L'Histoire Complexe des Clubs de Football à Paris

À Paris, le football ne se résume pas à une seule histoire. À quelques dizaines de mètres d’intervalle, le Paris Saint-Germain et le Paris FC incarnent deux identités profondément ancrées dans la capitale. L'histoire du football à Paris est une saga complexe, marquée par des fusions, des scissions et des tentatives de créer un club dominant dans une ville riche en culture et en distractions.

La Genèse du Paris Football Club

En 1969, alors que Paris ne compte plus de club dans l’élite, la Fédération française de football lance la création d’un nouveau grand club pour la capitale. Le Paris Football Club naît officiellement cette année-là. C’est le point de départ d’une histoire unique, profondément liée à l’identité de la ville.

La Fusion et la Scission avec le Paris Saint-Germain

En 1970, le Paris FC fusionne brièvement avec le Stade Saint-Germanois pour donner naissance au Paris Saint-Germain Football Club. Cette union durera deux saisons. En 1972, les chemins se séparent : le Paris FC conserve la place en D1 et le Parc des Princes, tandis que le PSG repart en D3.

Le Paris FC débute fort avec une 12e place en première division. En 1982, le club attire l’attention de Jean-Luc Lagardère et devient brièvement « Racing Paris 1 » dans un projet de fusion ambitieux avec le Racing Club de France. Après une scission avec le Racing en 1983, le Paris FC repart de la 4e division avec détermination. Le club structure ses fondations, développe sa formation et affirme son ancrage dans l’Est parisien.

Reconstruction et Ambitions du Paris FC

Au début des années 2000, le Paris FC entame une reconstruction en profondeur. L’ancrage au Stade Charléty et l’ouverture à la mixité avec la création d’une section féminine marquent un tournant structurant. Dès 2013, le Paris FC connaît une dynamique ascendante. En 2018, le Paris FC inaugure son Centre de Formation à Orly, symbole de sa professionnalisation.

La saison 2024-2025 marque un tournant. L’équipe masculine accède à la Ligue 1, concrétisant un projet de long terme, soutenu par un travail rigoureux et l’arrivée de la famille Arnault à la tête du club. Du côté féminin, l’histoire est tout aussi exceptionnelle : qualification européenne historique, et surtout victoire en Coupe de France face au PSG.

Le derby PSG – Paris FC : l’histoire oubliée de la scission qui a changé le football parisien

L'Histoire du Paris Saint-Germain

Le PSG est né d’un rêve. Pile 51 ans plus tard, on peut dire que celui-ci est exhaucé. Un club de standing européen, des soirées inoubliables, des hommes de légendes, des millions de supporters à travers le monde, le plus grand palmarès en France. Pourtant, les débuts ne s’apparentaient qu’à un murmure, un songe.

En 1969, Le Parc des Princes se reconstruit et Paris souhaite voir un club de football à la hauteur de son stade et des autres capitales européennes. Rome, Madrid, Londres ont plusieurs clubs de haut-niveau, il est temps que cela change en France. Le Paris Football-Club, créé la même année, sera celui-ci, mais tout reste à construire.

Après des mois d’étude et de construction du projet, Pierre-Etienne Guyot et Guy Crescent, les deux principaux acteurs du dossier trouvent le club prêt à fusionner avec le Paris FC pour obtenir un statut de professionnel. Il s’agit du Stade Sangermanois basé à Saint-Germain-en-Laye. Entre-temps, le 1er février 1970, Pierre Bellemare, célèbre animateur radio sur Europe1, lance un appel à souscription auprès de la population parisienne avec une question simple : « Voulez-vous un grand club de football à Paris? » et un bulletin réponse à retourner dans le journal du jour. Résultat, 17.382 passionnés ont répondu avec 842.000 francs récoltés (128.000€).

Le 27 mai 1970, le protocole de fusion entre le Paris FC et le Stade Saint-Germain est voté à l’unanimité, le Paris Saint-Germain est en cours de création. Deux dates importantes dans le processus de création ont rapidement lieu ensuite. Le 17 juin 1970 la fusion est signée entre les deux clubs, le blason original du club est crée, les couleurs rouge et bleu sont choisies. Un système de souscription auprès des supporters est mise en place (type socios) puis le 26 juin avec le premier conseil d’administration ou l’organisation est mise en place avec Pierre-Etienne Guyot comme président.

L’effectif commence à se construire avec des joeuurs de renoms comme Jean Djorkaeff, Jean-Claude Bras ou Roland Mitoraj. Retenue comme date officielle de la naissance du PSG, le 12 août 1970, soit il y a pile 51 ans aujourd’hui, correspond à la date d’enregistrement de la fusion entre les deux clubs et l’apparition du Paris Saint-Germain football club au journal officiel. Le 27 août, l’acte de constitution du club est publié dans ce même journal officiel.

Dahleb, Susic, Raï, Ronaldinho, Pauleta, Ibrahimovic, Cavani, Mbappé et des dizaines d’autres joueurs, Valenciennes 74, Sainté 82, Madrid 93, Vienne 96 mais aussi Twente 08, Chelsea 2015 et autres Dortmund 2020, des centaines de soirées magiques. 51 ans dans le monde du foot, c’est peu. A la création du club, 15 coupe d’europe des clubs champions avaient déjà été jouées, 33 championnats de France avaient eu lieu, 53 équipes avaient soulevé la coupe de France.

En seulement 51 ans le Paris Saint-Germain a résisté contre vents et marées, il s’est développé et a grandit malgré l’hostilité générale et est aujourd’hui devenu le principal espoir national sur la scène continentale. A Paris plus qu’ailleurs, on sait que les rêves sont faits pour être exhaucés.

Pourquoi si peu de clubs de haut niveau à Paris ?

Cette saison, Londres compte sept clubs en Premier League. Madrid est représenté par trois équipes en Liga. Milan et Berlin placent deux clubs en Serie A et Bundesliga. Mais en Ligue 1, le PSG reste l’unique représentant de Paris, et cela depuis trente-deux ans. À l’époque, on ne parlait même pas de Ligue 1. Le 25 février 1990 au Parc des Princes, le Paris Saint-Germain s’incline face au Racing Paris (1-2), pour le compte de la 27e journée de… Division 1. Il s’agit là du dernier derby entre deux clubs de la capitale en première division.

Comment expliquer cette anomalie, alors que Londres et Madrid comptent respectivement sept et trois clubs en Premier League (Arsenal, Brentford, Chelsea, Crystal Palace, Fulham, Tottenham et West Ham) et Liga (Real, Atlético et Getafe) cette saison ? À première vue, tous les éléments sont pourtant sur la table afin de favoriser l’éclosion d’autres clubs dans la capitale française. Le public ? L’aire urbaine de Paris (15 millions d’habitants) est la deuxième métropole la plus peuplée d’Europe, derrière Moscou. Les joueurs ? Les 12 000 km² de la région Île-de-France représentent l’un des plus grands viviers de talents au monde.

Facteurs historiques et sociologiques

Après la Seconde guerre mondiale, de nombreux clubs font face à de graves difficultés financières. À cette époque, « beaucoup d’entreprises sont nationalisées, l’économie française se retrouve étatisée », recontextualise Paul Dietschy, historien spécialiste du sport, auteur d’Histoire du football. Le football n’échappe pas à la règle.

« Les clubs se retrouvent financés par les pouvoirs publics, explique Loïc Ravanel, maître de conférences en géographie, qui a effectué sa thèse sur le sujet. Les mairies multiplient les fusions entre clubs d’une même ville, afin de regrouper leurs subventions. C’est ici que se produit le point de bascule historique avec nos voisins européens. Alors que les entrepreneurs et mécènes ne se bousculent pas pour investir dans le football français, qui plus est parisien, le phénomène inverse a lieu au sein d’autres grandes nations du continent.

Au contraire de l’Angleterre, de l’Allemagne, de l’Italie ou de l’Espagne, la France n’est pas un pays où « le club de foot est marqueur d’une identité », explique Paul Dietschy. Pourquoi ? « Historiquement, la France est un pays très centralisé. Depuis la monarchie, et cela se poursuit avec la République, il y a une volonté de limiter les identités régionales. Chez nos voisins, l’attachement local est bien plus présent, et l’équipe de foot en est l’un des vecteurs. Les grands patrons d’industrie le savent.

La spécificité parisienne

Il y a les facteurs nationaux et il y a les explications propres à la ville de Paris et ses habitants. « Paris est une ville de provinciaux, dont le sentiment identitaire est davantage porté vers la ville d’origine », amorce Paul Dietschy. Une problématique identifiée par Pierre Ferracci, président du Paris FC. Il nous disait, en mai dernier, sur le ton de l’humour : « Je pense qu’on peut développer un petit concept et devenir le deuxième club des provinciaux à Paris. Une fois par an, venez supporter votre équipe (Nantes, l’OM, Lyon, Rennes…) face à nous et le reste de l’année, si vous aimez le foot, venez nous supporter.

Loïc Ravanel nuance cet argument sociologique et en développe un autre : « Ce phénomène n’est pas propre à Paris. Certains clubs, comme l’Atlético de Madrid ou le Torino, sont devenus les clubs des provinciaux, des immigrés. Il y a autre chose : un fort ancrage culturel à Paris. Les concerts, théâtres, musées, expositions et cinémas représentent une concurrence sociologique, économique et politique. »

Paul Dietschy le rejoint et complète : « Les élites ont vite repoussé le football hors de Paris intra-muros, dans les périphéries, notamment les banlieues rouges. Là-bas, la culture du FSGT (Fédération sportive et gymnique du travail), assez opposée au professionnalisme, fut longtemps enracinée.

L'essor du PSG et l'enracinement tardif

C’est pour toutes ces raisons que le PSG, mastodonte du football parisien, national et mondial aujourd’hui, a eu énormément de mal à s’implanter dans sa région de naissance, à l’aube des années 1970. « Aux débuts du club, le Parc des Princes était rarement plein, rappelle Paul Dietschy. Et lorsque des équipes populaires comme l’AS Saint-Étienne venaient jouer le PSG, le stade était vert. »

La magie opère dix ans plus tard, dans les années 1980. Canal + diffuse son premier match de championnat le 9 novembre 1984. L’historien avance un dernier argument, hors de la sphère sportive : « Les vagues migratoires de cette époque sont composées de nombreux passionnés de foot : Italiens, Portugais puis une seconde vague en provenance de l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. Le PSG a ainsi attendu plus de dix ans pour s’enraciner dans sa ville.

Ce phénomène est la preuve que l’un des ingrédients les plus fondamentaux pour le développement d’un autre club de football dans la capitale n’est autre que le temps.

Les tentatives manquées et les défis persistants

L’homme d’affaires Jean-Luc Lagardère fut à l’origine du rachat du Matra Racing en 1982, projet de création d’un second club parisien le plus abouti et financé au cours des dernières décennies. Il investit massivement avec, notamment, le recrutement de noms ronflants tels Fernandez, Francescoli ou Bossis, avec « l’ambition de succéder à l’AS Saint-Étienne dans le cœur des Français ». Mais les résultats sportifs ne sont pas à la hauteur, les critiques pleuvent et Lagardère jette l’éponge dès 1989. Il aurait perdu plusieurs centaines de millions de francs dans l’affaire.

Même les projets impulsés par l’État se finissent par un échec. Demandez à Marie-George Buffet, ministre de la Jeunesse et des Sports de 1997 à 2002. Durant son mandat, elle a poussé pour l’émergence d’un second club parisien afin que le Stade de France soit occupé par un club résident. « C’est ce qui était prévu dans le contrat signé par Me. Alliot-Marie avec le consortium du Stade de France. Je voulais que le Red Star soit ce club résident. Nous avions bien avancé sur le sujet, trouvé des possibilités de financement avec des entreprises françaises comme EDF, ainsi que le nom du futur président. Mais au dernier moment, la direction du Red Star et les élus locaux n’ont pas souhaité aller jusqu’au bout… L’idée a été abandonnée.

L’homme d’affaires Michel Moulin, passé par le Red Star (1999-2001) et le PSG (2008), a aussi tenté le coup avec le rachat de l’UJ Alfortville en 2008. Mais il s’est heurté à diverses problématiques : « Il faut un alignement des planètes pour réussir. Je vois trois éléments indispensables, aujourd’hui. D’abord, la compétence sportive, dont la plupart des clubs de la région disposent. Puis, des partenaires financiers avec une vraie philosophie sportive, qui n’attendent pas un retour sur investissement immédiat, ce qui est déjà plus compliqué. Et surtout, il faut les infrastructures. Le stade est l’endroit où tout se passe, où le club se construit une histoire. Il faut que les gens aient envie d’y venir et revenir. Et c’est le gros point noir de la région parisienne.

La problématique de l’infrastructure reste d’actualité : le Paris FC joue toujours à Charléty, un stade d’athlétisme, et Versailles ne peut évoluer en nocturne dans son enceinte à cause de sa trop grande proximité avec le château. Et construire son propre stade ? L’idée apparaît fantaisiste. « Il y a très peu de foncier disponible, il coûte très cher et est favorisé pour le logement ou la logistique, note Michel Moulin. Et encore, il faut le projet, trouver le foncier, obtenir les autorisations, trouver les travaux. C’est un chantier.

Un avenir possible pour un second club parisien ?

Aujourd’hui, voir la création d’un second club parisien de haut niveau relève-t-il de l’utopie ? Les différentes crises financières récentes ne favorisent guère l’investissement d’entreprises dans une activité incertaine comme le football à Paris. L’hypercroissance du PSG limite d’autant plus les candidats crédibles à un rachat d’un autre club qui pourrait rivaliser avec QSI (Qatar Sports Investments). « Il y a un créneau pour jouer sur la diversité de produit, mais il faut un investisseur à la fois très riche, patient et passionné », dit Loïc Ravanel.

Marie-George Buffet confirme : « Ça me paraît de plus en plus compliqué. Il faudrait un mécène. Finalement, aujourd’hui, bâtir un nouveau club parisien, c’est « dépenser un pognon de dingue pour un résultat plus qu’incertain », dit Loïc Ravanel.

Restent les clubs historiques déjà implantés dans la région parisienne, tels le Paris FC (Ligue 2), le Red Star (National), racheté par un fonds d’investissement américain en mai dernier, ou Versailles (National), disposant de moyens importants pour le troisième échelon national. Ils demeurent aujourd’hui peu attractifs en région parisienne.

Pierre Ferracci, président du Paris FC, assure pourtant que son club n’est qu’à une marche de la réussite : « À Paris, vous n’existez pas en National, vous commencez à exister en Ligue 2 et vous existez vraiment en L1. Il y a un changement médiatique entre la L2 et la L1 qui nous fera accélérer d’un coup. J’en suis persuadé.

Le Racing Club de France Football

Si nous associons football et Paris, presque tout le monde pensera au Paris Saint-Germain, dominateur absolu du football français depuis l’arrivée des Qataris au capital. Mais bien avant la fondation du PSG, il y avait à Paris un club de renom. Un club vainqueur du championnat et de la coupe de France, un club qui a été le premier à fouler la pelouse du mythique Parc des Princes.

Le 20 avril 1882, un groupe d’étudiants du lycée Condorcet de Paris créent un club multi-sport. Les couleurs Ciel et Blanc sont adoptées en hommage à l’Université de Cambridge. En 1896, la section football est créée. En 1902, Le Racing connaît son premier succès en devenant champion de Paris et vice-champion de France, avec des résultats identiques en 1903.

Après la Première Guerre mondiale, le Racing Club de France doit faire face à la professionnalisation du reste des équipes. Jean-Bernard Lévy qui prend la présidence du Racing en 1928 sera à l’origine de la mutation du club Ciel et Blanc. Les bons résultats vont très vite suivre. Le Racing atteint la finale de la Coupe de France en 1930.

En 1932, la première ligue professionnelle de France voit le jour. Le Racing est enregistré et devient indépendant du club sportif d’origine en raison de sa professionnalisation. La même année un match amical a but caritatif au profit des blessés de guerre est organisé entre le Racing et les Gunners d’Arsenal. Le Racing devient le premier club français à voyager en avion, notamment à Londres, pour affronter ses amis anglais. Ce match sera renouvelé chaque année et ce pendant de nombreuses saisons.

Alors qu’il célèbre plus de 50 années d’existence, le club connaît un déclin et doit faire face à une situation financière délicate, à tel point qu’en 1967, le club redevient non-professionnel. En 1982, Jean-Luc Lagardère reprend les rennes du club avec le projet ambitieux de redevenir le premier club de Paris et de France en reléguant le Paris Saint-Germain (fondé en 1970) au second plan.

En 1984, le Racing rejoint enfin l’élite, mais est relégué l’année suivante. Les résultats sont malheureusement décevants et en 1989, le Racing connaît une nouvelle relégation. En mars 2018, le club est repris par Patrick Norbert, ancien producteur de cinéma à la tête d’une société de promotion immobilière et ex-président d’Angers SCO (Ligue 2).

Au terme d’une saison de haute volée en National 3 Île-de-France, le Racing termine l’exercice 2021/2022 à la première place avec 60 points et retrouve l’échelon supérieur. Les hommes de Guillaume Norbert terminent la saison avec la meilleure attaque du championnat (62 buts inscrits) et la meilleure défense (20 buts encaissés). Pour son retour en National 2, le Racing s’impose (0-3) contre Saint-Pryvé Saint-Hilaire et réalise une grande saison, marquée par une belle deuxième place derrière le FC Rouen.

Tableau récapitulatif des clubs parisiens en ligue 1

Club Année de fondation Division actuelle Commentaire
Paris Saint-Germain 1970 Ligue 1 Club dominant à Paris
Paris FC 1969 Ligue 2 Anciennement en Ligue 1, ambitions de montée
Racing Club de France 1882 National 2 Club historique avec des ambitions de retour

Bien que le Paris Saint-Germain domine le paysage footballistique parisien, l'histoire riche et complexe du Paris FC et les tentatives passées de clubs comme le Racing Club de France montrent une quête persistante pour établir une identité footballistique diversifiée dans la capitale française.

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