Chant Gallois Rugby : Paroles, Histoire et la Controverse Autour de "Delilah"

Le rugby et la musique sont intimement liés, et les chants des supporters font partie intégrante de l'ambiance des matchs. Le Pays de Galles, connu pour sa passion pour le rugby, possède un riche patrimoine musical. Cet article explore l'hymne gallois, son histoire, son lien avec l'hymne breton, et la récente controverse entourant la chanson "Delilah".

Principality Stadium de Cardiff

L'Hymne Gallois : Hen Wlad fy Nhadau

Hen Wlad fy Nhadau, signifiant "Vieux pays de mes ancêtres", est l'hymne national du Pays de Galles. Il est chanté en gallois lors des événements sportifs et des manifestations patriotiques. L'hymne gallois est une manière de faire valoir ses origines.

Pour trouver l'origine de l'hymne gallois, il faut remonter au XIXe siècle et plus précisément en 1856. En effet, c'est cette année qu'aurait été écrit et composé Hen Wlad fy Nhadau.

Il serait l'œuvre d'un père et de son fils, Evan James (père) et James James (fils) qui, lors d'une promenade sur les bords de la rivière Rhondda, cours d'eau long de 25 km situé au sud du pays, auraient eu l'idée de cette chanson.

Mais il ne connut pas tout de suite son nom actuel de Hen Wlad fy Nhadau. Non, cette chanson, avant de devenir l'hymne gallois se nommait Glan Rhondda, "les rives de Rhondda" en français, et a été notamment l'un des chants qui a permis à un jeune chanteur de remporter une compétition de chants gallois en 1858.

C'est à cette époque qu'elle changea de nom et fut appelée Hen Wlad fy Nhadau, "vieux pays de mes ancêtres" en français et "land of my fathers" en anglais.

Ce n'est qu'à partir de 1874 que le chant écrit par Evan James et composé par James James commence à devenir un véritable hymne national. En effet, étant repris lors d'événements populaires et la majorité des manifestations patriotiques, Hen Wlad fy Nhadau devient petit à petit un symbole gallois que l'on expose fièrement pour montrer son appartenance à cette terre.

Aujourd'hui, même si God Save The King résonne parfois au Pays de Galles lors d'événements sportifs, ou non, liés à la couronne britannique, les Gallois s'identifient beaucoup plus fièrement au Hen Wlad fy Nhadau.

Paroles de Hen Wlad fy Nhadau

Voici les paroles de Hen Wlad fy Nhadau :

Mae hen wlad fy nhadau yn annwyl i mi,
Gwlad beirdd a chantorion, enwogion o fri;
Ei gwrol ryfelwyr, gwladgarwyr tra mad,
Tros ryddid collasant eu gwaed.

Gwlad! Gwlad! pleidiol wyf i'm gwlad
Tra môr yn fur i'r bur hoff bau,
O bydded i'r hen iaith barhau.

Hen Gymru fynyddig, paradwys y bardd,
Pob dyffryn, pob clogwyn i'm golwg sydd hardd;
Trwy deimlad gwladgarol, mor swynol yw si
Ei nentydd, afonydd i mi.

Gwlad! Gwlad! pleidiol wyf i'm gwlad
Tra môr yn fur i'r bur hoff bau,
O bydded i'r hen iaith barhau.

Os treisiodd y gelyn fy ngwlad dan ei droed,
Mae hen iaith y Cymry mor fyw ag erioed,
Ni luddiwyd yr awen gan erchyll law brad,
Na thelyn berseiniol fy ngwlad.

Gwlad! Gwlad! pleidiol wyf im gwlad
Tra mor yn fur, i'r bur hoff bau,
O bydded i'r heniaith barhau.

Traduction Française

La terre de mes ancêtres m'est chère,
Terre de poètes et de chanteurs, d'hommes illustres et d'honneur,
De braves guerriers, si nobles et si vaillants,
Qui versèrent leur sang pour la liberté.

Patrie ! Patrie ! Je suis fidèle à ma patrie.
Tandis que les mers protègent la pureté de mon pays,
Oh, puisse la langue ancienne être éternelle !

Vieux pays de Galles montagnard, paradis du barde,
La vue de chaque vallée, chaque falaise m'est belle.
Par l'amour de mon pays, fascinant est le murmure
De ses fleuves et de ses rivières pour moi.

Patrie ! Patrie ! Je suis fidèle à ma patrie.
Tandis que les mers protègent la pureté de mon pays,
Oh, puisse la langue ancienne être éternelle !

Même si l'ennemi foule mon pays de ses pas,
La vieille langue des Gallois reste vivante,
Le don poétique n'est pas entravé par la main hideuse du traître,
Ni la mélodieuse harpe de mon pays.

Patrie ! Patrie ! Je suis fidèle à ma patrie.
Tandis que les mers protègent la pureté de mon pays,
Oh, puisse la langue ancienne être éternelle !

Le Lien Entre l'Hymne Gallois et l'Hymne Breton

L'hymne breton, "Bro Gozh Ma Zadoù" ("Vieux pays de mes pères" en breton), a été créé en 1898 par Taldir Jaffrennoù sur l'air de l'hymne du Pays de Galles. Le « Bro gozh ma zadoù » est donc un chant entièrement en langue bretonne.

En 1856, le poète Evan James écrit Hen Wlad fy Nhadau (Vieux pays de mes ancêtres) et son fils James James en compose la musique. En cette deuxième moitié du XIXème siècle, le mouvement gallois est en plein essor, et cet hymne symbolise la mobilisation d’un peuple face à la domination de l’Angleterre. Très clairement, le texte gallois exalte l’amour de ce peuple pour sa langue et sa patrie.

En 1895, l’hymne est traduit pour la première fois en breton. Le pasteur gallois William Jenkyn Jones, installé en Bretagne depuis une dizaine d’années, reprend le texte qu’il traduit et adapte. Sous le titre Doue ha va Bro, pour être publié dans le recueil Telenn ar C’Hristen (la harpe du chrétien). Le texte proposé tient plus de l’adaptation que de la traduction. En effet, dans un élan moralisateur, le pasteur ajoute deux couplets sur les ravages de l’alcool, fléau de l’époque.

Deux ans plus tard, en 1897, une nouvelle traduction de l’hymne gallois est publiée par François Jaffrenou. Taldir de son nom de barde. Soucieux de s’attribuer la paternité du futur hymne breton, il déclare avoir eu connaissance de l’hymne Hen Wald et avoir traduit les paroles en breton à peu près à la même époque que le pasteur Jenkin Jones. Qu’il confond d’ailleurs avec le révérend Jenkins, auteur d’un ouvrage de cantiques protestants.

Mais en regardant de plus près les deux versions bretonnes, on s’aperçoit rapidement que Taldir s’est largement inspiré de la version de son prédécesseur pour écrire son Bro Gozh ma Zadoù. Notamment dans le refrain, il reprend presque mot pour mot la version de Jones. Mais en laissant de côté la dernière phrase, qui veut dire en gallois «Que son antique langue vive», pour la remplacer par l’idée de « liberté pour mon pays ».

Les premières versions du texte, qu’elles soient de Jones ou de Jaffrenou, nécessiteront quelques adaptations pour suivre l’impulsion de la musique. Le refrain, en particulier, commence par deux blanches pointées accentuées, sur lesquelles les chanteurs répètent, dans la version galloise, le mot « Patrie ! ».

Dans les premières traductions, le texte tombait sur « O va » ou « O ma ». Ainsi l’accent était mis sur le possessif, ce qui n’apportait aucune ferveur au texte. Le refrain sera modifié pour aboutir à la version qui est toujours chantée aujourd’hui, version dans laquelle le refrain commence sur « O Breizh » et où la musique souligne l’âme patriotique de l’hymne.

Ce chant n’était pas destiné à devenir l’hymne breton. En 1903, l’Union Régionaliste Bretonne, lors de son congrès de Lesneven, lance un appel à participation pour déterminer lors d’un concours le chant national breton. Taldir présenta deux de ses compositions : le Sao Breiz Izel et le Bro Goz. C’est ce dernier qui sera choisi par le jury et proclamé chant national.

Mais ce chant restât peu connu pendant des dizaines d’années. Ce n’est que dans les années 50, avec la multiplication des bagadoù, qu’il commença à être connu des musiciens bretons.

En 1951, suite à des problèmes financiers, Jaffrenou décide de déposer ses œuvres à la SACEM. Dans son catalogue figurait le Bro Gozh Ma Zadoù. Comment faire alors pour interpréter l’hymne breton avec le risque de payer des droits ? Les cercles et bagadoù s’emparèrent de l’affaire et la polémique enfla. Ne pouvant retirer son œuvre, Taldir proposa de rembourser tous ceux qui seraient amenés à payer ces droits. Et l’affaire en resta là jusqu’à la mort de Taldir, en 1956.

Le Bro Gozh Ma Zadoù est aujourd’hui promu et défendu par une association créée en 2010, le Comité Bro Gozh ma Zadoù. Basée à Lorient, elle coordonne des actions pour que cet hymne soit mieux connu et interprété lors de grandes manifestations. Notamment sportives. Et pour encourager sa promotion, le comité remet chaque année le prix Bro gozh, décerné à « la personne, l’artiste, l’association ou l’institution ayant le mieux promu l’hymne national breton l’année précédente. »

Les paroles sont les mêmes depuis sa création en 1898 par Taldir Jaffrennoù. La traduction des paroles de l’hymne breton en anglais sont donc différentes des paroles de l’hymne gallois en anglais. Même si l’air est le même et que l’adaptation de Taldir Jaffrennoù est très proche, la traduction n’a donc pas été faite depuis la version officielle de l’hymne gallois.

Alors maintenant, munissez-vous de votre Gwenn-Ha-Du, et allez chanter le Bro Gozh Ma Zadoù dans les stades de football pour soutenir les équipes bretonnes.

La Controverse Autour de "Delilah"

Les supporters gallois n’auront plus la possibilité de chanter « Delilah » dans les tribunes du Principality Stadium. La chanson "Delilah" est un classique dans les tribunes du Millennium Stadium, l’antre de l’équipe nationale de rugby galloise, mais un classique désormais interdit d’entonner.

La Fédération galloise de rugby (WRU) a ordonné ce 1er février 2023 que la chanson Delilah, interprétée par Tom Jones en 1968, soit retirée de la liste des chants des supporters du Principality Stadium (auparavant Millennium Stadium) de Cardiff. Elle a aussi fortement conseillé les supporters des chorales de ne plus entonner la chanson dans l’enceinte du stade, à la veille du Tournoi des 6 Nations 2023.

La Fédération demande aux supporters de ne plus chanter cette chanson populaire de Tom Jones, et notamment samedi, lors du premier match du tournoi des six nations contre l’Irlande à Cardiff. Elle suscite la controverse à cause de ses paroles. Elle décrit le meurtre d’une femme par son partenaire jaloux.

Un féminicide raconté dans les paroles"Delilah" est sorti en 1967, écrit par Barry Mason et interprété par Tom Jones. Ce standard de la chanson populaire galloise a culminé à la deuxième place des charts britannique l’année suivante.

Le morceau est devenu un hymne pour les supporters lors des avants-matchs ou la mi-temps, repris par une chorale et un orchestre avant l’entrée des joueurs. À cause des paroles de cette ballade, la fédération galloise avait déjà décidé de retirer en 2015 des musiques diffusées lors de la mi-temps. Cette fois, elle va plus loin en choisissant de bannir totalement le morceau.

En résumé, la chanson raconte l’histoire d’un homme jaloux qui poignarde sa femme, Delilah, car il l’a vu avec un autre homme. On peut entendre : "Au lever du jour quand cet homme est parti, j'attendais. J'ai traversé la rue jusqu'à sa maison et elle a ouvert la porte, elle est restée là à rire, j'ai senti le couteau dans ma main et elle n'a plus ri."

En 2014, le musicien et homme politique Dafydd Iwan avait déjà demandé aux supporters gallois d’arrêter de chanter ce morceau en tribune, car cela "a tendance à banaliser l'idée de tuer une femme".

Dans un communiqué que Fox Sports a consulté, le porte-parole du Millenium stadium écrit : "Nous avons déjà demandé conseil à des experts sur la question de la censure de la chanson, et nous sommes conscients qu'elle est problématique et dérangeante pour certains supporters en raison de son sujet."

Cette décision de la fédération peut apparaître comme un contre-feu. Elle intervient à un moment délicat pour les arcanes du rugby gallois. Sa direction connaît des remous depuis la diffusion d’un documentaire de la BBC. Le directeur général de la WRU a démissionné, après des allégations de sexisme, de misogynie et de racisme dans ses rangs.

Deux femmes se sont plaintes d'une "culture toxique", un autre ancien employé a entendu des propos racistes lors d’une réunion de travail. L'ancienne responsable du rugby féminin du Pays de Galles assure qu'elle avait envisagé de se suicider.

Il est important de noter que la Fédération Anglaise de Rugby a préféré sensibiliser sur l’histoire de "Swing Low, Sweet Chariot" au lieu de l’interdire.

Reste à savoir si les supporters du XV du Poireau suivront. Un média gallois, WalesOnlines, donne la parole à plusieurs fans de rugby. "Ils n'arrêteront jamais de chanter ce morceau", prédit l’un d’eux.

"J'espère que chaque fan gallois le chantera fort et fier. Décision ridicule", affirme Olwen. Pour Jospehina, "les gens ne la chantent pas à cause du sujet de la chanson, ils la chantent parce que c'est une chanson à chanter ensemble". Elle ajoute : "Ce morceau est chanté à l'unisson parce que cela donne un sentiment de bien-être."

Voici un tableau récapitulatif des hymnes et chants mentionnés :

Chant Pays/Région Contexte Controverse
Hen Wlad fy Nhadau Pays de Galles Hymne national Aucune
Bro Gozh Ma Zadoù Bretagne Hymne breton Aucune
Delilah Pays de Galles (chant de supporters) Chant populaire lors des matchs de rugby Interdiction par la WRU en raison de paroles décrivant un féminicide
Swing Low, Sweet Chariot Angleterre (chant de supporters) Chant fétiche des supporters anglais de rugby Sensibilisation à l'histoire du chant (chant d'esclaves)

🏴󠁧󠁢󠁳󠁣󠁴󠁿FLOWER OF SCOTLAND (WITH LYRICS/AVEC PAROLES) - MURRAYFIELD - TOURNOI DES 6 NATIONS

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