Le 27 mai 1979, le Racing Club Narbonnais a remporté son dernier titre de champion de France, marquant une consécration mémorable pour le club et ses supporters. Cette victoire, acquise face à Bagnères, reste gravée dans les annales du rugby français. Retour sur cette finale historique et son impact durable.

Un contexte particulier
Il y a quarante ans, Narbonne gagnait son deuxième et dernier titre de champion de France. "Ce ne fut pas une grande finale", reconnut modestement Roger Couderc sur le plateau de Stade 2 qui suivit. Il y eut aussi ce vent tourbillonnant qui annihila pas mal de coups de pied. Non ce ne fut pas une après midi de feu d'artifice, même si elle fut éliminé par un essai superbe et précoce, en première main.
Une croisée entre Lucien Pariès et Didier Codorniou qui vit le "Petit Prince" percer avec tranchant pour envoyer Christian Trallero à l'essai. Sur cette course "Codor" avait échappé à six adversaires. Ceci dit, le résumé du match que proposa Couderc laisse voir quelques jolies séquences avants-trois quarts mêlés .
Mais à ceux qui faisaient la fine bouche, les Narbonnais de souche ont répondu qu'ils ne pouvaient pas comprendre combien étaient vivaces les blessures du passé, la finale 1974 notamment perdue cruellement face à Béziers, ainsi que plusieurs éliminations douloureuses contre des équipes considérées plus faibles (Bègles en 1969 notamment).
Bagnères avait les faveurs des amoureux du beau jeu en raison de la qualité de sa ligne de trois quarts (Bertranne, Aguirre, Gourdon tous internationaux, plus Rispal et Anton) et les jambes de son demi de mêlée Adrien Mournet.
Une victoire stratégique
Narbonne n'usurpa pas son titre. Il s'est basé sur deux éléments : une énorme supériorité en touche autour de Claude Spanghéro (neuf ballons pris sur lancers adverses) et une vision stratégique adaptée aux forces en présence. Il fallait cadenasser les milieu de terrain pour éviter aux Bagnérais de prendre de la vitesse.
Les deux centres Codorniou et Sangalli s'acquittèrent sans rechigner des taches défensives ingrates ainsi que le méconnu Michel Ponçot ferrailleur hors-pair. Les Narbonnais user du jeu au pied d'occupation pour maintenir les adversaires dans leur camp. Les desseins des Narbonnais furent également favorisés par le score scellé très tôt (il n'y eut aucun point marqué en deuxième période).
Les échauffourées continuèrent jusqu'au bout, au gré des quarante-trois mêlées sifflées par Francis Palmade qui finit par expulser Colomine et Torossian à la 72eme. Ils payèrent pour tout le monde.
Une saison exceptionnelle
De ce titre tant désiré à Narbonne depuis.... 1979, nous reste le souvenir d'une saison magnifique conclue par une collection de titres sans précédent : Brennus, Du-Manoir, Bouclier d'Automne, Nationale B, Béguère. Exploit inédit que même Béziers n'a pas connu (quatre titres "seulement" en 1977 avec toutefois un titre Crabos en plus ).
En championnat, les Audois avaient marqué trente points et cinq essais en moyenne. On ne résiste pas à la tentation de citer quelques figures de proues, Claude Spanghéro évidemment, maitre des airs, mais aussi Yves Malquier, numéro 8 à la barbe noir ; si brillant que le XV de France l'avait appélé durant le Tournoi contre l'Ecosse. Pour sa première sélection, il marqu a deux essais en plein soleil.
Les Narbonnais brandissent le Bouclier de Brennus tant désirer.
Fiche technique
Au Parc des Princes, le 27 mai 1979
Narbonne bat Bagnères : 10-0.
Arbitre : M. Palmade
Pour Narbonne : 1 E Trallero ; 2 P Pariès.
Expulsions : Colomine et Torossian.
Le XV de départ de Narbonne : Benacloï ; Ferrero, Codorniou, Sangalli, Trallero ; (o) Pariès, (m) Ramon ; Montlaur (puis Trevisan puis Provenzale), Malquier, Ponçot ; Cl. Spanghéro (cap.), Salas ; G.
Après une petite demi-heure seulement et en sept minutes à peine (22e-29e), la malédiction était brisée (10-0, score final). Malgré quelques fébrilités, d'inquiétants tangages en mêlée, malgré un premier échec de Pariès au pied (pénalité) et les relances tranchantes d'Aguirre, on avait immédiatement ressenti, dans les tribunes, l'invulnérabilité de cette cuirasse orange habitée par des corps invincibles et des esprits impérieux.
Le seizième (Limoges; 61-14) avait été formalité, le huitième (Carcassonne 21-12) âpreté, le quart (Bayonne 18-7) intensité et la demie (Montferrand; 19-9) apogée.
Alors oui, ce fut une finale tendue, hachée, frustrante mais elle "accoucha" d'un vainqueur valeureux, incontestable, en raison d'une indéniable supériorité de fond et d'une plus grande pertinence stratégique.
Ils ont été plus intelligents, contrariant un rival trop sûr de son rugby gagnant jusque-là (sacrifice devant, opportunisme et vitesse derrière). Les ingrédients? Pression défensive capitale au milieu du terrain afin d'empêcher les Bigourdans de prendre de la vitesse sur les extérieurs (à cet égard, on a insuffisamment relevé l'action ingrate décisive de Sangalli et Codorniou), harcèlement permanent dans l'entre-jeu (Ponçot, indomptable batailleur, en pointe) afin de réduire les espaces comme les temps de prises de décision, d'action chez l'adversaire (le N°9 notamment, Mournet jambes folles), jeu au pied d'occupation maintenant l'opposant dans son camp, l'obligeant à des relances lointaines, souvent individuelles, situation renforcée par la franche prise du score dès la fin de la première demi-heure ainsi que par une touche prolifique (23 gains contre 18 dont 9 sur lancers adverses).
Et l'on peut considérer que sans une mêlée (Il y en eut 43 dans le match!) trop souvent bousculée (malgré deux gains, contre une perte), plaçant Ramon dans ses petits crampons, les Narbonnais auraient certainement manifesté une maîtrise encore supérieure, une ambition offensive plus affirmée, autour d'un Pariès parfait gestionnaire, et probablement alimenté plus largement le score...
Voilà ce que réussirent des vainqueurs abusivement dénigrés, par ceux qui n'avaient pu saisir la fièvre émouvante d'une souffrance émotionnelle, obsessionnelle, à conjurer.
Non, il n'y avait pas les vertueux Bagnérais d'un côté et les coquins, Narbonnais de l'autre... D'ailleurs, sur la première mêlée, le ballon fut chipé par les "Orange" et de sont bien les "noir", vexés, qui allumèrent la mèche! Après, bien sûr, il n'y eu guère de concessions autour des talonneurs Salettes et Torossian, deux pierres à feu, et les intimidations furent bien partagées.
La saison exceptionnelle (Brennus, Du-Manoir, Bouclier d'automne, Béguère...
Quelques jours avant la finale et en prévision d'une troisième-mi temps qu'il espère festive, le talonneur narbonnais Pierre Salettes, aidé par Jean-Luc Piquemal (qui tient l'échelle) et Lucien Pariès, installe les stores du bar-brasserie qu'il a créé à Port-Gruissan.
Salué par une haie d'honneur formée par les cadets de Grenoble, champions de France en lever de rideau de cette finale, l'arrière international Jean-Michel Aguirre pénètre sur la pelouse du Parc des Princes.
Auteur d'un but de pénalité à la 22e minute qui permet à Narbonne de mener, 3-0, l'ouvreur international Lucien Pariès ouvre vers Didier Codorniou tandis que derrière lui, les avants sont en train de se battre.
Débarqués en nombre depuis l'Aude pour soutenir leur équipe et meurtris par le souvenir douloureux de la finale perdue face à Béziers en 1974, les supporteurs narbonnais donnent de la voix après l'ouverture du score !
TF1 retransmet ce match, avec Jean Raynal aux commentaires et l'ancien entraîneur de Béziers, Raoul Barrière, dans le rôle du consultant. On reconnaît le jeune Didier Roustan, en arrière-plan.
Considéré comme le meilleur preneur de balles du championnat en touche réduite, le deuxième-ligne et capitaine audois, Claude Spanghero, fait moisson, sous les yeux de ses coéquipiers Didier Codorniou, Guy Colomine et Patrick Salas, futurs internationaux.
Poursuivi par Claude Spanghero, le trois-quarts centre international bagnérais Roland Bertranne est à l'attaque. Pierre Rispal encourage son capitaine de la voix.
Le demi de mêlée narbonnais Guy Ramon ouvre vers ses lignes arrière au sortir d'une mêlée très disputée. On joue depuis un peu moins d'une demi-heure et le score est de 6-0 en faveur des Audois.
Le centre international François Sangalli se rue à l'attaque face au demi de mêlée Adrien Mournet, tout en essayant d'échapper au plaquage du flanker bagnérais Serge Landais.
Sur une passe croisée de son ouvreur Lucien Pariès à hauteur des trente mètres, le jeune trois-quarts centre Didier Codorniou s'enfonce dans le camp bagnérais au milieu de six défenseurs. C'est l'action du match !
Plaqué par Adrien Mournet, Codorniou parvient à garder assez de lucidité pour regarder qui vient à son soutien à proximité de la ligne d'en-but adverse : il s'agit de l'ailier gauche Christian Trallero...
Libéré par la passe millimétrée, Trallero s'engouffre dans l'espace béant. L'arrière du Stade Bagnérais, Jean-Michel Aguirre, ne pourra pas l'arrêter. Narbonne prend alors l'avantage, 10-0. Le score ne bougera pas.
Les supporteurs audois ont amené au Parc des Princes des fusées agricoles qu'ils dirigent vers le buteur de Bagnères, Jean-Michel Aguirre (n°15) pendant ses tentatives de tir au but. Sur l'une d'elles, Aguirre sera même blessé au cuir chevelu...
À la 72e minute, excédé par les brutalités répétées - et après l'intervention du délégué sportif, Raymond Gombeaud, qui tenta en vain de calmer les esprits - l'arbitre Francis Palmade expulse le talonneur de Bagnères, Antranik Torossian, et le pilier gauche de Narbonne, Guy Colomine.
Champion de France en 1936, Narbonne soulève une deuxième fois le bouclier de Brennus, lequel est encadré par Lucien Pariès et Henri Ferrero, ballon du match en main.
Dans les jours qui suivent, c'est une refonte des championnats territoriaux qui est proposée. La Pré-Fédérale (PF) remplace l’Honneur. Création d'une division intermédiaire entre la Nationale et la Fédérale 1.