Les chants de rugby sont bien plus que de simples mélodies entonnées par les supporters. Ils incarnent l'esprit d'une équipe, l'identité d'une région et la ferveur d'une communauté. Dans le Sud-Ouest de la France, cette tradition est particulièrement vivace, avec des hymnes qui résonnent dans les stades et les fêtes locales.
À l'image de l'Aviron bayonnais, plusieurs clubs de Top 14 et de Pro D2 cherchent à créer un hymne pour unir leurs supporters. Ces chants sont un moyen de dynamiser l'équipe, de créer une ferveur dans le stade et de renforcer l'identité du club. La tradition du chant est profondément ancrée dans l'histoire du rugby français, et la recherche d'un hymne à la gloire du club est devenue une démarche relativement récente.
Découvrons ensemble comment ces chants se sont développés et quel impact ils ont sur la culture rugby de Mont-de-Marsan et au-delà.
L'Encantada de Nadau et l'Hymne du Stade Montois Rugby
Symbole de liberté et d’identité gasconne, la chanson séduit par sa force émotionnelle. Il est des chansons qui font partie du quotidien musical des Landes et qui pourtant sont très récentes et originaires d’un autre territoire. C’est le cas de « L’encantada » de Nadau.
C’est au début des années 70 qu’est formé le groupe Nadau qui dès ses premières notes défend et met en musique sa culture gasconne et béarnaise. Aujourd’hui Nadau est le plus connu et le plus ancien groupe de musique occitane et il est devenu un emblème musical vivant et incontournable qui remplit les salles du Sud-Ouest, mais aussi à Paris et dans de nombreux pays du monde.
C’est en 2005, alors que le groupe vient de fêter ses 30 ans qu’est créée la chanson « L’encantada » qui deviendra l’un des plus grands succès du groupe. La chanson raconte l’histoire d’une créature merveilleuse et indomptable - l’Encantada - symbole de liberté, de beauté farouche et d’appartenance à une terre indocile.
Et un peu comme une consécration, « L’encantada » servira de base musicale à la création de l’hymne du stade Montois Rugby « en jaune et Noir » concocté par Brice Martin au début des années 2010 et qui depuis accompagnent les matchs au stade Guy et André Boniface.

L'Importance des Bandas et des Chants dans le Rugby
Avec ses bandas et ses chants, le rugby véhicule une image festive qui séduit. « Aller à un match de rugby, c’est l’assurance de ne pas s’ennuyer. Il y a toujours du spectacle. On vous vend tout le package. Les valeurs de partage, de fête et de solidarité sont mises en avant. Elles sont fédératrices et valorisantes donc on essaye d’en tirer profit », analyse le chercheur.
La médiatisation croissante pousse les clubs à développer tous les outils marketing à leur disposition. « La Pro D2 est de plus en plus médiatisée. A travers la télé il faut donner une image dynamique et vivante », explique la responsable communication de l’US Dax qui a récemment relancé sa mascotte et encourage ses trois associations de supporteurs.
Du côté du Stade toulousain, on ne désespère pas d’entendre un jour un véritable hymne dans les travées du stade Ernest-Wallon. « Ça nous plairait énormément. C’est quelque chose qui manque vraiment à Toulouse », assure Jean-Marc Arnaud, président du Huit, le club de supporters du Stade toulousain.
Beñat Monca, désormais responsable de la banda du Stade toulousain féminin, réessaye de lancer un chant pour son équipe qui évolue dans le Top 8 (première division féminine) en utilisant la recette à la mode : « Le contexte actuel veut qu’on prenne un air connu et qu’on mette des paroles dessus. »
Le "Vino Griego" de l'Aviron Bayonnais : Un Exemple Emblématique
En quelques années, le chant des supporters de Bayonne est devenu emblématique, à l'image du "You'll Never Walk Alone" en foot. L'Aviron bayonnais n'a pas marqué le rugby professionnel par ses titres, mais il y a un domaine dans lequel les Bayonnais restent une référence : leur public. Un public qui se sublime lors du "Vino Griego", ce chant ouvrant chaque rencontre des Bleu et Blanc.
À l'occasion de la demie Bayonne-Colomiers, ce "Vino Griego" s'est rappelé à tout le monde dimanche dans une version longue et émouvante. L'intensité a touché nombre de téléspectateurs qui n'ont pas manqué de relayer le moment sur les réseaux sociaux.
L'intensité a touché nombre de téléspectateurs qui n'ont pas manqué de relayer le moment sur les réseaux sociaux. Quand on sort, on a des frissons, presque les yeux humides, témoigne l'ailier bayonnais Julien Jané. C'est un truc qui fait rêver ce stade, ce public, ce chant. On a envie de vivre ça et quand on y est, c'est encore mieux que l'idée qu'on s'en faisait. C'est fort.
Je l'ai connu avant de venir ici et même en tant qu'adversaire c'est un régal, apprécie Grégory Arganese. C'est une ambiance énorme. Et quand en plus on joue pour l'Aviron, on ne s'en lasse jamais. Quand on entend le chant, on sait qu'on va rentrer, l'arbitre n'a pas besoin de siffler pour nous appeler. On est prêt à y aller, c'est le top. Là, pour cette demi-finale, c'était monstrueux.
Juste après le vestiaire, on est dans une zone où on n'entend plus le bruit des crampons et les encouragements entre les joueurs, décrit Jean-Jo Marmouyet. Mais dès qu'on sort du bâtiment, on est dedans. Le top, c'est quand on est dans le couloir au bord du terrain avant de rentrer et que ça chante encore. On sent le stade à l'unisson, on est dedans.
Pour Vincent Etcheto, ce chant est beau parce que c'est une communion. Des gens nous envient ça, ça fait partie de l'histoire moderne de l'Aviron, il faut le garder. Eh oui, comme le rappelle l'entraîneur bayonnais, ce "Vino Griego" n'est pas un chant historique de l'Aviron, dont le répertoire est pourtant riche d'une dizaine de chants traditionnels. Ce "Vino Griego" version Peña Baiona date du début des années 2000.
Avant l'Aviron, ce chant a eu une histoire. Il a été écrit au début des années 1970 par Udo Jurgens (musique) et Michael Kuntz (paroles), deux pointures de la musique allemandes. Ils l'ont composé en hommage aux Grecs qui venaient travailler en Allemagne et qui pensaient à leur pays, au vin qu'ils buvaient chez eux, d’où le titre "Griechischer Wein" ("Le vin Grec").
C'est une chanson qui a pas mal bougé. Au Portugal, il s'appelait "Vino Verde", en Espagne "Vino Griego". C'est la banda de Montfort, il me semble, qui l'a ramené du Portugal à la fin des années 1980. On a commencé à l'entendre dans les fêtes. La musique fut alors utilisée comme musique officielle lors des championnats du monde d'Athlétisme à Paris en 2003.
Dans le même temps, la Peña Baiona, club des supporters de l'Aviron bayonnais, cherchait un chant auquel s'identifier. On ne pouvait pas savoir que ça allait prendre comme ça. Maintenant, c'est un truc incontournable. Je le vois avec les gens de l'extérieur. C'est assimilé à l'Aviron. On l'entend dans les matchs internationaux et les gens chantent avec les paroles de l'Aviron. Ça véhicule l'image du club. Quand on voit la demie de dimanche, c'est extraordinaire l'image qui est véhiculée. Les gens ont envie de retrouver cette Peña Baiona. Ce devait être le chant d'un groupe de supporters et c'est devenu le chant d'un club, une identité.
Aujourd'hui, le Vino Griego fait partie des dix chansons d'Agorila Production les plus téléchargées. Manex Meyzenc est désormais un spécialiste du genre. Il a notamment collaboré à l'hymne du Stade montois.

Les Paroles de Quelques Chants Emblématiques
Voici les paroles de quelques chants emblématiques mentionnés dans l'article :
"La peña Baiona (Vino Griego)"
Couplet 1 :
Dans notre cher petit Bayonne
Il est une peña, la peña Baiona
Ils portent fièrement partout leur foulard bleu et blanc
A Dax ou à Narbonne, on ne voit plus que ces gars-là
Qui ont dans le cœur, leurs chers joueurs
Du rugby roi
Chez nous à Jean Dauger, ou bien partout à l'extérieur
Sur tous les stades enfiévrés, elle nous met tant d'ardeur
C'est la peña qui crie sa joie
Sur cet air là…
Refrain :
Allez alleeeez
Les bleus et blancs de l'Aviron Bayonnais
C'est la peña, c'est la peña Baiona
On est tous là, allez les gars
Encore une fois…
Allez alleeeeez
Les bleus et blancs de l'Aviron Bayonnais
Jouez au ras, puis écartez c'est l'essai
On applaudit à vos exploits, c'est gagné…
"Debout Léon"
Refrain :
Debout, debout, debout Léon !
Il est temps de mettre ta couronne
Pour nous ce sera toujours toi,
Le roi des fêtes de Bayonne
Debout, debout, debout Léon !
Il est temps de monter sur le trône
Ton peuple n’attend plus que toi
Debout, Léon, c’est toi, le roi !
On est tous réunis
Place de la Mairie
Et grands et petits
on l’appelle à grands cris
Et du fond de son lit,
Sa majesté Léon,
Chaque jour à midi
Entend notre chanson
"Bayonne nous voilà"
La chemise repassée
Le moment d'y aller
Pantalons plus blancs que jamais
Ton foulard élevé
Place de la Liberté
Fins prêts les clefs sont jetées
Lalalalala lalalalala lalalala lalalalala lalalala lalalala Baionaaaaa
Lalalalala lalalalala lalalala lalalalala lalalala lalalala Nous voilà !
Les bandas sur le quai
Direction Saint André
La peña remet sa tournée
La batukada s'affole
Les filles farandolent
Les coeurs des hommes s'envolent
Ton rouge, ton blanc
Nous enivrent toujours
Le temps s'arrête
Entre Nive et Adour
Kanta dezagun
Or dago Baiona
Bayonne nous voilà !