Histoire et défis du rugby féminin à Chilly-Mazarin

Le rugby féminin a une histoire riche et complexe en France, marquée par des moments de gloire et des défis persistants. Cet article se penche sur l'histoire du rugby féminin à Chilly-Mazarin, de ses débuts prometteurs à sa dissolution déchirante, et les défis auxquels est confronté le rugby féminin en France.

Match de rugby féminin France-Angleterre

Les débuts du rugby à Chilly-Mazarin

La naissance officielle du rugby à Chilly-Mazarin remonte au 13 octobre 1965, avec la création du Rugby Club Municipal Morangis Chilly (R.C.M.M.C.). Le club s'engage initialement en 4ème série, sous la responsabilité de Claude Redier. Les couleurs du club sont établies, et l'équipe progresse jusqu'en 3ème division lors de la saison 1979-1980. Par la suite, le R.C.C. évolue entre la 3ème division et la promotion d'honneur.

L'essor du rugby féminin et la création des Spartiates

En mai 1979, Wanda Noury, figure emblématique du rugby féminin français, fonde le RC Chilly féminin (RCC), où elle joue comme 2e ligne. Elle remporte deux titres de championne de France avec le club, en 1991 et en 1996. L'équipe féminine de Chilly-Mazarin, surnommée les Spartiates, évolue au plus haut niveau, en Fédérale 1.

Le rugby féminin connaît un essor important en France, avec de plus en plus de filles qui pratiquent ce sport. Des pionnières ont su transformer l'essai, et les filles d'aujourd'hui prennent la balle au bond avec maestria. Le premier match de rugby à XV féminin organisé devant des milliers de spectateurs est joué par le Toulouse Fémina Sports le 1er mai 1968 à Toulouse.

Suite à cela, des équipes se constituent dans tout l’Hexagone dont la Fédération Française de Rugby refuse d’entendre parler. C’est ainsi que la fameuse Isabelle Navarro s’associe en 1970 à Annie Bannier de Pau et Odette Militon de Tarbes pour fonder l’Association Française de Rugby Féminin (AFRF). Le premier match officiel de l’équipe de France de Rugby à XV féminin a lieu le 13 juin 1982 à Ultrecht. Un an plus tard, une femme, Wanda Noury, est élue pour la première fois au Comité Directeur de la FFR.

La dissolution de l'équipe et ses raisons

Malheureusement, l'histoire des Spartiates de Chilly-Mazarin prend une tournure tragique. En juin, le comité directeur du club prend la décision d'arrêter de financer l'équipe en Fédérale 1, et de la faire redescendre en Fédérale 2. Cette décision conduit à la dissolution de l'équipe des Spartiates.

"Nous n’étions plus en mesure de financer leur activité. Et cela faisait plusieurs saisons que nous les alertions. C’était une question de survie pour notre club dans son entièreté", explique sans relâche le président Guillaume Bergen.

"Si la situation avait été bien gérée, nous aurions pu trouver le financement. Cette histoire a été très mal gérée, et au niveau de la communication, on nous l’a annoncé comme un fait accompli. Nous n’avons pas eu le temps de nous retourner", répond une ancienne coéquipière.

Le coût d’une saison de Fédérale 1 s’élève au minimum à 60 000 euros. Il fallait trouver 30 000 euros pour boucler la prochaine. Les filles affirment que le travail de recherche de subvention n’a pas été fait correctement. Qu’elles pouvaient aussi réunir des soutiens sur l’ensemble des dix prochains mois de compétition. La direction du club leur répond qu’elle a toujours tout fait dans la mesure de ses moyens, en équilibrant sur l’ensemble des sections un budget global de 200 000 euros.

Cet événement met en lumière les défis financiers auxquels sont confrontés les clubs de rugby féminin de haut niveau, qui dépendent souvent du soutien de leurs responsables et de leur capacité à trouver des financements.

Une quinzaine d’anciennes coéquipières qui jouaient ensemble aux Spartiates, l’ancienne équipe de Fédérale 1 de Chilly-Mazarin, disparue à l’intersaison, se sont retrouvées une dernière fois mercredi dernier au stade, à l’occasion d’une cérémonie d’enterrement façon première classe. Se retrouvant en catimini dans un coin du complexe à un endroit gardé secret, à la fin d’une oraison funèbre prononcée en grande pompe, elles ont enterré dans une boîte qui faisait cercueil, quelques souvenirs, du protège-dents au lacet de chaussure.

"Nous en avions besoin, car la disparition de l’équipe a été si violente, que certaines ne le réalisaient pas encore totalement", relatait une participante à cet évènement potache tragico-drolatique.

Les défis du rugby féminin en France

La dissolution de l'équipe de Chilly-Mazarin n'est pas un cas isolé. Plusieurs clubs de rugby féminin en France connaissent des difficultés financières et sportives. Avec le forfait général de Chilly-Mazarin, l'Élite 1 a connu un 2e forfait en deux saisons.

Actu Rugby a pu en discuter avec Ivan Dury, manager de Chilly-Mazarin, Jean-François Lombard, président de Lons Section Paloise Rugby Féminin et Alexandra Pertus, entraîneuse du Stade Villeneuvois Lille Métropole.

Pour débuter, la Nordiste Alexandra Pertus prend la parole pour alerter sur le fait que le calendrier est trop condensé, ce qui ne permet pas aux joueuses de bien récupérer : « On leur crée un gros problème de récupération et de fatigue. D’autant plus en championnat quand elles enchainent 7 matchs en 9 week-ends en plein hiver. La Fédé’ les a mises en danger (sic). Nous, les clubs, on les met en danger parce qu’on leur demande de s’entraîner plus et aujourd’hui, ce n’est pas possible. »

Le Francilien Ivan Dury la rejoint et ajoute qu’une des causes du forfait général de son équipe, Chilly-Mazarin, peut être lié à cette densité de matchs : « Si on enlève les doublons, on est obligé d’avoir un championnat très condensé. En additionnant les dates de la Coupe du monde et celles du Tournoi des 6 Nations, il ne reste plus beaucoup de fenêtres de tir cette année. Et la seule qui reste, c’est la plus mauvaise, puisque c’est la période hivernale. On sait pertinemment que c’est difficile de se motiver et que les organismes sont fatigués. Du coup, il arrive ce qui est arrivé avec énormément de blessés. On en a eu 11 rien que sur le mois de janvier.

Et le Béarnais Jean-François Lombard d’expliquer la raison de ce rythme infernal : « D’une manière générale, on part du 15 septembre au 15 juin pour fabriquer un calendrier. On enlève Noël et le Nouvel an, car on n’a pas de Boxing Days dans le sport amateur.

L’Élite 1 est aussi un championnat où il existe beaucoup de disparités à la fois sportives, mais aussi et surtout financières avec des budgets qui peuvent aller du simple au double…Mais cette division a la particularité d’être totalement amatrice et composé d’équipes avec divers statuts : celles rattachées à des clubs masculins comme le Stade Toulousain ou Montpellier, celles totalement seules telles que le Stade Villeneuvois ou Chilly-Mazarin, et celles qui ont signées des conventions et sont adossées avec des clubs pro masculins, à l’image de Lons Section Paloise Rugby Féminin.

Avant de poursuivre sur les problèmes financiers inhérents à ce niveau : « Pour bien figurer dans ce championnat, il faut de l’argent, avoir des budgets à la hauteur de ce que l’on peut faire. J’ai du mal à croire que Chilly ait déclaré forfait seulement pour des raisons sportives (…) Tous les clubs d’Élite n’ont pas de structures identiques.

L’argent, un problème structurel pour les clubs, mais aussi pour les joueuses qui ne vivent pas de leur passion, explique Alexandra Pertus : « Aujourd’hui, les filles n’ont aucune soirée de disponible pour elles. Elles doivent venir au stade tous les soirs après leur journée de travail ou d’études. On les met dans la précarité. Le club donne entre 100 et 200€ de primes, d'après ce que je sais, mais ça ne comble pas du tout l'absence d'un job à mi-temps qui rapporterait entre 700 et 800€ par mois.

Malgré tout, la technicienne nordiste a conscience de l’environnement dans lequel vit son équipe : « On est pour l’évolution du rugby féminin, mais on n’est pas totalement déconnecté. On connait notre réalité et on sait qu’on ne touchera pas des sommes comme en Top 14. On demande un coup de pouce de la Fédération, des partenaires premium et des médias pour enclencher une dynamique positive. Aujourd’hui, le rugby féminin explose !

Ivan Dury, manager de Chilly-Mazarin pense que le rugby féminin français est à un carrefour. Certaines joueuses du championnat sont, quant à elles, sont rémunérées. Il s’agit des internationales sous contrat fédéral avec la Fédération Française de Rugby (FFR). Une bonne chose, mais qui a ses limites, d’après Ivan Dury : « Aujourd’hui, il y a 3-4 clubs qui phagocytent les internationales et les déséquilibres sont augmentés. Ces clubs-là bénéficient de joueuses qui sont payées par la Fédé’, donc qui ne leur coûte pas grand- chose. Au final c’est la Fédé’ qui les paie et qui les accompagne, donc les retombées sont pour ces clubs-là. Je ne suis pas sûr qu’à terme ça serve le rugby féminin.

Et Jean-François Lombard d’abonder dans ce sens : « Pour ce qui est de l’Élite 1, il y a une vision fédérale qui est de vouloir une équipe de France performante. Mais ça, c’est comme pour les garçons.

Ces problèmes et d’éventuelles solutions ont été évoqués fin janvier 2023 lors d’une réunion à la Fédération Française de Rugby entre l’instance fédérale, les dirigeants et les entraîneurs de clubs. Espérons que les réponses apportées ne resteront pas sans suite.

France - Afr.du.Sud [Rugby Féminin//Test Match] 2021

L'avenir du rugby féminin à Chilly-Mazarin et en France

Malgré la dissolution de l'équipe des Spartiates, l'esprit du rugby féminin perdure à Chilly-Mazarin. Afin de ne pas laisser de nombreusesjeunes sur le carreau, le comité départemental et son président, Patrick Guymard, ont décidéde créer un club baptisé le RC Chilly-Mazarin Essonne. Il sera composé uniquement de joueusesessonniennes de plus de 16 ans, toujours licenciées dans leur club d'origine.Actuellement,l'effectif est composé d'une cinquantaine de joueuses. Une équipe évoluera en 2eDivision et l'autre en 3eDivision du championnat national avec à leur tête JacquesPerrodo, vice-président du comité, et Wanda Noury, la grande dame du rugby féminin en France.

« Nous avons trois objectifs, précise Jacques Perrodo. D'abord, conforter le rugby féminin,qui est encore méconnu, ensuite développer le projet fédéral, et puis avoir une identité Essonne.»

Le fonctionnement, la structure et le budget sont pris en charge par le comité départementalavec le soutien du conseil général et de la mairie de Chilly. Les entraînements et les matchsauront lieu au stade de Chilly-Mazarin.

Ivan Dury estime qu’il est grand temps d’agir et de ne pas se tromper : « Le rugby féminin est au carrefour de son histoire, il va falloir qu’il bascule du bon côté. Il va falloir prendre des décisions pour que ce rugby-là continue d’exister à la fois dans la sérénité et dans la performance. »

Pour cela, il propose une meilleure répartition des internationales en Élite 1 : « Il y aurait un système, complexe à mettre en place, où les internationales sont un peu mieux réparties. Peut être que ça tirerait tout le monde vers le haut. Le niveau de l’Élite 1 serait plus intéressant pour tout le monde.

Alexandra Pertus, entraîneuse du Stade Villeneuvois alerte sur la précarité des joueuses d’Elite 1. Nous sommes à la recherche de 200 000€ pour que nos joueuses touchent 600€ par mois la saison prochaine. Pour que ces filles-là ne soient plus obligées d’aller faire un métier alimentaire. On sait bien que les 600€ ne vont pas les faire vivre toute l’année. Mais ça va être un coup de pouce pour les accompagner et ça, c’est vraiment la révolution ! »

Tableau récapitulatif des défis et solutions pour le rugby féminin

Défi Solution
Financement insuffisant Recherche de subventions, partenariats, soutien des collectivités locales
Calendrier trop condensé Réaménagement du calendrier, meilleure prise en compte de la récupération des joueuses
Précarité des joueuses Aide financière aux joueuses, création d'emplois à mi-temps
Disparités entre les clubs Meilleure répartition des internationales, soutien aux clubs les plus fragiles

Equipe de rugby féminin

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