Avant le cyclisme, le rugby ou le football, le cricket a porté l’espoir le temps d’un ou de deux étés de s’établir comme le premier sport de notre pays. Nous étions sous le Second Empire.

Schéma d'un terrain de cricket.
L'implantation du cricket en France au XIXe siècle
Là où un Anglais s’installe, le cricket ne tarde pas. Cet adage a déjà cours au milieu du XIXème siècle. D’abord dans les Dominions où il fait école, mais aussi en France.
A Pau, les Britanniques y jouent probablement dès les années 40 ou 50 sur la Plaine de Billère, la même où ils constitueront le premier parcours de golf du continent en 1856. La Côte d’Opale est également prisée.
A cette petite troupe s’ajoute bientôt Paris, dont le Cricket Club est fondé le 1er juillet 1863 sous le patronage de Lord Cowley, ambassadeur britannique à Paris. A partir de 1864, les premières équipes anglaises traversent la Manche pour affronter le club.
Une équipe de Nottingham amenée par Sir Robert Clifton inaugure les 16 et 17 mai le terrain parisien. Une équipe qui compte 5 joueurs de Première Classe. Cette première visite est suivie au mois de juin de celle des Warwickshire Knickerbockers.
Il semble que cette même année 1864, une équipe existe aussi à Chantilly. Fin juin, les premiers guichets tombent également à Lyon dans le nouveau Parc de la Tête d’Or, mais le sport n’y obtient qu »un médiocre succès de curiosité ».
Le Courrier de Lyon juge le jeu « monotone, et même un peu assommant », seul le caractère anglais peut s’accommoder d’un tel ennui semble-t-il.
La presse se fait l’écho de ces rencontres qui se déroulent généralement en semaine et durant deux jours. Reste à cette même presse de présenter ce nouveau et « fort curieux » jeu à ses lecteurs.
Pour l’un de ces chroniqueurs, il s’agit d’une sorte de « billard sur une vaste échelle », pour un autre le cricket s’apparente au « jeu de boule de l’aristocratie ».
On parle couramment de jeu. Un chroniqueur parle de « sporting-jeu », notant ainsi la différence de nature avec les jeux anciens ayant cours dans l’Empire, mais se refuse à employer le mot « sport » qui est encore réservé aux courses hippiques (également d’importation anglaise récente).
Pourtant, il s’agit bien de sport dans sa conception moderne et qui est encore la notre aujourd’hui: Une pratique à la fois ludique et athlétique régie par un code de règles particulières.
Fait nouveau d’ailleurs, les membres se réunissent pour « s’entraîner » (le mot dans ce contexte est nouveau lui aussi), deux à trois fois par semaine. La presse satirique, elle raille, pas forcément à tort du reste, ce nouvel épisode de poussée de fièvre anglomane du régime.
L'apogée et le déclin du cricket parisien
La saison 1865 est sans doute la plus belle du cricket parisien. Les réceptions des équipes anglaises aussi bien civiles que militaires se multiplient (Butterflies, Corps des Fusillers, Civil Service de l’Amirauté, Régiment Royal de Guernesey…), et se traduisent même occasionnellement par des victoires.
Fin juin 1865, à l’occasion de la réception du 73ème régiment de l’armée britannique l’impératrice Eugénie et le Prince Impérial se déplacent, accompagnés de toute la gentry parisienne, sur la Pelouse de Madrid pour assister à l’une de ces parties de ces curieux cricket matches.
A la même époque, Victor Duruy, ministre de l’Instruction Publique, propose d’introduire le jeu dans les Lycées. La presse évoque la création de nouveaux clubs en province, la fameuse Maison Giroux propose à ses clients des articles de cricket.
Durant l’été 1866, les conditions climatiques ne sont pas propices à la venue des équipes anglaises (aucun match n’est reporté dans la presse). En 1867, les cricket matches de la Pelouse de Madrid reprennent, notamment avec la visite fin avril du Marylebone Crcicket Club (le MCC, l’instance mondiale du cricket), suivie deux mois plus tard par la venue du club de Richmond.
En 1868, quelques membres du club disputent une rencontre face à une éphémère équipe constituée à Saint-germain, sur un terrain du champ de manœuvre de la ville. Les dernières années du régime marquent pourtant l’essoufflement du club dont la presse ne parle plus.
La défaite de 1870 marque sans doute la fin du cricket à Paris et en France. Les battes sont remisées durant une dizaine d’année. Il est mention d’un club à Dieppe en 1880, puis la création d’une équipe à Chantilly en 1883 dans la vague nouvelle des sport athlétiques.
Le cricket français contemporain: entre défis et développement
Alors que la Coupe du monde - l'un des événements sportifs les plus médiatisés au monde - bat son plein actuellement en Inde, le cricket français est touché, lui, par des accusations de matches de Championnat qui, en fait, ne seraient pas joués, selon un reportage de France 24 diffusé mardi.
Cela concernerait des rencontres du Championnat de France féminin. France Cricket, l'organisme qui gère la discipline dans notre pays, avait annoncé en mars 2022 que 91 matches féminins étaient programmés cette année-là.
Il semblerait que certains de ces rencontres ne se soient cependant pas disputées. Une ancienne joueuse de l'équipe de France, Tracy Rodriguez, a raconté qu'elle s'était rendue sur les terrains où les matches devaient avoir lieu, n'y avoir vu que des gens en train de pique-niquer ou faire des promenades à vélo, mais a retrouvé les résultats des matches en question sur internet.
En septembre dernier, un match de D2 féminine était programmé à Sarcelles (Val-d'Oise). Mais, à la place, une rencontre U19 masculine s'est tenue. Un compte rendu du match féminin a cependant été publié par la suite.
France 24 a contacté les deux clubs censés jouer, et chacun a apporté une explication différente : match joué à Sarcelles pour l'un, mais déplacé à Chantilly (Oise) pour l'autre.
France 24 a également confié avoir été contacté par France Cricket afin de ne plus tenter de joindre des clubs. La finale de D2 féminine, prévue à Dreux, n'a pas eu lieu non plus. Mais un résultat a été donné sur internet.
La raison de l'organisation de « matches fantômes » serait la suivante : France Cricket reçoit une aide financière de la Fédération internationale (ICC), qui représentait 60 à 70 % de son budget en 2021. Près de la moitié des sommes versées (environ 305 000 euros) servirait au cricket féminin et junior.
Les clubs français seraient tenus d'avoir des équipes féminines et jeunes, sous peine d'amendes ou de relégations des formations masculines.
Or, il semblerait que toutes les équipes ne puissent pas constituer de section féminine. « Honnêtement, on n'a pas beaucoup de femmes qui veulent jouer, a confié le secrétaire général d'un des meilleurs clubs de France, dont le nom n'a pas été cité. Il n'y a personne qui s'intéresse, on a du mal à trouver des joueuses. Je prends ma belle-mère, je prends ma mère, je prends ma belle-soeur pour qu'elles jouent, parce qu'on est obligés d'avoir une équipe féminine. »
France Cricket n'a pas répondu aux sollicitations de France 24 et l'ICC a refusé de commenter les accusations portées. Dans son article, le média francophone a également relevé une gestion opaque des finances de l'organisme en charge du cricket français.
Tout savoir sur le cricket (émission du 30 avril 2017)
Le cricket dans les Hauts-de-France
Grande nouveauté dans les Hauts-de-France : la création d'un championnat régional de cricket. Un sport britannique qui commence à s'implanter dans l'Hexagone.

Le cricket est en plein développement dans la région.
Philippe Dethoor est formel : « Depuis 2016, le cricket connaît un véritable engouement dans notre région ». Le vice-président de la ligue des Hauts-de-France de baseball, softball et cricket, par ailleurs président du Lille Cricket Club, a été un des membres actifs du premier championnat des Hauts-de-France de la discipline.
Une compétition qui réunit six clubs : Lille Cricket Club, Dynamo Lille, Valenciennes Cricket Club, Saint-Omer Cricket Stars 1 & 2 et le Creil Cricket Club.
« Pendant longtemps, le Lille Cricket Club était le seul club du Nord - Pas-de-Calais, et les clubs de Creil et de Chantilly faisaient vivre le cricket en Picardie. Avec la création des clubs de cricket de Valenciennes et Saint-Omer en 2016, et la gestation d’un club à Arras, la ligue a décidé d’organiser la première compétition régionale du genre dans notre nouvelle grande région. C’est un sacré pari ! » sourit Philippe Dethoor.
La compétition se déroulera en huit journées et une phase finale, en cinq lieux : Valenciennes, Lestrem/Merville, Bapaume, Creil et Chantilly (Oise). Les premiers ont eu lieu le 25 mai à Valenciennes, au Vipères Park. La prochaine se déroulera ce samedi 3 juin, toujours à Valenciennes.
« En organisant le premier championnat de cricket des Hauts-de-France, la Ligue souhaite encourager et concourir au développement du cricket dans notre région qui à ce jour ne possède que deux terrains homologués à Creil et Chantilly, détaille Marc Williamson, président de la Ligue des Hauts-de-France de baseball, softball et cricket. Chez nous le cricket est principalement pratiqué par des Français, des ressortissants britanniques, indiens, pakistanais, et nous avons vu arriver des réfugiés qui pratiquaient ce sport à la Jungle de Calais. »
Côté spectacle, la formule de jeu choisie, le Twenty20 (2 h 30 de match), est une formule de match rapide et spectaculaire. Les quatre meilleures équipes au terme de la saison régulière s’affronteront en final four pour décerner le premier titre de l’histoire.
Pour mémoire, le cricket est un sport collectif qui se pratique avec une batte, une balle. Il oppose deux équipes de onze joueurs dont le but est de marquer plus de courses que l’équipe adverse.