Championnat de France de Rugby 1982: Histoire, Équipes et Moments Clés

Le Championnat de France de rugby est un événement majeur du rugby de clubs, un grand moment de liesse qui se déroule au stade de France, envahi par les bannières et les oriflammes des deux finalistes. Créé en 1892, le Championnat de France de rugby a souvent changé de formule, que ce soit le nombre de poules ou le nombre d'équipes par poule, mais, pour ce qui est de son système général, il reste un mixte de championnat et de coupe.

L'histoire du rugby en France est riche et complexe, marquée par une évolution constante des règles, des équipes et des mentalités. Alors que le jeu s’était d’abord développé en Angleterre puis en Nouvelle-Zélande, les premières manifestations du rugby en France furent le fait de commerçants et industriels anglais qui importèrent ce jeu par les ports de commerce au Havre d’abord, en 1872, à Paris et à Nantes ensuite, puis à Bordeaux, dont le club fut présidé à la fin du XIXe siècle par un courtier anglais. Les Anglais, pour se sentir partout chez eux, y amenaient leurs jeux. L’équipe du Havre portait les couleurs des deux prestigieuses universités anglaises : le bleu marine d’Oxford et le bleu clair de Cambridge.

En 1885, le Paris Rugby Football Club, club franco-britannique éphémère, fit une tournée en Angleterre. Les premières équipes furent des équipes scolaires.

Les Premières Compétitions et l'Essor du Rugby

L'Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA) organisa le premier championnat de France, en un seul match opposant les deux clubs, le 20 mars 1892. Les contacts avec les clubs britanniques allaient se multiplier après le match à Paris de Rosslyn Park contre le Stade français, en 1892.

L’implantation du rugby en province suivit rapidement. L'USFSA s’attacha à étendre le championnat de France en 1899 avec une finale opposant le champion de Paris à celui des départements, finale remportée d’ailleurs par les Bordelais. Le rugby se démocratisait en quittant la bourgeoisie parisienne, passant d’une sociabilité aristocratique à une sociabilité communautaire.

En 1920, les premiers clubs français, qui dépendaient depuis 1889 de l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques, acquirent leur indépendance et fondèrent la Fédération française de rugby. Sous l'égide de celle-ci, les clubs de rugby rayonnèrent dans l'ensemble du Languedoc et atteignirent la région grenobloise, avant de s'implanter de plus en plus au nord de la Loire.

Les matchs étaient suivis par une foule dense et passionnée, trop passionnée souvent, car le désir de voir gagner les équipes locales fit naître un chauvinisme exacerbé. Les équipes n’envisageaient plus que de gagner à tous prix, par tous les moyens. Le truquage et la brutalité deviennent monnaie courante : on se battaient sur les terrains et, hors des terrains, entre spectateurs.

La crise éclata en 1930 : une scission déchira le rugby et les clubs huppés (ceux où l’on paie une cotisation pour être membre) se rebellèrent et créèrent leur propre championnat pour s’opposer aux méthodes semi-professionnelles de l’ensemble du rugby français, ce qui entraîna le développement du rugby à treize.

En 1931, le rugby à quinze fut interdit de matchs internationaux (sauf contre l’Allemagne) par les Britanniques, en réaction contre la violence excessive du championnat de France et son professionnalisme dissimulé.

Aujourd’hui, ces phases finales sont réduites à deux demi-finales et à une finale, ce qui limite les contacts entre supporters.

On attribue au maître graveur-ciseleur Charles Brennus la paternité du trophée récompensant l’équipe championne de France. Brennus (1859-1943) était membre du S.C.U.F. (union des sociétés sportives de sports athlétiques). Il n’est pas écarté que l’idée de décerner ce trophée (où peut-être même sa commande à Brennus) pourrait être celle de Pierre de Coubertin. Rapporter le bouclier de Brennus à la maison constitue un grand moment dans la carrière d’un joueur.

L’Aviron bayonnais fut le premier club a développer le jeu à la main, les passes, l’occupation du terrain et le soutien.

De 1912, année de son premier titre, à aujourd’hui, le Stade toulousain a marqué le rugby français par sa capacité d’innovation tant dans le style de jeu, à la toulousaine, porté vers l’attaque, que dans les infrastructures du club, dans sa politique de formation et dans son mode de fonctionnement, le club étant propriétaire de son stade et de ses structures. Cette continuelle recherche de l’excellence a permis au Stade toulousain de remporter dix-sept titres de champion de France, dont neuf entre 1985 et 2001, et de remporter la première coupe d’Europe des clubs, en 1996.

Les avants du « Grand Béziers », Armand Vaquerin, Michel Palmié, Jean-Louis Martin, ont permis au club de remporter dix titres de champion de France entre 1971 et 1984, dans un jeu de pénétration-protection-progression organisé à la mêlée par le petit prodige Richard Astre et souvent conclu par un drop de Henri Cabrol ou une action de classe menée par l’arrière Jack Cantoni.

Remis en selle dans les années 1990, le club joue désormais les premiers rôles, dans une ambiance qui se veut en décalage avec celle des traditions du rugby, où des joueurs vêtus de rose ou de motifs fleuris disputent des matchs épiques contre le Stade toulousain qui attirent quatre-vingts mille spectateurs au Stade de France.

Le S.U. Agen a longtemps été perçu comme le club des dirigeants de la Fédération française de rugby, par opposition au Stade toulousain : ce fut le club d’Albert Ferrasse, longtemps président de la Fédération française de rugby (F.F.R.), et celui de Guy Basquet. Philippe Sella en fut l'un des grands animateurs dans les années 1980.

RUGBY : CHAMPIONNAT DE FRANCE

Palmarès

AnnéeClub vainqueur
1892Racing C.F.
1893Stade français
1894Stade français
1895Stade français
1896Olympique
1897Stade français
1898Stade français
1899Stade Bordelais U.C.
1900Racing
1901Stade français
1902Racing
1903Stade français
1904Stade Bordelais U.C.
1905Stade Bordelais U.C.
1906Stade Bordelais U.C.
1907Stade Bordelais U.C.
1908Stade français
1909Stade Bordelais U.C.
1910F.C. Lyon
1911Stade Bordelais U.C.
1912Stade toulousain
1913Aviron bayonnais
1914A.S. Perpignan
1926Stade toulousain
1927Stade toulousain
1928Section Paloise
1929Quillan
1930S.U. Agen
1931R.C. Toulon
1932Lyon O.U.
1933Lyon O.U.
1934Aviron bayonnais
1935Biarritz Olympique
1936R.C. Perpignan
1945S.U. Agen
1946Section paloise
1947Stade toulousain
1948F.C. Lourdes
1949Castres Olympique
1950Castres Olympique
1951Carmaux
1952F.C. Lourdes
1953F.C. Perpignan
1956F.C. Lourdes
1957F.C. Lourdes
1958F.C. Lourdes
1959Racing C.F.
1960F.C. Lourdes
1961A.S. Béziers
1962S.U. Agen
1963Stade montois
1964Section paloise
1965S.U. Agen
1966S.U. Agen
1967A.S. Montauban
1968F.C. Lourdes
1969C.A. Bègles
1970La Voulte F.C.
1971A.S. Béziers
1972A.S. Béziers
1973Stadoceste tarbais
1974A.S. Béziers
1975A.S. Béziers
1976S.U. Agen
1977A.S. Béziers
1978A.S. Béziers
1979R.C. Narbonne
1980A.S. Béziers
1981A.S. Béziers
1982S.U. Agen
1983A.S. Béziers
1984A.S. Béziers
1985Stade toulousain
1986Stade toulousain
1987R.C. Toulon
1988S.U. Agen
1989Stade toulousain
1990Racing C.F.
1991Bègles-Bordeaux
1992R.C. Perpignan
2010A.S.M. Clermont Auvergne
2011Stade toulousain
2012Stade toulousain
2013Castres Olympique
2014R.C.

Après le long délayage des poules de dix, après les faux seizièmes de finale du 11 avril, le championnat de France de rugby a véritablement commencé le 18 avril avec les huitièmes de finale. Toutefois, afin que les meilleures équipes aient le maximum de chances de se dégager, et pour assurer des recettes aux clubs qui n'ont pas joué de véritables seizièmes de finale, la Fédération a décidé de faire disputer ces huitièmes de finale en deux rencontres sur terrain neutre.

La santé du rugby français, sévèrement ébranlée lors du Tournoi des Cinq Nations, est-elle meilleure pour autant ? Il ne semble pas, si l'on en juge par le match qui opposait, à Toulouse, Béziers et Lourdes.

Logo de la Fédération Française de Rugby

L'Équipe Championne de 1982: SUA Agen

Le 26 mai 1984, soit il y a un peu plus de 40 ans, le SUA LG affrontait Béziers lors d’une aussi historique que malheureuse finale du championnat de France de rugby. Avant la rencontre entre les deux clubs, prévue vendredi dans le cadre de la 12ᵉ journée de Pro D2, Jacques Gratton, acteur de cette finale quatre décennies plus tôt, remonte le temps au travers de ses souvenirs rugbystiques.

Jacques Gratton : J’ai commencé le rugby à l’US Lectoure, dans le Gers. Là-bas, j’ai appris les bases, le plaisir de jouer, et l’esprit collectif. Puis, je suis passé à Auch, un club plus structuré, où j’ai vraiment progressé en tant que joueur. Ensuite, en 1980, j’ai rejoint Agen, mais ce n’était pas un choix calculé. À Auch, on avait une très bonne équipe de jeunes, mais il y a eu des soucis en interne, notamment avec Jacques Fouroux, qui était une figure marquante du rugby français. Il nous a conseillé à tous de chercher ailleurs pour continuer à progresser. Quand il m’a dit : « Toi, tu vas aller à Agen », je n’ai pas hésité. Agen, c’était un club de renom, avec une vraie culture du rugby.

Cette finale de 1984 (21-21, défaite du SUA aux tirs au but) reste un souvenir très particulier, presque étrange. On n’avait pas vraiment perdu, mais on n’avait pas gagné non plus. C’est dur à expliquer, mais ça laissait un goût d’inachevé. C’était la première fois qu’un titre se jouait aux tirs au but, et j’étais spectateur de tout ça, sur le banc. Après tout, je n’aurais pas aimé être à la place des buteurs. Déjà parce que ce n’était pas mon rôle, et je savais que je n’aurais pas marqué (rires). C’est un exercice tellement spécial, qui demande autant de mental que de technique. Ce qui m’a marqué, c’est l’image de Bernard Viviès à la fin.

Non, la plus difficile à digérer, c’est celle de 1990 contre le Racing (défaite 22-12). Cette année-là, on devait vraiment gagner. On avait une équipe exceptionnelle, mais il s’est passé des choses en dehors du terrain qui nous ont coûté le titre. En 1984, on n’a pas vraiment perdu. C’était différent, j’ai trouvé ça moins frustrant sur le moment que cette véritable défaite au bout du temps réglementaire six ans plus tard.

Entre 1982 et 1990, j’ai disputé 7 finales en 8 ans avec Agen, entre le championnat de France et le Challenge Yves-du-Manoir, et j’en ai gagné trois. Avec le recul, c’était une période dorée. Mais à l’époque, on ne s’en rendait pas compte. On vivait dans l’instant, enchaînant les matchs et les compétitions. Agen était une place forte du rugby français, et on avait des joueurs d’exception.

Elle n’était pas évidente cette demi-saison en 1998. Les résultats n’étaient pas au rendez-vous. Après une finale de Challenge Européen ratée (défaite 43-5 contre Colomiers), la direction a décidé de changer les choses. C’est toujours difficile à vivre, mais ce sont les aléas du métier. Heureusement, ça n’a pas entaché mes relations avec Philippe (Mothe), avec qui j’entraînais à l’époque.

Je pense que ça va être un match difficile pour Agen parce qu’actuellement Béziers, c’est une des meilleures équipes de la Pro D2. Agen fait des bons matchs, ils essayent de faire du jeu mais ils ont quand même des difficultés, je pense, physiquement, ils ont du mal à jouer les grosses équipes. Honnêtement, je pense que Béziers va gagner. Mais c’est le rugby, et on n’est jamais à l’abri d’une surprise.

Je sens qu’il y a un petit renouveau au niveau du jeu dans le SUA actuel. On voit qu’ils essayent de faire le jeu, j’ai vu de la bonne volonté. On a vu quelques bons matchs, on a vu des beaux essais. Mais je trouve que l’équipe est encore un peu tendre. Ils ont besoin physiquement de s’étoffer. C’est en grande partie ce qu’ils leur manquent.

Je veux mentionner Dominique Erbani, qui incarnait le leadership et la constance. Il avait un charisme incroyable, on avait une alchimie particulière. Quant aux joueurs de notre époque, j’aime beaucoup Arnaud Duputs. J’ai joué au même poste que lui, mais ce n’est pas le même profil de joueur que moi, mais il donne tout sur le terrain et est très régulier dans ses performances.

Non, pas vraiment. J’accompagne mon petit-fils, qui joue depuis qu’il est en moins de 8 ans. C’est une belle expérience. Travailler avec les enfants, c’est une autre vision du rugby, plus spontanée, plus joyeuse avec des gamins enthousiastes.

Équipe du Stade Toulousain

Les Quarts de Finale et Demi-Finales de 1982

Décidément, le rugby est bien un jeu aussi imprévisible que ses règles et son ballon incongrus. Alors que les huitièmes de finale du championnat de France, disputés en matches aller et retour, avaient été insipides, les quarts de finale avec élimination directe ont donné lieu à de véritables festivals d'ovale : dix-neuf essais ont été marqués au total, soit plus que deux semaines auparavant pour le double de matches.

Samedi 8 mai à Dax, Bayonne en a marqué deux contre Tarbes pour gagner 13-6. Dimanche 9 à Béziers, Grenoble a passé une fois la défense de Lourdes (12-9) ; à Toulouse, Agen a asséné six essais à Narbonne (35-6) et, à Tarbes, Perpignan a dominé Dax au cours d'une partie échevelée où furent inscrits dix essais (33-23).

Le 16 mai prochain, en demi-finales, Agen rencontrera Perpignan à Toulouse et Grenoble affrontera Bayonne à Narbonne.

Le président de la Fédération française de rugby ne déteste pas faire une blague lorsqu'il est de bonne humeur. Il jubilait précisément, M. Perpignan après la victoire des Catalans sur l'A.S. Dax. Aussi apostropha-t-il Jean-Marc Bourret, qui sortait ruisselant des douches : " Et toi, Jean-Marc, si tes supporters continuent à m’emmerder, je te renvoie au XIII. "

Par deux fois les supporters " sang et or " avaient, en effet, envahi la pelouse après les exploits du trois-quarts centre catalan. Mais après les prouesses de ce diable de joueur, irrésistible sur 40 mètres de course, on pouvait fermer les yeux sans regret sur ce qui, ailleurs, aurait passé pour un manquement grave aux règles de bonne conduite des spectateurs.

Renvoyer Bourret au jeu à XIII ! Albert Ferrasse manie l'antiphrase avec génie.

La Fédération française de jeu à XIII avait " cafardé " à l'International Board : des chiffres et des photocopies de notes de frais avaient été envoyés au sourcilleux gardien du jeu. Le crédit d'Albert Ferrasse auprès de ses pairs britanniques en avait souffert. En France, les choses avaient pris une telle tournure que le ministère des sports avait dû intervenir.

Pour calmer les esprits, la F.F.R. avait suspendu Bourret en attendant de pouvoir le laver du soupçon de professionnalisme (le Monde du 21 février 1931). Écarté des terrains avant d'avoir pu faire ses preuves, celui-ci en avait été très affecté.

Lorsque sa licence lui fut rendue au début de la saison, il ne manifesta pas l'enthousiasme qu'on lui avait connu avant l'affaire. Comme si, dans son subconscient, quelque chose, quelque part, s'était bloqué.

tags: #championnat #de #france #de #rugby #1982