Histoire et Enjeux du Championnat de Football Turc

La Turquie, un pays où le football occupe une place prépondérante, est malheureusement de plus en plus souvent associée à des faits divers préoccupants. Violence, corruption, arbitres corrompus, dirigeants de clubs mis en cause… la situation ne cesse de se détériorer.

Un match entre Galatasaray et Fenerbahçe, deux des clubs les plus populaires de Turquie.

L'Amour du Football en Turquie

Au-delà de Besiktas, l’amour du ballon rond coule dans les veines de chacun ici, hommes et femmes, toutes classes sociales confondues, explique Onik Gazinian, journaliste sportif depuis 40 ans. "Aujourd’hui en Turquie le football C’est très important, profondément enraciné, une grande partie de la population vit avec du début à la fin de la semaine. Ici chacun est lié au football. Le football a un impact sur le moral. 75 à 80% de la population vit football, ajoute-t-il, et si leur équipe gagne ils en oublient l’inflation et le reste."

Les Turcs ne sont pas dupes et ils continuent quand même à remplir les stades chaque week-end. Ici chacun est lié au football.

C'est que d'un regroupement à caractère ethnico-culturel on passe souvent à un rassemblement à dominante sociale, qui répond avant tout à un ethos populaire.

Les Clubs Turcs et l'Identité

De part et d'autre du Rhin, l'appellation « club turc » doit susciter prudence dans le regard de l'observateur extérieur, car elle représente une catégorie sociale dont la fonction est nécessairement simplificatrice. Dans la réalité, les modalités d'identification entre le groupe turc et les clubs de football sont nombreuses et variées. Sur ce dernier point, l'enquête montre d'ailleurs que c'est par un processus de labellisation et d'étiquetage que les membres des clubs « turcs » se voient attribuer de l'extérieur une identité ethnique.

Ainsi, les clubs « turcs » doivent une large partie de leur cohésion à leur pouvoir d'exclusion, autrement dit à la force du sentiment de différence attaché à ceux qui ne sont pas « nous » (pouvoir politique, pouvoir sportif, anciens résidents/autochtonie). Dans le même temps, l'adhésion à une équipe turque apparaît comme le prolongement d'un mode spécifique d'existence collective, incarné par la composition du club (équipe fanion) et, plus fondamentalement, par un style de sociabilité qui tire sa cohérence de l'importance accordée à la famille et à l'esprit de camaraderie (militante) et de coopération (culture ouvrière).

Les supporters de Besiktas incarnent des valeurs de justice et de droiture.

Les Maux du Football Turc

La réalité, ce sont les éliminations en rafale des clubs turcs dans les championnats européens malgré les centaines de millions d’euros qu’ils brassent, ajoute Onik. L’argent et la politique sont pour lui les deux maux qui minent le football turc. Ce ne sont pas les plus talentueux qui sont choisis pour diriger ou entraîner les clubs mais les mieux connectés au pouvoir.

Il y a un proverbe turc qui dit que le poisson pourrit par la tête, note Onik. En réalité ce sont ces 22 dernières années, cette politique qui sont l’origine du pourrissement. Il y a des entraîneurs qui passent d’une équipe à l’autre, et d’autres qui sont de grande valeur mais ne peuvent plus exercer leur métier depuis 10 ans. Parce qu’un député va s’en mêler, la politique s’en mêle. Et tout cela crée du chaos.

Plus personne ne respecte les règles, déplore Onik Gazinian, même le nombre de clubs admis en Süperlig : "Vous allez voir, la fin de la saison approche. Les députés vont chercher des prétextes pour éviter la relégation de l’équipe de leur circonscription. Ils vont se mobiliser à l’assemblée nationale. C’est du grand guignol. Il y a bien un règlement mais il n’est pas respecté. Par exemple, Adana Demir Spor est dernier du championnat en ce moment. Eh bien, son député peut proposer de faire un championnat à 20, 21, 22 équipes… Ici quelques députés peuvent faire la pluie et le beau temps dans la Süperlig".

Et tant que ce sera le cas, il y aura quelque chose de pourri au royaume du foot turc regrette Erdogan. "La politique a fait irruption dans le foot et nous les supporters ne voulons pas de cela. Le foot, ce devrait être une fête mais tous ce qui est paris sportifs, matches arrangés, tout cela a pris le dessus et gâche la fête. Et les arbitres corrompus, tout cela montre bien que les résultats sont dictés de l’extérieur. Nous nous voulons que le foot se joue sur la pelouse et que ce soit le meilleur qui l’emporte. Nous voulons que le football soit libéré de l’influence du pouvoir politique".

Turquie : un arbitre de football tabassé par le directeur d'Ankaragücü - RTBF Info

Scandales Récents et Arbitrage

La Fédération turque de football (TFF) a révélé ce lundi que plus d'une centaine d'arbitres, pour certains professionnels, avaient parié sur des matches malgré l'interdiction qui leur est faite. Ils vont être sanctionnés directement.

D’après une enquête interne portant sur 571 arbitres, « 371 possèdent des comptes de paris et 152 parient activement », a lâché le responsable ce jour-là, précisant devant des journalistes médusés qu’« un arbitre a parié à 18 227 reprises, dix arbitres plus de 10 000 fois et quarante-deux ont parié sur plus de 1 000 matchs différents ».

Le match Galatasaray - Adana Demirspor, comptant pour la 23e journée de Süper Lig, a été interrompu avant d’être définitivement arrêté et reporté à une date ultérieure. En effet, les joueurs d’Adana Demirspor ont quitté le terrain à la 33ème minute du match et sont directement rentrés aux vestiaires.

Au point qu’un arbitre étranger a été nommé pour le derby Galatasaray Fenerbahçe.

Tableau Récapitulatif des Arbitres Impliqués dans les Paris Sportifs

Nombre total d'arbitres examinés 571
Arbitres possédant des comptes de paris 371
Arbitres pariant activement 152
Arbitres ayant parié plus de 10 000 fois 10
Arbitres ayant parié sur plus de 1 000 matchs 42
Arbitres de niveau national (Süper Lig) 22 (7 centraux et 15 assistants)

La Violence et le Hooliganisme

Le chaos. Et la violence qui fait irruption de plus en plus sur la pelouse. Les gens ici soutiennent une équipe comme un parti politique. Ils veulent gagner c’est tout. Et cela ne va pas se calmer. La fraternité a quitté le monde du foot. Le foot a perdu ses valeurs, ce n’est plus un sport. Je ne sais où cela va mener. Les violences et le hooliganisme...

Des scènes de hooliganisme lors d'un match.

Can, 26 ans, supporteur de Besiktas regrette l'irruption de la violence.

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