La finale du Championnat de France de Rugby 1972, qui s'est déroulée le dimanche 21 mai à Lyon, a vu l'AS Béziers remporter le titre face à Brive sur le score de 9 à 0. Ce match, âprement disputé, a mis en lumière la domination de la charnière héraultaise Astre-Cabrol.

Le Bouclier de Brennus, symbole du championnat de France de rugby.
Un Match Étouffant à Lyon
Au stade de Gerland, dans une ambiance de feu, le talonneur international Michel Yachvili se lance à l'assaut de la défense héraultaise d'entrée de finale, histoire de tester la robustesse de son vis-à-vis, Élie Vacquerin. L'étroitesse du score traduit bien la résistance que les joueurs de Brive ont su opposer aux quinze rugbymen de Béziers, qui rencontraient en cette occasion leurs meilleurs adversaires.
Les spectateurs craignaient que cette finale dégénérât en un combat de tigres. On est plutôt descendu dans la fosse aux ours. On craignait un match rouge, et ces messieurs de la Fédération étaient, dimanche matin, dans l'état d'esprit d'un préfet de police qui voit fleurir les premières barricades. On a vu un match gris - non sans beauté parfois, mais touffu, bourru, étranglé par la peur, coin par l'appréhension. Deux grandes équipes, les deux meilleures qui puissent se retrouver aujourd'hui sur une pelouse de ce pays, ont vécu quatre-vingts minutes avec en tête une seule idée : étouffer dans l'œil tout déploiement de jeu qui pourrait creuser une brèche. Jeu mort-né.
À la sortie du stade de Lyon, on voyait deux grands types aux mines maussades. Des Brivistes ? Non. Deux des plus grands troisièmes lignes qui aient jamais porté les couleurs anglaises et irlandaises, Peter Robbins et Ronny Cavanaugh. Pourquoi si moroses ? " Votre rugby, disaient-ils, est en train de perdre son esprit. Il était guetté par la violence. Le voici menacé par l'ennui ! "
Les Moments Clés du Match
Le demi de mêlée international Marcel Puget, se montre particulièrement maladroit dans les tirs au but, même les plus faciles. Ces échecs, inhabituels, laissent le score vierge. Le deuxième-ligne briviste Joël Merlaud s'est montré coupable d'un vilain coup sur son vis-à-vis Alain Estève, au sol. L'arbitre, Georges Domercq, siffle une pénalité que convertit Henri Cabrol. Béziers mène alors 3-0.
Béziers commence petit à petit à prendre l'ascendant sur son adversaire. Derrière une mêlée conquérante, le troisième-ligne centre Yvan Buonomo sert son demi de mêlée Richard Astre, qui part dans le côté fermé. La charnière biterroise est maîtresse du jeu au coeur d'une finale étouffante, sous le soleil lyonnais.
Rien ne passe : les défenses l'emportent sur les attaques et le tableau d'affichage est maigre : toujours 3-0 pour Béziers. Béziers alterne les choix de jeu pour trouver la faille dans le dispositif adverse. Ici, le troisième-ligne international Olivier Saïsset percute à son tour et, plaqué par le centre briviste Daniel Marty, libère son ballon d'une passe pour ses coéquipiers, lancés dans l'axe. Mais l'en-but est encore loin.

Actions clés du match entre Béziers et Brive.
Le Tournant du Match
C'est le tournant du match ! On joue la 57e minute de jeu et l'ouvreur biterrois Henri Cabrol a senti le coup... Il part en travers pour déborder les avants brivistes. D'un crochet intérieur, Henri Cabrol a feinté Michel Marot, au sol, avant d'échapper à la course au plaquage du talonneur briviste Michel Yachvili. L'ouvreur de Béziers inscrit le seul essai de cette finale qui scelle le succès de son équipe, 9-0.
L'ailier Jean-Pierre Puidebois débordera bien le long de la ligne de touche face à René Séguier pour filer dans l'en-but biterrois en toute fin de partie, mais son essai sera refusé par l'arbitre, M. Domercq, pour un hors-jeu.
La Célébration de la Victoire
Dans un stade de Gerland baigné de lumière, les frères Buonomo, André et Yvan, sont portés en triomphe par leurs supporteurs au moment de fêter ce titre de champion de France obtenu de haute lutte face aux Brivistes. Alain Paco en arrière-plan, Henri Cabrol (auteur des neuf points de son équipe), le capitaine de Béziers Richard Astre et le président de la FFR, Albert Ferrasse, présentent le bouclier de Brennus.
De gauche à droite, Dedieu, Sarda, Navarro, Martin, Lubrano, Élie Vaquerin, Astre, Yvan Buonomo, l'entraîneur Raoul Barrière, Lavagne, Cantoni, Séguier, Cabrol et Armand Vaquerin dansent autour du trophée, le troisième récolté par l'ASB.

L'équipe de Béziers célébrant sa victoire avec le Bouclier de Brennus.
Tout commence à la 75e minute, par un slalom effréné de Jack Cantoni dans les lignes de Toulon, en finale du championnat de France, le 16 mai 1971. Ce jour-la, au Parc Lescure de Bordeaux, un petit arrière, sorte de Codorniou de l’Hérault, assez frêle comparé aux colosses musclés d’aujourd’hui, va foudroyer les Toulonnais par son incroyable accélération. Au terme d’une course de cent mètres, où il efface Carreras et Delaigue par d’invraisemblables crochets, Jack Cantoni peut servir René Séguier qui aplatit et égalise 9-9. Victime d’une méchante cravate de Fabien, Cantoni ne voit même pas son coéquipier finir le travail mais Béziers va s’imposer 15-9 après prolongation. Cantoni, lui, a déja son surnom : la truite ! Son père, Vincent, faisait partie de la première Equipe de France, championne du monde de Jeu a XIII, en Australie en 1951...
Mais la force de l’AS Bitérroise, c’est son pack d’avants indestructible : Hortoland, Vaquerin, Estève, Saisset... Des gaillards qui faisaient peur à toutes les équipes, invités réguliers des premiers Stade 2 de Robert Chapatte et Roger Couderc. Des champions de l’Ovalie qui vont conduire leur club vers un palmarès historique. Onze finales pour dix Bouclier de Brennus de 1971 a 1984. A chaque fois, Béziers lamine Toulon, Brive deux fois, Narbonne, Perpignan, Montferrand, Toulouse, Bagnères, Nice et Agen... Invaincue pendant toute la saison 70-71, l’AS Béziers régale son public.
24 ans de moyenne d’âge pour les funambules de l’arrière, protégés par les montres de devant et dirigés à la mêlée par l’artiste Richard Astre... Le coach de ces guerriers s’appelle Raoul Barrière. Un ancien pilier international, né et mort à Béziers et qui va se forger un surnom : le sorcier de Sauclières, du nom de l’ancien stade de Béziers.
Béziers va aussi laisser son empreinte dans l’histoire du Quinze de France. Jack Cantoni inaugure la première de ses 17 sélections dès 1971. Puis, il marque un essai contre l’Angleterre l’année suivante, dans un Quinze tricolore qui ne compte pas moins de sept Bitérrois (Vaquerin-Estève-Saisset-Martin-Buonomo-Astre-Cantoni). Le record de Lourdes en 1958 est égalé !
Béziers, star du rugby français, joue le premier match dans le nouveau Parc des Princes en novembre 1972. En 1977, les Bleus s’offrent un Grand Chelem mémorable dans le Tournoi des 5 Nations : 4 victoires en 4 matches sans encaisser d’essai et avec les 15 même joueurs !!! Un record toujours inégalé pour la bande de feu Jacques Fouroux, où l’ on retrouve deux Bitérrois : Alain Paco et Michel Palmié.
Pour la deuxième année consécutive, Béziers a remporté le championnat de France.
Bien avant le Stade Toulousain, le Stade Francais, Toulon ou Clermont, le rugby français fut dominé par l’AS Béziers des années 70.