Dans l'univers du football, les chants font partie intégrante du décor. Ils nourrissent les rivalités, forgent une identité collective et participent à la ferveur des tribunes. Parmi les nombreux chants anti-OM du PSG, celui des "rats" est un classique, présent dans les travées de l’enceinte de la porte d’Auteuil depuis de nombreuses années.
Chaque saison, à l’approche de la rencontre entre le Paris Saint-Germain et l’Olympique de Marseille, ce chant continue de défrayer la chronique. Celui des rats, repris en chœur par une partie du public parisien dimanche soir à l’occasion du derby face au Paris FC, s’inscrit dans cette tradition de chambrage à l’encontre du rival marseillais. Les ultras parisiens ont l’habitude, à l’approche du derby face à l’OM, de chanter « les rats », un chant historique qui fait aujourd’hui la polémique.
Dimanche soir, le derby opposant le PSG au Paris FC a été interrompu alors que les supporters en tribune Auteuil donnaient de la voix sur « les rats », un chant emblématique du Parc des Princes. Une fois de plus, dimanche soir au Parc des Princes, un chant entonné par les supporters a provoqué une intervention du speaker, une brève interruption du match et, ce faisant, l’ire de Luis Enrique. Un chant qui revient, réglé comme une montre suisse, dès qu’approche un clasico face à Marseille.
Les quatre vers sont toujours repris avec entrain et enthousiasme par le Parc, sur un air entraînant :
« Dans la boue y’a les rats/Dans les égouts les rats/Ils sont partout les rats/Ce sont les Marseillais ! »

Les Polémiques Autour du Chant
Mais ces dernières saisons, l’assimilation entre « rats » et « Marseillais » a régulièrement été pointée du doigt par les instances du football français. C’est l’histoire d’une chanson, populaire parmi les supporters parisiens et ressortie chaque saison à l’approche des Classiques, qui suscite la polémique. D’un côté, les Marseillais crient au racisme. De l’autre, les Parisiens plaident volontiers le chambrage à propos de l’hygiène de la ville.
Depuis plusieurs saisons, les instances du football ont durci leur position face aux propos jugés discriminants dans les stades. Insultes, stigmatisations ou références à caractère raciste font l’objet d’une vigilance accrue, avec des procédures codifiées pouvant aller jusqu’à l’interruption d’un match. C’est précisément ce changement de regard qui place le chant « les rats » sous les projecteurs. Si de nombreux supporters assurent n’y voir qu’une moquerie visant la ville ou le club adverse, d’autres y perçoivent une charge symbolique plus lourde.
La polémique naît de ce décalage. D’un côté, une pratique ancrée dans l’histoire du Parc des Princes, transmise de génération en génération de supporters, souvent sans remise en question. De l’autre, une société plus attentive aux mots, à leur portée et à leurs possibles résonances. Ce fossé explique en grande partie l’incompréhension qui s’exprime à chaque nouvelle intervention du speaker ou interruption de rencontre, comme contre le PFC dimanche, à deux reprises.
Au fil des saisons, « les rats » est devenu le symbole d’une époque où certaines paroles passaient inaperçues. Symbole, aussi, des difficultés du football à faire évoluer ses codes sans heurter une partie de son public. Plus que son contenu seul, c’est donc la question de son maintien qui interroge aujourd’hui.
Si certains chants sont épinglés pour leurs insultes, grossièretés, leur caractère ouvertement et explicitement raciste, discriminant, homophobe, le vice de celui-ci est un peu plus subtil. Depuis quelques années, d’aucuns soulignent la connotation raciste derrière le mot « rat », aux acceptions pourtant multiples.
« Rat », « Raton », un mot devenu pour certains une injure raciste. Dans l’argot français, le mot « raton », ou jeune rat, s’est mué dès le mitan du XXe siècle en une insulte raciste, dirigée contre les Arabes. C’est de là qu’est né le mot « ratonnade », ces expéditions punitives visant notamment les Arabes de France, particulièrement fréquentes durant la guerre d’Algérie (1954-1962).
Cette interprétation, partielle, rejoint la rivalité PSG-OM en deux points. D’une part, l’histoire douloureuse des ratonnades dans la ville de Marseille, et un épisode particulièrement marquant en 1973 ; d’autre part, les liens évidents avec l’extrême droite patriote d’une partie des anciens ultras du Paris Saint-Germain, logés en tribune Boulogne, jusqu’à la dissolution progressive de ces groupes entre 2006 et 2010.
Cette signification est pourtant massivement rejetée par les supporters du Paris Saint-Germain. « Après la première polémique concernant ce chant, autour de 2017, j’avais parlé à de nombreux supporters pour essayer d’en chercher l’origine et je n’avais pas pu la retracer avec certitude, retrace un abonné historique du Parc des Princes. L’unanimité en revanche c’est qu’il n’a absolument aucune portée raciste. La boue, les égouts, tout a toujours été présentée comme référant à la crasse et la saleté de Marseille. » Un argument hygiénique déjà mis en avant, même chez les Boulogne Boys, il y a plus de vingt ans.
« Quand il y avait une volonté de chants racistes à Boulogne, c’était assumé ouvertement, poursuit notre supporter. Dans Ô ville lumière, après chasser l’ennemi, ils rajoutaient bougnoules derrière. Or, à ma connaissance, jamais Boulogne n’a revendiqué le racisme sur le chant des rats. »
Surtout, « c’est un chant que j’ai l’impression d’avoir toujours entendu dans les deux virages du Parc », expose Pierre Barthélémy, avocat de l’Association nationale des supporters (ANS) et fan du PSG. « Dans mes souvenirs, il a toujours été chanté par Auteuil, y compris dans les années 1990-2000 avec un antiracisme revendiqué. Il a été repris par le CUP, groupe parmi les plus cosmopolites dans les tribunes en France avec les virages marseillais… Jamais Auteuil ne le chanterait si c’était raciste dans leur esprit. »
Pourtant, c’est bien la connotation raciste qui est avancée par la Ligue de Football Professionnel (LFP) pour épingler ce chant à chaque fois qu’il refait surface au Parc des Princes. La proximité entre « rat » et « ratonnade », et donc la connotation raciste de l’insulte, « en fait un chant qui incite a minima à la haine, voire à la haine raciale », avance-t-on du côté de l’instance. Une position difficile, a priori, à tenir d’un point de vue légal, selon Pierre Barthélémy : « Rat est une injure publique, ça ne fait aucun doute. Mais on ne peut pas caractériser, en droit pénal, le caractère raciste. L’élément moral fait défaut : l’intentionnalité est impossible à prouver ».
Comme à chaque fois qu’un tel événement se produit, il sera traité en commission de discipline à la suite du rapport de match rendu par le délégué. Pour rappel, ce sont les délégués, formés sur ces thématiques, qui identifient les chants problématiques et qui décident, en concertation avec l’arbitre central et au moment où ceux-ci sont entonnés, d’enclencher la procédure qui peut mener à l’interruption de la rencontre.
Chaque club a ensuite un dispositif plus ou moins étoffé pour répondre à ces événements. Au Parc des Princes, dimanche, le speaker Vincent Royet a adressé deux messages aux supporters, qui ont également été affichés sur les écrans géants du club, pour leur demander de cesser les chants.
Le PSG n'a fait qu'une bouchée de Lille ce samedi 1er mars (4-1), dans le cadre de la 24e journée de Ligue 1. Le public parisien a lui lancé les hostilités envers les Marseillais, à deux semaines du Classique PSG-OM. Les supporteurs de la tribune Auteuil du Parc des Princes ont entonné un chant comparant les Marseillais à des rats, samedi lors de la victoire du PSG contre Lille (4-1), un mois après une banderole niçoise employant le même champ lexical.
En fin de match, les ultras parisiens ont entonné durant plusieurs minutes ce chant, repris par une partie du public, à deux semaines de la réception de l'OM. Le speaker du stade a ensuite pris la parole pour lire le message prévu pour une telle circonstance par la Ligue de football professionnel (LFP). Le 26 janvier, les ultras niçois avaient déployé une banderole raciste et injurieuse sur laquelle les Marseillais étaient qualifiés de "rats".
Dès la fin de la première période, des chants insultants les Lyonnais sont descendus pendant quelques secondes du virage Auteuil, obligeant le speaker du stade à prendre la parole. D'autres ont été entonnés en seconde période, cette fois pendant au moins cinq minutes. Le délégué du match interpelle alors l'arbitre Benoît Bastien : la rencontre est arrêtée. A la 54e minute, Achraf Hakimi, capitaine parisien du soir, s'est dirigé au pied de la tribune pour demander de cesser les chants insultants. Le match a repris quelques minutes après, alors qu'un message a été de nouveau lu par le speaker et affiché sur grand écran.
Le virage Auteuil qui chante depuis plusieurs minutes "Les Lyonnais c'est des salopes". L'arbitre a convoqué les capitaines, les joueurs du PSG demandent d'arrêter. Message du speaker. Pour Ousmane Dembélé, attaquant du PSG, il s'agit avant tout d'une décision logique : "Entendre ces chants dans les stades, c'est difficile..." Du côté des supporters parisiens, les avis sont plutôt partagés : "Ça a toujours existé dans le football, il n'y a rien de méchant en fait. Mais ça va encore faire des vagues", plaide l'un. "Maintenant, ça fait partie du jeu, ce chambrage, etc... Maintenant, des fois, ça va trop loin", reconnaît un autre. Enfin, une supportrice tranche : "Je pars du principe qu'on ne doit pas insulter les gens.
En signe de protestation, les dirigeants lyonnais ont quitté la tribune cinq minutes avant la fin de la rencontre. Le Paris Saint-Germain, récidiviste, risque une nouvelle convocation devant la commission de discipline. Un rapport a été réalisé par le délégué de la Ligue pour "chants insultants" et non pour "chants discriminatoires", ce qui change la donne en termes de sanctions.
Fin octobre, le club de la capitale a été sanctionné par la commission de discipline de la LFP après les chants homophobes entonnés pendant une dizaine de minutes par des supporteurs du Collectif Ultras Paris à l'encontre des Marseillais lors de la réception de Strasbourg le 19 octobre, à huit jours du "classique" remporté (3-0) par le PSG au Vélodrome.
On parlait alors de « ratons » (jeunes rats), un terme qui vise à animaliser sous forme d’injure les populations colonisées. C’est, aussi, la dénomination sous laquelle les nazis désignaient les populations juives pendant la Seconde Guerre mondiale, selon le Petit Robert. Au moment de la guerre d’Algérie, puis des évènements survenus sur le territoire français après l’indépendance algérienne, les ratonnades se sont multipliées au cours des années 1960 à 1980, et l’histoire de la ville de Marseille a été particulièrement marquée par ces phénomènes. D’abord avec la rafle qui s’est déroulée au Vieux-Port les 22, 23 et 24 janvier 1943 par les nazis accompagnés de la police collaborationniste afin de nettoyer les quartiers adjacents avant leur dynamitage en février 1943.

Autres Chants Populaires
Outre les chants spécifiquement dirigés contre l'OM, d'autres chants contribuent à l'ambiance électrique du Parc des Princes :
- "Paris SG, Tous ensemble on chantera": Cet amour qu’on a pour toi, Qui ne cessera jamais !
- "Ô Ville Lumière": Inspiré de l’hymne écossais Flower of Scotland, « Ô Ville Lumière » a été repris par les ultras parisiens dans les années 90 et s’est imposé comme un des chants emblématiques du Parc des Princes.
Ô Ville Lumière, Sens la chaleur, De notre coeur, Vois-tu notre ferveur, Quand nous marchons près de toi ?
- "Pour Paris je perds la raison": Je ne pourrais m’en passer, Du virage résonne la passion, Des Ultras du PSG !
Chants Homophobes et Réactions
Malheureusement, certains chants entonnés par les supporters du Paris Saint-Germain contiennent des paroles homophobes contre ceux de l’Olympique de Marseille. Le score était largement acquis au PSG lorsque la tribune Boulogne a initié un premier chant haineux, rapidement repris par la tribune Auteuil. Celle-ci a ensuite entonné avec force un autre chant aux paroles explicitement homophobes.
Voici quelques exemples de chants populaires entonnés par les supporters du PSG lors des matchs contre l'Olympique de Marseille (OM) :
- "Les Marseillais sont des PD, laladirladada Des fils de pute, des encules, laladirladada Et par les couilles on les pendra, laladirladada Oui mais des couilles ils n'en ont pas, laladirladada"
- "Nous nous sommes du PSG C'est notre plus grande fierté Marseille c'est des enculés C'est leur plus grande qualité Quand notre équipe va marquer Tout le stade va s'enflammer Du virage va s'élever La chanson du PSG... la la..."
- "J'encule l'OM et les marseillais Hissez haut, bande de blaireaux A jamais je vous haïrai Et par les couilles je vous pendrai Anti-OM, anti-marseillais Hissez haut, bande de blaireaux A jamais je vous haïrai Et par les couilles je vous pendrai"
- "Marseille...Marseille...on t'encule"
- "Mais il est où, mais il est où, mais il est où Bernard Tapie? Mais il est où, mais il est où Bernard Tapie?"
- "Mais ils sont où, mais ils sont où, mais ils sont où les marseillais? Mais ils sont où, mais ils sont où les marseillais?"
- "Il est où, il est où, il est où, il est où Bernard Tapie? En prison, en prison, en prison, en prison, en prison, en prison"
- "Ils sont où, ils sont où, ils sont où, ils sont où les marseillais?"