La chanson "Delilah", un classique interprété par Tom Jones, est devenue un hymne pour les supporters gallois de rugby. Cependant, ce standard de la chanson populaire galloise est désormais au centre d'une controverse. La Fédération galloise de rugby demande aux supporters de ne plus chanter cette chanson populaire, surtout lors des matchs importants comme celui du tournoi des Six Nations contre l'Irlande à Cardiff.

Pourquoi cette interdiction ?
La raison principale de cette interdiction réside dans les paroles de la chanson. En résumé, la chanson raconte l’histoire d’un homme jaloux qui poignarde sa femme, Delilah, car il l’a vu avec un autre homme. Les paroles décrivent le meurtre d’une femme par son partenaire jaloux, un féminicide raconté de manière crue : "Au lever du jour quand cet homme est parti, j'attendais. J'ai traversé la rue jusqu'à sa maison et elle a ouvert la porte, elle est restée là à rire, j'ai senti le couteau dans ma main et elle n'a plus ri."
En 2014, le musicien et homme politique Dafydd Iwan avait déjà demandé aux supporters gallois d’arrêter de chanter ce morceau en tribune, car cela "a tendance à banaliser l'idée de tuer une femme". À cause des paroles de cette ballade, la fédération galloise avait déjà décidé de retirer en 2015 des musiques diffusées lors de la mi-temps. Cette fois, elle va plus loin en choisissant de bannir totalement le morceau.
Un hymne controversé
Sorti en 1967, écrit par Barry Mason et interprété par Tom Jones, "Delilah" a culminé à la deuxième place des charts britanniques l’année suivante. Le morceau est devenu un hymne pour les supporters lors des avants-matchs ou la mi-temps, repris par une chorale et un orchestre avant l’entrée des joueurs.
La fédération galloise avait déjà décidé de retirer en 2015 des musiques diffusées lors de la mi-temps. Cette fois, elle va plus loin en choisissant de bannir totalement le morceau.
Dans un communiqué que Fox Sports a consulté, le porte-parole du Millenium stadium écrit : "Nous avons déjà demandé conseil à des experts sur la question de la censure de la chanson, et nous sommes conscients qu'elle est problématique et dérangeante pour certains supporters en raison de son sujet."
Réactions des supporters
Reste à savoir si les supporters du XV du Poireau suivront. Un média gallois, WalesOnlines, donne la parole à plusieurs fans de rugby. "Ils n'arrêteront jamais de chanter ce morceau", prédit l’un d’eux. "J'espère que chaque fan gallois le chantera fort et fier. Décision ridicule", affirme Olwen. Pour Jospehina, "les gens ne la chantent pas à cause du sujet de la chanson, ils la chantent parce que c'est une chanson à chanter ensemble". Elle ajoute : "Ce morceau est chanté à l'unisson parce que cela donne un sentiment de bien-être."
Au lieu de l’interdire, la fédération anglaise a préféré sensibiliser sur l’histoire du morceau. Dans le temple du rugby londonien, à Twickenham, de nombreux supporters anglais continuent d’entonner ‘Swing Low, Sweet Chariot’. Cette chanson fétiche des fans britannique est à la base un chant d’esclaves.
Cette décision de la fédération peut apparaître comme un contre-feu. Elle intervient à un moment délicat pour les arcanes du rugby gallois. Sa direction connaît des remous depuis la diffusion d’un documentaire de la BBC. Le directeur général de la WRU a démissionné, après des allégations de sexisme, de misogynie et de racisme dans ses rangs. Deux femmes se sont plaintes d'une "culture toxique", un autre ancien employé a entendu des propos racistes lors d’une réunion de travail. L'ancienne responsable du rugby féminin du Pays de Galles assure qu'elle avait envisagé de se suicider.
Il est intéressant de noter que d'autres nations celtes ont des hymnes qui leur sont propres. Le "Bro gozh ma zadou" est depuis 7 ans régulièrement diffusé, joué ou chanté (souvent a capella comme dans le lien de vitus) avant ou pendant l'entrée des joueurs au Roazhon Park (Rennes; Ligue 1), au stade du Moustoir (Lorient; Ligue1/2) et au stade da la Rabine (Vannes; Pro D2/TOP 14). Il a aussi été interprété au Stade de France lors de deux finales de Coupe de France de Foot entre les deux clubs bretons de Rennes et de Guingamp:
- en 2009 avant et après le match, en dehors du protocole officiel
- en 2014 où il a été intégré au protocole officiel et a été chanté par Nolwen Leroy juste avant la Marseillaise
Le pays de Galles a sa grande voix populaire: Tom Jones. Les plus jeunes connaissent le chanteur pour son Sex Bomb, mais avant d’écumer les scènes du monde entier, le crooner est né en 1940 à Pontypridd, une terre de rugby: le club de cette ville au nord de Cardiff a disputé six Coupes d’Europe. Et Tom Jones, lui, a eu l’honneur, en 1999, à Wembley, d’entonner Bread of Heaven (ou, si vous arrivez à le prononcer, Cwm Rhondda, en gallois) avant un match contre l’Angleterre.
La passion pour le rugby des Gallois a permis à l’Arms Park d’avoir sa propre fanfare et a aussi engendré des artistes particuliers, comme Max Boyce. Dans les années 1970, ce chanteur s’est rendu fameux grâce à sa comédie musicale sur le rugby. Il est toujours chanté dans les stades pour Hymns and Arias, qu’il chante ici lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde 1999. Mais aussi pour des titres beaucoup plus pointus, comme The outside Half factory, soit «l’usine à ouvreurs», en hommage aux fameux numéros dix gallois. Un texte qui mêle non sans finesse et humour allusions au Pays de Galles des usines sidérurgiques et idolâtrie envers les ouvreurs: «La catastrophe a frappé ce matin, quand un ami assembleur appelé Ron a fissuré le moule en or massif d’où on avait sorti Barry John !»