Championnat de France de Rugby 1987: Résultats et Analyse

Le Championnat de France de rugby à XV 1986-1987 est remporté par le RC Toulon après avoir battu le Racing Club de France en finale. Les nostalgiques n'ont pas oublié que le RCT avait dû ferrailler ardemment pour soulever le bouclier de Brennus (15-12). L'élite est constituée de quatre groupes de dix clubs.

À l'issue de la phase qualificative, les cinq premiers des groupes 1 et 2 et les trois premiers des groupes 3 et 4 sont qualifiés pour les 1/8e de finale. Les équipes sont listées dans leur ordre de classement à l'issue de la première phase qualificative. Les noms en gras indiquent les équipes qui se sont qualifiées pour les 8e de finale : dix équipes des groupes 1 et 2 représentant l'élite, et six équipes des groupes 3 et 4. Les équipes dont le nom est en caractères gras sont qualifiées pour les quarts de finale.

En 1987, Toulon et le Racing ne se sont plus affrontés en finale du championnat de France depuis 29 ans. Avant ce 2 mai 1987, les Toulonnais d'Eric Champ étaient "prêts à mourir" pour le Brennus, raconte le troisième ligne Eric Champ.

« Il y avait une forte attente du peuple et c'est un euphémisme. Notre club avait connu un succès en 1931 et depuis il y avait eu des finales perdues (1948, 1968, 1971, ndlr) jusqu'à celle de 1985 contre Toulouse, soi-disant la plus belle finale du siècle (36-22 a.p). On voulait montrer qu'à Toulon, il y avait des hommes forts et turbulents, ce que tout le monde savait, mais aussi avec du talent. Au sein de notre collectif, on savait que c'était possible. Cette attente, la semaine de la finale, on la ressentait dans le regard des gens qui voulait dire "tu ne peux pas nous laisser tomber". A titre personnel, j'ai eu du mal à me débarrasser de cette pression, peut-être un peu excessive. Je me sentais comme paralysé. Mais on était une équipe assez aboutie, avec du vécu. Sans faire injure au Racing, je pense que c'était une équipe un peu en construction. Donc on avait le costume du favori".

L'ailier du Racing Philippe Guillard en convient aisément. Les Ciel et Blanc étaient clairement "les invités-surprise". On avait battu juste avant le Stade toulousain d'un point (10-9) en demie et notre saison était un miracle permanent. "C'était presque logique qu'on perde parce que cette finale, on était là pour la jouer plus que pour la gagner. Les Toulonnais étaient partis pour nous mettre une branlée".

1986-1987 Résumé Finale RC Toulon - Racing CF, championnat de France de rugby à XV

Le parcours du Racing Club de France et la menace de relégation

Menacés de relégation dans le groupe B du championnat de France, le Racing Club de France et le Biarritz olympique, deux des clubs les plus prestigieux de l'ovale national, ont obtenu un sursis lors de la neuvième et avant-dernière journée des poules de cinq. Pour conserver leur place parmi l'élite ils devront néanmoins obtenir au moins le match nul, dimanche 15 novembre, sur les terrains de Rodez et Mâcon. Comment le ciel et blanc, finalistes du championnat 1987, sont-ils arrivés à se mettre dans cette position inconfortable ?

Le Racing Club de France renouait la saison dernière avec son rugby des années folles, déboulant dès l'automne sur les pelouses du championnat au grand galop d'une ligne de trois quarts tutoyant l'impossible. L'équipe parisienne se hissait même jusqu'en finale, où elle s'inclinait devant Toulon.

Cruel retournement de situation pour une équipe parisienne encore éclaboussée d'une gloire toute fraiche et brusquement condamnée à lire son propre avenir dans le rugby de deux modestes formations. La nouvelle formule du championnat, malaxant dans un même magma quatre-vingts clubs de tous calibres, a bien failli prendre au piège un Racing Club de France qui a eu toutes les peines du monde à prendre suffisamment au sérieux son début de saison 1987-1988 et à se motiver pour affronter des formations d'un niveau beaucoup plus modeste.

" On a pris des vacances un peu longues ", reconnait Franck Mesnel, demi d'ouverture de l'équipe parisienne et du Quinze de France. Les gens agressifs peuvent considérer qu'on a eu " la grosse tête " au sortir d'une saison réussie. Mais je dirai plutôt qu'il y a eu de notre part une forme de naiveté. On n'a pas su réagir ni faire le point au bon moment. " En trébuchant le week-end précédent à Villefranche-de-Lauragais, le RCF mettait un pied en enfer.

Des raisons qui ont provoqué l'effritement d'une des formations vedettes de la dernière saison, on peut en effet en recenser mille. L'auréole du Racing le désignait en cible privilégiée aux équipes adverses, motivées par la perspective de remporter une victoire sur un finaliste. Les internationaux comme Franck Mesnel ou Jean-Baptiste Lafond ont peiné pour reprendre le chemin des poules du championnat au sortir d'une Coupe du monde en Nouvelle-Zélande. Et la plupart des joueurs ont négligé leur préparation physique de début de saison.

" Peut-être n'ai-je pas fait ce qu'il fallait ? s'interrogeait Robert Paparemborde. J'ai eu tendance à faire plus confiance, à déléguer, à me montrer moins vigilant. En un mot, à mettre moins de pression à l'entrainement. " " Nous n'avons pas pris suffisamment au sérieux la première phase de ce nouveau championnat, résumait Jean-Pierre Labro. Sans nous rendre vraiment compte que l'équipe du Racing allait être attendue au coin du bois. Nous ne nous sommes pas assez préparés à nous battre contre des formations survoltées. "

Le résultat de cette rencontre anodine pouvait tout simplement précipiter les finalistes de la saison passée dans le groupe B du championnat de France. La victoire de Voiron (12 à 6) a écarté de justesse le spectre de la relégation.

« Un bloc de granit nous est tombé derrière la tête, reconnait Franck Mesnel. Ce ne sont pas tellement les raisons qui nous ont enfermés dans cette situation qui me tracassent actuellement, mais plutôt les moyens d'en sortir », confiait, pragmatique, l'entraineur Robert Paparemborde.

« Je ne reconnais plus mon équipe », soupire aujourd'hui ce même président, qui vient de vivre son dimanche le plus long. Le sort du Racing Club de France s'est joué à Voiron, dans l'Isère, entre la formation locale et celle de Villefranche-de-Lauragais.

Une saison presque parfaite, ponctuant un patient effort de relance entamé depuis quelques années sous l'impulsion du jeune président Jean-Pierre Labro pour remettre en vitrine le rugby de la capitale.

La finale de 1987 : Toulon vs Racing Club

A cette époque, le Racing est réputé pour ses facéties. Les arrières décident d'arborer un noeud-papillon rose pour cet épilogue au Parc des Princes. "Cette année on avait joué avec un béret à Bayonne et Eric Champ avait dit que si l'on venait jouer à Toulon, il faudrait qu'on mette un casque à pointe", se souvient Guillard. "Pour le quart, on avait un blazer du club durant la présentation des équipes et pour la demie, un bermuda et des chaussures dorés. Donc on s'était dit, à match de gala, tenue de gala. Le rose est venu naturellement car on avait une panthère rose comme mascotte".

"Ça ne nous a pas perturbés, on était bien préparé et très concentrés", soutient Eric Champ. "Mais j'ai trouvé que c'était un beau clin d'oeil. Quand tu portes ça, tu ne peux pas te rater... et d'ailleurs ils ne se sont pas ratés. J'ai le souvenir d'une finale très accrochée, avec des gros ferrailleurs devant".

"La finale, c'est le rendez-vous des seigneurs", assure Champ. "Il n'y avait pas eu de violence". Rapidement, Toulon se détache jusqu'à mener 15 à 6, grâce à un essai de l'ailier remplaçant David Jaubert, âgé de 18 ans. "David, c'est notre héros", s'enflamme Champ. "Je lui dis encore: "merci à toi minot". Je me rappellerai toujours son plongeon en coin, où il échappé à deux-trois défenseurs".

"Quand on a été mené 15-6, on s'est mis un peu à jouer dans tous les sens", souligne Guillard. "On revient à 15-12, 15 minutes à jouer et j'ai senti que les Toulonnais commençaient un peu à paniquer. J'ai l'image de leur soulagement au coup de sifflet final..."

La célébration du titre par Toulon

Après 56 ans d'attente, les Toulonnais sont accueillis triomphalement sur la Rade. "Le retour avec le Brennus, c'est pour des moments comme ça que tu prends ton sac sur l'épaule pour aller à l'école de rugby", explique Champ. "J'ai le souvenir du centre-ville noir de monde, complètement bloqué. C'était incroyable".

Mais la fête se prolonge deux semaines plus tard puisque les Racingmen sont invités à fêter le titre avec les Toulonnais. "C'était génial. On avait disputé une revanche, on avait des bracelets et tout était gratuit pour nous. On avait été très, très bien reçu", assure Guillard.

L'équipe show-Bizz du Racing a joué la finale avec un nœud papillon rose ! À la mi-temps Philipe Guillard, dit la Guille, a remplacé J.B. Lafond qui était blessé.

Résultats Clés du Championnat de France de Rugby 1987
Événement Détails
Vainqueur RC Toulon
Finaliste Racing Club de France
Score de la finale RC Toulon 15 - 12 Racing Club de France
Particularité du Racing Nœud papillon rose lors de la finale

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