L’idée d'un site de rugby qui parle des chansons qu’on chante entre amis est essentielle, car c’est un élément indissociable de la culture rugby. Ce Top 50 du Rugby s’est peu à peu transformé en Top 100. Naturellement, ce classement varie en fonction des clubs, des régions, des générations, et des affinités de chacun.
Au Rugby, on chante des chansons paillardes, des chansons à boire, de la chanson française, etc., et c’est la touche que nous avons essayé de donner à ce classement des meilleures chansons du rugby. Notez aussi que les paroles que vous chantez ne sont pas toujours les mêmes partout en France.
Il ne supplantera certes jamais «La Marseillaise» au chapitre des marches militaires et des sillons abreuvés. Il est en revanche le tube incontesté des troisièmes mi-temps de France et de Navarre. L’hymne de l’Aviron bayonnais, alias la «Peña Baiona», c’est l’air favori du rugby hexagonal. Et comme il n’a pas de frontières, de travées en buvettes, il berce aussi la présente Coupe du monde. Il a même résonné lors de la cérémonie d’ouverture.
Bercer n’est peut-être pas le bon verbe, en fait. Car le morceau aurait plutôt tendance à prendre aux tripes, secouer les neurones, envoûter les âmes. Surtout lorsqu’il est repris en chœur par des dizaines, centaines ou milliers de gorges déployées. L’épicentre des poils au garde-à-vous et de la joyeuse ferveur, c’est le stade Jean Dauger et sa peña. Le mot désigne, dans le monde hispanique, une association de potes déterminés à vivre ensemble leur passion. En l’occurrence celle du rugby, et ça fait du bruit; fureur aussi.
«Ça marque le dernier moment de fraternité avant d’entrer sur le terrain, chacun se serre, s’encourage. C’est un truc hyperfort au niveau émotionnel, pour l’équipe et les supporters bien sûr, mais aussi pour toute une ville et une région en quête d’identification.»
Or, avec cette chanson, chacun s’y retrouve (à part les types de Biarritz, trop rivaux pour apprécier). À Dax, Lyon ou Toulouse, presque partout dans les autres clubs, on s’approprie le chant sans jalousie. Juste parce qu’il est irrésistible.
«Il y a cette très belle mélodie qui accélère, entraîne, enivre. Avec ce morceau, quel que soit le contexte, ça décolle tout de suite», témoigne Christophe Vuillot, chef de l’orchestre Bandas Crescendo.
Le groupe de Bourg-en-Bresse, actif sur tous les terrains et dans bien des formations, n’exclut jamais la «Peña Baiona» du répertoire. «On la joue - au moins une fois - lors de toutes nos prestations, qu’il s’agisse d’une foire gastronomique, d’une soirée privée ou d’un thé dansant en EMS. Même là, ça envoie. Les anciens connaissent l’air, même les paroles souvent», témoigne l’accordéoniste, qui classe ce hit dans la même catégorie, en termes de nouba croissante et de carton assuré, que «Les lacs du Connemara», «Mon amant de Saint-Jean» ou encore les envolées russes façon «Kazatchok» et «Kalinka».
La Pena Baiona - l'hymne officiel de l'Aviron Bayonnais Rugby (avec paroles)
Des Origines Surprenantes
La «Peña Baiona» est si universelle qu’elle ne vient pas du tout de Bayonne. Elle trouve sa source en Autriche, en 1974, sous le nom de «Griechischer Wein». Composée par Udo Jürgens, un crooner de Klagenfurt devenu machine à schlager (plus de 100 millions de disques vendus) après sa victoire à l’Eurovision 1966 avec «Merci, Chérie». La chanson met en musique la nostalgie des travailleurs immigrés grecs. Elle n’a pas fini de voyager.

«J’ai aimé cette mélodie dès que je l’ai entendue. Quand les thèmes sont aussi bons, les chansons sont éternelles, expliquait récemment sur Canal Plus José Vélez, l’homme qui a popularisé le thème en Espagne puis en Amérique latine dès 1976, avec son «Vino griego». Elle a été écoutée dans le monde entier, il n’existe pas de pays où cette chanson n’a pas eu de succès. Aujourd’hui encore, je termine souvent mes concerts avec, parce que les gens me la demandent dès le début.»
De nombreux remakes fleurissent dans bien des langues, dont le fameux «Verde vinho» (1980) de l’interprète portugais Paulo Alexandre, qui fera chavirer les foules de Lisbonne à Rio. Mais c’est bien via la version espagnole que le virus s’attaque au sud-ouest de la France, au début des années 90.
Et pour sceller un mariage aussi inattendu, il fallait des excentriques. Les Dalton’s de Labatut, un hameau des Landes, avaient le profil. En quête d’airs nouveaux, la banda en tenait un. De chouilles en musettes, il mettra une décennie à parcourir la cinquantaine de kilomètres qui sépare Labatut de Bayonne.
La maison de disques Agorila, sise à deux pas du stade Jean Dauger, s’intéresse au morceau de choix. Le président de la peña se fend de paroles simples mais efficaces, le chanteur Gorka Robles prête sa voix et Udo Jürgens donne sa gracieuse autorisation. La fine équipe sera vite dépassée par le raz-de-marée. Car l’air se répand comme une traînée de poudre, bien au-delà des rives de l’Adour.
En 2003 par exemple, le refrain accompagne, tous les soirs au Stade de France, la cérémonie des médailles lors des Mondiaux d’athlétisme. Les Fêtes de Dax et bien sûr de Bayonne en font leur hymne. De match en féria, de bal en foire, la chanson poursuit son chemin sans jamais perdre son souffle. Et le grand frisson collectif perdure.
Tableau Récapitulatif des Versions de la Chanson
| Année | Titre | Artiste | Origine |
|---|---|---|---|
| 1974 | Griechischer Wein | Udo Jürgens | Autriche |
| 1976 | Vino griego | José Vélez | Espagne |
| 1980 | Verde vinho | Paulo Alexandre | Portugal |
| Années 90 | Peña Baiona | Dalton’s de Labatut & Aviron Bayonnais | France (Bayonne) |
