L’époque du Grand Béziers, les aînés en rêvent encore, et les jeunes la découvrent avec admiration. 1971 marque le début de l’épopée Biterroise où le club a accumulé les titres dans les années 70 grâce à un pack de fer mais aussi des arrières flamboyants, le tout mené par un Richard Astre surnommé le petit Mozart du rugby. Bien avant le Stade Toulousain, le Stade Français, Toulon ou Clermont, le rugby français fut dominé par l’AS Béziers des années 70.
Invaincue pendant toute la saison 70-71, l’AS Béziers régale son public. 24 ans de moyenne d’âge pour les funambules de l’arrière, protégés par les montres de devant et dirigés à la mêlée par l’artiste Richard Astre... Le coach de ces guerriers s’appelle Raoul Barrière. Un ancien pilier international, né et mort à Béziers et qui va se forger un surnom : le sorcier de Sauclières, du nom de l’ancien stade de Béziers.
Béziers va aussi laisser son empreinte dans l’histoire du Quinze de France. Jack Cantoni inaugure la première de ses 17 sélections dès 1971. Puis, il marque un essai contre l’Angleterre l’année suivante, dans un Quinze tricolore qui ne compte pas moins de sept Bitérrois (Vaquerin-Estève-Saisset-Martin-Buonomo-Astre-Cantoni). Le record de Lourdes en 1958 est égalé !Béziers, star du rugby français, joue le premier match dans le nouveau Parc des Princes en novembre 1972. En 1977, les Bleus s’offrent un Grand Chelem mémorable dans le Tournoi des 5 Nations : 4 victoires en 4 matches sans encaisser d’essai et avec les 15 même joueurs !!! Un record toujours inégalé pour la bande de feu Jacques Fouroux, où l’ on retrouve deux Bitérrois : Alain Paco et Michel Palmié.
1971 FINALE DE LEGENDE AS Béziers RC Toulon 1971 Résumé Rugby
La Finale Épique contre Toulon
Après avoir battu Agen en demi-finale, l’AS Béziers rencontre Toulon au Parc Lescure de Bordeaux pour soulever le bouclier. Le début de match est marqué par la blessure d’André Herrero côté Toulonnais qui finit le match avec plusieurs côtes fracturées. Etait-ce l’œuvre de Sénal ? Estève ? Seul le barbu Toulonnais le savait… A la mi-temps le duel de coups de pieds se finit sur le score de parité 6 à 6.
Ce 16 mai 1971, des rumeurs venues de Béziers disent qu’un contrat pèse sur les épaules d’André Herrero. Elles se vérifient dès les premières minutes de cette finale. Cinquante ans après, le capitaine biterrois Richard Astre confirme : "Nous avions ciblé André Herrero." Lequel ne prit pas ces menaces au sérieux : "J’avais entendu parlé de ça, mais je ne m’étais pas méfié. Nous avions pourtant observé qu’à chaque rencontre de cette phase finale, les Biterrois s’arrangeaient pour éliminer un adversaire gênant."
En quart de finale, le Bagnérais André Cazenave, est sévèrement touché, tout comme l’Agenais Paul Biémouret, en demie, victime de plusieurs K.-O. Mais rien de significatif en seizième contre Poitiers ni au tour suivant face à Dijon. Raoul Barrière, leur entraîneur, ancien pilier international, demande à ses avants de marquer leurs adversaires physiquement. "En aucun cas, il ne fallait qu’André Herrero déstabilise notre pack par ses provocations. Il s’exposait beaucoup.
Les Biterrois craignent André Herrero à plus d’un titre. Pour sa rudesse, son goût du combat rapproché et surtout l’oppressante façon qu’il a de parler sans arrêt aux adversaires et à l’arbitre. Les Biterrois ne veulent pas subir l’emprise d’un tel dragon. Quand on fait remarquer à Richard Astre que les images de la finale, même floues, même en noir et blanc, disent que Béziers fut plus agresseur qu’agressé, l’intéressé sourit : "Je préfère ça que le contraire. André Herrero influençait l’arbitre, les adversaires et les partenaires. En éteignant le leader, on éteignait l’équipe. En aucun cas, il ne fallait pas qu’il déstabilise notre pack par ses provocations. Il s’exposait beaucoup.
Les beaux projets d’André Herrero se fracassent sur cette satanée 37e minute, au terme d’une action de vingt secondes, du renvoi aux 22 mètres de l’ouvreur toulonnais Paul Bos à la sortie en touche de Bernard Giabbiconi. Pour Herrero, une chute, un atterrissage et une mauvaise rencontre, celle avec un coupable jamais formellement identifié. Trilogie banale d’un rugby tel qu’il se pratiquait à une époque où le salut passait par le jeu debout. André sort sur un brancard, porté par le toubib toulonnais et Christian Carrère. Ils le déposent là, devant la tribune d’honneur. Les officiels s’y pressent autour de Jacques Chaban-Delmas, Premier ministre et maire de Bordeaux. De longues minutes durant, André tente de retrouver ses forces. Soutenu par le docteur Rocheteau et "Carbu", le kiné, il se traîne le long de la touche, démarche de vieillard et rictus de battu.
Il n’aurait pas rattrapé à la course René Séguier partant à l’essai à six minutes de la fin. Non, mais stimulée par sa présence, son équipe se serait peut-être jouée de l’adversité. Peut-être. La réalité, c’est que le coup de pied de "Petit Louis" Irastorza roule jusqu’à Jack Cantoni, le seul attaquant assez fou pour relancer de sa ligne d’en-but. Petits pas de recul, démarrage foudroyant, deux crochets magiques, accélération, passe à Séguier juste avant la cravate du siècle signée Roger Fabien. Essai. Égalité.
Deux quarts d’heure supplémentaires pour trouver un champion : c’est Béziers, plus jeune, plus affamé, à 15 contre 14 et demi. Le Grand Béziers vient de naître.
En voyant Herrero étendu, les supporters toulonnais, d’abord sidérés, se révoltent contre ce coup "sournois, dégueulasse" qui a éliminé l’entraîneur, le capitaine, le frère, le père, le président, le lider maximo. Ils scandent à plusieurs reprises des "Estève assassin !". Méchant, il l’est. Provocateur aussi. "Aujourd’hui les gars, on va vous crever", promet-il aux Toulonnais dans le tunnel. Mauvais signe, il se crache dans les mains. Sans tarder, il met ses menaces à exécution : doigts dans les yeux de Michel Sappa sur une touche et crampons affûtés sur le visage d’André Herrero dans un regroupement. En face, Daniel Hache distribue coups de poing et de pied pour faire bonne mesure.
Amoindrir un adversaire par quelques moyens licites ou illicites est alors une méthode répandue dans tous les clubs. Certains donnent même une prime au "pacificateur" de service. Mais que fait la police ? Pas grand-chose. L’arbitre de champ est bien seul pour régler tous les problèmes, navigant entre la règle et l’esprit, autorisant les packs à se frotter, à se fritter, à se cravater, laissant s’installer une paix sommaire après de viriles mises au point. Ses assesseurs ? "Je vois vite que la blessure d’André est grave. Je sais qu’il y a vilenie, attentat. Si l’arbitre de champ ne voit pas, ou ne veut pas voir un coup de poing, de tête, de pied, de coude, de genou, un tirage de cheveux ou de testicule, un en-avant, un hors-jeu, c’est son droit le plus strict. Si ses yeux ne détectent pas une faute, c’est qu’elle n’existe pas. Dès l’instant qu’il réussit à rentrer chez lui sans l’aide de la police, sa mission est remplie.
Ce dimanche 16 mai 71, trop occupé à suivre le ballon, l’arbitre Michel Dubernet ne voit pas qui descend André Herrero. Quand il est appelé par des joueurs toulonnais au chevet de leur capitaine, il tente de relever le blessé qui s’affale dans un cri de douleur. Affolement et tension extrême dans le camp toulonnais. Bouleversé, Daniel Herrero pleure de rage en accompagnant son frère hors du terrain. Dubernet attend la sortie du blessé pour faire reprendre le jeu. A-t-il mené une enquête express auprès de son juge de touche, Francis Palmade, placé côté tribune présidentielle ? Non. Ce dernier, aujourd’hui âgé de 84 ans, avoue ne pas se souvenir du match, juste "que Georges Senal était un des joueurs les plus méchants du pack biterrois". Senal ferait un parfait coupable. Il envoya vers la tête de Daniel Herrero, sans l’atteindre, un violent coup de crampon en début de deuxième mi-temps.
L’auteur du coup fatidique, largement septuagénaire aujourd’hui, court toujours. Personne ne l’a démasqué, lui n’est jamais passé aux aveux. L’idée de rouvrir ce "cold case" m’était venu en interviewant Daniel Herrero. "Je vois vite que la blessure d’André est grave, se souvient-il. Je sais qu’il y a vilenie, attentat. Ré-ouvrir le dossier Herrero aujourd’hui, c’est s’attaquer de front à une histoire vieille d’un demi-siècle, écrite au fil de témoignages contradictoires, plonger dans la presse de l’époque, avaler des bouquins, retrouver les images du match et les visionner jusqu’à pas d’heure. Puis partir à la recherche des protagonistes encore vivants. Comment atteindre une vérité qui s’est dérobée aux meilleurs limiers de la profession ? Christian Montaignac du journal L’Équipe, très proche de Raoul Barrière, l’entraîneur de Béziers, s’y essaya sans résultat probant. D’autres eurent droit à des confidences de fin de soirée et respectèrent l’omerta. Pierre Verdet, longtemps grand reporter à Midi Olympique, s’en excusa presque : "Je sais qui c’est, mais j’ai promis de ne jamais le dire. Je mourrai avec ce secret. Philippe Bonhoure, l’ancien arrière de Béziers, double champion de France, tint le même langage : "Je sais qui c’est, mais je ne peux pas te le dire. Je ne l’ai pas attendu pour m’esquinter les yeux plus de cinq cents fois sur la fameuse séquence de vingt secondes, à pister les joueurs entrant et sortant de l’écran.
Ce jour-la, au Parc Lescure de Bordeaux, un petit arrière, sorte de Codorniou de l’Hérault, assez frêle comparé aux colosses musclés d’aujourd’hui, va foudroyer les Toulonnais par son incroyable accélération. Au terme d’une course de cent mètres, où il efface Carreras et Delaigue par d’invraisemblables crochets, Jack Cantoni peut servir René Séguier qui aplatit et égalise 9-9. Victime d’une méchante cravate de Fabien, Cantoni ne voit même pas son coéquipier finir le travail mais Béziers va s’imposer 15-9 après prolongation. Cantoni, lui, a déja son surnom : la truite ! Son père, Vincent, faisait partie de la première Equipe de France, championne du monde de Jeu a XIII, en Australie en 1951...
Mais la force de l’AS Bitérroise, c’est son pack d’avants indestructible : Hortoland, Vaquerin, Estève, Saisset... Des gaillards qui faisaient peur à toutes les équipes, invités réguliers des premiers Stade 2 de Robert Chapatte et Roger Couderc. Des champions de l’Ovalie qui vont conduire leur club vers un palmarès historique. Onze finales pour dix Bouclier de Brennus de 1971 a 1984. A chaque fois, Béziers lamine Toulon, Brive deux fois, Narbonne, Perpignan, Montferrand, Toulouse, Bagnères, Nice et Agen...
L'Après-Match et les Conséquences
La prometteuse équipe toulonnaise, elle, se fracture à peine rentrée au vestiaire, et pour toujours. Il y a ceux qui auraient voulu se venger et les autres. S’ensuit une crise ouverte et le départ de neuf Toulonnais à Nice dans le sillage d’André Herrero. Toulon connaît alors une forme de guerre civile entre les "pro" et les "anti" Herrero. Pendant une petite décennie, le RCT perdra beaucoup de matchs et pas mal de sa fierté. Que de temps gâché !
Hommages et Souvenirs
En 1971, l’équipe était emmenée par un entraîneur joueur champion de France avec Lourdes en 1968 : Serge DUNET. Ce club de Lourdes étant le 4 ème plus titrée avec 8 victoires essentiellement dans les années 50 avec un certain Michel CRAUSTE, énorme joueur capitaine de l’EDF. Un joueur et un entraîneur emblématique, meneur d’hommes mais pas que cela. Il donna un style de jeu complet (à la lourdaise) fait de mouvements et de passes du numéro 1 au 15. Le CSBJ était redescendu en 2 ème division à la fin de la saison 67/68.
Dans sa campagne pour remonter à l’échelon supérieur Bourgoin battit successivement : Le SBUC 21 à 6 en 16 ème, puis pour le match le plus important pour la montée en 8 ème, la redoutable équipe d’Albi 9 à 6, Chalon 14 à 9 en quart, Castelsarrasin 6 à 3 en demi, victoire très difficile et donc Pamiers en finale par 15 à 6. En finale Bourgoin marqua 4 essai à 1 s’il vous plait, par Glas, Nottin, Basset et Betbeder. Le CSBJ mena rapidement 6 à 0 avec deux essais après 15 minutes de jeu. Pamiers équipe du Sud-ouest abusa du jeu au pied tactique, le demi d’ouverture ariégeois manqua trois pénalités et cinq drops assez bien placés. C’est la liesse au coup de sifflet final et dans toute la ville avec une fête organisée 48h après. Les joueurs de cette époque ne s’entrainaient que 2 fois par semaine et encore…, beaucoup travaillaient pas tous, bien sur ils avaient quelques défraiements. Mais surtout ils s’amusaient, ne se prenait pas au sérieux, avec de sacrés 3 ème mi-temps…. Une bande de copains.
Effectivement Dunet était exceptionnel. Un des plus beaux 3e lignes que j’ai vu évoluer, l’homme qui faisait briller Crauste . Un superbe athlete ( Denis Lalanne l’avait mis en couverture d’un de ses livres ) mais aussi un jeu direct , intelligent ds ses déplacements et qui - il faut le dire- savait aussi châtier les « dirty players » d’en face qd la grêle tombait . Il a fait changer l’équipe d’époque techniquement et collectivement. Betbeder était aussi un joueur énorme qui avait le niveau international. Un pied gauche magique, et ses fabuleux crochets courts .Un toréador. Pierrot Glas aussi, centre moderne pour l’´époque , toujours le geste épuré.. Et ce pack valeureux , emmené par Benoît Guerindon, guerrier incroyable, mais aussi technique . Et tous avaient une gnac terrible, celle qui rend fier les supporters, qui renverse les matchs , impose le respect ds la famille du rugby.... Car un club ne devient pas par hasard un grand club fournisseur d’internationaux ...Même si les temps changent , il y a des valeurs qui existent, se transmettent et qui font que ce club reviendra un jour ou l’autre ds le concert des grands de ce sported.
