes accueillis par Saint-Adrien.

L'équipe est sans formateur officiel ; le plus souvent, c'est Abdou qui dirige des séances « improvisées ! ». Et ça marche ! Dimanche 30 mars, justement, l'AS Mayotte rencontrait Saint-Agathon. « Ils sont très physiques, c'est ce qui nous fait peur chez eux », confiaient l'entraîneur Didier Rolland et le capitaine de l'équipe, Clément Leroy. Au final, les deux équipes ont fait match nul (1-1).

FC Mahorais Toulouse

Le FC Mahorais Toulouse a été fondé en 2006 par Athoumani Saidina. Son nom est en référence à l’Ile Mayotte. Cette équipe est à la base formée de jeunes qui participaient tous les ans au « Tournoi Mandela », qui réunit des équipes composé de joueurs selon leur origine (Algérie, Antilles, Cameroun, etc…). Athoumani était séduit par le talent de ses jeunes.

La plus part jouaient dans des clubs locaux mais ne trouvant pas satisfaction, ils n’ont pas hésité à embrasser le projet du fondateur. C’est en octobre 2006, qu’au Mirail Université, s’est déroulée la réunion qui fut au départ de l’aventure du FCMT. Malgré sa formation qui avait pour base des joueurs d’origine Mahorais, toutes les nationalités sont désormais représentées au FCMT.

Le FCMT organisent des manifestations culturelles en collaboration avec des artistes de l’océan indien tel que WAWA le roi de SALEGY (Malgache), Clan Demba, Tama musique. Le FC Mahorais organise de nombreuses activités malgré la difficulté à trouver des salles. En effet, la Mairie de Toulouse ne donne pas de locaux pour réaliser ces manifestations.

Le FC Mahorais Toulouse fait partie de la Ligue Midi Pyrénées Football et District Haute Garonne Midi Toulouse. Pour leur première saison, les Senior ont été finaliste de la 3ème Division District. Au terme de la saison 2010-2011, le club Toulousain a été Champion de 2ème Division District.

Défis et Perspectives

Malgré les succès et la passion pour le football à Mayotte, les clubs locaux sont confrontés à des défis importants. Le manque d'infrastructures adéquates, de moyens financiers et de soutien institutionnel entrave le développement du sport sur l'île. De plus, l'éloignement géographique et les contraintes liées à la crise sanitaire peuvent compliquer la participation aux compétitions nationales.

Cependant, les clubs mahorais continuent de persévérer et de se concentrer sur la formation des jeunes, en espérant que leurs efforts porteront leurs fruits à long terme. Les exploits récents en Coupe de France ont mis en lumière le potentiel du football local et ont suscité un regain d'intérêt pour le sport sur l'île.

L’éclairage est hors d’usage. Le cyclone Chido a emporté tous les projecteurs, le portail et les grilles. Le terrain de football n’est plus praticable, l’équipe des séniors ne peut plus s’entraîner. Seules les sections jeunes peuvent répéter leurs gammes durant les après-midi.

Un dernier match de championnat de R1, était programmé après la catastrophe naturelle du 14 décembre. La ligue départementale décide de l’annuler et de mettre un terme à la saison 2024-2025.

Les Violets se classent à la 4ᵉ place.

Il est essentiel que les autorités locales et les instances sportives nationales reconnaissent et soutiennent le développement du football à Mayotte, en investissant dans les infrastructures, en offrant des opportunités de formation et en facilitant la participation aux compétitions nationales. Avec un soutien adéquat, le football mahorais pourrait connaître un essor encore plus important et révéler de nouveaux talents.

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