Le championnat de National League (NLA) reprend ses droits, et la saison 2014-2015 promet d'être particulièrement intéressante, notamment pour les amateurs de hockey nordique. En effet, les joueurs suédois et finlandais seront bien représentés dans la ligue, beaucoup plus que les années précédentes où les Tchèques étaient les Européens les plus nombreux.

Comme d’habitude, le championnat sera très homogène et particulièrement indécis. Si Zurich semble le candidat principal à sa propre succession, le nombre élevé de prétendants sérieux lui compliquera la tâche. Depuis 2001 et le doublé signé… Zurich, aucun club n’est parvenu à conserver son trophée en NLA.
Les équipes en lice
ZSC Lions
Pour le ZSC, le titre de la saison dernière a eu une saveur toute particulière puisque l’adversaire vaincu en finale n’était autre que Kloten, le grand rival zurichois. Mais il est clair que signer un doublé apporterait une saveur encore plus grande, quel que soit l’adversaire. L’entraîneur canadien Marc Crawford, qui avait remporté la Stanley à la tête de Colorado en 1996, possède un effectif pléthorique.
En défense, Derek Smith débarque des Calgary Flames. A 29 ans, l’Américain a le profil idéal pour la NLA, complet, bon patineur et doté d’une très bonne vision du jeu. Les autres ténors de l’arrière-garde seront le vétéran Mathias Seger (963 matchs de NLA), le Québécois Marc-André Bergeron (547 matchs en NHL) et l’international suisse Severin Blindenbacher. Le gardien Lukas Flüeler n’est pas le meilleur portier du pays, mais il reste un dernier rempart capable de mener son équipe au titre, il a su le prouver. Devant, c’est l’abondance de biens.
Les internationaux suisses Roman Wick, Luca Cunti, Patrik Bärtschi, Morris Trachsler et Reto Schäppi patinent avec des imports de premier plan comme Ryan Shannon (328 matchs en NHL) et Ryan Keller (11 buts lors des derniers play-off).
HC Davos
Le dernier titre du HC Davos remonte à 2011. Une éternité pour le mage Arno Del Curto. Afin de tenter de mettre fin à cette « disette », le coach mythique du club davosien a définitivement abandonné la filière tchèque pour se focaliser sur l’Europe du Nord. Ainsi, le nouvel import se nomme Dick Axelsson, un ailier gauche international suédois de 27 ans en provenance du Frölunda, champion du monde en 2013 avec la Tre Kronor et membre du all-star team de SHL en 2011.
Au niveau des joueurs suisses, il y a de quoi faire également. Déjà, Leonardo Genoni fait partie des meilleurs gardiens de la ligue et sait comment on remporte un titre. En défense, l’arrivée de l’international Félicien DuBois fera le plus grand bien. Devant, c’est assez impressionnant et parfaitement taillé pour le système de jeu du HCD. Reto von Arx n’est plus de prime jeunesse (38 ans), mais a l’expérience de ses 801 points en 957 matchs de NLA qui parle pour lui. Andres Ambühl est un cadre de la Nati alors que les Dino Wieser et autres Gregory Hofmann ont le potentiel pour titiller les 20 buts.
Kloten Flyers
Après une saison 2013-2014 exceptionnelle, les Flyers ont crevé au poteau, en finale, ne faisant pas le poids face au ZSC. Fatiguée, l’équipe dirigée par la légende locale Felix Hollenstein avait clairement manqué de profondeur de banc face à son richissime voisin. Pour essayer de pallier cela, le club zurichois a mis la main au porte-monnaie afin de proposer un recrutement "cinq étoiles", surtout en attaque.
Offensivement, les autres joueurs du contingent restent impressionnants. On notera les internationaux suisses Matthias Bieber, Viktor Stancescu et Simon Bodenmann, le dinosaure Marcel Jenni (40 ans, 1’071 matchs pour Lugano, Färjestad en SHL et Kloten) et les routiniers Romano Lemm, Tommi Santala et Michael Liniger. Finalement, le gros point d’interrogation sera la défense, plutôt rajeunie. Le départ de Félicien DuBois est quantitativement compensé par l’arrivée de Rene Back (de Davos). Les parts de temps de glace seront importantes pour le maître à jouer canadien Micki DuPont, l’international Patrick von Gunten et le rugueux Jim Vandermeer (482 matchs en NHL).
SC Bern
Dans la capitale fédérale, le séisme de la saison passée (participation au tour contre la relégation) a été très mal vécu. Capitale du hockey européen avec son affluence moyenne digne d’une franchise de NHL, Bern a surtout réussi cet « exploit » en étant champion en titre ! Une grande première… Afin de réagir et de tout écraser sur son passage, le nouvel entraîneur canadien Guy Boucher, ancien coach de Tampa Bay entre 2010 et 2013, a passé quelques coups de téléphone à l’inter-saison.
A priori, Guy Boucher et le directeur technique Sven Leuenberger ont réussi à renforcer cette armada bernoise, notamment en lui apportant encore plus de robustesse avec, par exemple, le retour d’Ambrì du colosse Marc Reichert. Le géant canado-suisse Ryan Gardner est toujours aussi précieux pour le jeu de puissance, alors que des vétérans comme Byron Ritchie (332 matchs en NHL) et l’inusable Martin Plüss sont des vrais leaders pour les jeunes talents du club. Petit mot sur l’arrière-garde tout de même, laquelle compte des internationaux suisses comme Philipp Furrer, Eric Blum et Beat Gerber, mais aussi un international allemand, Justin Krüeger.
HC Fribourg-Gottéron
A Fribourg, pendant l’hiver, la ville entière ne vit que pour les matchs de Gottéron. Cette saison encore, les hommes dirigés par Hans Kossmann devraient pouvoir jouer les premiers rôles, malgré une formation vieillissante et en fin de cycle. Afin de mettre un peu de pression sur le portier Benjamin Conz, l’entraîneur canado-suisse a fait venir à Fribourg un pur joyau de l’école de gardiens helvétique, Melvin Nyffeler (19 ans).
Point faible de Gottéron s’il en est, c’est la défense. Le vétéran canadien Joel Kwiatkowski (288 matchs en NHL) en est le patron. En attaque, c’est une autre histoire ! Il y a tellement de talent offensif dans ce Gottéron-là qu’on devrait tous les citer. Bien sûr, le trio mythique et 100% suisse formé de Julien Sprunger, Andrei Bykov et Benny Plüss est toujours présent. Le vétéran canado-suisse Christian Dubé (811 points en 764 matchs en Suisse !), ancien coéquipier de Wayne Gretzky aux Rangers, ainsi que le légendaire Sandy Jeannin (909 matchs de NLA) apportent leur immense expérience dans la ligue. Marc-Antoine Pouliot (200 matchs en NHL), l’international finlandais Petteri Wirtanen et l’international suisse Thibaut Monnet complètent cette attaque très séduisante sur le papier.
EV Zug
La saison passée, le EVZ a vécu un véritable cauchemar. Systématiquement présent en demi-finale entre 2009 et 2013, il n’a pas réussi à se hisser en play-off, à la surprise générale. Cette performance indigne de son rang (et de son conséquent budget) aura coûté sa place au coach canadien Doug Shedden. Ce dernier a été renvoyé et remplacé par l’Allemand Harold Kreis, une vieille connaissance de la NLA.
Sur le marché des transferts, le club de Suisse centrale est peut-être le grand gagnant. Avec l’engagement du gardien de Servette Tobias Stephan, le EVZ a résolu son principal problème et point faible de ces dernières saisons. Le portier international est une valeur sûre et apportera enfin de la stabilité à l’arrière-garde. Devant, l’ancien centre canadien des Toronto Maple Leafs Josh Holden (déjà 487 matchs en Suisse) et l’ancien attaquant américain du Wild Robbie Earl ont été conservés. Le nouveau venu, c’est le Québécois Pierre-Marc Bouchard, 30 ans, choix de première ronde en 2002 (huitième rang par le Wild), auteur de 614 matchs en NHL.
HC Lugano
Après plusieurs saisons compliquées, notamment en dehors de la glace, le HC Lugano a enfin réussi à solidifier son assise défensive la saison dernière. Le système de jeu mis en place par le coach responsable des défenseurs, le Suédois Peter Andersson, en est pour beaucoup. La campagne de transferts a été plutôt réussie du côté de Lugano.
Derrière, le retour d’Alessandro Chiesa (du EVZ) permet au club tessinois de se permettre le luxe de ne pas aligner d’import en défense. Avec Steve Hirschi, Julien Vauclair, Stefan Ulmer, Dominik Schlumpf, Clarence Kparghai et Marco Maurer, cette décision prend tout son sens. Et devant, le spectacle risque d’être assez exceptionnel sous les palmiers luganais ! Le centre finlandais Ilari Filppula débarque du CSKA Moscou pour mener la deuxième ligne alors que la troisième ligne sera orchestrée par Brett McLean (393 matchs en NHL). Quant à la première ligne, elle devrait voir s’associer les spectaculaires internationaux suédois Fredrik Pettersson, déjà présent la saison dernière, et surtout Linus Klasen (57 points en SHL l’an dernier), un ailier possédant une technique et une vision du jeu ahurissantes.
Genève-Servette HC
L’été aura paru interminable pour les supporters de Servette, tant Chris McSorley a pris du temps pour dessiner sa nouvelle équipe. Il faut dire qu’avec les départs de Tobias Stephan, Denis Hollenstein, Cody Almond (en NHL), Kaspars Daugavins et surtout Matthew Lombardi (en NHL), il y avait de quoi s’inquiéter. Mais en jetant un coup d’œil aux arrivées, les supporters peuvent se rassurer, sauf pour le poste de gardien, car remplacer Tobias Stephan n’est pas simple.
En défense, exit Goran Bezina (!), le patron de l’arrière-garde que Chris McSorley a décidé d’aligner en attaque pour compenser le départ imprévu de Cody Almond. Patineur lent mais joueur puissant, le capitaine grenat aura pour mission de faire de la place pour l’international Kevin Romy et le nouveau Canadien Matt D’Agostini (328 matchs en NHL). L’autre scoring line sera menée par un autre Canadien, Taylor Pyatt (928 matchs en NHL). A noter la présence dans l’effectif de son frère, Tom Pyatt (271 matchs en NHL). Cette arrivée pourrait régulièrement envoyer en tribunes Alexandre Picard, car il y a fort à parier que le colosse canadien Paul Ranger (334 matchs en NHL) devienne vite indispensable en défense. De toute évidence, Servette misera tout sur ses imports, avec seulement quelques joueurs suisses d’impact.
HC Ambrì-Piotta
Le dernier entraîneur à avoir emmené Ambrì-Piotta en play-off se nomme Serge Pelletier. C’était la saison dernière et, avant cela, c’était en 2006 ! Le Canado-Suisse semble être le seul à trouver les moyens de qualifier le club des Alpes tessinoises pour les play-off. Avec deux honnêtes gardiens, sans plus, et une défense plutôt limite, la saison risque d’être compliquée pour Serge Pelletier et ses boys.
Le meilleur joueur des dernières saisons, le défenseur Maxim Noreau, est retourné en NHL et pour le remplacer, les dirigeants ont engagé un roc, Ryan O’Byrne (333 matchs en NHL). La prestation de la saison dernière sera donc difficile à rééditer, malgré la reconstitution d’un duo de choc en attaque avec l’engagement de Keith Aucoin, lequel retrouvera Alexandre Giroux. En 2010, les deux hommes, qui jouaient alors à Hershey, avaient enflammé les patinoires de AHL en inscrivant respectivement 106 et 103 points en saison régulière ! Autre nouvel import, l’Américain Adam Hall (718 matchs en NHL) débarque, lui, des Philadelphia Flyers.
EHC Biel
Pour rappel, la saison dernière, c’était Bienne le cancre de la ligue, condamné à sauver sa place dans l’élite contre le champion de NLB dans un barrage de tous les dangers. Pour l’entraîneur Kevin Schläpfer, il fallait à tout prix faire une campagne estivale de premier ordre pour inverser la tendance. Et cela semble lui avoir plutôt bien réussi, surtout en attaque.
D’abord, il a conservé l’ailier suédois Dragan Umicevic, puis a engagé le playmaker Niklas Olausson et enfin créé la surprise en engageant un certain Pär Arlbrandt, meilleur compteur du dernier championnat de Suède avec 71 points ! Avec une attaque très athlétique et dans laquelle figure encore le Canado-Allemand Ahren Spylo, véritable icône à Bienne, le staff technique devra surtout appliquer un système défensif simple et efficace. Avec une défense 100% suisse et qui ne compte aucun joueur de premier plan, la saison s’annonce assez difficile. Surtout que Bienne ne possède plus de gardien extra-terrestre comme lorsque Reto Berra gagnait des matchs à lui tout seul.
Lausanne HC
Néo-promu, le Lausanne HC avait réussi à se qualifier pour les play-off lors de la saison écoulée. Cet exploit retentissant, qui était aussi la toute première participation des Vaudois à ce stade de la compétition en six saisons de NLA, est principalement dû au système défensif imperméable mis en place par Heinz Ehlers, l’entraîneur danois du LHC.
Sans grand nom dans son arrière-garde, Lausanne n’avait encaissé que 115 buts, ce qui correspond à la troisième meilleur défense après celle du champion Zurich et celle de Lugano. Evidemment, les prestations de Cristobal Huet avaient été phénoménales. Si la défense est formée de soldats exécutant leurs tâches à la lettre, l’un d’eux ressort du lot sur le papier, le capitaine John Gobbi et ses 737 matchs en NLA. En attaque, les imports seront nordiques dans la capitale olympique aussi, avec l’international suédois Daniel Bång et le centre finlandais Juha-Pekka Hytönen, meilleur compteur lausannois de la saison dernière, qui ont accueilli, cet été, deux Finlandais, Ossi Louhivaara (du JYP) et Harri Pesonen (d’Albany, AHL). Le rendement des anciens internationaux suisses Thomas Deruns et Paul Savary ainsi que celui du revenant Alain Miéville seront déterminants dans la lutte pour les play-off.
Rapperswil-Jona Lakers
En crise, Rapperswil n’a plus disputé les play-off depuis 2008. Annoncé gros comme une maison au milieu des années 2000, avec un budget conséquent et des installations toutes neuves, Rapperswil n’a pas réussi à faire le saut voulu par ses dirigeants, lesquels souhaitaient en faire un club dominant de la ligue. La lumière viendra-t-elle cette saison ? Possible, mais compliqué.
L’entraîneur suédois Anders Eldebrink, qui a connu pas mal de succès à Kloten, a décidé d’orienter son recrutement vers son pays d’origine. En attaque, les internationaux Nicklas Danielsson et Niklas Persson, champions du monde en 2013 avec la Tre Kronor, ont vu arriver leur compatriote Mikael Johansson durant l’été. Au niveau des joueurs suisses, les stars vieillissantes et surpayées sont toutes parties, laissant place à une équipe très jeune mais talentueuse. La défense fait quand même un peu peur avec, comme seuls joueurs expérimentés, le Canadien Derrick Walser (36 ans), l’ancien attaquant reconverti Andreas Camenzind et le capitaine Cyril Geyer (33 ans).
Réformes et perspectives
Les réformes décidées en catimini l'hiver dernier par les clubs suisses ont suscité une telle fronde qu'elles n'ont pu être adoptées telles quelles. Même sans pouvoir prendre place en tribune puisque les matches se jouaient sans spectateurs, les supporters ont fait connaître leur mécontentement... et les joueurs ont pris le relais en déployant eux-mêmes les banderoles pour exprimer leur solidarité !
La promotion/relégation, qui avait 81% de partisans, ne sera donc pas abolie. La descente reste simplement abolie le temps que la ligue passe à 14 clubs (elle en est à 13 cette année avec la promotion d'Ajoie). Cette taille de championnat sans doute trop haute ne fait pas l'unanimité : 61% des sondés soutenaient un modèle à 12 clubs contre 30% pour un modèle à 14 participants.
Un compromis a aussi été trouvé sur la question épineuse du statut dit "comme Suisse", qui permet à des hockeyeurs étrangers mais formés localement pendant au moins cinq saisons (entr 9 et 20 ans) de bénéficier d'un statut identique aux joueurs helvétiques. L'idée est de conserver les privilèges des joueurs déjà en place, dont de nombreux hockeyeurs français (Thomas Thiry à Berne, Johann Morant à Zurich, Jordann Bougro à Fribourg, Floran Douay à Lausanne, Eliot Berthon à Genève, les frères Bozon...) qui ne perdront donc pas leurs postes de travail en Suisse.