Le match de rugby le plus long de l'histoire: France-Galles 2017

Le 18 mars 2017, l'histoire du Tournoi des Six Nations s'est écrite un peu plus, au cœur d'un Stade de France plein comme un œuf et au bord de l'arrêt cardiaque. Ce France - Galles 2017 restera dans les mémoires comme le match le plus long de l’histoire du Tournoi : vingt minutes d’arrêts de jeu, vingt minutes passées sur la ligne galloise à faire douze mêlées.

Un match est censé durer 80 minutes, ou juste un peu plus. Celui entre la France et le pays de Galles, ce samedi, en clôture du Tournoi des Six Nations, en a compté 100. Comment en est-on arrivé à ce final historique ?

Il fallait le voir pour le croire et encore, en se frottant les yeux. Quand Camille Chat s’est glissé dans un trou de souris pour inscrire l’essai de la victoire française (18-15) face au pays de Galles, ce samedi en clôture du Tournoi des Six Nations, le chronomètre affichait 99’55’’. Soit un peu moins de 20 minutes supplémentaires, dans un sport où l’on arrête justement le chrono à chaque temps mort pour éviter un temps additionnel à rallonge. Que s’est-il passé, exactement, au Stade de France, pour que l’arbitre, M. Barnes, fasse jouer une aussi ahurissante prolongation ? On rembobine.

Au moment de la 80e minute, les Gallois, très solides, menaient 15-18 et pensaient devoir subir seulement un dernier assaut tricolore avant de souffler un grand coup. Le ballon se trouvait alors dans leurs 5m et les Bleus poussaient fort. Au point d’obtenir une pénalité, qu’ils décident alors de prendre en mêlée, puisque seul un essai leur aurait offert une éventuelle victoire.

La première tentative va au sol et doit être refaite. Le staff de Novès entreprend d’effectuer un remplacement mais l’arbitre refuse. Il accepte finalement à l’issue de la 2e tentative… Le XV de France tente de libérer le ballon, obligeant les Gallois à multiplier les fautes. La sanction tombe : carton jaune pour Lee, qu’on ne pensait pas revoir dans dix minutes… Francis entre alors en jeu et la première ligne galloise est encore pénalisée à l’issue d’une mêlée.

Suivent deux minutes surréalistes de palabres entre le staff gallois et les arbitres, au sujet des changements. Halfpenny entre à son tour en jeu, à la place de Francis. Puis Francis cède sa place à Halfpenny ! La mêlée suivante est jouée. Pénalité pour les Bleus… Et nouvelle mêlée, à la 87e, toujours en plein dans les 5m gallois.

Durant la 88e, il y aura encore deux mêlées écroulées. À la 89e, Picamoles parvient enfin à jouer à la main mais tombe juste devant la ligne. À la 90e, les Bleus écartent le jeu… mais Dulin n’arrive pas à saisir le ballon. Et l’arbitre revient à la pénalité. Nouvelle mêlée. Clairement, les Tricolores tentent d’obtenir un essai de pénalité. En vain. Chat tente ensuite une percée, aidé par les charges de Fickou et Gourdon. Elle ne donnera rien et M. Barnes revient à l’avantage pour les Bleus.

À la 93e, l’arbitre autorise Lee à revenir 10 secondes avant la fin de son carton jaune, et ce alors que les arrêts de jeu eux-mêmes n’avaient pas été décomptés ! Comme si cela ne suffisait pas, l’arbitre, dans la foulée, demande la vidéo pour juger une pénalité. Mais les ralentis se font désespérément attendre, jusqu’à la 96e. Cela donnera, évidemment, une nouvelle mêlée pour les Bleus.

À la 97e, la mêlée française pousse, puis M. Barnes interrompt le jeu et se tourne vers le bord du terrain : moment de flottement, puis remplacement de Evans par Smith côté gallois. L’arbitre accorde une nouvelle mêlée aux Bleus à la 98e. À la 99e, il siffle une nouvelle pénalité, refusant pour de bon toute idée d’essai de pénalité, malgré l’avancée du pack français. À la 100e, enfin, Dupont libère le ballon et joue avec ses avants, jusqu’à Camille Chat.

Vous connaissez la suite : l’ivresse, sans la bière, alors que ces "arrêts de jeu" ont duré aussi longtemps qu’une 3e mi-temps. Après 20 minutes de temps additionnel, les Bleus de Guy Novès venaient s'imposer (20-18), au courage. Pas d'incidences fondamentales pour le classement final du Tournoi, mais un succès majeur pour une équipe de France, qui en avait besoin.

Jusqu'à la sirène de la 80e minute de jeu, le Stade de France n'avait pas eu grand-chose à se mettre sous la dent. Mais le public a eu le droit à un rab inédit. Menés 13-18, face aux Gallois, les Français n'ont pas lâché et le bras de fer a commencé dans le camp adverse. Au total, douze mêlées ont été jouées, neuf pénalités sifflées mais l'essai de pénalité tant attendu, n'est jamais venu. De quoi frustrer Guy Noves et son staff, qui avait réussi à remplacer Uini Atonio par Rabah Slimani. Un changement qui avait fait polémique, alors que certains estimaient que les Bleus avaient déjà dépassé le quota.

Au final, après 20 minutes de temps supplémentaire, les Bleus venaient égaliser grâce à une dernière charge de Damien Chouly. Essai transformé par Camille Lopez qui venait donner la victoire au XV de France. "Ça n'en finissait plus, j'avais de la colère en moi. Quand on a marqué, j'ai trouvé une forme de délivrance. J'ai trouvé encore un peu de force pour hurler, mais je n'aurais pas pu faire un tour d'honneur en courant", se confiait Rabah Slimani, après la partie.

Ce match le plus long, était très savoureux pour les Bleus. Et même si le XV de France n'a pas changé du jour au lendemain, ce succès reste de référence pour l'équipe de France. La preuve d'une force de caractère, de l'immense capacité à s'accrocher dans les dernières minutes. La même qui a permis aux Français de 2021 de s'imposer face à ces mêmes Gallois au bout du bout en 2021. Et la même qui guide encore les Bleus dans les fins de match les plus tendues.

France - Pays de Galles en 2017. Crédit: Getty Images

Et ce succès a marqué le début de carrière de notre capitaine d'aujourd'hui. Sélectionné pour la première fois juste avant le Tournoi 2017, Antoine Dupont avait fait ses débuts face à l'Italie. Mais le demi-de-mêlée était surtout entré, à la 72e minute de la rencontre face au Pays de Galles. Une entrée déjà remarquée où l'ancien castrais avait apporté un dynamisme particulier.

Aujourd'hui, ils ne sont plus que quatre à avoir connu cette victoire et jouer toujours en Bleus (Baille, Fickou, Dupont et Atonio). Et autant dire qu'ils sont devenus des cadres, des tauliers d'un XV qui a bien changé pour devenir une nation dominante.

"Ça leur a pris un peu de temps, mais ils ont intégré dans leur équipe plusieurs joueurs qui avaient connu du succès en équipe de France des moins de 20 ans, et beaucoup ont percé. Ils ont pris l'habitude du succès. Des joueurs comme Dupont se sont bien améliorés", livrait Warren Gatland, sélectionneur gallois.

Les Gallois eux ont dégringolé depuis deux ans. Plongée dans une crise qui touche toute la fédération, la sélection peine à se vider la tête pour être performante sur le terrain et peut être diagnostiquée comme malade, à quelques mois du Mondial. En 2023, ce France-Pays de Galles, samedi (15h45) n'a plus la même saveur et la domination française est attendue.

La peur a changé de côté. Pour le public français, les attentes ont changé aussi. "Je tournais la tête et je voyais toutes ces personnes fières d'être françaises, heureuses et qui avaient reconnu le courage de cette équipe et ça m'a régénérer", nous glissait Guy Novès dans le podcast Poulain Raffûte.

À deux minutes de la sirène, les Français étaient menés 18-13 quand ils obtinrent une mêlée près de la ligne. Il fallait marquer à tout prix un essai transformé. Les Bleus allaient s'acharner à faire exploser la mêlée galloise. Spectateurs et téléspectateurs allaient assister à un spectacle inédit. Onze pénalités de rang que les Français obstinément transforment en mêlées pour obtenir une récompense.

Ce fut un vrai capharnaüm avec des bisbilles, des énervements, des trépignements. Barnes dut aussi superviser le carton jaune au pilier Samson Lee, son retour, la sortie provisoire de Halfpenny pour compenser l’arrivée d’un nouveau pilier ; puis le remplacement "classique" de deux piliers (Rob Evans et Uli Atonio) pour des blessures contestées par l’adversaire. Les Gallois restèrent persuadés que Rabah Slimani, pilier droit de mêlée par excellence, n'aurait jamais dû revenir en jeu. Mais Atonio fut déclaré "commotionné".

Jamais un arbitre n’a eu autant de choses à surveiller dans une ambiance aussi électrique. La scène avait quelque chose de pathétique, elle témoignait aussi d’une obsession très française de la mêlée. Comme si ça ne suffisait pas, George North vint trouver l'arbitre pour se plaindre d'une morsure, ce qui aboutit à une consultation de la vidéo, infructueuse.

Finalement, Damien Chouly marqua en bonne et due forme - en aplatissant - et la France s’imposa 20-18 dans un Stade de France transformé en cocotte-minute. On oublia même qu’il restait une transformation à tenter pour Camille Lopez. Il finit par le faire pour sceller la victoire la plus laborieuse de tous les temps des Bleus. M. Barnes fut très critiqué après cet épisode infernal, Yohann Maestri écopa d'une forte amende.

Les dernières cinq minutes de France v Pays de Galles

Ce fut aussi le dernier match de Guy Novès dans le Tournoi, mais il ne le savait pas évidemment. Le 18 mars 2017 s’est déroulé le match le plus long de l’histoire du rugby. Un peu plus de cent minutes, dont les vingt dernières ponctuées de douze mêlées. Un record pour une rencontre historique, conclue par une victoire du XV de France sur le pays de Galles. Rarement le Stade de France n’avait été autant en fusion pour un match de rugby.

Alors que le pays de Galles mène 18 à 13 et essaie de repousser les assauts français, une dernière mêlée est ordonnée à la 79e minute. À cet instant, les joueurs n’imaginent pas une seconde qu’ils s’apprêtent à vivre le match le plus long de l’histoire du rugby. Du sang, de la sueur, de l’angoisse, durant ces vingt minutes de temps additionnel, le chaos le plus total règne sur la pelouse.

Des mêlées à répétition ; des fautes en veux-tu, en voilà ; un imbroglio autour du carton jaune du pilier gallois Samson Lee ; des joueurs qui quittent la pelouse, qui reviennent ; un autre (Uini Atonio) qui sort sur protocole commotion (ou non). L’arbitre Wayne Barnes, dont on a cru deviner parfois l’immense solitude dans le regard, tente de maîtriser l’anarchie. "Je n’avais jamais connu ça", racontera plus tard, le pilier Uini Atonio.

Mais le vrai héros de cette rencontre, c’est le pilier droit Rabah Slimani, appelé à la rescousse pour asseoir la domination tricolore. Le Clermontois fait alors vivre une torture aux deux joueurs gallois qui se succèdent pour tenter d’enrayer l’avancée française. En vain. Le pilier français les broie tour à tour, les enfonce, les humilie. Au final, Wayne Barnes n’accordera pas l’essai de pénalité recherché par le XV de France.

Il faudra que Damien Chouly, dans un ultime rush tout en puissance, parvienne à franchir la ligne pour égaliser et que Camille Lopez transforme pour offrir la victoire aux Bleus. Les coéquipiers de Guilhem Guirado occupent le camp adverse, et si Camille Lopez loupe une première pénalité, il ajuste quelques instants plus tard un splendide jeu au pied par-dessus pour Rémi Lamerat qui s'effondre dans l'en-but.

Porté par un Louis Picamoles d'anthologie ce soir-là et un pack d'avants dominateur, Camille Lopez met la France à l'abri à la 16ème minute de jeu par une pénalité. Les Tricolores se font ensuite peur et Virimi Vakatawa, coupable d'un en-avant volontaire, permet aux Gallois de revenir dans la partie (10-3). L'ailier français reçoit un carton jaune par la même occasion.

Dix minutes plus tard, Leigh Halfpenny ramène le XV du Poireau à quatre points, et les Français commencent alors à s'inquiéter. D'autant que les joueurs qui composent la charnière, Serin, puis Lopez, sortent tour à tour sur protocole commotion. Halfpenny rajoute trois points de plus pour les Gallois et, malgré leur très bon début de match, les Bleus ne mènent finalement que de 3 points à la pause : 10 à 9.

Le début de la seconde période est engagée, mais une nouvelle fois, ce sont les Français qui se mettent à la faute sur une mêlée et Halfpenny ne se prive pas pour passer les Gallois en tête (10-12). Les Bleus mettent du rythme, notamment par l'intermédiaire de leur arrière Brice Dulin, mais n'arrivent pas à scorer. Les Gallois peuvent eux compter sur leur buteur d'exception Leigh Halfpenny, qui rajoute une pénalité à son compteur sur une faute en touche de Vahaamahina, et la soirée vire alors au cauchemar pour Guy Novès et ses joueurs (10-15).

Et si Lopez ramène les Bleus à deux points grâce à une pénalité, Halfpenny lui répond seulement 4 minutes plus tard (13-18). Il reste alors huit minutes à jouer et les Bleus investissent le camp adverse. Mais il faudra 25 minutes et une dizaine de mêlées pour que les Français, par l'intermédiaire de Damien Chouly, trouvent enfin la faille. Lopez réussit ensuite la transformation dans un Stade de France qui exulte.

Victoire 20 à 18, les Bleus finissent troisièmes du Tournoi des Six Nations 2017. 20 minutes de temps additionnel ! Du jamais-vu dans l'histoire du rugby ! La cause ? Les fautes répétées des Gallois devant leur ligne. Nous avions débriefé le match à l'époque, et l'arbitre du match, M. Barnes aurait pu accorder un essai de pénalité à la 97eme minute, mais il ne l'avait pas fait.

Au lieu de ça, le public du Stade de France, furieux, assista au total à douze mêlées pendant plus de 20 minutes. Ce fut le match le plus long. Il l’est encore d’ailleurs. Ce France-Galles disputé lors de la dernière journée du Tournoi 2017 et qui dura 99 minutes et 55 secondes est toujours le plus long match international dans l’histoire du rugby.

Et, pour couronner le tout, il se termina par une victoire française : 20-18, avec une mémorable série de mêlées disputées dans les arrêts de jeu et un essai inscrit par Damien Chouly presque vingt minutes après le terme du temps de jeu réglementaire. Titulaire au centre de l’attaque française aux côtés de Rémi Lamerat, l’ex-Toulousain avait vécu ce moment de façon intense.

Et quand on lui reparla de ce dernier en conférence de presse en début de semaine, ses souvenirs n’ont pas mis longtemps à refaire surface : "Cela faisait longtemps que je n’avais pas ressenti une émotion pareille. On joue pour ça. C’est un bon souvenir. Ça avait été un match dur. Ça avait bien commencé, les Gallois sont revenus. C’est une grosse équipe, on le sait. On a gagné grâce à nos avants, ils avaient réussi un match redoutable. En mêlée, on a chahuté les Gallois sans être récompensés comme on le devait. Ça fait partie du jeu. Mais ce fut une superbe émotion, un super souvenir avec l’essai de Chouly qui a délivré tout le monde. C’était le match le plus long.

Résumé du match France-Galles, Tournoi des Six Nations 2017
ÉquipeScore
France20
Pays de Galles18
Temps additionnelNombre de mêlées
20 minutes12
Essai décisifDate
Damien Chouly18 mars 2017

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