Histoire du Championnat de Football au Venezuela

Bien avant la naissance des futures géantes que seront la Coupe des Clubs Champions (aujourd’hui UEFA Champions League) et la Copa Libertadores, rares étaient les compétitions internationales de club. L'histoire du football au Venezuela est riche et complexe, marquée par l'influence des vagues migratoires et l'émergence de rivalités passionnées.

Les Débuts du Football au Venezuela

Une légende partagée veut que le premier match de football disputé au Venezuela est daté du 16 juillet 1876. Ce lundi-là, un Gallois nommé A.W. Simpson aurait ainsi organisé un match de football du côté d’el Caratal, à proximité de la mine Perú d’El Callao que les compagnies étrangères exploitaient alors pour extraire l’or. Des Français, des Anglais, des Allemands et des Italiens auraient ainsi pris part à ce match.

Si le conditionnel est de rigueur, c’est uniquement parce qu’aucun document ne vient alimenter cette histoire orale, bien qu’il fut un temps indiqué qu’un journal local nommé El Correo del Yuruari, hebdomadaire de l’état de Bolívar, avait rapporté ce fameux match (plusieurs enquêtes montreront ensuite que ledit journal n’existait alors pas encore à cette date).

Les premières traces écrites parlant de football au Venezuela remontent à 1902 avec, du côté de Caracas, la mise en place d’un championnat notamment par les migrants venus d’Espagne, d’Italie et du Portugal. Il faut attendre les années vingt pour que plusieurs autres équipes, issues des vagues migratoires suivant la fin de la première guerre, s’associent et créent l’Alto Tribunal de Football qui précède l’arrivée de la Federación Nacional de Fútbol (1925) qui organise le football vénézuélien avant de laisser la place à la Liga Venezolana de Fútbol (1932), à la Asociación Nacional de Fútbol (1939) puis enfin à la Federación Venezolana de Fútbol reconnue par la FIFA en 1951. Des championnats s'organisent auquel participent des clubs tels que La Salle, le Deportivo Español, Catalonia ou encore Deportivo Vasco.

L'Ère du Fútbol Colonial et le Premier Championnat Professionnel

La seconde guerre mondiale apporte un nouvel afflux de migrants venus d’Europe, ils contribuent au développement du football local, l’ère du Fútbol Colonial débute, elle conduit à la véritable entrée dans le football professionnel au pays, le premier championnat officiel professionnel étant lancé en 1957.

La Pequeña Copa del Mundo: Un Tournant International

En décembre 1951, l’Estadio Olímpico de la UCV de Caracas est inauguré à l’occasion des Jeux Bolivariens. Il est l’hôte d’une nouvelle compétition qui doit permettre au Venezuela de faire véritablement son entrée dans le concert footballistique mondial : la Pequeña Copa del Mundo. Parrainée par la revue Venezuela Deportiva, qui donne un temps son nom à l’épreuve avant que celle-ci ne devienne Copa Coronel Marcos Pérez Jiménez, elle permet au champion local de rencontrer d’autres géants du continent et d’Europe.

Elle est surtout l’œuvre d’un homme : Damián Gaubeka. Né au pays basque, à Larrauri, Gaubeka fut condamné à mort lors de la Guerre Civile espagnole avant de fuir et de se réfugier au Venezuela dans les années quarante. Il arrive à La Guaira puis migre vers Caracas dans un Venezuela alors en plein développement, terrain propice à tout entrepreneur.

Après avoir été jardinier et même joueur de La Salle, il participe à la rénovation et au développement urbain de Caracas, est un temps déporté en France par la junte militaire alors au pouvoir, mais revient et réalise alors son rêve de football en attirant les meilleures équipes, grâce à un bolívar puissant (qui s’échange alors à 3,35$), à un bassin de population riche en migrants venus d’Europe, et à quelques relations.

Le Basque est un ami proche de Santiago Bernabéu, l’emblématique président du Real Madrid. C’est ainsi avec lui qu’il assiste à la finale de la Coupe du Monde 1958 en Suède avant de prendre immédiatement l’avion pour assister à la finale de la Copa del Generalísimo de fútbol (aujourd’hui Copa del Rey) opposant Real Madrid et Athletic Bilbao le même jour, manquant ainsi le couronnement du Roi Pelé.

L’amitié est telle que Bernabéu en avait fait socio d’honneur du Real, le président du Real n’hésitant pas à venir le chercher à l’aéroport lorsqu’il posait pied en Espagne avec son passeport vénézuélien, lui qui était condamné à mort sur ses terres.

La Première Édition de la Pequeña Copa del Mundo (1952)

C’est donc assez naturellement que le Real Madrid est du premier rendez-vous de cette Pequeña Copa del Mundo de 1952. Mais les Merengues ne sont pas les seuls grands à venir. À leurs côtés lors de cette première édition - et grâce à la compagnie aérienne TACA qui prend en charge le transport - on trouve Botafogo et surtout le géant Millonarios et ses stars Adolfo Pedernera et Alfredo Di Stéfano.

Les Colombiens sortent de la période El Dorado qui a vu leurs clubs attirer les grands joueurs en même temps que la sélection est ostracisée (lire Marcos Coll : un Olímpico mondial), ils font office de favoris aux côtés du Real qui joue le match d’ouverture de l’épreuve face à La Salle, champion de Primera División du Venezuela, après avoir été accueilli par une foule de migrants venus d’Espagne avec les plus grands honneurs (et un cortège de plus de trois cents voitures).

Toutes les rencontres se disputent à l’Olímpico de la UCV, les quatre équipes s’affrontant à deux reprises afin d’établir un classement. Si le Tournoi de Rio avait déjà vu Sud-Américains et Européens s’affronter, la version vénézuélienne a véritablement des airs de Coupe du Monde.

Sur le terrain, La Salle ne résiste véritablement qu’un temps donc au Real Madrid, arrache un point à Botafogo dans les derniers instants, point qui coûte la victoire finale aux Brésiliens. Accrochés à deux reprises par le Real (2-2 « à domicile », 0-0 « à l’extérieur »), le Fogão termine à égalité de points avec les Espagnols, mais est devancé à la règle du but marqué « à l’extérieur » par les Madrilènes.

Le Real Madrid remporte ainsi la première édition de la Pequeña Copa del Mundo, Botafogo termine deuxième, Millonarios, qui a également accroché la maison blanche à deux reprises, termine troisième.

La compétition se tient alors jusqu’en 1957, accueille des géants tels que River Plate, le FC Barcelone, le Corinthians, l’AS Roma, Benfica, Porto, ou encore São Paolo avant de marquer une pause, le temps que Coupe d’Europe des Clubs Champions et Copa Libertadores voient le jour.

C’en est alors terminé de la Pequeña Copa del Mundo, le tournoi revient un temps à Caracas sous un autre nom mais en 1960, la première Coupe Intercontinentale se déroule à Montevideo, opposant Peñarol et Real Madrid.

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Le Clásico Vénézuélien: Caracas FC vs Deportivo Táchira

Avant de parler passion délirante et irrationnelle, évoquons une stat, étonnante : en 93 matchs disputés depuis 1985 entre Caracas et le Deportivo Táchira, le bilan actuel est de 31 victoires pour la première équipe, 31 pour la seconde et 31 résultats nuls ! Une répartition incroyablement égalitaire des résultats et un clin d’œil marrant à l’histoire de ce pays et des deux grands hommes qui ont marqué son histoire moderne : Simon Bolivar et Hugo Chavez…

Des deux clubs, c’est Caracas FC qui a été créé en premier, en 1967, mais il n’est passé pro qu’en 1984. Son rival de la ville de San Cristobal, capitale de l’État de Táchira (proche de la frontière avec la Colombie à l’Ouest du pays), a été fondé en 1974. Plus tardivement donc, mais il a connu une ascension plus rapide. Dès sa première saison en élite en 1979, il conquiert un premier titre national.

Les premières saisons, la rivalité entre les deux clubs n’en est pas encore vraiment une. Caracas FC préfère se frotter à ses voisins de la capitale, quand le Deportivo Saprissa entretient une relation tumultueuse de longue date avec le club voisin de l’Estudiantes de Merida.

Le 17 décembre 2000 plus exactement a lieu la finale retour de la Coupe du Venezuela au stade du Pueblo Nuevo de San Cristobal. À l’aller, Caracas l’avait emporté 2-1 devant son public. Les joueurs du Deportivo Táchira cherchent à forcer le verrou adverse, ils ouvrent le score, mais se font rejoindre par deux fois. Score final : 2-2, le club de la capitale est qualifié.

La Naissance d'une Rivalité Haineuse

S’en seraient suivi, d’après la légende, quelques provocations de la part des vainqueurs, ce qui n’aurait pas plu au public local, prêt à partir au quart de tour. Une partie des supporters réussit à tromper la vigilance du service de sécurité et à se ruer sur le terrain pour en découdre avec les joueurs de Caracas, lesquels doivent précipitamment trouver refuge dans les vestiaires.

Les minutes qui suivent sont confuses. Des fans décident de passer leurs nerfs sur le bus du club de Caracas, qui est incendié. C’est l’étincelle qu’il fallait pour que la rivalité entre la formation de la capitale et celle de la province prenne une tournure haineuse.

À chaque Clásico, les forces de l’ordre mettent en place un dispositif impressionnant pour éviter aux deux groupes ultras de s’affronter. S’ils se détestent, les deux camps ont donc rarement l’occasion de se croiser. Mais à la moindre occasion, ça peut partir en sucette, comme en avril 2009… à Buenos Aires.

Le 29, Caracas disputait un match face au club de Lanus pour le compte de la Copa Libertadores. Par le hasard du tirage au sort, un match du Deportivo Táchira était prévu le lendemain 30 avril, également dans la capitale argentine, face à Boca Juniors, pour la même compétition. Les supporters vénézuéliens des deux camps, en déplacement dans la même ville en même temps, n’ont pas manqué ce rendez-vous et se sont joyeusement foutu sur la tronche en plein cœur de Buenos Aires…

Plus récemment, un fait complètement dingue a montré combien la haine est tenace et peut pousser à n’importe quoi, même au plus débile. C’était le 28 octobre 2012 et le Deportivo Táchira disputait un match à domicile contre l’Atlético Venezuela. À l’époque, une campagne nationale de sensibilisation au cancer du sein était menée et la présidente du club Juana Suárez avait décidé, en accord avec l’ensemble des instances du club, de marquer le coup.

Un geste symbolique mais important, alors qu’un des membres de la direction se battait à l’époque contre un cancer. À peine entrés sur le terrain cependant, ils ont subi une bordée d’insultes en provenance des tribunes, jusqu’à ce que certains fans envahissent la pelouse, contraignant l’arbitre à annuler la rencontre. Réaction homophobe ? Non, ont répondu les membres de la Avalancha Sur.

Dimanche aura donc lieu le 94e Clásico de l’histoire récente du football au Venezuela. L’enjeu de ce match : la quête du championnat bien sûr, entre les deux plus beaux palmarès du pays. Caracas FC a remporté 11 fois le titre dans son histoire, le Deportivo Táchira 7 fois.

Les Champions Récents

Mais la Primera Division vénézuélienne est actuellement dominée par un troisième larron : le club de Zamora FC, apparu en élite il y a moins de dix ans et qui a remporté le premier titre de son histoire la saison passée. Le club de Monagas, basé à Maturin, a été sacré champion du Venezuela, pour la première fois de son histoire, après sa victoire face au Deportivo Lara (2-0), dimanche. Vainqueur du Championnat d'ouverture, il a obtenu ce titre en dominant son homologue du Championnat de clôture lors d'une finale en matches aller et retour. Battus lors de la première manche à domicile (0-1), mercredi, les Guerriers de Guarapiche ont réussi à refaire leur retard à Cabudare face à un adversaire titré seulement auparavant en 2012.

Club Nombre de titres
Caracas FC 11
Deportivo Táchira 7
Zamora FC 1
Monagas SC 1

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